00:00:00IntroYou are listening to "The Podcast Factory Org".
00:00:02Michel GodartAujourd'hui hrmeetup.© est un peu particulier puisque nous sommes en Espagne, du côté de Quesada, et nous sommes à la rencontre d'un Belge qui a décidé d'y importer un petit morceau de Belgique, la friterie belge, ses produits et son savoir-faire. Carmelo, quand tu étais ado, c'était quoi ton rêve d'adolescent? On commence toujours nos podcasts de cette manière-là chez hrmeetup.©. Et de ton rêve d'ado jusqu'à aujourd'hui, qu'est-ce qui s'est passé? Est-ce que tu as le sentiment que tu es resté aligné avec ce rêve?
00:00:24Carmelo GiulianaMon rêve d'adolescent, c'est une très bonne question. En fait, quand on est adolescent, on a plusieurs rêves (Michel Godart: Oui), déjà à la base. Mais le premier rêve c'était de jouer de football professionnel, ça bien sûr.
00:00:31Michel GodartComme beaucoup d'ados.
00:00:32Carmelo GiulianaComme je suis Italien d'origine, ben j'aurais voulu jouer dans le championnat italien comme tout… Voilà, comme beaucoup d'ados, comme beaucoup de personnes à l'heure actuelle aussi. Et puis finalement, ben voilà, le rêve s'est transformé en frites belges.
00:00:44Michel GodartAlors justement, là on n'est pas vraiment dans le rêve d'ado alors on va essayer de comprendre un peu tout ton parcours aujourd'hui. Qu'est-ce que tu as fait comme premier métier dans ta vie professionnelle? Qu'est-ce que tu as fait comme études? Ça a commencé par quoi ton parcours?
00:00:53Carmelo GiulianaJ'ai terminé en général.
00:00:55Michel GodartEt tu as commencé à bosser pour des patrons ou tu as tout de suite été dans une mentalité indépendant.
00:00:58Carmelo GiulianaA peine je suis sorti de l'école, j'étais indépendant. Mais pendant mes études j'ai travaillé pour des patrons, (Michel Godart: Voilà) effectivement.
00:01:04Michel GodartDonc tu connais (Carmelo Giuliana: À quinze ans) le milieu du travail.
00:01:06Carmelo GiulianaÀ l'âge de quinze ans j'ai commencé à travailler dans les mariages.
00:01:09Michel GodartEn traiteur, avec les banquets.
00:01:10Carmelo GiulianaNous, comme nous sommes d'origine italienne, je suis d'origine italienne, bon comme la communauté Louviéroise on va dire, qui n'est pas mal en citoyens italiens, beaucoup de mariages (Michel Godart: Oui). Beaucoup de mariages, j'ai commencé au bar, j'ai commencé à servir, voilà. Mes premiers pas dans la restauration, dans l'Horeca, c'était les mariages le week-end, avec de l'ambiance, c'était vraiment agréable.
00:01:31Michel GodartC'est de là que vient ton beau sourire et ton enthousiasme avec les clients (Carmelo Giuliana: Je pense) et ton côté client hein (Carmelo Giuliana: Je pense). Franchement, on le sent bien (Carmelo Giuliana: Je ne sais pas, oui peut-être) quand on vient ici. Je peux témoigner, j'ai un peu échangé avec toi, on voit tout de suite l'accueil qui est présente, (Carmelo Giuliana: Oui) des gens qui ont fait de l'Horeca quoi.
00:01:42Carmelo GiulianaBen oui, moi j'aime bien ce métier, c'est un métier formidable. On croise énormément de personnes, de personnalités différentes, de profils différents. Et puis ben on est là pour s'amuser.
00:01:51Michel GodartQu'est-ce qui te touche le plus dans ton métier, dans le métier du service, la restauration. C'est quoi le super kiff ?
00:01:56Carmelo GiulianaC'est quand les gens partent avec un sourire, et qu'ils ont bien mangé, ils ont mangé une bonne frite.
00:02:00Michel GodartEt tu sais que c'est grâce à toi, en plus.
00:02:02Carmelo GiulianaGrâce à moi ou grâce à la patate. Mais en tout cas les deux!
00:02:05Michel GodartIl s'appelle comment ton commerce ici à Quesada?
00:02:07Carmelo GiulianaHola Patatas.
00:02:08Michel GodartHola Patatas, ça va être le sujet de ce podcast. On ne va pas parcourir tout ton parcours en Belgique, mais à un moment donné dans ta vie, tu te dis "Ben je vais aller en Espagne". Et à quel moment l'Espagne est-elle passée de "Ce serait chouette d'y vivre" à "Je pars et je le fais".
00:02:22Carmelo GiulianaBen écoutez, je le fais… Le faire, c'était difficile. En Belgique, j'ai eu énormément de commerces (Michel Godart: Oui), j'ai eu plusieurs établissements simultanément, donc énormément de responsabilités donc je ne pouvais pas partir. En 2018-2017, ma sœur est partie en Espagne pour toujours.
00:02:39Michel GodartAh d'accord (Carmelo Giuliana: Voilà). Donc tu avais déjà un membre de la famille (Carmelo Giuliana: J'ai des membres de…) qui était venu, que tu venais voir.
00:02:42Carmelo GiulianaVoilà, voilà. J'ai un petit peu triché on va dire. J'ai des membres de ma famille très proche, vu que j'ai une sœur qui est partie en Espagne. Moi qui ai fait des investissements, notamment du côté de Tenerife, voilà, donc j'avais déjà aussi, la même date, j'avais déjà aussi quand même un pied en Espagne.
00:02:56Michel GodartAh voilà.
00:02:56Carmelo GiulianaEt mes parents qui ont suivi parce que, pour l'amour de leurs enfants, ils ont voulu se rapprocher. Donc ils ont été du côté de ma sœur, donc bien évidemment ici, du côté de Villa Martin, du côté de Cabo Roig, voilà la Costa Blanca.
00:03:09Michel GodartDonc dans ton cas, c'est pas j'avais un pied en Espagne, j'avais déjà mon cœur en Espagne!
00:03:13Carmelo GiulianaJ'avais déjà…
00:03:14Michel GodartEt le pied en Belgique.
00:03:15Carmelo GiulianaOui, absolument. À partir de ces dates-là, oui. Et puis, comme rêve d'enfant, on a toujours voyagé. J'ai toujours voulu faire des frites à l'étranger. Quand j'allais au Mexique, je voulais faire des frites au Mexique. Quand j'allais en Italie, je voulais faire des frites en Italie. Quand…
00:03:28Michel GodartMais tu peux pas te diviser dans tous les pays.
00:03:29Carmelo GiulianaVoilà. Voilà, voilà, voilà, mais on avait toujours. J'étais parti au Canada, à Montréal, j'adorais l'avenue Sainte-Catherine et je me suis dit "Ah je verrais bien une belle friterie ici, un bel établissement à l'avenue Sainte-Catherine à Montréal".
00:03:38Michel GodartEt si tu grandis, qui sait.
00:03:39Carmelo GiulianaVoilà. Donc c'est souvent parti de mes lèvres quand je parlais d'étrangers, les frites, je les ai apporté avec moi, tout le temps. Donc du coup…
00:03:45Michel GodartEt au moment du déclic, le déclic.
00:03:47Carmelo GiulianaLe déclic? Avec l'Espagne? Ben c'est quand j'ai vendu mes établissements (Michel Godart: Oui). À ce moment-là, après 25 ans de carrière j'ai commencé à vendre des établissements, me défaire de friterie qui était là pour moi depuis 20 ans (Michel Godart: Oui). J'appelle ça mes bébés (Michel Godart: Ah ouais). Et puis un à un, on vend un, puis un an ou deux on vend l'autre et jusqu'au moment où il en reste un. À partir du moment où les ouvriers chez moi, celles qui me restent, sont là depuis une décennie et qu'ils me disent "Va rejoindre ta famille". Parce que finalement je n'avais plus de famille en Belgique (Michel Godart: Ouais, c'est ça quoi!) quasi. Proche, encore une fois.
00:04:15Michel GodartDonc c'est une partie d'isolement qui fait le déclic (Carmelo Giuliana: Voilà) et le bon moment. Le bon instant.
00:04:18Carmelo GiulianaOuais. On va dire que les planètes se sont alignées.
00:04:20Michel GodartOuais, et ça remonte à quand?
00:04:22Carmelo GiulianaÇa remonte il y a deux ans.
00:04:23Michel GodartDeux ans.
00:04:24Carmelo GiulianaDeux ans, oui, deux bonnes années.
00:04:26Michel GodartEt qu'est-ce que tu laisses derrière toi en Belgique, du coup? Parce que tu laisses aussi quelque chose derrière toi en Belgique quand tu quittes la Belgique, non? À part la culture, Mons, La Louvière…
00:04:33Carmelo GiulianaOuais, je laisse mes amis, je laisse l'ambiance belge (Michel Godart: Oui), je laisse ma jeunesse, je laisse ma vie, je laisse mon expérience. Il y a beaucoup de choses qu'on laisse en Belgique. Après, j'ai un avis, par rapport à la Belgique, ben si je suis partie c'est que, voilà, qui n'est pas toujours favorable à la Belgique. Je ne vais pas le mentionner, chacun…
00:04:49Michel GodartBah pour les entrepreneurs, on ne va pas se cacher (Carmelo Giuliana: Voilà), on va pas se mentir, il y a beaucoup de gens qui pensent de plus en plus à s'expatrier.
00:04:53Carmelo GiulianaUne fatigue on va dire (Michel Godart: Ouais) qu'en Belgique, après six établissements depuis 25 ans, une fatigue de payer l'État.
00:05:01Michel GodartOui c'est ça.
00:05:01Carmelo GiulianaParce que ils sont de plus en plus gourmands, et nous, nous sommes de plus en plus fatigués. Et on se pose la question si un jour on va continuer à savoir les payer parce que la fatigue d'un indépendant en Belgique, parfois elle est au-dessus. Ils demandent de plus en plus et on n'arrive plus à assimiler paiement et la fatigue.
00:05:17Michel GodartJe crois qu'il y a même pas besoin de le citer (Carmelo Giuliana: Psychologique aussi), je crois que les gens s'en doutent (Carmelo Giuliana: Oui). C'est connu, statistiquement on est quand même un des pays d'Europe les plus taxés, que ce soit pour en employé, ou en patron. Certainement plus en patron, je crois que c'est le poumon de l'économie belge (Carmelo Giuliana: Je pense), ce sont les indépendants, il ne faut pas l'oublier, il ne faut pas se leurrer. Alors, on va revenir à ton métier, ta passion. Qu'est-ce que tu as découvert sur toi en quittant la Belgique, est-ce qu'on se découvre parfois plus belge lorsqu'on est à l'étranger justement ?
00:05:41Carmelo GiulianaUne question on va dire, allez, qui est un peu difficile à répondre (Michel Godart: Oui, j'imagine). Parce que, quand on quitte la Belgique, moi personnellement, je voulais complètement quitter la Belgique, un décrochage total. Avec la nature, parce qu'il y a beaucoup plus de nature ici (Michel Godart: Oui, c'est clair), qu'en Belgique. Après tout ce qui est plage, comme je l'ai dit il y a beaucoup plus de nature. Et, simplement même la langue, changer de culture, comprendre un peu les Espagnols.
00:06:05Michel GodartAlors l'italien-espagnol, le pont est difficile?
00:06:08Carmelo GiulianaNon, pas du tout (Michel Godart: Non). Pas du tout, pas du tout, ce sont deux caractères de chiens, on va dire.
00:06:14Michel GodartÇa moi j'ai pas dit hein à mon ami ? Moi j'adore les Italiens et j'adore les Espagnol. C'est deux (Carmelo Guiliana: Mais moi j'aime bien…) peuples que j'adore.
00:06:21Carmelo GiulianaMais ce sont deux bons caractères bien trempés, allez on va dire, on va dire ça.
00:06:24Michel GodartBen il faut ça dans la vie, non?
00:06:25Carmelo GiulianaVoilà, voilà. Pour avancer je pense que c'est ce qu'il faut (Michel Godart: Oui). Après bon, la Belgique, la Belgique ne me manque pas, personnellement, les amis me manquent. Voilà, ouais les amis bien évidemment, les conversations, les soirées, la langue me manquent aussi parce que ben…
00:06:38Michel GodartMais tu y retournes de temps en temps ?
00:06:39Carmelo GiulianaOui, moi j'y retourne. J'ai toujours un établissement qui existe (Michel Godart: Où ça, où ça?) depuis.
00:06:42Carmelo GiulianaÀ La Louvière.
00:06:43Michel GodartÀ La Louvière, et ça s'appelle comment ?
00:06:44Carmelo GiulianaÇa s'appelle Les deux Haines.
00:06:46Michel GodartLes deux Haines.
00:06:46Carmelo GiulianaEt c'est exactement à Haines-Saint-Pierre.
00:06:48Michel GodartD'accord. Ben écoute voilà, on va dire à nos auditeurs et auditrices qui seraient encore en Belgique, qui n'ont pas la chance de venir découvrir tes bonnes frites ici, à la Belge, on en parlera tout à l'heure (Carmelo Guiliana: Ouais, ouais, ouais), ben qui peuvent aussi aller (Carmelo Giuliana: Absolument, absolument) déguster ton savoir-faire là-bas.
00:06:59Carmelo GiulianaJ'ai une équipe formidable.
00:07:00Michel GodartOn va en parler aussi ça. On va en parler des équipes.
00:07:02Carmelo GiulianaIls peuvent aller faire un saut, à La Louvière…
00:07:04Michel GodartOn mettra l'adresse (Carmelo Giuliana: Moi ça m'arrive), on mettra l'adresse dans le texte.
00:07:06Carmelo GiulianaEn parlant de ça, des anecdotes, il y a un mois d'ici je suis parti en Belgique et, bon j'ai travaillé avant de décoller (Michel Godart: Ouais), bien évidemment. Je décolle à 17 h, j'ai des amis qui m'appellent, ils me disent "Carmé t'es en Belgique", je dis "Oui". Et il me fait "Qu'est-ce que tu fais?", ben je suis à la friterie. On arrive, donc à midi Je faisais des frites pour mes amis de Belgique, aux deux Haines. Je prends l'avion et je m'en vais à 14h30 à l'aéroport, je prends l'avion à 17h. 19h30 j'atterris, à 20h je faisais des frites en Espagne.
00:07:31Michel GodartWaouh! Tu vis la frite quoi!
00:07:33Carmelo GiulianaJe ne me suis pas rendu compte hein? Parce que ça fait partie de ma vie.
00:07:35Michel GodartC'est tellement naturel.
00:07:36Carmelo GiulianaMais quand on en parle, et quand on y réfléchit, je me dis "C'est magnifique, c'est beau".
00:07:40Michel GodartC'est beau. C'est comme on dit: un métier passion, on travaille plus, on s'amuse.
00:07:44Carmelo GiulianaOui, oui, oui, oui, oui
00:07:44Michel GodartC'est clair.
00:07:45Carmelo GiulianaMais très important d'avoir "On s'amuse". Mais vous savez, c'est très important d'être bien entouré. Mais je suis très, très, bien entouré.
00:07:51Michel GodartOuais, ça c'est important. Carmelo, tout le monde peut faire et vendre des frites, mais qu'est-ce qu'il fait pour toi qu'une frite mérite réellement d'être appelée "Une frite belge"
00:07:59Carmelo GiulianaUne frite belge?
00:08:00Michel GodartJe prends l'accent hein ?
00:08:01Carmelo GiulianaC'est difficile à dire.
00:08:02Michel GodartC'est quoi le cachet belge ?
00:08:03Carmelo GiulianaLe cachet belge ? C'est la graisse.
00:08:05Michel GodartAh ben voilà, tu le dis le secret quand même.
00:08:09Carmelo GiulianaC'est la graisse parce que…
00:08:10Michel GodartLe choix de la graisse.
00:08:11Carmelo GiulianaOn a une très bonne graisse en Belgique (Michel Godart: Voilà). On a de très bonnes graisses, plusieurs marques, elles sont très bonnes. Après, il faut savoir régler tout ça aussi (Michel Godart: Oui, il y a une question de savoir-faire) Il faut savoir marier tout ça. Il faut peut-être bien l'écouter la patate, c'est con, mais c'est comme ça, quand elle cuit elle parle, parfois.
00:08:26Michel GodartOn m'a expliqué que tu as un art de traiter ta patate. On m'a parlé de ta façon de les éplucher, de les couper, d'avoir des tailles de frites précises. Voilà, j'ai mis mon petit doigt, je me suis informé.
00:08:34Carmelo GiulianaVous savez, la pomme de terre c'est quelque chose de vivant.
00:08:36Michel GodartExact.
00:08:37Carmelo GiulianaQuand elles sortent de la terre, elles continuent à vivre, elles continuent à se transformer.
00:08:41Michel GodartBen les gens qui avaient des caves à l'époque, ils se rappellent, quand on mettait les patates dans les casiers dans les caves, ça continuait de germer, ça pousse.
00:08:46Carmelo GiulianaAbsolument, donc ça continue à vivre. Donc, après la pomme de terre, il faut savoir de quelle façon elle continue de vivre. Et l'adapter par rapport à ce qu'elle demande.
00:08:54Michel GodartTu as dû t'adapter, mais qu'est-ce que tu as dû adapter par rapport à la frite ou ta façon de travailler? Et où est la limite où à un moment donné tu te dis "Non, ça ne change pas, sinon c'est plus des frites belges".
00:09:01Carmelo GiulianaTout d'abord c'est pas des frites belges, ce sont des frites espagnoles.
00:09:04Michel GodartBah voilà, on va préciser.
00:09:06Carmelo GiulianaÇa c'est la première des choses dans la question. Après, j'ai pas dû adapter quelque chose, j'ai simplement pris une pomme de terre espagnole, qui me convenait, après plusieurs tests bien évidemment.
00:09:16Michel GodartAh voilà (Carmelo Giuliana: Mais…). Tu as testé quand même.
00:09:17Carmelo GiulianaOui bien sûr (Michel Godart: Voilà), il y a le calibre, il y a la catégorie de pomme de terre, il y a beaucoup de sortes de pommes de terre bien évidemment, donc on a dû tester la qualité. On a dû tester une pomme de terre, parmi tant d'autres. Et, comme je l'ai dit, le calibre aussi c'est très important. Après, on a simplement amené la Belgique à côté de cette pomme de terre (Michel Godart: Voilà c'est ça), c'est tout.
00:09:35Michel GodartDonc en gros, si je te comprends bien?
00:09:36Carmelo GiulianaJ'ai rien refusé, j'ai tout amené.
00:09:38Michel GodartLa patate peut changer, ce qu'il faut c'est la méthodologie, l'approche, le savoir-faire, l'expérience. C'est surtout ça que tu apportes ?
00:09:44Carmelo GiulianaOui. Je pense, je pense, je dis pas que je suis le meilleur ou un professionnel ou quoi.
00:09:48Michel GodartAh tu as excellente réputation dans l'environnement, tout le monde me parle de toi hein ?
00:09:51Carmelo GiulianaMais ça fait plaisir.
00:09:52Michel GodartJe suis une semaine ici, tout le monde parle de frites ici hein ?
00:09:54Carmelo GiulianaÇa fait vachement, vachement, plaisir, bien évidemment mais en tout cas je mets du cœur (Michel Godart: Oui). Alors je crois que ma religion par rapport à la frite est la meilleure, parce que c'est ce que je pense.
00:10:03Michel GodartJ'aime bien comment tu prononces ça. Alors qui est-ce qui pousse la porte aujourd'hui? Est-ce que ce sont des belges installés ici, des touristes, des espagnols, d'autres nationalités? J'ai l'impression que c'est un peu tout le monde, non?
00:10:12Carmelo GiulianaTon impression est bonne.
00:10:13Michel GodartOuais, j'avais tantôt des gens de Manchester qui parlaient avec moi (Carmelo Giuliana: Oui. Oui, ben oui, oui). Ils sont là en train de manger d'ailleurs
00:10:17Carmelo GiulianaBen écoutez. Nous sommes au matin, enfin il est 13h, on est d'accord: pour nous la frite c'est le matin, d'accord ? J'ai ouvert il y a 30 minutes.
00:10:23Michel GodartExact.
00:10:24Carmelo GiulianaOk. Et directement, j'ai eu une table d'espagnol, une table d'Irlandais, une table de Belges en bas, j'ai une table de français (Michel Godart: Les gens de Manchester). Et j'ai les gens de Manchester que tu viens de mentionner (Michel Godart: Trop class), donc voilà. Donc, que dire? Je pense que j'ai un peu l'Europe.
00:10:37Michel GodartEst-ce qu'au bout d'un moment, une friture comme la tienne devient autre chose qu'un endroit où on vient manger?
00:10:41Michel GodartOui.
00:10:42Carmelo GiulianaAh explique moi, ça j'ai envie de savoir.
00:10:44Carmelo GiulianaBah on a fait un bel endroit je crois. Tu l'as dit, on est commerçant depuis quelques temps, on travaille le soir, bon voilà on a cette expérience. Et puis j'ai assimilé l'ambiance, je voulais qu'on passe un bon moment. Surtout, en Espagne on a fait quelque chose qui me tenait à cœur, donc c'est-à-dire que le client peut prolonger. Grâce à ces nationalités, qu'on a mentionné il y a quelques instants, en Belgique ils vont vers le comptoir, prennent leurs frites, ne prennent pas de café, ne prennent pas de dessert, ne prennent pas la peine de voir à côté de la frite qu'est-ce qu'il peut y avoir (Michel Godart: Oui, je vois). Donc, nous, commerçants, nous friterie en Belgique, on se limite à la frite. Mais, ici, je me suis amusé parce que on arrive à faire une petite brasserie avec ça, une petite brasserie, on arrive à inculquer aux Espagnols une petite entrée. Ils prennent toujours une petite entrée les Espagnols, c'est-à-dire quelques fricadelles avec un petit poulycroc ou une croquette de vol-au-vent et après ils passent au plat, et après ils passent même au dessert.
00:11:44Michel GodartAh oui d'accord, ça c'est particulier.
00:11:45Carmelo GiulianaÇa c'est la nationalité qu'on a ici, et grâce à ces nationalités-là, on peut mettre en avant aussi la gaufre de Liège et la gaufre de Bruxelles.
00:11:54Michel GodartMais génial ça! (Carmelo Giuliana: Voilà), tu es un ambassadeur belge en fait!
00:11:56Carmelo GiulianaNon mais ça s'y prête, ça fait partie de la même famille (Michel Godart: Oui, pas mal), tu vois?
00:12:00Michel GodartPas mal. Est-ce que au niveau humain, on parle de rencontre et d'échange avec la personne, est-ce qu'il t'est arrivé une aventure ici ou tu as rencontré quelqu'un que tu n'aurais peut-être jamais probablement rencontré en Belgique?
00:12:08Carmelo GiulianaMais j'en rencontre tous les jours.
00:12:10Michel GodartC'est le fait de rencontrer des nationalités différentes déjà, (Carmelo Giuliana: Oui) je pense.
00:12:12Carmelo GiulianaOui, et puis le sourire des gens. Vous savez, les personnes, l'espagnol et les étrangers me disent toujours "Mais qu'est-ce qu'elle a cette frite? Qu'est-ce que vous mettez sur la frite qui donne un goût pareil?". Nous les Belges, on le sait, c'est ce qu'on mange tous les vendredis en Belgique quasi.
00:12:27Michel GodartOuais c'est vrai (Carmelo Giuliana: Voilà) c'est le jour du vendredi. (Carmelo Giuliana: Je dis le vendredi parce que…). Madame nettoie, on va chercher des frites.
00:12:30Carmelo GiulianaVoilà. Voilà, voilà, voilà. Mais, on va dire que je suis resté surpris parce que, les étrangers qui ne connaissent pas notre produit, qui ne connaissent pas notre frite belge, ils pensent qu'il y a une structure, on met quelque chose sur la frite
00:12:45Michel GodartUn secret (Carmelo Giuliana: Oui, un secret), je l'ai dit hein ?
00:12:47Carmelo GiulianaMais ça change. Et ça c'est exceptionnel parce que les gens nous demandent "Mais qu'est-ce que vous avez mis sur vos frites?", Rien, rien.
00:12:54Michel GodartCarmelo, est-ce que malgré tout, il n'y a pas un moment tu peux te dire "Mais qu'est-ce que je suis venu foutre ici?" (Michel Godart: Ah non). C'est déjà arrivé? (Michel Godart: Oh non jamais) non. Donc aucun regret?
00:13:02Carmelo GiulianaMaintenant que j'ai ouvert oui. Avant d'ouvrir oui, je me posais la question "Qu'est-ce que je suis venu foutre ici?" (Michel Godart: Oui), Absolument. Et le fait d'avoir ouvert, c'est la réponse à ma question. Qu'est-ce que je suis venu foutre? Mais je suis venu foutre, je suis venu faire des frites, finalement. J'ai pris tout avec moi, j'ai pris la meilleure chose que je pouvais prendre en Belgique, je construis une maison aussi, donc je fais le modèle que j'avais en Belgique, quasi le même ici. J'adorais ma maison en Belgique, j'adorais mon terrain… Et j'adorais ma friterie.
00:13:27Michel GodartEst-ce que tu reconstruis ta vie ici?
00:13:29Carmelo GiulianaJe construis ma vie ici avec ce que j'aime le plus en Belgique, je l'ai rapporté avec moi.
00:13:34Michel GodartTu le vois donc comme une continuité (Carmelo Giuliana: Oui) ou un restart?
00:13:36Carmelo GiulianaNon, non, je me vois une continuité ici.
00:13:38Michel GodartTu le vois comme une continuité ?
00:13:39Carmelo GiulianaOui, je veux rester ici, bien évidemment.
00:13:41Michel GodartEt pourquoi tu penses que les gens reviennent vraiment chez toi?
00:13:43Carmelo GiulianaBen parce que peut-être qu'ils n'ont pas le choix ?
00:13:46Michel GodartNon, ça je crois pas, il y a cette concurrence Carmelo.
00:13:48Carmelo GiulianaBah ils reviennent peut-être pour mon sourire ou parce qu'on arrive à transformer quelque chose de bien, un bon moment. Il peut y avoir plusieurs facteurs le fait qu'ils reviennent.
00:13:55Michel GodartMoi de mon feeling, je vois surtout ton côté orienté client très sympa, ton sourire effectivement. Et tu l'as dit tantôt en fait ton secret hein? Tu crées une communauté, c'est unique (Carmelo Guiliana: Oui). J'ai pas eu ce sentiment-là quand je suis allé ailleurs ici (Carmelo Giuliana: C'est vrai?). Ça fait quatre ou cinq ans que je viens ici, chaque année, j'ai pas vu ce genre d'échange. Parce qu'on s'est arrêté, on a été faire un tour avec mon van ensemble tu vois (Carmelo Giuliana: Oui). Déjà rien que ça, tu vois je… Jamais j'ai fait ça avec quelqu'un d'autre quoi (Carmelo Giuliana: C'est vrai?), tu vois.
00:14:15Carmelo GiulianaC'est le feeling, Ça s'est passé tout seul. Et puis il faut savoir une chose, c'est que : je suis d'origine sicilienne. Et le fait d'être d'origine sicilienne, on aime bien inviter, on aime bien… Ma grand-mère je me souviens, il y avait toujours quelqu'un à la maison. On part de ce principe, on part de ses racines, qui font que, moi quand les gens viennent à la friterie que ce soit en Belgique, ou ici en Espagne, ils sont à la maison. Le Sicilien et la nourriture, c'est l'ambiance assurée.
00:14:41Michel GodartC'est une histoire d'amour, j'ai envie de dire c'est une histoire d'amour.
00:14:43Carmelo GiulianaQue ce soit Noël, que ce soit Pâques, on a toujours quelque chose
00:14:45Michel GodartL'accueil, l'accueil, les autres ouais.
00:14:48Carmelo GiulianaEt moi je le transforme au quotidien. Parce que je suis heureux quand les gens viennent chez moi et ça me fait plaisir.
00:14:53Michel GodartCarmelo tu le représente bien, et je suis assez fier de faire (Carmelo Giuliana: Merci) cette interview avec toi aujourd'hui. On va clôturer tout doucement cette interview, je sais que tu es fort occupé, je vais pas prendre trop de ton temps. On est dans un podcast où on parle de ressources humaines, de travail, de passion au travail, je crois que la passion travaille, là on a le cacher immédiatement, le cadre est scellé. Maintenant, nos trois questions RH, d'accord ? Quand tu engages quelqu'un, parce qu'ici on est dans une autre culture, un autre pays forcément. Est-ce que tu préfères quelqu'un qui sait parfaitement déjà faire le métier, ou quelqu'un qui a plutôt le bon état d'esprit et à qui tu peux apprendre le métier? Qu'est-ce qui est le plus important?
00:15:23Carmelo GiulianaÇa dépend, ça dépend la personne, ça dépend le feeling, ça dépend les besoins. Si on a déjà, généralement on fait une équipe, et si on a déjà une ou deux personnes qui savent déjà mettre la main à la pâte, on peut commencer à se pencher sur le côté humain et apprendre, voilà.
00:15:36Michel GodartDonc là, c'est le comportement qui est le plus important.
00:15:37Carmelo GiulianaÇa dépend. Maintenant, je donne la chance, j'ai donné de la chance, que ce soit en Belgique ou ici, beaucoup de personnes qui ne s'y attendaient pas (Michel Godart: Ouais), simplement sur le regard, sur le moment.
00:15:48Michel GodartQuestion de feeling de nouveau?
00:15:50Carmelo GiulianaSur le feeling, sur le moment où la personne vient se présenter, aussi.
00:15:53Michel GodartMais la question est importante pour moi à ton niveau parce que, justement, tu ne fais pas que un business et un commerce que tu lances ici, tu en as eu d'autres avant en Belgique (Carmelo Giuliana: Ah oui) donc tu as une expérience!
00:16:02Carmelo GiulianaOui, pour ça, oui. Pour ça oui!
00:16:02Michel GodartEt tu as changé cette habitude de recrutement ? (Carmelo Giuliana: Non) Tu as gardé les mêmes normes, les mêmes critères ?
00:16:06Carmelo GiulianaJe garde la même chose, on ne change pas une équipe qui gagne (Michel Godart: Oui), c'est comme ça. Et puis en Belgique, il faut savoir que la seule établissement qui me reste, mes ouvriers, enfin mes ouvriers, ma famille professionnels, ouvriers, voilà, on peut voir les choses de leur point de vue. Ils sont là depuis quinze ans.
00:16:19Michel GodartOuais.
00:16:20Carmelo GiulianaDonc, quasi tous, ils m'ont tous mis un coup de pied au derrière en disant "Va-t’en Espagne on se charge de tout", c'est comme ça que ça s'est passé "Et ne vend pas".
00:16:27Michel GodartEt c'est agréable ?
00:16:29Carmelo GiulianaOh c'est magnifique, c'est agréable, c'est quelque chose d'extraordinaire.
00:16:32Michel GodartTu as créé une relation de confiance?
00:16:34Carmelo GiulianaOui (Michel Godart: Ouais), et puis, il faut savoir une chose, je ne sais pas si tu vas l'aborder, ou pas, mais j'ai une femme extraordinaire.
00:16:40Michel GodartOui, on va en parler. Je l'ai croisé, directement le sourire et la même approche que toi quasi.
00:16:44Carmelo GiulianaOui elle est, voilà je sais pas si je t'en…
00:16:46Michel GodartElle va t'entendre, elle va t'entendre (Carmelo Giuliana: Je ne sais pas si j'en parle), on lui fais un beau compliment là.
00:16:48Carmelo GiulianaSi j'en parle maintenant.
00:16:49Michel GodartOuais tu peux en parler maintenant, vas-y (Carmelo Giuliana: Si tu as une question à me poser par rapport à elle?). On est en podcast, on peut tous dire Carmelo.
00:16:53Carmelo GiulianaBen écoute, j'ai une femme extraordinaire parce que (Michel Godart: Elle te supporte déjà) je ne suis pas l'homme. Oui voilà déjà, parce que je suis quelqu'un de très, très, très, nerveux, hyperactif.
00:16:59Michel GodartNon, je te parle de supporter dans tes œuvres d'entrepreneuriat (Carmelo Giuliana: Oui ben voilà), maintenant tu dévoiles autre chose là.
00:17:02Carmelo GiulianaOui, oui. Non, non, mais non mais même, même… Ma vie en fait se porte autour de mon professionnel (Michel Godart: Oui). On est ouvert sept jours sur sept depuis 25 ans, on va dire que (Michel Godart: Waouh). Oui. Oui, oui, oui, oui, oui… Et quand j'avais trois établissements ou quatre établissements en simultané, c'était sept jours sur sept. Ici en Espagne, je m'octroie le dimanche.
00:17:17Michel GodartEt ça ne s'arrête pas à l'établissement. Parce que, beaucoup l'oublient (Carmelo Giuliana: Ah non) quand on se lance comme entrepreneur, il y a la compta, il y a la paperasse (Carmelo Giuliana: Ah il y a…ah, il y a mon numéro de TVA…). Et en Belgique on est particulièrement pas gâté là-bas.
00:17:25Carmelo GiulianaAh non. Mon numéro de TVA existe depuis 1999 ou 2001, quelque chose comme ça.
00:17:28Michel GodartAh ouais quand même.
00:17:29Carmelo GiulianaAh oui. Oui, oui, oui, oui, non. Non bien évidemment, mon nom existe depuis 2000, voilà, et mon entreprise également.
00:17:35Michel GodartAlors on revient à ta femme. Donc elle t'a supporté pour te soutenir dans tes entreprises?
00:17:39Carmelo GiulianaOuais elle m'a supporté énormément.
00:17:40Michel GodartElle supporte ton caractère tu m'as dit.
00:17:41Carmelo GiulianaElle supporte mon caractère, mais elle a un savoir-faire énorme en friterie.
00:17:44Michel GodartC'est vrai ?
00:17:45Carmelo GiulianaOh mais faut savoir, on a commencé à travailler ensemble à 18 ans.
00:17:47Michel GodartD'accord, il y a une histoire d'amour derrière.
00:17:50Carmelo GiulianaAh ben oui.
00:17:51Michel GodartÇa fait combien de temps que vous êtes ensemble alors maintenant?
00:17:52Carmelo GiulianaBen depuis 1999.
00:17:54Michel GodartTe trompe pas sur la date hein ? Tu vas ramasser un coup de casserole hein ?
00:17:56Carmelo GiulianaNon. Non, non, non, non, je vais même préciser le 2 juillet 1999.
00:17:59Michel GodartÇa c'est beau (Carmelo Giuliana: Voilà), ça c'est… Alors là, ça c'est beau.
00:18:01Carmelo GiulianaVoilà. Voilà, voilà. Non c'était une histoire exceptionnelle, il n'y a pas de mots. Mon épouse il n'y a pas de mots, c'est, c'est moi et elle, c'est comme ça. C'est une histoire de vie, des enfants…
00:18:11Michel GodartTu as des enfants? Combien d'enfants?
00:18:12Carmelo GiulianaDeux enfants
00:18:12Michel GodartDeux enfants.
00:18:13Carmelo GiulianaDeux enfants.
00:18:14Michel GodartEt ils ont quel âge?
00:18:14Carmelo GiulianaÀ l'heure actuelle il y en a un de 17 ans (Michel Godart: Oui), et une petite de treize ans.
00:18:17Michel GodartBen on leur fait coucou aussi, au passage.
00:18:19Carmelo GiulianaBien sûr, on fait toujours coucou, pour les enfants.
00:18:20Michel GodartIls sont aussi dans le support et dans l'aide?
00:18:21Carmelo GiulianaMais bien sûr, ils sont nés dedans !
00:18:24Michel GodartC'est l'esprit familial ?
00:18:25Carmelo GiulianaOuais, ouais. Mais surtout que maintenant mon fils en Espagne travaille avec nous.
00:18:27Michel GodartIls vont faire, ah il fait la friture aussi?
00:18:29Carmelo GiulianaIl fait plus le bar.
00:18:30Michel GodartPlus le bar.
00:18:31Carmelo GiulianaIl a l'opportunité de choisir. Et je pense qu'il a commencé comme moi, à quinze ans j'ai fait des mariages, j'étais au bar.
00:18:36Michel GodartIl suit l'exemple du father.
00:18:37Carmelo GiulianaVoilà. Après bon ben on a fait des frites, mais voilà. Mon fils, voilà, et d'ailleurs il travaille très bien.
00:18:42Michel GodartOuais, chapeau, super (Carmelo Giuliana: Il travail, très bien). La pomme ne tombe pas très loin de l'arbre, j'ai envie de dire.
00:18:47Carmelo GiulianaNon, complètement. Comme on dit "Les chiens ne font pas des chats".
00:18:50Michel GodartTu es belge, tu entreprends en Espagne, et tu accueilles une clientèle probablement très internationale comme tu l'as dit tantôt, est-ce que cette expatriation a changé ta manière de manager et de gérer les gens? Parce que, malgré tout, les gens que tu engages ici ils n'ont pas forcément la culture belge.
00:19:04Carmelo GiulianaAbsolument, absolument. Bon, parfois les mots me manquent (Michel Godart: Oui) pour bien décrire où ce que je veux en venir. Après, il faut savoir que, que ce soit en Espagne ou en Belgique, les profils de chaque ouvrier sont différents. Donc pour arriver à un point A à un point B.
00:19:17Michel GodartDonc ce n'est pas la culture (Carmelo Giuliana: Non, ça n'a rien à voir), c'est plus les personnes.
00:19:19Carmelo GiulianaÇa n'a rien à voir. C'est profils, c'est essentiellement la personne, au profil privé. Même en Belgique, on doit devoir dire quelque chose à un ouvrier, ou trois ouvriers différents, on va passer par trois chemins différents, on va aller peut-être sur trois profils différents pour arriver au bout.
00:19:34Michel GodartBen c'est là la force du manager et l'intelligence (Carmelo Giuliana: Voilà) de manager (Carmelo Giuliana: Et en Espagne…), c'est l'intelligence (Carmelo Giuliana: C'est l'humain) c'est l'intelligence émotionnelle.
00:19:39Carmelo GiulianaC'est ça.
00:19:40Michel GodartC'est l'intelligence émotionnelle (Carmelo Giuliana: C'est ça). C'est comprendre les émotions des gens, les écouter, leur parler avec leurs mots (Carmelo Giuliana: Manager ou éducateur), tu leur fait un effet miroir.
00:19:45Carmelo GiulianaOn va vers cette partie-là.
00:19:47Carmelo GiulianaOn va vers cette partie-là. Après toutes ces années, après ça fait plus de 20 ans qu'on a quand même du personnel. Et généralement le personnel je suis en bon contact avec tout le monde, les personnes qui s'arrêtent chez moi sortent toujours par la grande porte (Michel Godart: Tu gardes des bons contacts). Parce qu'ils sortent par respect, bien sûr (Michel Godart: Oui). Ou ils veulent changer de métier, ou il y a un problème familial.
00:20:03Michel GodartEt ça c'est peut-être la plus belle récompense pour toi, par rapport non plus aux clients mais par rapport aux gens qui bossent avec toi.
00:20:08Carmelo GiulianaMais bien sûr (Michel Godart: Oui). Mais bien sûr, et ils le savent (Michel Godart: Oui), ils le savent. Vous savez, quand il y a un ouvrier qui me demande un jour de congé, je lui donne. Vous savez pourquoi? Par contre, je lui donne parce que, en fait, dans l'Horeca, l'ouvrier, la personne, le personnel, est devant le client, d'accord ? Donc si il a pas son jour de congé, que sais-je, pour une raison ou l'autre, importante, moins importante, ok. Mais si ça s'avère que c'est important, il va être triste. Devant le client le jour de congé que je ne lui ai pas donné, il va être triste.
00:20:42Michel GodartEt ça t'en tient compte ?
00:20:43Carmelo GiulianaÇa j'en tiens compte. Et je dis toujours "Je donne congé à mes ouvriers, même si c'est moi qui dois le remplacer", parce que nous sommes dans l'HORECA. J'aurai une entreprise de construction, et que ça aurait été un ouvrier dans la construction qui fabrique 20 mètres carrés de murs par jour, peut-être que ma réponse aurait été différente (Michel Godart: Ouais tu t'adaptes). J'aurais peut-être dit "Non, je ne te donne pas congé". Parce que, s'il n'est pas content, le mur ne va pas avoir de réaction. S'il travaille triste devant un mur, c'est ça aussi le management. Après, voilà, il y a deux façons…
00:21:12Michel GodartContextualiser, contextualiser, ouais.
00:21:13Carmelo GiulianaIl y a deux façons de gérer les personnes. Et que ce soit en Espagne, ou en Belgique, ça reste des humains, avec tous des profils différents, tous.
00:21:22Michel GodartOk. On a deux petites questions puis je vais te libérer parce que j'entends que le monde arrive tout doucement. Si demain un Belge de 30, 40 ou 50 ans te dit "Carmelo, j'en ai marre, je plaque tout, je pars vivre et travailler en Espagne", quelle est la première chose que tu lui réponds?
00:21:34Carmelo GiulianaBen viens. – Rires de Michel Godart- J'en ai un qui est venu!
00:21:36Michel GodartPourquoi tu m'étonnes pas?
00:21:37Carmelo GiulianaJ'en ai un qui est venu.
00:21:38Michel GodartC'est vrai ?
00:21:38Carmelo GiulianaJ'en ai un dans cette équipe, j'en ai un. Je rentre en Belgique, je vais manger dans un établissement, je connais cette personne depuis quelques années, d'accord? Il sait que je vais en Espagne, je parle avec lui et je dis "Je vais ouvrir un établissement". Il me dit "C'est pas vrai". Je dis "oui". Il me dit "Je viens avec toi". Bon, je prends ça (Michel Godart: Tu crois que c'est un mot comme ça en l'air) sur la rigolade. Voilà, je crois… Et finalement il me téléphone deux ou trois semaines après en me disant "Carmé, est-ce que c'est vrai que tu vas ouvrir? J'ai entendu", "Oui c'est vrai", "J'arrive". Il a attendu un an, il a continué à travailler en Belgique, il a rien dit par respect pour son employeur bien évidemment, d'accord ? Parce que, à l'étranger c'est toujours, vous savez il y a toujours des personnes qui disent on va ouvrir, on va pas ouvrir donc (Michel Godart: Il y a une dose d'inconnue) il ne sait pas sur quel pied danser (Michel Godart: Il y a une dose d'inconnue, voilà ouais) donc il ne sait pas si je suis sérieux ou pas? Donc du coup ben, il a attendu un an, mais il est là, il est en bas, il est ici sous nos pieds, en train de fabriquer à manger pour les tables qui a…
00:22:27Michel GodartIl s'appelle comment?
00:22:28Carmelo GiulianaOscar.
00:22:28Michel GodartOscar. Bonjour Oscar et chapeau hein! Quel courage! Quel courage!
00:22:32Carmelo GiulianaC'est une personne très, très, très, très gentille.
00:22:34Michel GodartOuais, je l'ai vu. Je crois que c'est lui que j'ai vu parce qu'il y avait une personne quand je suis arrivé donc. Sourire aussi comme toi (Carmelo Giuliana: Oui), directement.
00:22:39Carmelo GiulianaC'est un italien.
00:22:39Michel GodartC'est la marque de famille.
00:22:41Carmelo GiulianaC'est ça. Il est content de faire des frites comme moi, on parle la même langue.
00:22:44Michel GodartPour clôturer Carmelo, je vais revenir à mon rêve d'ado du début tu vois? Si l'ado que tu étais pouvait entrer aujourd'hui ici, te voir en Espagne derrière cette friterie, et découvrir tout ce qui s'est passé entre les deux. Qu'est-ce que tu crois qu'il te dirait?
00:22:56Carmelo GiulianaJe suis fier de toi – Rires. Tu as suivi ton cœur.
00:23:00Michel GodartTrès belle interview, je te remercie. Est-ce qu'il y a un dernier mot que tu as envie de dire?
00:23:04Carmelo GiulianaNon pas spécialement, je pense que j'ai fait le tour. Mais j'embrasse ma femme quand même parce que (Michel Godart: Elle s'appelle comment ton épouse?), Rosa, elle s'appelle Rosa. Pendant que je suis en train de parler avec toi, je la regarde en train de prendre une commande, et je suis fier d'elle, voilà.
00:23:16Michel GodartOuais t'as le cœur qui bat (Carmelo Giuliana: Ouais. oui, oui, oui), je le vois (Carmelo Giuliana: Absolument). Et les yeux qui brillent…
00:23:18Carmelo GiulianaAbsolument.
00:23:18Michel GodartEt les yeux qui brillent.
00:23:19Michel GodartCe soir gros câlin Rosa hein ?
00:23:21Carmelo GiulianaOh, c'est pas nécessaire – Rires – C'est déjà fait.
00:23:25Michel GodartAlors Carmelo, sache que dans ce podcast, il y a un texte explicatif dans lequel les gens vont pouvoir trouver un lien. Et si tu partages ce podcast dans ta communauté en Espagne ou en Belgique, ils peuvent cliquer sur ce lien avec leur smartphone. Il y a un micro dans un smartphone, ils peuvent te parler sur un voicemail (Carmelo Giuliana: Bon), s'entendre, faire envoyer en mettant leur email et je peux te l'envoyer. Et s'ils me disent (Carmelo Giuliana: Bon) on peut le faire entendre aux autres, qui me le disent à la fin, et bien moi quand je publierai ton podcast je mettrai en commentaire. Et donc, on entendra les voix des gens de faire un compliment, de dire une gratitude, de dire merci. Et pourquoi pas de poser une question et tu pourras répondre.
00:23:55Carmelo GiulianaAh super.
00:23:55Michel GodartÇa marche ?
00:23:56Carmelo GiulianaÉcoute, ça me semble vraiment super.
00:23:58Michel GodartMerci Carmelo pour ta confiance (Carmelo Giuliana: Merci à toi), à bientôt.
00:24:00Carmelo GiulianaUn grand, grand merci.
00:24:00Michel GodartJe t'en prie.
00:24:00Carmelo GiulianaEt je vous embrasse tous.
00:24:03IntroYou are listening "The Podcast Factory Org"
00:24:04Michel GodartCe projet podcast est une initiative créée et proposée par l'ASBL "The Podcast Factory Org", avec le sponsor de "transforma bxl – Innovation Playground", espace de coworking à Evere. Depuis janvier 2025, et pour cinq années, nous sommes aussi sponsorisé par "Plugin Company", notre opérateur de bornes et de cartes de recharge privilégié. "The Podcast Factory Org" est très fier d'être membre de "KAYA – Coalition des Écopreneur" et Écopreneures, et de collaborer avec le "Love Health Center". Vous retrouverez tous les épisodes de tous nos podcasts sur le site "What's Your Story point be". N'oubliez pas de vous abonner à notre chaîne YouTube @thepodcastfactoryorg, nous y proposons le podcast en format vidéo avec la transcription en sous titres en plusieurs langues.
Transcription intégrale — cliquez un horodatage pour lancer la vidéo ci-dessus au bon moment, sans quitter la page. © The Podcast Factory Org.