Kicks for Africa Kids : à 16 ans, ils collectent les crampons qui dorment dans les caves belges pour les enfants d’Ouganda

Kicks for Africa Kids : à 16 ans, ils collectent les crampons qui dorment dans les caves belges pour les enfants d’Ouganda

🗓️ Mis à jour le 24 août 2026

En bref

En bref : Louis Gonze et Julian Silvera, deux Bruxellois de 16 ans, ont fondé Kicks for Africa Kids : un projet qui récupère les chaussures de football inutilisées en Belgique pour les envoyer à des enfants d’Ouganda. En trois mois : 1 500 € réunis, 15 clubs partenaires — dont l’Union Saint-Gilloise, Anderlecht et Charleroi — et un premier envoi de 100 paires. Ils cherchent maintenant d’autres clubs prêts à accueillir une boîte de dépôt.

📁 Dans cet article
Dizaines de paires de chaussures de football collectees par Kicks for Africa Kids
Des dizaines de paires collectées : le projet part de ce qui dort dans les caves belges. · © Kicks for Africa Kids

L’histoire commence par une semelle qui se déchire. Un mardi après-midi, en Ouganda, lors d’un entraînement comme les autres. La chaussure d’un gamin du village, Boaz, rend l’âme en plein exercice. Le coach se tourne vers Louis : aurait-il une paire de rechange ?

Louis rentre, ouvre un placard du salon et tombe sur une caisse en plastique remplie d’une dizaine de paires — les siennes et celles de son frère, accumulées depuis l’enfance. Il la sort pour en prendre une. « Tout d’un coup, tous les joueurs se sont rués dessus. Ils m’ont littéralement dépouillé, me laissant en échange toutes leurs vieilles chaussures usées. » Il n’a pas encore de mot pour ça, mais le projet vient de naître.

Enfants ougandais posant avec les chaussures de football recues
En Ouganda : les chaussures alignées devant les enfants qui vont les recevoir. · © Kicks for Africa Kids

Neuf ans en Afrique, et une dette

Louis Gonze a 16 ans et joue à l’Union Saint-Gilloise. Fils de diplomates, il a grandi « dans le mouvement perpétuel » : cinq pays, trois continents, « une valise toujours à moitié prête ». Le Kenya d’abord, alors qu’il n’a que quelques mois. Puis le Sénégal, où il forme ses premiers souvenirs concrets et joue pieds nus dans le sable avec les enfants du quartier, « le ballon comme seule langue commune ».

Enfants jouant au football pieds nus sur un terrain de sable en Afrique
« Le football, je le découvre ici dans sa forme la plus pure : sans équipement, sans infrastructure. » · © Kicks for Africa Kids

Vient ensuite l’Ouganda, « la perle de l’Afrique », et neuf années qu’il décrit comme les plus déterminantes de sa vie. C’est là qu’il commence à mesurer l’écart entre ses conditions et celles de ses coéquipiers. « Avant de vivre en Afrique, je pensais que la pauvreté se voyait, écrit-il. Aujourd’hui, je pense que la pire forme de pauvreté est parfois invisible : c’est perdre la capacité de partager, de s’émerveiller ou de se sentir responsable des autres. »

Quitter l’Ouganda, à quatorze ans, a été une épreuve. « Je ne quittais pas seulement un pays ; je quittais une partie de moi-même. » Il se souvient des derniers au revoir devant le portail. « Certains pleuraient. Moi aussi. À quatorze ans, je découvrais qu’on pouvait avoir le mal du pays pour un pays qui n’était même pas celui de sa naissance. »

De retour en Belgique, une idée ne le quitte plus : rendre quelque chose. « Non pas par pitié, mais par gratitude. »

Louis Gonze a l'entrainement sous les couleurs de l'Union Saint-Gilloise
Louis Gonze, joueur à l’Union Saint-Gilloise, à l’échauffement en Youth League. · © Kicks for Africa Kids

« Viens, on fait ça »

Il en parle un jour à Julian Silvera, camarade de classe, pendant une récréation. Italien par son père, belge par sa mère, Julian a le football dans le sang : « Chez moi, le football n’est pas un sport, c’est une religion. » Il a joué trois ans à la Rhodienne, arrêté, puis repris — et compris à cette occasion « à quel point avoir accès à un terrain, à une équipe, à une paire de crampons, c’est un privilège ».

La réaction ne se fait pas attendre : quelques minutes après la conversation, Julian avait déjà rédigé une première ébauche de demande d’ASBL. « À ce moment-là, j’ai directement compris à quel point il était motivé », raconte Louis.

Jeunes joueurs de football en maillots de club
Les débuts sur les terrains belges : le football comme langage commun, bien avant le projet. · © Kicks for Africa Kids

Julian, lui, est aussi bénévole aux scouts, où il encadre des enfants plus jeunes chaque samedi. « C’est là que j’ai appris ce que veut dire être responsable de quelqu’un d’autre : que ce qu’on transmet compte plus que ce qu’on possède. » Sa formule pour résumer le projet est limpide : « des crampons qui dorment dans des caves belges, et des enfants ougandais qui jouent pieds nus. Entre les deux, il ne manquait qu’une organisation. On a décidé que ce serait nous. »

Ce qu’ils ont bâti en trois mois

  • 1 500 € de fonds collectés ;
  • une trentaine de clubs contactés en Wallonie et à Bruxelles, et 15 accords trouvés pour la saison prochaine — dont l’Union Saint-Gilloise, le RSC Anderlecht et le Sporting de Charleroi ;
  • des boîtes de dépôt installées directement dans les clubs et les écoles ;
  • un système de redistribution en Ouganda avec Coach Harrunah, ancien joueur professionnel de la Premier League ougandaise et ancien professeur de Louis ;
  • un partenariat en cours d’officialisation avec DHL pour la logistique ;
  • le dépôt officiel de l’ASBL en cours de finalisation ;
  • un site, une page Instagram et une page Facebook en ligne ;
  • des contacts avec Silvio Proto, Yves Polomé (administrateur général de l’ADEPS), Mehdi Bayat (directeur sportif de Charleroi), l’ambassade de Belgique pour l’Ouganda et l’ASBL Soccer Without Borders, active dans plus de 30 pays.
Louis Gonze presentant le projet Kicks for Africa Kids au micro
Louis Gonze présente le projet devant élus, chefs d’entreprise et figures du sport. · © Kicks for Africa Kids

C’est d’ailleurs sur nos pages qu’on a croisé leur route pour la première fois : en juin, ils présentaient leur projet devant une soixantaine de personnes — élus, chefs d’entreprise et figures du sport — lors de la Nuit du Sport à Braine-l’Alleud. Plusieurs participants leur ont spontanément proposé des collaborations à l’issue de la présentation.

Julian Silvera presentant le projet Kicks for Africa Kids
Julian Silvera : « on n’a pas besoin d’attendre d’être adulte pour changer quelque chose. » · © Kicks for Africa Kids

Un appel aux clubs de tout le pays

L’objectif opérationnel est clair : un envoi de 100 à 200 paires tous les trois à quatre mois, pour garantir une aide régulière plutôt qu’un coup d’éclat. « Nous voulons d’abord construire un système qui fonctionne parfaitement avant de grandir », précisent-ils — l’extension à d’autres pays européens et à d’autres pays africains viendra ensuite.

Pour y arriver, il leur faut surtout de la régularité : des boîtes de dépôt dans un maximum de clubs de sport et de centres sociaux, « pour que les gens puissent instinctivement déposer leurs chaussures de football sans qu’on ait besoin de faire campagne à chaque fois ». Ils cherchent aussi des fonds pour couvrir les frais de transport et de collecte.

Concrètement, tout club de football du pays peut accueillir une boîte de dépôt. Une paire de crampons devenue trop petite au fond d’un vestiaire belge, c’est un enfant qui ne jouera plus pieds nus à Kampala.

Comment aider ?

Louis Gonze et Julian Silvera sur un terrain de football dans la brume
Deux jeunes de 16 ans, un terrain, et un pont entre la Belgique et l’Ouganda. · © Kicks for Africa Kids

Julian, pour finir, tient à ce qu’on retienne une chose : « N’ayez pas peur de commencer. On nous répète qu’on est trop jeunes, qu’on n’a pas l’expérience, qu’on verra plus tard. Mais si chaque personne de 16 ans lançait un projet auquel elle croit vraiment, le monde n’aurait pas besoin d’attendre notre génération pour changer. Il changerait déjà. »

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Kicks for Africa Kids ?

Un projet lancé par deux jeunes Belges de 16 ans, Louis Gonze et Julian Silvera, qui collectent des chaussures de football et des équipements inutilisés en Belgique pour les redistribuer à des enfants en Ouganda. Le dépôt officiel de l’ASBL est en cours de finalisation.

Comment un club peut-il participer ?

En accueillant une boîte de dépôt dans ses installations, pour que joueurs et parents y déposent leurs anciens crampons au fil de la saison. Les clubs intéressés peuvent écrire à kicksforafricakids@gmail.com.

Quels clubs soutiennent déjà le projet ?

Une trentaine de clubs de Wallonie et de Bruxelles ont été contactés et quinze accords ont été trouvés pour la saison prochaine, dont l’Union Saint-Gilloise, le RSC Anderlecht et le Sporting de Charleroi.

Que deviennent les chaussures collectées ?

Elles sont envoyées en Ouganda et redistribuées sur place par Coach Harrunah, ancien joueur professionnel de la Premier League ougandaise. L’objectif est un envoi de 100 à 200 paires tous les trois à quatre mois.

Comment soutenir le projet financièrement ?

Via la cagnotte GoFundMe du projet. Les fonds servent à couvrir les frais de transport, de campagne et de collecte ; 1 500 € ont déjà été réunis en trois mois.

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Sources

Témoignages et éléments transmis par les porteurs du projet, Louis Gonze et Julian Silvera. Photographies : © Kicks for Africa Kids. Les deux fondateurs étant mineurs, nous ne publions pas leurs numéros de téléphone personnels : les contacts passent par l’adresse du projet.

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