RETOUR SUR LA PROGRAMMATION DU WEEK-END
Pour sa quarantième édition, le FIFF de Namur a peu de stars sur le tapis rouge mais fait la part belle aux femmes, tantôt héroïnes, tantôt victimes, tantôt soumises. C’est la tendance des premiers films présentés dans les différentes sections qu’offre le FIFF. A Namur, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
Tout a commencé vendredi soir avec en ouverture le film de Nabil Ben Yadir et de sa maman Mokhtaria Badaoui avec « Les Baronnes » qui dresse le portrait de quatre grand-mères de Molenbeek que rien n’arrête pour accomplir le rêve de Fatima, en l’occurrence jouer Shakespeare parce qu’elle « connaît la vérité ». Les hommes n’ont dès lors qu’à bien se tenir, ce qui apporte de la légèreté et de l’humour à cette comédie.
Avec « On vous croit », on passe déjà la vitesse supérieure. Un drame réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys qui se déroule dans un tribunal. Alice n’a pas droit à l’erreur. Elle rencontre la juge de la jeunesse pour y défendre le droit de ses enfants victimes d’un père au comportement très suspect et qui remet en cause la garde. Dans ce drame, dont l’action se déroule en temps réel, une fois encore, la femme occupe une place prépondérante. C’est une femme qui joue le rôle du juge, ce sont deux avocates qui défendent les intérêts de leurs clients et c’est une adolescente qui prend soin de son petit frère de dix ans. Toutes sont dépeintes comme des femmes fortes qui assument leurs responsabilités, peu importe la situation. Le film est d’autant plus fort que Myriem Akheddiou, alias Alice, nous offre une prestation hors norme qui pourrait bien aboutir au Bayard de la meilleure actrice, ce qui serait amplement mérité. A noter que Laurent Capelluto, dans le rôle du père indigne, est tout aussi bluffant. « On vous croit » est un drame qui, pour toutes ces raisons, a marqué cette première semaine.
Moins flatteur est le rôle de la femme dans « Katanga, la danse des scorpions » librement inspiré de Mc Beth signé William Shakespeare. Représentée comme étant dotée d’un caractère fort, l’épouse de Katanga incite son mari à assassiner le roi Pazouknaam afin de prendre sa place. Femme forte, manipulatrice et avide de pouvoir coûte que coûte. Comme dit l’adage « derrière un grand homme, il y a une grande femme ». Seulement, la morale est aussi importante dans les histoires et forcément, quand on lance un boomerang, celui-ci vous revient toujours.
Femme protectrice qui apporte une certaine sérénité. On la retrouve dans « Becoming Human » de Polen Ly. Un film sur la métempsychose, la réincarnation. Une âme gardienne d’un cinéma à l’abandon et menacé de destruction rencontrant un jeune homme qui a besoin de réconfort et surtout de réponses à ses questions existentielles.
Puis arrive la claque du festival. Elle nous vient en droite ligne de la catégorie « FIFF Première ». Elle est signée Marie-Hélène Roux avec au générique Isaac de Bankolé et Vincent Mc Caigne. Le titre « Muganga – celui qui soigne », un biopic consacré au docteur Denis Mukwege, médecin congolais et futur Prix Nobel de la Paix. Ici, on ne rigole plus, on n’est plus dans la fiction narrative mais bien la réalité, celle de milliers de femmes congolaises qui se font violer de manière atroce par des hommes cruels et pervers. L’histoire raconte la rencontre entre le docteur Mukwege et le docteur Guy Cadière, chirurgien belge qui va redonner un souffle nouveau à l’engagement du docteur Mukwege. Mais leur force, ils l’obtiendront grâce à celle des femmes meurtries, humiliées, mais avec une telle volonté de résister à la sauvagerie des hommes qu’elles deviendront des héroïnes.
Une autre réalisatrice marque à sa manière la 40è édition du Festival du Film Francophone de Namur. Il s’agit de Bérangère Mc Neese qui nous parle du mal de vivre d’une jeune adolescente, amoureuse de l’amour et forcément d’une déception annoncée, avec « Filles du Ciel ». Lorsqu’Héloïse rencontre par hasard Mallorie, sa vie va changer. Elle se retrouve dans une tribu avec trois autres filles, toutes plus âgées qu’Héloïse. Mais ensemble, l’union fait la force, elles vont se protéger l’une l’autre surtout vis-à-vis des hommes qui n’ont pas toujours de bonnes intentions. Ensemble, leurs blessures du passé finiront par se guérir, elles, aux apparences si solides et pourtant si fragiles.
Dans « Exile » de Mehdi Hmili, film coproduit par la société luxembourgeoise Tarantula, la femme est présentée comme étant tour à tour une traite puis une victime. Ce drame relate l’histoire de Mohamed, ouvrier sidérurgiste, ravagé par l’accident et la mort de son ami, qui décide de mener sa propre enquête. Il découvrira alors le monde de la corruption avant de se transformer en symbole de résistance et de sacrifice. Mais avant, les soupçons de Mohamed pèseront sur la femme de son ami au comportement ambigu avant de se raviser et se rendre compte que celle-ci est une victime, ignorant tout des magouilles de son défunt mari. Mais pour arriver à prouver son innocence, elle devra faire preuve d’un grand courage. La femme humiliée et exploitée, on la retrouve dans l’œuvre de Morad Mostafa « Aïsha, can’t fly away », présenté dans la section « Un Certain Regard » lors du dernier Festival de Cannes. Aïcha, aide-soignante soudanaise de 26 ans qui vit en plein cœur du Caire, se trouve coincée entre un chantage douteux en échange de sa sécurité, un vieil homme pervers et un patron qui ne lui laisse pas vraiment le choix de se soumettre à ce patient lubrique. C’est un combat entre le pot de fer et le pot de terre, un combat pour la survie de cette migrante qui devra faire preuve d’une volonté extrême pour faire face à ses peurs et défaites du passé. Une fois encore, on nous raconte une histoire où la situation de la femme, quel que soit l’endroit dans le monde, est fragile. Où leur vie est un éternel combat face aux hommes qui, pour certains et dans certains pays, s’imaginent encore être supérieurs à la femme.
Réalisé par un jeune homme de 26 ans appelé Nathan Ambrosioni, c’est certainement le plus beau film de la sélection qui rend hommage aux femmes. Le titre : « Les enfants vont bien » avec Camille Cottin, toujours aussi excellente quel que soit son personnage et Juliette Armanet qui avait fait l’ouverture au dernier festival de Cannes dans « Partir un jour ». Dans ce drame, deux femmes sont mises en opposition. La sœur, Suzanne, au bord du gouffre depuis la mort de son mari et Jeanne, lesbienne qui vient de se faire larguer, femme de tête qui gère son boulot avec un sens des responsabilités irréprochables. Une femme qui n’a pas envie d’enfant, ce qui lui a coûté sa relation avec Nicole, artiste peintre. Suzanne pète un plomb et disparait, laissant ses enfants sous la responsabilité de Jeanne qui, en grattant un peu, n’est pas aussi forte que l’on aurait pu imaginer. Dans ce long métrage, mis à part le policier interprété par Guillaume Gouix qui apparaît au deuxième plan, aucun homme. Peu importe, ce film est touchant et surtout très sobre et pudique dans les sentiments exprimés par Jeanne qui, petit à petit, enlève sa carapace pour mieux apprivoiser les deux enfants de sa sœur disparue sans laisser de trace.

Nous terminons ce week-end du FIFF avec « Deux femmes en or » de Chloé Robichaud où cette fois, la femme, ou plutôt les femmes puisqu’il s’agit de Violette et Florence, deux voisines, n’arrivent pas à comprendre ce qui leur arrive. Elles se sentent déconnectées, vides. Leur relation avec leur mari n’est pas des plus attractives. Un malentendu entre les chromosomes X et Y et voilà que leur vie part à vau l’eau… « Deux femmes en or » remettent l’Eglise au milieu du village et revisitent les codes des sentiments. Eh oui, ce n’est pas toujours l’homme qui doit gagner surtout lorsque celui-ci n’est pas vraiment droit dans ses baskets…c’est une fois de plus le coup du boomerang.





























































0 Comments