🗓️ Mis à jour le 31 octobre 2025
L’artiste DJO, l’alchimiste du fer à béton. Portrait d’un sculpteur engagé, entre force brute et poésie monumentale.

Il y a des artistes dont le regard suffit à faire vibrer la matière. DJO est de ceux-là. Sculpteur autodidacte et passionné, il transforme le fer à béton en œuvres monumentales, pleines de mouvement, d’âme et de sens. Installé en Alsace, il puise dans ses racines et dans l’intensité de ses émotions pour donner vie à des animaux géants, à des figures symboliques, à des interrogations profondes sur notre lien au vivant. Rencontre avec un alchimiste moderne qui redéfinit la sculpture contemporaine à coups de marteau, de pinces… et de cœur. Artiste > Sculpteur >Djo
Racines et identité
Qui êtes-vous en trois mots, et quelle émotion cherchez-vous à transmettre à travers votre sculpture ?
DJO : Alchimiste, engagé, monumental. Mais aussi un humain atypique et insolite. Je veux provoquer une interrogation, une prise de conscience. Mes sculptures donnent une échelle monumentale au vivant, pour souligner l’importance de ce que l’on oublie : la nature, les êtres vivants, l’écosystème. Le fer à béton devient médium de critique sociale et d’émotion brute.
Quel souvenir fondateur vous a donné envie de sculpter ?
La naissance de mon fils, Anthony. Pour célébrer sa venue, j’ai fabriqué une cigogne en fer à béton, en hommage à l’Alsace et au foyer. En trois jours. Ce fut une révélation. Le fer à béton, matériau du bâtiment, est devenu vecteur d’émotion. J’ai su que c’était ça, ma voie : rendre visible ce qui ne l’est pas.

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Matières et techniques
Quelle est votre matière de prédilection ?
Le fer à béton, sans hésitation. J’aime son aspect brut, industriel, sa résistance, mais aussi sa capacité à être transformé. Je le plie, le tords, le soude à la main. C’est mon combat physique et créatif. Depuis peu, je travaille aussi l’acier corten, pour ses qualités techniques et esthétiques : une patine naturelle, une belle couleur rouille, une légèreté de fabrication qui ouvre d’autres perspectives.
Décrivez votre processus de création.
Je travaille sans croquis. Je pars d’une photo, d’un mouvement, d’une intention. Et je sculpte instinctivement. Chaque tige de métal est façonnée à la force de mes bras. La soudure assemble l’ensemble, donne la monumentalité. Parfois, j’ajoute de la peinture pour orienter l’œuvre.
Avec le corten, je procède différemment : je modélise, puis je collabore avec un bureau d’étude pour la découpe. Ensuite, la patine fait son travail. Le temps devient co-créateur.

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Territoire et inspirations alsaciennes
Comment l’Alsace nourrit-elle votre imaginaire ?
Profondément. J’y puise les couleurs, les formes, les courbes des vallons, les forêts, les vignes. Tout cela résonne dans mon travail. Mon Alsace est un décor inspirant, mais aussi un ancrage.
Quels symboles régionaux revisitez-vous dans une esthétique contemporaine ?
La cigogne, évidemment. Elle est à l’origine de ma vocation. J’aimerais réinterpréter d’autres symboles : motifs médiévaux, art gothique, animaux emblématiques… Les sublimer à travers mon regard d’artiste, entre force du fer et émotion vivante.

Œuvres et sens
Quelle œuvre résume le mieux votre écriture artistique ?
Eugène, le gorille. Il est installé devant le Brauhôtel de Bascharage, au Luxembourg. C’est une pièce forte. J’y ai exprimé tout ce que je veux transmettre : la force, la fragilité, l’émotion, le gigantisme, le regard profond. Le fer à béton donne un mouvement, une peau métallique. Selon la lumière, il devient vibrant, presque humain. Eugène, c’est un cri, un appel à ne pas oublier le vivant.
Quelle est la place du corps ou de l’abstraction dans votre travail ?
Le corps est partout : c’est le mien qui travaille la matière. Chaque sculpture porte l’empreinte de ma force physique. Le geste est brut, les proportions sont monumentales pour marquer les esprits.
L’abstraction intervient dans les vides, les jeux de lumière, les lignes tendues. Je ne remplis pas, je dessine l’air. Le vide fait respirer l’œuvre.

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Commandes publiques et espace public
Comment abordez-vous une commande publique en Alsace ?
En trois étapes :
- Le contexte : comprendre le lieu, son histoire, le message à transmettre.
- L’usage : dialoguer avec le public, créer un point d’ancrage visuel et émotionnel.
- La pérennité : mes matériaux (fer à béton, corten) garantissent une œuvre durable, résistante aux saisons, aux années.
Chaque sculpture est pensée pour s’intégrer sans se fondre. Elle doit interroger. Elle devient un repère, une balise émotionnelle.
Quelle est votre relation au site ?
Je veux que mes œuvres dialoguent avec l’architecture, le paysage, l’humain. Le fer à béton est l’ossature des bâtiments – je le détourne pour en faire un symbole de vie. Dans un parc, une place ou une église, la sculpture doit s’ancrer dans le sol mais s’adresser au ciel. Elle ouvre un dialogue sur notre place dans l’environnement.

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Transmission et atelier
Qu’avez-vous envie de transmettre, et comment accueillez-vous le public à l’atelier ?
Mon atelier est un lieu vivant. J’y accueille avec plaisir ceux qui veulent découvrir. Je veux montrer que l’art peut naître de la matière brute, du geste simple, d’un marteau et d’une pince. La transformation du métal est un acte fort, engagé, éco-responsable. Je travaille avec peu de ressources : le métal, mes bras, et une volonté de transmettre un message social, écologique et humain.

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Collaborations et projets monumentaux
Où vous voyez-vous dans cinq ans ?
Toujours à m’éclater artistiquement ! Je veux continuer à créer des œuvres de grande envergure, en France, à l’international, pour des entreprises ou des institutions qui partagent mes valeurs. J’ai déjà envoyé une baleine géante à Plymouth, aux États-Unis. Ce genre de projet me nourrit.
Je veux aussi développer une collection entièrement dédiée à l’acier corten, explorer encore plus loin la monumentalité, et surtout… repousser les limites de l’émotion.
Une équipe solide pour aller plus loin ?
Oui. Je collabore avec Léa Morel, fondatrice de MOCAYA, qui m’accompagne dans toute la partie commerciale, logistique et stratégique. Cela me permet de me concentrer pleinement sur la création.
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