La chapelle funéraire des seigneurs de Boussu, joyau Renaissance de Wallonie

La chapelle funéraire des seigneurs de Boussu, joyau Renaissance de Wallonie

🗓️ Mis à jour le 23 août 2026

En bref

En bref : accolée à l’église Saint-Géry de Boussu, cette chapelle est la seule de Belgique à conserver des mausolées de type Renaissance. Elle abrite trois mausolées de la famille de Hennin-Liétard — deux Renaissance, un baroque —, deux transis d’un réalisme saisissant et deux retables sculptés d’exception. Elle figure depuis 2009 au patrimoine exceptionnel de Wallonie.

Chapelle funéraire des seigneurs de Boussu, province de Hainaut
La chapelle funéraire des seigneurs de Boussu — Boussu · © CGT Wallonie / info-lux.com
Mausolée Renaissance de la chapelle seigneuriale de Boussu
Un des trois mausolées : les défunts agenouillés, en prière, dans un décor d’architecture Renaissance. · © Jean-Pol GRANDMONT — Wikimedia Commons, CC BY 3.0
Chapelle funeraire des seigneurs de Boussu vue depuis l'enclos de l'ancien cimetiere
L’enclos de l’ancien cimetière communal : la chapelle funéraire, à droite, accolée à l’église Saint-Géry. · © Gy Seray Boussu

Histoire & origines

Une chapelle romane est attestée à Boussu dès le XIIe siècle. Au début du XVIe siècle, elle est reconstruite en même temps que l’église paroissiale Saint-Géry, à laquelle elle reste accolée, dans le style gothique hennuyer.

Elle devient alors la nécropole des seigneurs puis comtes de Boussu, la famille de Hennin-Liétard — dont l’héritage passera en 1804 à la famille de Caraman. Une précision s’impose : les trois mausolées de la chapelle appartiennent exclusivement aux Hennin-Liétard. De la famille de Caraman, seules deux urnes sont aujourd’hui visibles ; les autres membres reposent dans la crypte, qui conserve les restes d’une trentaine de personnes des deux lignées.

Porte d'entree de la chapelle de Boussu et sa devise Gy Seray Boussu
La devise gravée dans le linteau de la porte d’entrée : « Gy Seray Boussu ». · © Gy Seray Boussu

En 1572, la chapelle est vandalisée par les Huguenots. Elle traverse pourtant les siècles, et fait l’objet de campagnes de restauration menées par l’Institut royal du patrimoine artistique en 2015 puis en 2021-2022.

Relief sculpté de la chapelle des Seigneurs de Boussu
Un détail du retable de la Crucifixion, en bois doré et albâtre, milieu du XVIe siècle. · © Marabaou — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Architecture & particularités

Ce qui rend Boussu unique tient en une phrase : c’est la seule chapelle de Belgique à abriter des mausolées de type Renaissance. Trois mausolées y sont conservés : deux de style Renaissance et un troisième, baroque, du XVIIe siècle.

Le premier, vraisemblablement daté de 1562, est l’œuvre du sculpteur et architecte montois Jacques Du Broeucq — également l’architecte de la résidence de Jean V de Hennin-Liétard à Boussu et du palais de Marie de Hongrie à Binche. Il est dédié à Jean V de Hennin-Liétard, premier comte de Boussu, mort en 1562, et à son épouse Anne de Bourgogne. La date de 1555, parfois citée, ne correspond pas à son décès : c’est l’année où Charles Quint érigea la seigneurie de Boussu en comté.

Le deuxième, vers 1580, réunit Maximilien Ier et Pierre II de Hennin-Liétard avec leurs épouses. Le troisième, vers 1625, consacré à Maximilien II, bascule dans le vocabulaire baroque : à lui seul, l’ensemble donne à lire près d’un siècle d’évolution de la sculpture funéraire.

Mausolee de Maximilien Ier de Hennin-Lietard et de son fils Pierre
Le mausolée de Maximilien Ier de Hennin-Liétard et de son fils Pierre : les orants en prière, la Vierge à l’Enfant dans la niche, les blasons de la lignée. · © Gy Seray Boussu
Mausolee baroque de Maximilien II de Hennin-Lietard
Le mausolée de Maximilien II, baroque : marbres, colonnes et la devise « Monstra te esse matrem ». · © Gy Seray Boussu
Buste de Marguerite de Croÿ, chapelle de Boussu
Marguerite de Croÿ, la fraise au cou : le portrait sculpté d’une famille au sommet. · © Jean-Pol GRANDMONT — Wikimedia Commons, CC BY 3.0

Les transis : la mort sans fard

La chapelle conserve deux transis, ces effigies qui représentent non pas le défunt idéalisé, mais le corps tel que la mort le laisse. Le plus célèbre, dit « l’Homme à moulons », est attribué à Colijn de Nole et date du XVIe siècle. Un gisant d’albâtre est par ailleurs attribué à Jacques Du Broeucq.

Le réalisme de ces sculptures explique une bonne part de la réputation du lieu : on est loin de la statuaire de convention, et la confrontation est franchement frappante.

Transi de la chapelle seigneuriale de Boussu
Le transi : le corps représenté après la mort, sans idéalisation. Une audace de la sculpture du XVIe siècle. · © Jean-Pol GRANDMONT — Wikimedia Commons, CC BY 3.0
Visage du transi de la chapelle de Boussu
Le visage du gisant en albâtre attribué à Jacques Du Broeucq — à ne pas confondre avec le transi dit « l’Homme à moulons », photographié plus bas. · © Jean-Pol GRANDMONT — Wikimedia Commons, CC BY 2.5
Le transi dit l'Homme a moulons, chapelle funeraire de Boussu
Le transi surnommé « l’Homme à moulons » : le corps tel que la mort le laisse. · © Gy Seray Boussu
Visage du transi dit l'Homme a moulons
Le visage de « l’Homme à moulons » : c’est bien lui, cette fois — la bouche ouverte, la chair rongée. · © Gy Seray Boussu

Deux retables d’exception

La chapelle conserve deux ensembles sculptés qui méritent à eux seuls le détour. Un mot, d’abord, sur les galeries : la galerie sud est dite « galerie des hommes », la galerie nord « galerie des femmes ». La distinction tient à leur usage ancien : elles permettaient au seigneur de Boussu et à son épouse d’assister séparément aux offices, à l’écart du peuple.

Le premier est le retable de la Crucifixion, en bois doré et albâtre, daté du milieu du XVIe siècle. Il se trouvait autrefois au sommet du mausolée de Maximilien II de Hennin-Liétard. Depuis sa restauration par l’IRPA en 2021, il est présenté dans une vitrine sécurisée, au rez-de-chaussée, juste en dessous de la galerie sud. Il proviendrait vraisemblablement des collections de Jean V de Hennin-Liétard et ornait à l’origine sa chapelle privée, au château de Boussu.

Retable de la Crucifixion en bois dore et albatre, chapelle de Boussu
Le retable de la Crucifixion, en bois doré et albâtre : milieu du XVIe siècle, restauré par l’IRPA en 2021, présenté au rez-de-chaussée sous la galerie sud. · © Gy Seray Boussu

Le second est arrivé plus récemment : depuis 2023, c’est bien la galerie sud, celle des hommes, qui présente un retable consacré à la Vie de la Vierge. Il se trouvait à l’origine dans l’église Saint-Géry attenante ; il a été transféré dans la chapelle après sa restauration, pour des raisons de sécurité et de conservation. Ce remarquable ensemble du début du XVIe siècle, réalisé dans les Pays-Bas méridionaux en bois de chêne, est attribué au sculpteur Pasquier Borman ou à la sculptrice Maria Borman. À l’origine polychrome, il déroule plusieurs scènes de la vie de la Vierge Marie. Il est aujourd’hui incomplet : plusieurs actes de vandalisme, au fil de son histoire, en ont fait disparaître des éléments.

Retable de la Vie de la Vierge attribue a Pasquier ou Maria Borman
Le retable de la Vie de la Vierge, attribué à Pasquier ou Maria Borman : présenté dans la galerie des hommes depuis 2023. · © Gy Seray Boussu

À voir sur place

Au-delà des mausolées, les galeries latérales présentent une collection d’art religieux du XIIe au XIXe siècle, rassemblée depuis les paroisses Saint-Géry de Boussu et Saint-Martin d’Hornu.

Vierge à l’Enfant de la chapelle seigneuriale de Boussu
La Vierge à l’Enfant qui se trouve au cœur du mausolée de Maximilien Ier de Hennin-Liétard et de son fils Pierre — et non dans les galeries latérales. · © Jean-Pol GRANDMONT — Wikimedia Commons, CC BY 3.0

La chapelle est classée depuis 1970 (n° 53014-CLT-0001-01) et inscrite au patrimoine exceptionnel de Wallonie (listes de 2009 et 2022). Elle se trouve à moins de 300 mètres du Centre d’interprétation du Château de Boussu, ce qui permet d’enchaîner les deux visites.

Infos pratiques

  • Où ? Contre l’église Saint-Géry, rue Léon Figue, 7300 Boussu (province de Hainaut).
  • Quand ? Les samedis matin de mai à septembre, ou sur réservation pour les groupes.
  • À combiner avec : le Centre d’interprétation du Château de Boussu, à 300 mètres.
  • Infos : Château de Boussu.

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Sources

Château de Boussu et Wikipédia. Précisions historiques et photographies complémentaires aimablement transmises par Lorenzo Tricolle, coordinateur des recherches historiques du Château de Boussu (asbl Gy Seray Boussu), que nous remercions. Photographies : © Gy Seray Boussu, ainsi que Jean-Pol Grandmont et Marabaou, via Wikimedia Commons, sous licences Creative Commons.

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