🗓️ Mis à jour le 10 août 2026
🎖️ L’essentiel — Le 9 septembre 1944, le 109ᵉ régiment de la 28ᵉ division d’infanterie américaine entre dans Habay-la-Neuve. Un résistant, Jules Quoirin, guide les GI’s ; un blindé M8 est détruit à l’entrée du village. Deux Américains y perdent la vie : le caporal Robert Hillemeyer et le soldat Henri Przybilski. Récit heure par heure signé Philippe Gruslin.
La province du Luxembourg libérée en septembre 1944
La province du Luxembourg fut libérée en septembre 1944.
Comme nous l’avions raconté dans un article précédent, le sud de la province de Luxembourg, depuis l’axe Muno-Neufchâteau-Bastogne, fut libéré par la 28ᵉ division d’infanterie américaine renforcée par le 85ᵉ groupe de cavalerie, unité de reconnaissance appartenant à la 5ᵉ division d’infanterie.
Habay-la-Neuve était situé dans le couloir de progression attribué au 109ᵉ régiment de la 28ᵉ division.
Après des accrochages à Rulles, Houdemont (où deux soldats ont été tués) et Habay-la-Vieille, les Américains arrivent à l’entrée d’Habay-la-Neuve le 9 septembre.

Un résistant prévient les Américains
La compagnie en tête de colonne était la compagnie E (Easy) du 2ᵉ bataillon. Le chef du peloton de pointe de la compagnie était le lieutenant William Tracy Jr, qui avait rejoint la division une dizaine de jours plus tôt seulement, à Paris, peu avant qu’elle ne défile sur les Champs-Élysées.
Arrivant près d’Habay-la-Neuve, les Américains sont prévenus par un résistant nommé Jules Quoirin que des Allemands sont en position avec une mitrailleuse à l’entrée du village. Quelques GI’s s’avancent à couvert, accompagnés par le résistant qui avait repéré les Allemands.
Deux Allemands sont localisés, en position d’observation derrière une haie.
Les GI’s s’approchent en rampant et les capturent. Un des deux combattants est âgé de 40 ans et l’autre de 17 ans seulement. Les deux hommes sont soulagés d’avoir été capturés et non pas tués. Quelques tirs isolés se font entendre dans le secteur.
Le M8 Greyhound touché à l’entrée du village
La progression reprend dans les fossés, en « colonne double », des deux côtés de la route. Alors que les hommes sont en vue des premières maisons, une mitrailleuse allemande ouvre le feu et quelques tirs de fusils Mauser se font entendre.
Les fantassins se couchent dans les fossés. Le véhicule blindé M8 Greyhound du peloton de reconnaissance, qui progresse à leurs côtés, s’arrête.

Un membre de l’équipage scrute les environs aux jumelles quand, soudain, le véhicule est touché par un obus, explose et s’enflamme. Deux hommes parviennent à s’en extraire. Ils sont secourus par les infirmiers ; l’un est grièvement blessé. Le chauffeur, le caporal Robert Hillemeyer, est malheureusement tué.

Le lieutenant Tracy, qui se trouve à une dizaine de mètres, déclarera plus tard avoir été impressionné par la fumée et les flammes. Il prévient son commandant de compagnie de la situation et, peu après, des tirs de mortier 4”2 s’abattent sur la position ennemie.
La mort du soldat Przybilski, au coin du mur
La zone est battue par les mortiers durant une dizaine de minutes. À l’issue du tir, le lieutenant Tracy ordonne à ses hommes de reprendre le mouvement. L’homme de pointe est le soldat Henri Przybilski.
Les fantassins parviennent prudemment à la première maison sans subir d’autres tirs. Ils progressent ensuite au travers des jardins situés derrière les maisons, invisibles de l’ennemi installé le long de la route.
Le soldat Przybilski avance en éclaireur dix mètres en avant de ses compagnons.
Il tourne au coin d’un mur pour rejoindre la route principale et disparaît à la vue de ses camarades. Une rafale de mitrailleuse se fait aussitôt entendre. Les GI’s reprennent prudemment la progression. Le lieutenant voit son éclaireur gisant face contre le sol mais il ne peut s’arrêter. Un infirmier arrive rapidement et confirme à son chef que le soldat est mort. Cela affecte particulièrement le lieutenant Tracy car c’est le premier tué de son peloton depuis qu’il a rejoint la division.
Aucun autre coup de feu n’est tiré. Les adversaires devaient être des combattants peu aguerris car des soldats expérimentés auraient attendu qu’un maximum de GI’s soient visibles avant d’ouvrir le feu, afin de mettre plusieurs adversaires hors de combat. On peut penser qu’ils ont respecté les ordres d’engager l’ennemi mais qu’ils se sont ensuite empressés de se replier.
Les Américains continuent le nettoyage de la localité. Plusieurs Allemands sont capturés. Un est tué derrière une mitrailleuse qui tenait en enfilade la route menant vers Martelange, à la sortie du village.
Vers 18 heures, l’unité stoppe la progression pour passer la nuit.
Martelange, le Luxembourg, puis la Ligne Siegfried
Le lendemain, le régiment reprend la route et libère Martelange puis pénètre au Luxembourg.
Le 11 septembre, il franchit la rivière Our et entre en Allemagne.
Le 16 septembre, en collaboration avec le 110ᵉ régiment, il attaque la Ligne Siegfried, aussi nommée « West Wall » par les Allemands, y créant une légère brèche. La 28ᵉ division d’infanterie est la première unité américaine à franchir cet obstacle symbolique mais elle se fera voler cet honneur dans les journaux par la 4ᵉ division d’infanterie qui se trouvait à sa gauche. Il faut dire que la 4ᵉ division bénéficiait de la publicité faite par un ambassadeur de poids puisque le correspondant de guerre qui la suivait s’appelait Ernest Hemingway.
Cependant, l’historien officiel de la campagne de la Ligne Siegfried l’affirme à bon droit :
« Bien que la pénétration fût étroite, la 28ᵉ division avait en fait percé le West Wall. »
L’historien officiel de la campagne de la Ligne Siegfried
Suite aux pertes subies, la 28ᵉ division ne sera cependant pas en mesure d’exploiter la brèche et devra se replier. En octobre, elle mènera de violents combats durant un mois dans la forêt de Huertgen mais ceci est une autre histoire.
Sources
- After Action Report, 28th Infantry Division.
- Habay 1944-1994, livret du 50ᵉ anniversaire de la libération, Imprimerie de la Rulles, 1994.
- « La 28ᵉ division d’infanterie durant la libération de la Belgique », article de Philippe Gruslin, Militaria Magazine, septembre 2022.
- Charles Whiting, La mort sur une frontière lointaine, Éditions Luc Pire, 2012.
✒️ Texte et documents — Récit signé Philippe Gruslin, auteur d’articles d’histoire militaire (Militaria Magazine), qui poursuit ici sa série sur la libération du sud de la province de Luxembourg par la 28ᵉ division d’infanterie américaine. Photo de la stèle et montage du secteur : © Philippe Gruslin.
Questions fréquentes
Quand Habay-la-Neuve a-t-elle été libérée ?
Le 9 septembre 1944. Les Américains du 109ᵉ régiment de la 28ᵉ division d’infanterie arrivent à l’entrée du village ce jour-là, après des accrochages à Rulles, Houdemont et Habay-la-Vieille. Vers 18 heures, l’unité stoppe sa progression pour passer la nuit dans la localité.
Quelle unité américaine a libéré Habay-la-Neuve ?
Le 109ᵉ régiment de la 28ᵉ division d’infanterie américaine, dans le couloir de progression qui lui était attribué. La compagnie en tête de colonne était la compagnie E (Easy) du 2ᵉ bataillon, dont le peloton de pointe était commandé par le lieutenant William Tracy Jr.
Combien de soldats américains ont été tués à Habay-la-Neuve ?
Deux. Le caporal Robert Hillemeyer, chauffeur du M8 Greyhound détruit par un obus à l’entrée du village, et le soldat Henri Przybilski, éclaireur de pointe, abattu d’une rafale de mitrailleuse en tournant au coin d’un mur. Une stèle leur rend hommage, rue de la Libération.
Un résistant a-t-il aidé les Américains à Habay-la-Neuve ?
Oui. Un résistant nommé Jules Quoirin prévient les Américains que des Allemands sont en position avec une mitrailleuse à l’entrée du village, et accompagne les GI’s qui capturent les deux guetteurs allemands.
Que devient la 28ᵉ division après Habay ?
Le lendemain, le régiment libère Martelange puis pénètre au Luxembourg. Le 11 septembre, il franchit l’Our et entre en Allemagne. Le 16 septembre, avec le 110ᵉ régiment, il attaque la Ligne Siegfried et y ouvre une brèche : la 28ᵉ division est la première unité américaine à franchir cet obstacle.
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