🗓️ Mis à jour le 2 septembre 2026
Fakir, performeuse burlesque, pyrotechnicienne, danseuse, comédienne, modèle : Yuuki Von Kitty refuse de tenir dans une seule case. L’artiste belge, déjà croisée sur les scènes des conventions de tatouage, crée ce week-end son nouvel acte « Enigma » à la Tox Cit’Ink de Liège. Elle nous raconte son parcours, son rapport au corps, ses créatures — et pourquoi elle ne sera pas là où on l’attend.
L’essentiel
- Qui ? Yuuki Von Kitty, artiste belge : fakirisme, burlesque, pyrotechnie, danse, comédie. Carrière lancée autour de 2017, premières scènes vers 7 ans par le chant.
- Son acte le plus exigeant : « Artemis », qui demande une mise en auto-hypnose préparée plusieurs jours à l’avance.
- Sa transmission : le fakirisme lui vient d’Aaron d’Orient, dernier fakir de Belgique, qui le tenait de son père, feu Named Seuqcaj.
- L’actualité : son nouvel acte « Enigma » est créé à la Tox Cit’Ink, convention internationale de tatouage de Liège, les 5 et 6 septembre 2026.
- Ses costumes : elle les conçoit et les coud elle-même, à la main.
✍ Propos recueillis par Natacha Stéphanie · 📷 Photos : Natacha Stéphanie (noir et blanc) et Nervous.Anxiety.Pix (couleur).
Au sommaire de cette interview
- Un art entré très tôt dans sa vie
- Un art impossible à enfermer dans une seule discipline
- « Artemis », l’acte le plus exigeant
- Le verre, la douleur et le sang en coulisses
- De modèle photo à modèle vivant
- Des costumes faits main
- « Enigma » : une création à Liège les 5 et 6 septembre
- Questions fréquentes
Un art entré très tôt dans sa vie
Ton nom de scène est Yuuki Von Kitty : quel a été ton véritable point de départ ?
C’est assez difficile pour moi de donner un véritable point de départ, car l’Art est entré dans ma vie très tôt.
Si on parle de carrière, je dirai que son commencement était autour de 2017, bien que j’avais déjà eu mes premières scènes et mes premières expériences comme modèle photo très jeune. Sinon, quant au travail artistique en lui-même, je dirai qu’il a toujours été présent d’une manière comme d’une autre.
Qu’est-ce qui t’a donné cette envie de faire ce que tu fais ?
Difficile à dire… Je crois que c’est comme tomber amoureux. On ne sait pas toujours très bien pourquoi, ni comment, mais le cœur, lui, semble savoir où il va, même si on ne possède pas les réponses. Et je pense que pour moi l’Art a toujours été comme ça… Une évidence.

Être une artiste, pour toi, qu’est-ce que ça signifie ?
Ah… cette fameuse question. J’aurais presque envie de te répondre : « et pour toi, être vivant·e, qu’est-ce que ça signifie ? » Je crois que ces deux questions me paraissent toutes aussi impossibles, à vrai dire.
Être artiste n’a probablement pas la même signification pour chacun de nous, mais on va dire que pour ma part c’est simplement une manière d’exister.
Par quelles étapes es-tu passée pour arriver jusqu’à ton art, et devenir professionnelle ?
Mon parcours n’a pas suivi une trajectoire linéaire. Déjà petite, j’étais cette enfant un peu étrange, observatrice, curieuse et émerveillée par les Arts.
Mes études en arts d’expression ont certes nourri encore plus ma curiosité et posé certaines bases, mais elles ne se sont pas inscrites dans un cadre académique classique. Pendant un temps, j’ai continué à évoluer en marge, notamment à travers le travail de modèle.
J’ai longtemps cru qu’un diplôme était indispensable pour se légitimer, avant de comprendre que ce n’était pas une condition, mais une croyance. Ce qui a véritablement déclenché la suite, c’est une prise de conscience simple : oser franchir les portes plutôt que d’attendre qu’elles s’ouvrent avec un diplôme à la main. À partir de là, tout s’est mis en mouvement.
Un art impossible à enfermer dans une seule discipline
Quelles performances exerces-tu ? Y en a-t-il une que tu préfères, et une qui te demande plus d’efforts ?
Je dirai en toute franchise que mon Art est assez compliqué à enfermer dans une seule discipline, puisqu’il navigue à travers beaucoup d’univers à la fois : le fakirisme, le burlesque, la pyrotechnie, la danse, la comédie, etc. Et choisir une seule comme étant ma préférée m’est totalement impossible, pour être honnête.
En revanche, toutes mes créations ne me demandent pas le même effort, et je dirai sans hésitation qu’Artemis est la créature la plus exigeante.
Mais au fond, chaque performance est une facette différente de mon univers : elles sont toutes égales à mon cœur.

Tu as beaucoup de tatouages : en as-tu fait un en rapport avec ton art ?
L’art a toujours fait partie de ma vie, au même titre que mon corps. Mes tatouages s’inscrivent dans ce parcours-là. Ils ne sont pas tous liés directement à mon travail artistique, mais ils font partie de la même histoire.
Certains résonnent avec mon univers, d’autres avec des moments de vie. Je ne les ai jamais pensés comme des symboles à expliquer, mais comme des traces, des présences qui m’accompagnent naturellement à travers mes aventures.
« Artemis », l’acte le plus exigeant
Ce show où tu te mets une longue aiguille dans la gorge donne des frissons. Comment arrives-tu à réaliser ce tour ?
L’acte dont tu parles, « Artemis », a effectivement tendance à « piquer » la curiosité, et c’est souvent là que naît une confusion : on cherche le « tour », l’illusion…
Le fakirisme n’est ni de la magie, ni une tromperie. Le rapport au corps est réel. Là où l’illusion va créer une distance, le fakirisme place le corps au centre de sa vérité. C’est sans doute pour cela qu’il fascine autant qu’il dérange.
« Artemis » est une performance extrêmement précise et exigeante. Elle repose sur une maîtrise profonde du corps et du mental, issue d’une transmission rare, ancestrale et très rigoureuse. Dans mon cas, cet héritage me vient d’Aaron d’Orient, dernier fakir de Belgique, dont le savoir a été transmis par son père, feu Named Seuqcaj.
Pour cette performance en particulier, j’entre dans un état de concentration très spécifique, où tout ce qui m’entoure s’efface. Il n’y a alors plus de spectacle au sens classique du terme : seulement la performance, le silence intérieur, et une exigence absolue.
Évidemment, ce n’est pas un acte fait pour être confortable, et c’est précisément ce qui le rend aussi troublant qu’intense.
💡 À retenir — pourquoi « Artemis » se prépare des jours à l’avance
La performance nécessite une concentration extrême pour se mettre en auto-hypnose. Beaucoup de choses doivent être mises en place avant de pouvoir jouer cet acte : sa préparation commence bien avant l’entrée en scène, et même plusieurs jours auparavant.
Le verre, la douleur et le sang en coulisses
Pour le fakirisme, comment fais-tu avec les douleurs aux pieds ? As-tu une technique ?
Concernant l’acte « Diamond Portrait » avec le verre, il n’y a pas vraiment de technique ou de recherche d’insensibilité : le fakirisme est surtout une question d’état intérieur, je dirai.
La douleur n’est pas ce qui m’occupe ; pour moi, le plus contraignant, c’est d’aller récupérer les morceaux de verre coincés dans ma peau et d’éviter de mettre du sang partout en backstage lorsque je me blesse. (Rire)

De modèle photo à modèle vivant
Fais-tu encore de la photo aujourd’hui ? Quelle expérience as-tu dans ce milieu ?
C’est par la photographie que mon parcours artistique a commencé. J’ai longtemps travaillé comme modèle photo, ce qui m’a permis d’acquérir une solide expérience et une relation à l’image, au regard et à la mise en scène, tout comme ma passion pour le cinéma.
Aujourd’hui, je travaille un peu moins dans ce domaine. La photo reste un médium que j’apprécie, mais mon parcours m’a naturellement menée vers d’autres formes d’expression, plus incarnées et plus performatives.
Je continue toutefois à endosser ce rôle ponctuellement, lorsque le projet fait sens pour moi. En parallèle, je travaille aussi comme modèle vivant, notamment pour le dessin et la peinture : un exercice très différent et plus intime, qui me tient particulièrement à cœur. Ces deux approches du corps et de l’image ont profondément nourri mon travail artistique.
Quel événement où tu as montré ton art t’a le plus plu ?
Je n’ai pas un événement en particulier à citer. J’ai la chance d’évoluer sur des scènes très différentes, mais avec un point commun essentiel : ce sont des lieux où l’on accepte qu’un autre monde puisse exister.
Lorsque l’on m’invite, ce n’est pas pour un fragment de mon univers, mais pour l’ensemble de ce que je propose. Cette ouverture, cette confiance, me permet déjà d’exprimer pleinement mon art, quel que soit le cadre.
Finalement, ce n’est pas le nom de l’événement qui compte, mais l’espace qu’il laisse à l’étrange, à l’imaginaire et à l’incarnation.

Des costumes faits main, « extensions du corps »
Tes tenues sont magnifiques : tu te fournis auprès d’un artiste ou tu les fais toi-même ?
Merci beaucoup ! Je crée moi-même mes costumes. Ils font partie intégrante de mon univers et de mes performances.
Je ne suis cependant pas couturière, mais j’aime beaucoup concevoir mes tenues à la main pour être en totale harmonie avec mes créatures : pour moi, il ne s’agit pas seulement de vêtements, mais d’extensions du corps et du récit que je mets en scène.
Ton agenda se remplit-il vite ?
Oh que oui ! (Rire)
À quel âge as-tu commencé à vivre de ton art ?
J’ai commencé très, très jeune, comme tu as pu le remarquer, via la photographie en tant que modèle. Mais je pense que mes premiers pas sur scène remontent autour de mes sept ans, à travers le chant. Donner un âge exact m’est très difficile, car l’art a toujours fait partie de ma vie.
As-tu une histoire drôle à nous raconter sur tes aventures artistiques ?
Il y en a énormément, presque trop pour n’en choisir qu’une. Quand on vit l’artistique à ce point, chaque projet devient une succession de moments inattendus, de regards échangés, de situations improbables… En choisir une seule serait presque réducteur.
Ce que je retiens surtout, ce sont ces instants intenses qui font que chaque aventure artistique est unique et jamais tout à fait prévisible.

« Enigma » : une création à Liège les 5 et 6 septembre
As-tu des projets ou un nouveau spectacle à nous faire découvrir ?
Beaucoup de projets et d’idées sont en train de fleurir dans le jardin de mes pensées, mais je les garde volontairement secrets pour l’instant.
Concernant mon nouvel acte « Enigma », il fera sa première apparition à la Tox Cit’Ink 2026 à Liège, les 5 et 6 septembre. Disons qu’elle scelle un sort par un ressort de comédie, en ouvrant avec lui une nouvelle saison, mais surtout une nouvelle era.
Je sais qu’on s’attend à du fakirisme ou encore de la pyrotechnie, mais j’avoue que… là où tout le monde m’attendra, moi je n’y serai tout simplement pas. (Rire)
Dernière question : pourquoi m’as-tu choisie pour réaliser cette interview ?
J’avais envie, pour une fois, de mettre quelques mots sur mon parcours et sur mon univers. Le challenge me paraissait être un chouette challenge.
Cette interview représente aussi une expérience nouvelle pour moi : celle de raconter avec recul un chemin artistique qui ne suit pas vraiment les codes habituels.
Et c’est ton regard, ta sensibilité et la douceur avec laquelle tu abordes les choses qui m’ont immédiatement mise en confiance. Je sentais que cet échange pouvait se faire sans jugement, avec sérieux et dans une bienveillance très douce. C’est une manière d’ouvrir la parole doucement, avec quelqu’un qui sait écouter.

Où voir « Enigma » : la Tox Cit’Ink 2026 en pratique
| Événement | Tox Cit’Ink — Liège International Tattoo Convention, 13e édition |
|---|---|
| Dates | Samedi 5 et dimanche 6 septembre 2026, dès 10 h |
| Lieu | Liège Expo (Country Hall), Liège |
| Tarifs | 15 € la journée, 25 € le week-end, gratuit pour les moins de 12 ans (prix indicatifs) |
| Au programme | plus de 200 tatoueurs et exposants, piercing, créateurs, food trucks et performances scéniques |
Informations vérifiées auprès de VISITWallonia, de Visitez Liège et de Liège Expo. L’horaire de passage des performances n’est pas communiqué à l’avance.
Questions fréquentes sur Yuuki Von Kitty
Qui est Yuuki Von Kitty ?
Yuuki Von Kitty est une artiste belge dont le travail navigue entre le fakirisme, le burlesque, la pyrotechnie, la danse et la comédie. Elle a commencé comme modèle photo très jeune, est montée sur scène vers 7 ans par le chant, et situe le début de sa carrière autour de 2017.
Qu’est-ce que le fakirisme, et est-ce un tour de magie ?
Non. Comme elle l’explique : « Le fakirisme n’est ni de la magie, ni une tromperie. Le rapport au corps est réel. » Là où l’illusion crée une distance, le fakirisme place le corps au centre de sa vérité.
Qu’est-ce que l’acte « Artemis » ?
C’est sa performance la plus exigeante, celle où elle introduit une longue aiguille dans sa gorge. Elle repose sur une mise en auto-hypnose préparée plusieurs jours à l’avance et sur une transmission reçue d’Aaron d’Orient, dernier fakir de Belgique.
Où voir Yuuki Von Kitty en septembre 2026 ?
Son nouvel acte « Enigma » est créé à la Tox Cit’Ink, la convention internationale de tatouage de Liège, les 5 et 6 septembre 2026 à Liège Expo. L’entrée est de 15 € la journée et 25 € le week-end (prix indicatifs).
Qui crée ses costumes de scène ?
Elle-même : « Je crée moi-même mes costumes… il ne s’agit pas seulement de vêtements, mais d’extensions du corps et du récit que je mets en scène. »
📷 Les photographes de cet article
Les portraits en noir et blanc sont signés Natacha Stéphanie, photographe collaboratrice d’info-lux.com, qui a également recueilli ces propos. Les photos en couleur sont l’œuvre de Nervous.Anxiety.Pix, à qui l’on doit l’univers nocturne de cette série. Merci à eux deux, et à Yuuki Von Kitty pour sa disponibilité.
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Infos de la Région de Liège
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