🗓️ Mis à jour le 23 septembre 2026
Chronique — Développement personnel. Un texte de Caroline Russo, à lire tel quel : ces « oui » dits il y a dix ou trente ans, ces rôles que plus personne n’attend, et ce qu’ils nous coûtent vraiment.
La semaine dernière, nous évoquions la nécessité de préserver nos ressources internes durant cette transition automnale.
Dans les catégories Mangeurs d’énergie et Mangeurs de temps, j’épinglerai tous ces ‘Oui’ qu’on a dits un jour, à soi et à autrui… auxquels s’ajoutent tous ces ‘Oui’ qu’on nous a extorqués, parfois à l’insu de notre plein gré.
Ces rôles devenus inutiles, ces routines installées qui n’ont plus aucun sens, ces promesses de faire ou d’être qu’on continue à honorer, alors que plus personne ne nous attend sur ce terrain-là : cela vous dit quelque chose ?
Que devient un mécanisme qui a longtemps eu un emploi… quand cet emploi disparaît ?
Que se passe-t-il quand une compétence devenue réflexe cherche encore du travail dans notre vie ?
Qu’est-ce qui continue à fonctionner, alors que la fonction a disparu ?
De fait, j’ai constaté que nous pouvons continuer à occuper consciencieusement un poste dont l’utilité a disparu depuis longtemps. Un poste qui génère une fatigue pesante et invisible.
Je parle de notre vie en général, vous l’avez compris. Pas de la politique RH chez Trucmuche, on est d’accord.
Les rôles, choisis, convenus ou endossés de force
… et devenus inutiles.
La maman, dont les enfants n’ont plus besoin qu’elle orchestre tout, mais qui continue à le faire : elle anticipe la vie, le linge, les rendez-vous ou les menus de jeunes adultes autonomes (ou d’un partenaire parfaitement capable).
Celle qui a toujours été la raisonnable, la forte, celle qui arrange, celle qu’on appelle.
Celle qui porte la responsabilité de la paix sociale chez les autres… au détriment de sa propre tranquillité.
La secrétaire / trésorière / organisatrice d’un club ou d’une association. On avait dit que c’était pour deux ans… huit ans plus tard, elle s’y colle encore, la passion en moins.
Celle qui s’efforce de conserver la même disponibilité inconditionnelle pour une amitié, désormais devenue à sens unique.
Et tant d’autres exemples.
Le point commun : après 10, 15 ou 30 ans de bons et loyaux services, on pourrait passer à autre chose. Et abandonner cette charge mentale. Mais qu’est-ce qui nous retient de le faire ?

Et de nous à nous
Ce que j’appelle ‘la loyauté envers d’anciennes versions de soi’.
C’est le contrat ‘moi, je suis…’ qu’on a signé avec soi-même il y a des lustres :
– je suis quelqu’un qui aide toujours les autres
– je suis quelqu’un qui ne refuse jamais un projet
– je suis la personne forte du groupe
– je suis quelqu’un sur qui on peut toujours compter
… alors qu’on n’a plus les mêmes ressources, le même emploi du temps, la même vie, la même énergie. Ni l’envie de continuer.
Il y a celles (et ceux) qui ne veulent pas tenir compte de ce qui a changé : cela fait 10 ans que je fais ça comme ça. Spoiler (qu’il/elle ne vous dira pas) : depuis 5 ans, ça ne marche plus, mais je continue à le faire quand même.
Pour honorer qui ? Ou quoi ? Un observateur extérieur nous verrait foncer dans le mur, consterné, sans pouvoir expliquer le pourquoi.
Celles qui s’obstinent à vouloir épargner aux autres les conséquences logiques de leurs choix, de leurs décisions, de leurs retards. Au nom d’une vieille promesse d’être là pour eux, par exemple. Ce faisant, on leur vole le droit de grandir. On s’épuise dans un rôle qui n’a plus de légitimité.
Mais aussi : on impose un cours de vie à autrui… est-ce notre rôle ?
Et puis il y a tous ces ‘je dois’ qui continuent à nous faire exister. Mais seulement dans notre tête.
Et si l’on revenait à quelque chose de plus vrai ? De plus soi ?
Ces ‘fuites’ de temps, d’énergie, de patience, ces devoirs que l’on s’impose, parce qu’on ne sait pas comment se sortir de l’ornière des habitudes, par peur de blesser ou de décevoir, ne fut-ce que soi-même, ces ‘dépenses de soi’ mises bout à bout consomment des années de notre vie.
Alors, quand on y pense, sommes-nous prêtes à consacrer disons 4 ans de notre vie à arranger les bidons pour autrui, à porter des charges qui ne nous concernent pas et à rester fidèles à ce qui n’a plus cours ?

Mode de désemploi
Je pourrais vous parler d’une méthode très simple : à tous ces ‘oui’ avec lesquels on n’a pas 100 % d’adhésion de soi, choisissons de dire ‘non’.
Simple, expéditif. Rapide.
Mais c’est qu’on y tient, à tous ces voleurs de temps et d’énergie. Sinon, on aurait déjà cessé depuis longtemps. Sauf si on manque d’audace, d’affirmation de soi, d’assertivité.
D’ailleurs j’aime bien ce mot et ce qu’il contient : cette capacité à reconnaître et exprimer ses besoins, ses limites et ses refus de manière ferme, claire et respectueuse, tout en s’affranchissant de la culpabilité et sans tomber dans l’agressivité ou la passivité.
On aurait probablement toutes à gagner à suivre un stage dans cette discipline, surtout quand l’affectif s’en mêle. Car maintenir ces engagements obsolètes ne tient pas toujours de l’amour altruiste. Cela dit surtout beaucoup à propos de nous. Même si l’éducation, et tout ce que notre place de femme est censée embarquer avec elle, aux yeux de la société, y participent énormément. D’ailleurs, il est temps d’ouvrir les yeux sur ces aspects-là aussi, vous ne pensez pas ?
Comme activateur de désemploi, je vous proposerais autre chose.
Evaluer le coût. Pour soi.
Et se demander si l’on est prête à payer ce prix, pour quoi, et pourquoi.
1 – En commençant par la fameuse phrase ‘qu’est-ce qui se passera si je continue comme maintenant ?’
… comment ce sera dans 20 ans si je ne change rien ?
… si je donne un poids en mois ou en années à cela, cela représente combien d’années ?
Suis-je prête à payer ce prix ?
2 – A supposer que mon moi d’aujourd’hui dise ‘oui, je suis prête à payer ce prix’, qu’en pensera mon moi dans 20 ans ? Quand je me retournerai sur ma vie, et que je penserai ‘finalement, j’ai passé environ 7 ans de ma vie à …’, est-ce que cela en valait le prix que j’ai payé ? En temps mal utilisé et en poids du mal-être que cela a engendré.
3 – Ou encore plus positivement, avec ma calculette du caractère précieux du temps :
si je continue à consacrer 3 heures chaque semaine à éteindre des incendies entre ma mère et mon époux, cela fait 156 heures par an. 3.120 heures en 20 ans, soit 130 jours, 24h/24 de ma vie. J’aurais pu faire quoi, si j’avais consacré ce temps à autre chose ? Est-ce OK pour moi ?
Le calcul vaut aussi pour toutes les charges mentales que l’on s’impose. Là, on parlera en termes d’énergie physique, mentale et émotionnelle. Cela pèse. Car continuer équivaut à gâcher un certain nombre d’années de sérénité et de joie qui ne se rattraperont jamais.
Apprenons à parler de poids, considéré en morceaux de vie.

Peut-être qu’on arrivera à la conclusion que, oui, cela en vaut la peine. Dans ce cas, parlons de ré-engagement. De renouvellement des vœux, comme dans le mariage. En gardant à l’esprit que cet engagement reste reconsidérable dans le temps, pourquoi pas ?
Ou alors, on s’autorisera à dire : Madame Médiatrice a rendu de fiers services. Elle est en droit de prendre sa retraite après 27 ans de bons et loyaux services.
Le ‘mode de désemploi’ de ces engagements obsolètes pourrait-il être d’en évaluer le coût-bénéfice ? Et de faire ses choix ?
Des choix avisés, en toute connaissance de cause désormais.
CaroLyne
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