🗓️ Mis à jour le 3 septembre 2026
Entre patrimoine industriel et biodiversité, le vieux canal de Ronquières dévoile un visage étonnamment sauvage. À quelques pas du spectaculaire plan incliné, l’ancien canal Charleroi-Bruxelles offre aujourd’hui un tout autre visage. Hérons, grèbes, foulques, cormorans, cygnes et aigrettes évoluent dans un décor où anciennes écluses, arbres et roselières racontent près de deux siècles d’histoire.
- Où : le vieux canal Charleroi-Bruxelles, à Ronquières (Braine-le-Comte), en province de Hainaut
- Quoi : un ancien axe de navigation devenu corridor écologique, accessible à pied ou à vélo par le chemin de halage
- Espèces photographiées sur place : héron cendré, grand cormoran, grèbe huppé, grèbe castagneux, aigrette garzette, cygne tuberculé, foulque macroule, bernache du Canada, ouette d’Égypte, canard colvert, mouette rieuse
- Repère : le plan incliné de Ronquières, mis en service en 1968, franchit une dénivellation de près de 68 mètres
- Photos : Karolyn Delisé-Hanse pour info-lux.com
Le vieux canal de Ronquières, un autre visage du célèbre site
Ronquières est connu bien au-delà des frontières belges pour son impressionnant plan incliné, ouvrage majeur du canal Charleroi-Bruxelles. Pourtant, à proximité de cette infrastructure spectaculaire, un autre paysage mérite largement le détour : celui du vieux canal.

Plus discret, plus paisible et presque hors du temps, il constitue aujourd’hui un espace de promenade et d’observation où se mêlent patrimoine, eau, végétation et vie sauvage.
Le contraste est saisissant. D’un côté, le gigantisme du plan incliné rappelle la puissance de l’ingénierie. De l’autre, l’ancien tracé déroule une succession de biefs calmes, de berges boisées, d’ouvrages anciens et de zones humides.
Là où les péniches et le transport de marchandises occupaient autrefois toute l’attention, ce sont désormais les chants, les silhouettes et les déplacements des oiseaux qui attirent le regard.
Un canal né avec la révolution industrielle
Pour comprendre l’identité de ce lieu, il faut remonter au XIXe siècle. Le canal Charleroi-Bruxelles a été conçu pour faciliter l’acheminement du charbon du bassin de Charleroi vers Bruxelles.
Les travaux débutent à la fin des années 1820 et le premier canal est mis en service en 1832. À l’époque, la voie navigable est étroite et ponctuée d’un grand nombre d’écluses, afin de franchir les importantes différences de niveau entre les bassins de la Sambre et de la Senne.

Les fameux « baquets de Charleroi », petites embarcations adaptées au gabarit de ce premier canal, deviennent l’une des images emblématiques de cette période. Mais le développement industriel entraîne rapidement une augmentation des volumes transportés : le canal doit être élargi et modernisé à plusieurs reprises.
Au XXe siècle, une nouvelle étape est franchie avec la construction du plan incliné de Ronquières. Mis en service en 1968, il permet aux bateaux de franchir une dénivellation de près de 68 mètres sans emprunter la succession d’écluses de l’ancien tracé. La navigation commerciale délaisse alors progressivement une partie du vieux canal.
Quand l’ancien outil économique devient un corridor écologique
La disparition de la navigation commerciale aurait pu condamner l’ancien canal à l’oubli. C’est pourtant un autre scénario qui s’est dessiné : avec la diminution du trafic, la végétation s’est progressivement installée sur les berges.


L’eau est restée, mais son rôle a changé. Le canal est aujourd’hui un véritable corridor écologique reliant différents milieux. Pour de nombreuses espèces, il représente à la fois un lieu de nourrissage, de repos, de reproduction et de déplacement.
Le promeneur découvre un paysage où l’histoire humaine reste partout visible, mais où la nature s’est glissée dans chaque interstice. Une vieille maçonnerie devient un perchoir. Une retenue d’eau devient une zone de chasse pour les oiseaux piscivores.
Une biodiversité remarquable autour de Ronquières

Le secteur de l’ancien canal et de la vallée de la Samme possède un réel intérêt écologique. Les roselières, les plans d’eau, les fossés, les boisements humides et les anciennes infrastructures créent une mosaïque de petits habitats particulièrement favorable à la biodiversité.
Cette diversité ne concerne pas uniquement les oiseaux : les poissons du canal constituent une ressource alimentaire importante pour plusieurs espèces, et amphibiens, libellules et petits mammifères profitent eux aussi de ces milieux.
Mais pour le visiteur et le photographe, ce sont évidemment les oiseaux qui constituent la partie la plus visible et la plus spectaculaire de cette richesse naturelle.
Les oiseaux, véritables vedettes du vieux canal : nos photos
Il suffit parfois de marcher quelques centaines de mètres en silence pour multiplier les observations. Certaines espèces évoluent directement sur l’eau, d’autres restent dissimulées dans les roseaux ou surveillent le canal depuis une branche.
Le héron cendré, la sentinelle des berges
Longues pattes, cou replié et silhouette élancée : le héron cendré est l’un des oiseaux les plus faciles à identifier. Il apprécie les zones peu profondes et les berges tranquilles, où il peut rester immobile de longues minutes avant de projeter brusquement son bec vers une proie.


Sur le vieux canal, sa silhouette s’intègre parfaitement au décor. Posé sur une souche, isolé sur une branche ou reflété dans l’eau calme, il devient naturellement l’un des sujets favoris des photographes.
Le grand cormoran, un pêcheur hors pair

Le grand cormoran est lui aussi étroitement lié aux milieux riches en poissons. Excellent nageur et plongeur, il poursuit ses proies sous la surface.


Il est fréquent de l’observer posé sur un arbre ou un ouvrage, parfois les ailes largement déployées après une séance de pêche. Cette posture très caractéristique en fait un autre sujet photographique remarquable.
Le grèbe huppé, élégance sur l’eau

Avec son cou fin et son plumage spectaculaire durant la période nuptiale, le grèbe huppé apporte une touche d’élégance au paysage. Il nage souvent au milieu du canal avant de disparaître soudainement sous la surface, pour réapparaître plusieurs mètres plus loin.


Au printemps et en été, ses parades et son comportement familial offrent de très belles scènes d’observation : les jeunes, reconnaissables à leur cou rayé, suivent les adultes et réclament leur nourriture.


Le grèbe castagneux, le plus petit des plongeurs
Plus petit, plus rond et plus discret que son cousin huppé, le grèbe castagneux se reconnaît à ses joues rousses et à la tache jaune vif à la commissure de son bec. Il plonge sans cesse et disparaît au moindre dérangement.

Sur le vieux canal, l’objectif a saisi une scène de nourrissage : l’adulte rapporte un petit poisson à l’un de ses poussins, encore rayés de noir et de blanc.


L’aigrette garzette, la silhouette blanche du canal
Entièrement blanche, plus fine que le héron cendré, l’aigrette garzette se repère de loin le long des berges. Ses vols lents au ras de l’eau ou au-dessus des arbres comptent parmi les plus belles images du site.




Le cygne tuberculé, entre les nénuphars
Le cygne tuberculé fait partie des habitants les plus visibles du canal. On l’observe naviguant entre les herbiers, ou déployant largement ses ailes.


Foulques, canards et oies
Les foulques macroules comptent également parmi les habitantes familières des plans d’eau. Leur plumage noir et leur plaque frontale blanche les rendent facilement reconnaissables.


Elles partagent les berges avec le canard colvert, la mouette rieuse, la bernache du Canada et l’ouette d’Égypte, une espèce exotique aujourd’hui bien installée en Belgique.




Selon la saison, le visiteur peut rencontrer les espèces les plus communes mais également des canards plongeurs ou des hivernants de passage. La présence et le nombre de certaines espèces varient fortement d’une période à l’autre : c’est tout l’intérêt de visites régulières.
Le martin-pêcheur, l’éclair bleu du canal
Il est plus petit, plus rapide et souvent beaucoup plus difficile à repérer. Le martin-pêcheur d’Europe est pourtant l’un des joyaux du vieux canal. Son passage ressemble parfois à un simple éclair bleu turquoise filant à quelques centimètres au-dessus de l’eau.
Avec de la patience, il peut être observé posé sur une branche basse, depuis laquelle il surveille les petits poissons avant de plonger. Pour le photographe animalier, le saisir correctement constitue souvent un petit défi : lumière, vitesse, distance et anticipation doivent se conjuguer. Il ne figure pas dans la série réalisée ce jour-là.
Dans les roseaux, une vie beaucoup plus discrète
Certaines espèces ne se montrent presque jamais à découvert. Les roselières et la végétation dense des berges accueillent une avifaune bien plus discrète : rousserolles, bruants des roseaux et râles se repèrent davantage par leur chant que par une observation prolongée.
Ces habitats sont essentiels. Ils offrent un refuge face aux prédateurs, des sites de nidification et une grande quantité de nourriture. Leur préservation constitue donc un élément important pour maintenir la richesse ornithologique du vieux canal.
Un site qui change complètement au fil des saisons
L’un des grands intérêts du vieux canal de Ronquières est qu’il ne présente jamais exactement le même visage. Au printemps, l’activité augmente avec les comportements territoriaux et la reproduction. En été, les jeunes oiseaux apparaissent progressivement.
L’automne correspond aux mouvements migratoires, tandis que l’hiver peut amener de nouvelles espèces venues du nord de l’Europe.
La lumière change elle aussi. Brumes matinales, reflets d’automne, gel sur les berges ou végétation luxuriante donnent au canal une personnalité différente à chaque visite.

Un terrain idéal pour la photographie animalière

Le vieux canal possède une qualité supplémentaire : les animaux ne sont jamais totalement séparés du décor. Photographier un héron devant une ancienne écluse, un cormoran sur un vieux mur ou un grèbe au milieu des reflets permet de raconter beaucoup plus qu’une simple rencontre avec une espèce.


Une longue focale reste évidemment utile pour observer et photographier les oiseaux sans les approcher. Mais l’essentiel demeure la patience : s’arrêter, observer les habitudes d’un animal et attendre qu’il se rapproche naturellement offre généralement de meilleurs résultats que de tenter de le suivre.
Respecter la tranquillité de la faune
La présence d’une faune abondante ne doit jamais faire oublier sa fragilité. La période de reproduction demande une vigilance particulière : un oiseau qui quitte continuellement son nid parce qu’un promeneur s’en approche trop peut mettre sa nichée en danger.
- rester sur les chemins accessibles ;
- conserver une distance suffisante ;
- éviter les cris et les déplacements brusques ;
- ne jamais pénétrer dans une roselière pour obtenir une photographie ;
- préférer les jumelles ou un téléobjectif.
Cette discrétion est d’ailleurs souvent récompensée : plus le promeneur se fond dans le paysage, plus les oiseaux reprennent rapidement un comportement naturel.
Une promenade entre Seneffe et Ronquières

Le vieux canal constitue également un magnifique itinéraire de promenade. Le chemin de halage permet de découvrir une grande partie de cet environnement à pied ou à vélo.
Entre Ronquières et Seneffe, plusieurs kilomètres de voie d’eau traversent des paysages où alternent patrimoine, villages, espaces boisés et zones plus sauvages. Il n’est pas nécessaire de parcourir l’intégralité de l’itinéraire : une promenade plus courte, effectuée lentement avec des jumelles, permet déjà de nombreuses observations.
Ronquières, quand la nature écrit un nouveau chapitre de l’histoire
Le vieux canal de Ronquières est finalement bien davantage qu’un ancien axe de navigation. Il constitue un bel exemple de transformation d’un paysage façonné par l’homme.


Les péniches de commerce ont laissé place aux grèbes. Les berges autrefois strictement fonctionnelles accueillent désormais roseaux, arbres et végétation aquatique. Les anciennes écluses continuent de raconter l’histoire, tandis que les hérons et les cormorans utilisent ces mêmes ouvrages comme points d’observation.
C’est précisément cette coexistence qui rend le site si attachant. Ici, le patrimoine n’est pas figé dans un musée et la nature n’évolue pas dans un espace totalement isolé de l’activité humaine. Les deux se superposent et se répondent.
Il suffit alors de ralentir le pas, de regarder la surface de l’eau et d’écouter. Un battement d’ailes, un plongeon ou un éclair bleu entre deux branches suffit parfois à transformer une simple promenade en véritable rencontre avec le monde sauvage.
La galerie complète du vieux canal de Ronquières en photos
L’intégralité de la série, signée Karolyn Delisé-Hanse. Cliquez sur une photo pour l’agrandir, puis faites défiler avec les flèches.










































📷 Vieux canal de Ronquières — Photos : Karolyn Delisé-Hanse.
Questions fréquentes sur le vieux canal de Ronquières
Où se trouve le vieux canal de Ronquières ?
À Ronquières, section de Braine-le-Comte, en province de Hainaut. Il s’agit de l’ancien tracé du canal Charleroi-Bruxelles, situé à quelques pas du plan incliné.
Quels oiseaux peut-on observer sur le vieux canal de Ronquières ?
Les photos réalisées sur place montrent le héron cendré, le grand cormoran, le grèbe huppé, le grèbe castagneux, l’aigrette garzette, le cygne tuberculé, la foulque macroule, la bernache du Canada, l’ouette d’Égypte, le canard colvert et la mouette rieuse.
Peut-on s’y promener à pied ou à vélo ?
Oui. Le chemin de halage relie Ronquières à Seneffe sur plusieurs kilomètres et se parcourt à pied comme à vélo. Une promenade courte suffit déjà pour multiplier les observations.
Quelle est la meilleure période pour observer les oiseaux ?
Chaque saison a son intérêt : le printemps pour les parades et la reproduction, l’été pour les jeunes, l’automne pour les mouvements migratoires et l’hiver pour les espèces venues du nord de l’Europe.
Comment observer sans déranger la faune ?
Rester sur les chemins accessibles, garder ses distances, éviter les cris et les gestes brusques, ne jamais entrer dans une roselière et privilégier les jumelles ou un téléobjectif.
Quand le plan incliné de Ronquières a-t-il été mis en service ?
En 1968. Il permet aux bateaux de franchir une dénivellation de près de 68 mètres, ce qui a rendu inutile la succession d’écluses de l’ancien tracé.
Sources
Photographies : Karolyn Delisé-Hanse pour info-lux.com, réalisées sur le vieux canal de Ronquières. Repères historiques : histoire du canal Charleroi-Bruxelles et du plan incliné de Ronquières.
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