🗓️ Mis à jour le 19 septembre 2026
Pour refermer sa 80e édition, la Foire de Châlons-en-Champagne a choisi deux artistes que plus de vingt ans séparent dans le calendrier de la pop française, mais qu’une même évidence réunit sur scène : le goût du lien direct. Lundi 7 septembre 2026, Silda a d’abord ramené la Champagne au cœur de Foire en Scène, avant que Lorie ne transforme le théâtre de plein air en immense machine à souvenirs.
Il y avait quelque chose de particulièrement juste dans cet enchaînement. D’un côté, une autrice-compositrice née à Reims, révélée au grand public dans The Voice et devenue, au fil des années, une habituée des premières parties de la Foire. De l’autre, une artiste dont les chansons ont accompagné l’entrée dans l’adolescence de toute une génération, aujourd’hui revenue sur scène avec un spectacle qui assume pleinement son héritage pop.
Ce dernier rendez-vous de Foire en Scène n’opposait donc pas la découverte à la nostalgie. Il racontait plutôt ce que la musique populaire sait faire de mieux : transmettre, réveiller et rassembler.
Silda, une enfant du pays devenue familière de Foire en Scène
Avant les chorégraphies et les tubes de Lorie, Silda a installé une atmosphère beaucoup plus intime. Veste noire, touches irisées et jean clair, la chanteuse a fait avancer son concert avec douceur, sans chercher à brusquer le public. Sa voix, souvent fragile dans le meilleur sens du terme, s’est posée sur un accompagnement mêlant claviers et cordes, avec cette couleur pop-folk qui constitue désormais sa signature.
Entre ses mains, la kalimba n’avait rien d’un simple accessoire. Le petit instrument accompagne depuis plusieurs années son identité musicale et lui permet d’introduire une texture immédiatement reconnaissable dans un répertoire construit autour des émotions, des doutes et de ce qui reste parfois difficile à dire autrement qu’en chanson.
À Châlons-en-Champagne, sa présence n’avait rien d’un hasard. Silda est née à Reims et a grandi dans un village de Champagne-Ardenne. Surtout, son histoire avec Foire en Scène se construit dans la durée : Christophe Maé, Mika, Slimane, Amir, puis Lorie en 2026… la jeune artiste a progressivement accompagné plusieurs grandes affiches du rendez-vous châlonnais. Ce qui ressemblait au départ à une opportunité locale est devenu un véritable fil rouge.
Depuis son passage dans The Voice en 2023, Silda a pourtant largement dépassé le cadre du télécrochet. Son premier EP, À Part, publié en 2024, a précisé son univers. Elle a également partagé le titre Nous avec Julien Doré et assuré des premières parties pour Vianney, -M- ou encore Mika. Sur la scène de Châlons, cette expérience se ressent : elle ne vient plus seulement se présenter, elle vient défendre un monde déjà construit.
Des morceaux comme Si on s’aime, Petit cœur, Comme des chansons ou C’est beau d’aimer dessinent le portrait d’une artiste qui préfère la nuance aux grands effets. Une entrée en matière délicate, presque suspendue, avant le basculement vers une tout autre forme de pop.

Lorie ouvre la boîte à souvenirs, mais refuse le simple karaoké
Lorsque Lorie apparaît, la couleur change immédiatement. Le denim est omniprésent, découpé, effiloché et couvert d’éclats. Les danseurs prolongent cette esthétique jusque dans leurs costumes. Tout indique que le spectacle a été pensé comme un ensemble : silhouettes, chorégraphies, enchaînements et déplacements racontent autant le retour de Lorie que les chansons elles-mêmes.
Le choix d’ouvrir avec À 20 ans possède alors une saveur particulière. Lorie n’a évidemment plus vingt ans, et une grande partie du public non plus. Mais le titre place immédiatement la soirée au bon endroit : dans cet espace étrange où les années ont passé sans faire disparaître les paroles apprises autrefois.
La suite déroule plusieurs morceaux moins systématiquement cités lorsqu’on résume sa carrière, de Rester la même à Une minute, en passant par Pour que tu me reviennes et Ne me dis rien. Ce début de concert rappelle une chose essentielle : Lorie ne revient pas avec trois refrains célèbres posés au milieu d’un spectacle générique. Elle revient avec un répertoire, des chansons d’album, une mise en scène et une équipe de danseurs capable de redonner du relief à chacune des séquences.
Les répétitions de cette tournée avaient d’ailleurs demandé un véritable travail de reconstruction. Certaines chansons n’avaient plus été interprétées depuis près de vingt ans. Il a fallu les retrouver, les réarranger, réapprendre les gestes et remettre le corps au centre d’un spectacle qui ne laisse que peu de répit.
« Près de moi », « Je serai » : les refrains n’avaient pas bougé
Puis viennent les chansons qui font disparaître les années en quelques secondes. J’ai besoin d’amour, Près de moi, Je serai (ta meilleure amie) ou encore Ton sourire appartiennent à cette première période où Lorie était devenue l’un des visages les plus identifiables de la pop française.
À Châlons-en-Champagne, ces titres ne sont pas reçus comme des curiosités sorties d’une autre époque. Ils sont chantés. Fort. Par des adultes qui les connaissaient déjà au début des années 2000, mais aussi par un public plus jeune qui les a découverts bien après leur sortie. Le concert trouve ici son véritable moteur : la nostalgie donne l’impulsion, mais c’est l’énergie collective qui fait tenir le spectacle.
Lorie reste en mouvement, échange avec la foule et s’appuie sur ses danseurs pour faire évoluer les tableaux. Les images racontent cette tension permanente entre précision chorégraphique et proximité : un instant portée par deux danseurs, l’instant suivant penchée vers le public ou le micro tendu pour lui laisser reprendre un refrain.
Le cœur du concert enchaîne alors Sur la scène, La Positive Attitude, Week-end, Toi & Moi et 1 garçon. Une succession qui mesure l’empreinte laissée par ces chansons. À l’époque, elles occupaient les radios, les émissions de télévision et les chambres d’adolescents. En 2026, elles sont devenues une mémoire commune assez solide pour remplir à nouveau une grande scène en plein air.
Du « Game Over » au grand retour du « latino »
La seconde moitié du spectacle accélère encore. Toute seule laisse place à Game Over, puis Sur un air latino déclenche l’un des passages les plus immédiatement fédérateurs de la soirée. Le morceau n’a pas besoin d’être présenté : ses premières mesures suffisent à remettre en circulation une chorégraphie, un refrain et tout un pan de la pop des années 2000.
Avec S.O.S., Parti pour zouker, Ensorcelée et Je vais vite, Lorie entretient cette dynamique sans renoncer à la dimension spectaculaire de son retour. Costumes scintillants, portés chorégraphiques et énergie physique donnent à la scène des allures de revue pop. Le concert ne cherche jamais l’ironie. C’est précisément ce qui le rend convaincant : Lorie ne s’excuse pas d’avoir été Lorie. Elle reprend possession de ses chansons et les défend avec le sérieux joyeux qu’elles réclament.
Après La reine, le rappel revient naturellement à Je serai (ta meilleure amie). Le titre qui avait déjà traversé le concert devient le dernier trait d’union entre l’artiste et un public venu retrouver bien davantage qu’un souvenir.

Une clôture qui relie deux générations de pop
La programmation de ce lundi 7 septembre racontait finalement une histoire plus fine qu’une simple première partie suivie d’une tête d’affiche. Silda et Lorie n’appartiennent ni à la même génération ni au même moment de l’industrie musicale. La première construit patiemment son chemin à partir d’une écriture intime, d’instruments organiques et de scènes gagnées une à une. La seconde revient avec une histoire déjà inscrite dans la culture populaire et un public qui a grandi avec elle.
Pourtant, toutes deux travaillent la même matière : la proximité. Chez Silda, elle passe par une voix retenue, une kalimba, des cordes et des chansons qui semblent chercher leur interlocuteur. Chez Lorie, elle prend la forme d’un grand spectacle collectif, de chorégraphies et de refrains repris par toute la foule.
Après onze concerts programmés au cours de cette 80e Foire de Châlons-en-Champagne, Foire en Scène pouvait difficilement trouver conclusion plus cohérente. Une artiste du territoire pour ouvrir la dernière page, puis une figure de la pop française pour la refermer avec La Positive Attitude et Je serai (ta meilleure amie).
La Foire s’est terminée. Les refrains, eux, avaient encore manifestement quelques années devant eux.
Silda et Lorie à Foire en Scène en photos
Retrouvez les images de cette dernière journée réalisées par 2 la X Photographie et Julien Photographie. Cliquez sur une photographie pour l’afficher en grand format.




































Photos : 2 la X Photographie et Julien Photographie.