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Les moules perlières de la province de Luxembourg constituent une richesse historique fort peu connue.

Dans les rivières d’Ardennes vivaient, autrefois, des centaines de milliers de moules capables de produire des perles fines. On les a pêchées intensivement pendant plus de trois siècles, au point de décimer l’espèce jusqu’à sa disparition presque totale, dans les années soixante.

La moule perlière Margaritifera Margaritifera (Copyright Wikipedia).

La moule perlière d’eau douce est un mollusque bivalve, survivant de l’époque glaciaire, qui vit en bancs, verticalement enfoncé dans la vase afin de pouvoir se nourrir des éléments nutritifs trouvés dans l’eau qu’il filtre lorsqu’il s’entrouvre.

La perle est une maladie chez la moule, comme chez les huîtres, puisqu’elles génèrent de la nacre destinée à entourer l’objet dangereux ou le kyste qui s’est développé, ou qui est entré, dans leur corps, afin d’éviter qu’il ne les blesse.

La perle de la moule perlière (Copyright https://www.goldlineorpaillage.fr/orpaillage-mulette-perliere-protection/).

Les humains sont un peu des moules aussi, puisque le corps humain fait de même avec les corps étrangers qui restent enfoncés dans ses os, comme on le remarque parfois sur des squelettes anciens qui remontent à des périodes de violence.

La différence réside dans le fait que, de nos jours, plus personne ne porte un morceau de fémur doté d‘une pointe de flèche à moitié recouverte d’os car cela ferait mauvais genre.

Une pointe de flèche en silex enfoncée dans un os et à moitié recouverte d’os pendant la guérison (Copyright Flint-arrowheads-embedded-in-human-bones-1-Right-tibia-wound-Font-Rial-megalithic-tomb.png).

Les perles les plus fines sont fabriquées dans le corps du mollusque, alors que les plus grossières, appelées les „chicots“ ou les „baroques“, ont des tailles bizarres, selon l‘endroit de la coquille où elles ont été créées.

J’ai pu en observer cet été, lors des Arlonnaises de l’été à Bonnert, alors que nous passions près des étangs de Tattert, et certains marcheurs ont ri en m’entendant discuter de la reproduction de la moule, mais pas la famille à qui j’en ai parlé.

Si cette famille se reconnaît, je vous dédie cette chronique 😊

Le papa mollusque bivalve (c’est le véritable nom de la moule à deux coquilles), du genre Uno Margaritifera Margaritifera, qui n’est pas une pizza mais le nom de notre moule perlière d’eau douce, lâche ses spermatozoïdes dans l’eau au début de l’été.

Après avoir rencontré les oeufs que la maman moule perlière d’eau douce y a lâché également, les larves se fixent dans les branchies de la Truite Fario, ou d’un Saumon, où elles peuvent incuber en profitant de l’oxygène qui y est filtré.

Le cycle de reproduction de la moule perlière (Copyright Wikipedia).
Une Truite Fario (Copyright Wikipedia).

Après une dizaine de mois, les petits mollusques se détachent et s’enfouissent verticalement dans le lit de la rivière. Dès l’âge de 6 ans, les petites margaritifera peuvent fabriquer des perles pour se protéger des intrus, mais elles n’atteignent leur majorité sexuelle qu’à l‘âge de vingt ans.

Jules César en parlait déjà dans ses journaux de guerre sur les campagnes en Angleterre, mais chez nous, les mulètes, comme on les appelle parfois, ne furent vraiment accaparées par la noblesse, qui voulait se garder ces précieuses machines à sous, que vers 1609.

Portrait de Jules César, qui aimait les moules (Copyright Wikipedia).

C’est à cette époque que remontent les noms de certaines rivières de Belgique, du Luxembourg et d’Allemagne, les fameuses rivières à perles : les « Perlen » – « bach », en Allemand.

Bien évidemment, les couches plus laborieuses et moins riches de la population essayèrent de poursuivre quand même, en allant à la pêche aux moules, même si elles ne voulaient parfois plus aller, maman, parce que les gens de la ville achetaient leur butin moins cher que prévu, maman (si vous voyez ce que je veux dire 😀 ).

Une chanson que nous avons tous chantée, et qui remonte à une époque où on pêchait encore des moules de rivières (Youtube).

Les familles aristocratiques d’Arenberg, les gouverneurs des Pays – Bas autrichiens, puis de Mirwart, de Herbeumont, et de Neufchâteau décidèrent donc de créer des Gardes de Perles, qui veillaient sur les rivages, avec des Capitaines de Perles pour les gérer, le long de nos ruisseaux luxembourgeois.

Un mousquetaire de 1609 (Copyright Wikipedia).

Au début du XVIIIème siècle, les aristocrates font dresser des barrages et des gibets („galgen“, en vieil Allemand) le long des rives des perlenbach, afin de maximiser la production, et de faire peur aux éventuels piqueurs de moules, moins riches et plus laborieux.

Un gibet, ou « galg » en vieil Allemand (Copyright https://media.s-bol.com/qP698JrPOV7/550×823.jpg).

Néanmoins, la fabrication de perles reste entièrement dûe au hasard, et il faut parfois ouvrir mille moules pour ne trouver qu’une petit perlette de nacre, ce qui rend la production industrielle très compliquée.

La Sûre, la Salm, la Semois, et tant d’autres rivières perlières de chez nous se virent prises d’assaut par les chasseurs de moules quand la Révolution française vint décapiter les nobles, abattre les potences et chasser les Capitaines de Perles.

Le cataclysme qui déferla sur les moules perlières d’eau douce se poursuivit pendant tout le XIXème siècle car le nouveau roi de nos régions, Guillaume d’Orange, voulait sa part du magot, et les peintres en massacraient encore plus car ils mélangeaient leurs pigments dans les coquilles.

Les gentilles moules perlières au fond de la rivière (Copyright Wikipedia).

En 1907, les hommes se rendirent enfin compte qu’il y avait un risque d’extinction sérieux pour cette espèce de mollusques, mais ils continuèrent de rectifier les berges des rivières et des ruisseaux en angle droit, ce qui privait les moules d’endroits où se fixer.

La pêche intensive des siècles précédents n’avaient pas arrangé les affaires de nos moules, mais le développement des promenades en kanoe et en kayak, ainsi que de la pêche à la ligne, provoqua le massacre de multiples petits mollusques, vivant en colonies sur le fond des rivières et écrasés par tout ce qui le raclait.

De même, en laissant le bétail venir boire sur le rivage de la rivière, les paysans causaient l’écrasement de milliers de petits moules qui attendaient patiemment d’atteindre l‘âge de vingt ans pour connaître les plaisirs de la maturité sexuelle.

Entre les peintres du dimanche qui se croyaient intelligents en massacrant des moules pour y mélanger leurs pigments, les rebouteux que la vase ne rebutait pas, et la pollution qui, bien sûr, devait prendre part au massacre, les choses allaient très mal.

La pêche intensive de la Truite Fario, essentielle à la reproduction des mollusques, et l’introduction massive de sa soeur ennemie, la Truite Arc-en-ciel, dans les rivières pour la remplacer, n’arrangèrent rien non plus.

La Truite Arc-en-ciel (Copyright Wikipedia).

Néanmoins, en 2001, un décret du gouvernement wallons décida de protéger les moules perlières d’eau douce, et de faciliter leur conservation, en attendant de pouvoir en redévelopper la population.

Pour les lecteurs et les lectrices que cela intéresse, voici le lien vers le document qui a été préparé sur le sujet :

https://environnement.public.lu/dam-assets/documents/natur/plan_action_especes/margaritifera_margaritifera.pdf

Retrouvez cette chronique, et d’autres encore, sur la page de Vivacité Luxembourg, sur la page d’Info-Lux, ainsi que sur ma page Fabrice D-E B-A-C-K-E-R, sur Facebook, Twitter ou Instagram.

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Fabrice De Backer

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