Les bouddhas de plâtre que nous sommes

Les bouddhas de plâtre que nous sommes

🗓️ Mis à jour le 17 octobre 2026

Chronique — Développement personnel. Un texte de Caroline Russo, à lire tel quel : l’histoire du Bouddha d’or de Wat Traimit, à Bangkok, et ce qu’elle dit de la valeur cachée sous nos couches de stuc.

Ces bouddhas de boue qui pullulent.
Vous peut-être ?

Vous avez peut-être déjà entendu l’histoire du Bouddha du Temple de Wat Traimit, à Bangkok. C’est un classique de la littérature de développement personnel. Mais on pourrait la regarder sous un autre angle. Démonstration.

Un Bouddha d’or

Voici le récit traditionnel parvenu jusqu’à nous.

Il y a plusieurs siècles, dans l’actuelle Thaïlande, des moines avaient coulé une statue de Bouddha de 3 mètres de haut, pesant 5,5 tonnes et composée à 80 % d’or massif. Au XVIIIe siècle, tandis que l’armée birmane approchait, les moines gardiens du Temple ont recouvert cette statue colossale avec du stuc – un mélange de plâtre et de boue agrémenté de verre coloré – afin qu’elle échappe à la convoitise des envahisseurs.

Ce faisant, ils l’ont rendue semblable à n’importe quel objet sacré sans valeur marchande.

Dans les années 1930, la statue de 3 mètres fut déplacée et installée dans le Temple de Wat Traimit.

L’incident s’est produit en mai 1955, alors que l’on déplaçait à nouveau la statue vieille de 7 siècles. Une des cordes du treuil a cédé et la statue est tombée au sol. Fin de l’histoire ? Non. Car pendant la nuit suivante, des pluies violentes ont littéralement bassiné le Bouddha. Au matin, le moine supérieur venu inspecter les dégâts a remarqué un éclat brillant dans une fissure du stuc. Quelle ne fut pas la stupéfaction – et la joie – des moines et de toute la communauté lorsqu’ils découvrirent que ce Bouddha de plâtre était en réalité en or massif.

Illustration d’un bouddha doré assis dans un temple orné de fresques
Illustration générée par IA (Gemini) — Caroline Russo

La métaphore derrière l’histoire

Cette histoire – le Bouddha d’or du Temple de Wat Traimit est toujours visible – renferme une jolie métaphore : en chacun de nous réside un bouddha d’or, une personne de valeur, enfouie sous le stuc.

L’or massif ici parle de valeur intrinsèque, pas de brillant artificiel, pas de bling-bling.

Ramené à notre existence, le stuc qui recouvre l’or massif, ce sont les couches de ‘boue’ que d’autres y ont mises : les circonstances, la vie, la famille, les pseudo-amis, les relations, les employeurs, les instances religieuses, les conjoints et partenaires de vie, les figures d’autorité, …

Pas pour ‘sauver notre peau’, loin de là. Parfois pour sauver la leur, pour se hausser en nous rabaissant, pour assassiner notre lumière qui les dérange, et tant d’autres mobiles…

Ou ‘pour notre bien’, pour nous forcer à nous aligner à leur représentation d’eux, de nous, de leur monde.

Finalement, ce sont souvent autant de tentatives d’éteindre notre éclat pour servir leurs appétits.

Et parfois c’est nous-mêmes qui maquillons notre éclat sous le stuc. Car ce qui nous empêche, aujourd’hui, de nous épanouir, a parfois contribué, hier, à nous protéger.

Pour le Bouddha de Wat Traimit, les gardiens du temple qui l’avaient enfoui sous des couches de boue sont morts, emportant leur secret.

Il a fallu des circonstances extérieures au Bouddha pour que soit révélée sa valeur, cachée sous le plâtre et la boue. Personne ne s’en souvenait, et pour cause.

Parfois les choses sont tellement bien cachées, tellement bien enfouies, que plus personne n’a le souvenir de l’état originel.

Mais… le Bouddha d’or n’est pas devenu précieux parce qu’on l’a débarrassé du stuc qui le recouvrait. Il l’a toujours été.

Il en est de même pour nous. C’est bon de se le rappeler, vous ne trouvez pas ?

Cette réplique de Vivian (Julia Roberts) m’est restée en tête depuis que j’ai vu le film Pretty Woman :
Son amie et colocataire : ‘Tu penses que j’ai du potentiel ?’
Vivian : ‘Oh que oui ! Ne laisse jamais personne te dire le contraire, d’accord ?’

Ne laissez jamais personne vous dire que vous n’avez pas de valeur, d’accord ?

Une protection nécessaire à un instant T

Ce plâtre, ce stuc, cet enduit artificiel dont se sont servis les moines pour cacher la préciosité du Bouddha d’or, est-ce que nous n’y avons pas (eu) recours, parfois ?

Je citais plus haut les plâtriers, les enduiseurs externes. Mais il peut y avoir, dans une vie, des circonstances, des situations où nous avons jugé bon de masquer notre éclat. Des raisons louables à nos yeux qui nous ont amené.es à nous recouvrir d’un enduit gris, maussade, parfois élevé au rang de parure. Cet enduit avait pour objet de nous protéger, de nous fondre dans la masse, de ‘ne pas détonner’ pour ne pas nous démarquer – car se démarquer pouvait être synonyme de danger. Réel ou perçu.

Illustration d’un visage couvert d’une croûte grise craquelée laissant apparaître de l’or
Illustration générée par IA, inspirée d’une photographie de Nantu Das (Unsplash)

Oui, nous pouvons avoir été l’artisan qui a recouvert de plâtre notre éclat, pour le masquer. C’était souvent par nécessité. Le tragique dans tout cela : au fil du temps, même un Bouddha d’or humain peut perdre la conscience de sa valeur.

Est-ce que cela éveille quelque chose en vous ?

L’incident, les circonstances extérieures

Dans le cas de notre Bouddha, c’est un incident, un quasi-accident, qui révèle sa nature, l’or massif.
Ensuite, les moines vont entreprendre de retirer tout le stuc, le plâtre, avec délicatesse, pour ne pas l’endommager.

Parfois, au détour d’une conversation, d’une situation de vie, notre éclat se révèle. C’est presque accidentel. En tout cas pas intentionnel. Pas toujours.

Et si nous choisissions de ne pas attendre que l’incidentel se produise pour révéler à nouveau notre éclat, notre lumière, notre valeur intrinsèque ?

Pour cela, délaissons les pics, les pioches, les marteaux. Ceux qui endommagent. Qui blessent. Qui abîmeraient. Optons plutôt pour des outils doux, confiants, respectueux de notre nature même.

Car nous pouvons devenir intentionnels. Nous pouvons choisir de dévoiler à nouveau notre brillance, l’or sous les sédiments de notre existence.

Avec des pinceaux, des chiffons doux, comme le ferait un restaurateur d’œuvre d’art.

Des mains travaillent au ciseau une tête de statue sculptée
Photo : Giulia Squillace / Unsplash

Voici quelques-uns de ces outils très personnels. Des démarches-douceur à suivre.

  • Passer le chiffon de la bienveillance : l’auto-compassion, essuyer les jugements que l’on porte sur soi-même, se respecter soi-même
  • L’eau tiède de l’écoute : laisser fondre les tensions, les autocritiques
  • Le pinceau de la vérité : révéler petit à petit nos qualités oubliées, les facettes étouffées de notre personnalité, ce que nous voulons, qui nous sommes au plus profond de nous

C’était les 10 secondes de poésie by CaroLyne. (sourire)

Retirer le stuc, en douceur

On va oublier la méthode bouddhique ‘je me suspends à un treuil et je me laisse tomber’… elle n’est pas sans risques.

Toutefois, on n’est pas obligés d’attendre la fêlure accidentelle du stuc pour nous autoriser à révéler la beauté de l’être que nous sommes au-dedans de nous.

Ma première recommandation : lorsqu’un éclat de nous fulgure, c’est le moment de la bifurcation : l’idée est d’agir tout de suite, mais de la bonne manière.

Car parfois un petit éclair de brillance ou de lumière jaillit… et on s’empresse de remettre de l’enduit dans la fissure. Au lieu de cela, allons plutôt dégager, agrandir la fissure, pour que se révèle ce qui est caché sous le stuc de nos apparences. Restons à l’écoute, tout simplement. De nous.

Si cet article a résonné pour toi, je t’invite à approfondir.

S’il n’a pas résonné pour toi, peut-être aimerais-tu savoir ce qui, chez toi, pourrait être encore couvert de stuc.

Voici ce que je te suggère :
– prends le temps de te relaxer,
– prends conscience de ton corps en faisant mentalement un screening depuis tes orteils jusqu’au sommet de ton crâne
– pose la main sur ton cœur
– et pose-toi ces questions à voix haute : Est-ce que je m’autorise à montrer les facettes de ma personnalité que j’aime ? Est-ce que je révèle ma beauté intérieure ? Quelle part de moi ai-je appris à cacher pour être aimée, acceptée, ou simplement tranquille ?
– écoute ce qui vient, sans attente et sans censure

Notre valeur n’est pas à construire, elle est déjà là, inaltérable.
Nous pouvons apprendre à la reconnaître. Puis à lui permettre de briller.

CaroLyne

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