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Bruno Debrandt > Le voyageur > Interview

Fév 24, 2023 | Cinema, Cinémas, France, Grand-Est, Interview, Laura Cavelius, Metz, Metz, PORTRAITS | 0 commentaires

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Interview de Bruno Debrandt, qui incarne « Le voyageur »

Interview de Bruno Debrandt, qui incarne le rôle principal dans « Le voyageur » et qui est actuellement en tournage sur Metz pour l’épisode « La tentation du mal ». Entre deux prises, il a eu l’immense gentillesse de répondre à nos questions, afin de retracer sa carrière et évoquer ses projets à venir. 

Vous avez commencé votre carrière au théâtre, avant de vous lancer dans une carrière d’acteur.

Préférez-vous jouer devant un public ou tourner devant la caméra ? 

Bruno Debrandt voyageur

Oui, j’ai commencé par le théâtre parce que j’étais très curieux de ce métier et c’est là qu’on l’apprend. En fait, j’ai surtout étudié le théâtre.

En vérité, je ne pensais pas devenir acteur ; ce n’était pas mon objectif. J’étais très curieux d’apprendre ce qu’étaient la littérature, la poésie, le geste.

Moi, je venais du milieu sportif et j’avais une fascination pour tout ce qui était danse et gestes.

La découverte des textes m’a emmené vers le théâtre. C’est plus tard que l’image a pris un sens pour moi.

Vous incarnez ou jouez régulièrement dans les genres policiers tels que dans L’Art du crime, Peur sur le lac ou Meurtres à Albi. Est-ce le genre de téléfilms que vous préférez ? 

Non, ce qui m’intéresse, ce sont les histoires elles-mêmes. Le format policier est souvent un prétexte. Il se trouve qu’il y a énormément de sujets policiers parce que, dans une enquête ou avec des personnages policiers, cela contextualise les situations et les histoires dans les mœurs. Cela nous permet d’évoluer dans beaucoup de sociétés différentes et de nombreuses couches de la société. Souvent, le policier nous permet d’avoir une intrigue, avec du rythme et cela permet de voyager dans les questions existentielles. C’est pour cette raison que l’on retrouve aussi beaucoup de films sur les médecins, les urgences ou les avocats. Tous ces métiers permettent de plonger dans des univers où l’on peut retrouver de nombreuses situations différentes, avec des gens de conditions diverses. 

En ce qui me concerne, je n’ai pas l’impression d’avoir fait plus dans le  genre policier que dans d’autres personnages. Mais il se trouve que les gens s’attachent à des personnages comme Caïn ou le Voyageur. Pour moi, le voyageur ce n’est pas forcément un policier. En tout cas, ce n’est pas que cela ! Ce qui est intéressant avec ce personnage- là, c’est plutôt une espèce de type vagabond, marcheur, qui enquête. Cela pourrait être un philosophe, un professeur ou un curé…

Il se trouve que ce qui l’intéresse ce sont les cold cases, c’est à dire des affaires non résolues. Ce qui retient  davantage son attention, ce sont les dégâts collatéraux : que fait-on de ce qu’il reste ? Comment s’adresse t-on à eux ? Qu’est-ce qu’on donne comme réponses à leurs questions ? Toutes ces questions existentielles sans réponse qui sont posées après avoir été victime, c’est cela qui est important plutôt que l’histoire du policier. 

Vous avez également interprété  le capitaine Caïn, où vous incarniez le personnage principal en fauteuil roulant. Quelle préparation particulière avez-vous faite pour vous plonger dans ce rôle ? 

Le capitaine Caïn : au fond, qu’est-ce que ce personnage ? Est-ce que c’est un flic ou est-ce que c’est une personne en situation de handicap ?

Est-ce que c’est une espèce de Scapin ou de Don Juan ? Un mélange des deux ou une addition des deux ?

En tout cas, c’est un personnage qui est coupé en deux, sans faire de mauvais jeu de mots.

Il était arrogant, fort, valide et puis, tout d’un coup, il devient invalide et s’interroge sur ce qui est juste et injuste.

Il est sans arrêt en train de convoquer Dieu le père, c’est pour cela d’ailleurs qu’il s’appelle Caïn, il se demande : pourquoi moi ?

Pourquoi eux ?

Dans ce sens, cela rejoint ma question existentielle sur la fiction et sur le pourquoi on fait des films policiers. Cette obsession de catharsis qui permet aux spectateurs de se poser la question : qui est le coupable ? 

Avant, on avait une relation au sacré, on allait tous les dimanches à l’église et on avait un dialogue avec Dieu ou avec le curé ou dans d’autres confessions.

Mais, on avait un dialogue avec nos questions existentielles. Et là, aujourd’hui, on est tous un peu perdus : il n’y a plus de rituel. Et pour autant, c’est toujours une question existentielle de chacun : qu’est-ce qui m’arrive ?

Pourquoi cela m’arrive ?

Et qui est responsable de ce qui m’arrive, à part moi-même ?

Donc le spectateur aime se retrouver dans cet exercice, à la recherche du coupable. 

Bruno Debrandt voyageur

Les différents tournages vous permettent de découvrir la France. Quelle région appréciez-vous le plus ? 

Bruno Debrandt voyageur

C’est une qualité du voyageur. Dans le concept, c’est super de pouvoir, à chaque  film, offrir un voyage dans une région différente.

Moi, je suis un motard, un voyageur dans l’âme.

Ce projet me permet donc de continuer mes voyages. En toute objectivité, je n’ai pas de préférence. Moi-même, je n’ai pas de région d’origine.

J’ai voyagé tout petit déjà et je n’ai pas de racines particulières.

Toutefois, j’ai des accointances avec la Belgique et la France.

J’ai deux cultures, mais en revanche, je m’adapte à tous les territoires. Et j’aime circuler d’un territoire à l’autre. 

Par exemple, je ne connais pas très bien le Grand Est. Toutefois, quand j’étais plus jeune, j’ai réalisé la route des vins en vélo et j’ai adoré cela. J’avais une copine également à Strasbourg et j’ai exploré Chaumont. Il y a des endroits, comme ceux-là, que je connais, mais moins bien que l’Ile-de-France, la région des châteaux, la côte bretonne ou la région autour de Marseille pour y avoir travaillé pendant 8 ans avec Caïn. Je n’ai pas de région de préférence : j’aime partir, et j’aime revenir. 

Vous avez succédé à Eric Cantona dans « Le voyageur » tout en jouant un autre personnage que le sien et en poursuivant la mission que ce dernier s’était donnée : rendre justice à des familles démunies. Pour quelles raisons avez-vous décidé d’accepter ce rôle ? 

Tournage "Le voyageur" : l'incontournable van devant la cathédrale de Metz

Pour une raison très simple : quand on me l’a proposé, on venait de vivre le confinement. Donc, on s’était mondialement interrogé sur ce que l’on était en train de vivre et sur le monde d’après. Et je trouve que ce personnage nous permet de poursuivre le débat. Sur le service public, c’est important pour moi que ce personnage se décale de ses fonctions et de sa situation pour continuer à nous interroger sur le lien que l’on a avec les autres. A quoi sert notre métier : n’est-on pas constamment dans une perte de sens si l’on court après le résultat ? A quoi cela sert-il de gagner de l’argent ? Qu’est-ce que  la sobriété,  l’humilité ? 

Des personnages qui ont un sens

Ne plus fonctionner avec des questions de statut, de grade et d’uniforme, mais avec des liens beaucoup plus humbles, plus simples d’humanité, d’échanges et de trocs. Par exemple, je fais un petit boulot et en contrepartie je reçois de quoi mettre de l’essence dans mon van. Toute cette question du superflu, de la réalité des choses, de la juste mesure sont des thèmes qui sont abordés par le scénariste, Hervé Korian. Elles nourrissent constamment et principalement ce projet du voyageur. Le fait que ce soit plus qu’un symbole, une parabole, cela rejoint aussi ce pour quoi j’avais aimé travailler sur le personnage de Caïn.

Même s’il est plus personnifié, Caïn, cela reste aussi une parabole sur la puissance et l’impuissance. Ce type qui est flic, qui représente apparemment la justice et qui est dans une  situation de pouvoir face aux gens qu’il interroge ou soupçonne. Il est aussi dans une situation d’impuissance à cause de sa condition. C’est cela qui m’intéresse dans les personnages que j’incarne. Et n’importe qui peut être le voyageur. C’est une situation dans laquelle il s’est mis et c’est pour cela qu’il est différent de celui qu’incarnait Eric Cantona. 

Un voyageur qui épouse les mêmes causes que celui incarné par Eric Cantona

Eric Cantona était un personnage avec une figure, un rythme et une histoire. Pour ma part, je rends hommage au voyageur mais en étant un autre personnage ; être différent et avoir une autre histoire, tout en épousant la même cause. Il continue le voyage : c’est une quête existentielle. Et le concept de cette série nous permet vraiment d’y être fidèle, comme elle nous invite chaque fois dans des régions différentes, dans des paysages différents et avec des personnages différents. 

Il n’y a pas de récurrence. On ne doit pas nourrir, dans l’écriture, le lien qu’il y a avec un autre personnage que le voyageur en lui-même. Les histoires d’amour : on s’aime, puis on ne s’aime plus, puis on se fâche… non ! Là, c’est à chaque fois des rencontres avec de nouveaux personnages, incarnés par des acteurs différents. Finalement, la seule récurrence, c’est la commissaire Macena incarnée par Maelle Mietton, comme son repère de justice, son van et son chien. C’est plus humain. 

Vous tournez actuellement aux alentours de Metz un nouvel épisode de « Le voyageur » qui s’intitulera « La tentation du mal ». Pouvez-vous nous dévoiler les grandes lignes du scénario ? 

 

Il y a toujours un secret dans un scénario, parce que l’on avance à petits pas. Donc, sans spoiler l’histoire, Kandinsky a été alerté par une gendarme qu’il a rencontrée dans un autre épisode, sur une affaire qui est non résolue.

Pour elle, cette affaire soulève des questions, l’intrigue et elle sollicite le voyageur dans sa région en Lorraine. Par recoupement, Kandinsky va se rendre compte qu’il y a plusieurs affaires similaires dans la région qui n’ont pas été résolues.

C’est la raison pour laquelle il vient sur ce territoire. En l’occurrence, le film s’ouvre sur ce qui est annoncé comme étant un suicide. Je ne vais pas en dire plus… à découvrir lors de la diffusion sur France 3 !

Vous incarnez actuellement le rôle principal dans le Voyageur. Avez-vous d’autres projets pour l’année à venir ? 

« Les filles de feu »

Certains projets que j’ai déjà tournés vont arriver, notamment une série de six films tournés cet automne et qui m’ont passionné. Cela s’appelle « Les filles de feu » et c’est dirigé par Magaly Richard-Serrano. Elle s’est emparée d’un sujet très intéressant : le féminicide. C’est une série historique, sous Henri IV. 

En 1609, le Pays Basque est indépendant et assez riche. Il refuse de payer les taxes à l’Etat. On est en pleine réforme, en pleine question du sacré, justement. Henri IV veut reprendre le contrôle de plein de choses dont le Pays Basque, alors indépendant. Une  histoire d’affaire privée, un homme incarné par Guillaume de Tonquédec et sa maîtresse et amie, incarnée par Michèle Laroque. Ces gens se plaignent du pouvoir : des gens simples, qui font des affaires, et l’argent est détenu par des chasseurs de baleines.

A cette époque-là, en 1609, on n’est pas tout à fait d’accord. Et pour une raison privée, Henri IV va dépêcher un juge qui s’appelle Pierre de Lancre, qui est un personnage historique, pour régler cette affaire. Sauf que cette personne est obsédée par la démonologie et se questionne sur les sorcières, l’inconstance des femmes, leurs pouvoirs, leurs capacités à connaître des secrets qui déstabilisent les hommes.

A ce moment-là, les hommes ont tout fait pour maintenir les femmes dans l’ignorance, elles n’ont pas le droit à l’université, aux études. Quand Pierre de Lancre arrive au Pays Basque, il découvre que les hommes sont six mois de l’année en mer pour chasser la baleine. Et ce sont les femmes qui dirigent le pays, qui tiennent les affaires et les maisons, qui font la médecine, qui accouchent et avortent. Là, on touche à tout ce qui est interdit. Sous ce prétexte-là, Pierre de Lancre va être petit à petit laissé au pouvoir. Le roi, comme les évêchés, vont le laisser assassiner plus de 600 femmes selon la légende et les brûler comme étant des sorcières. Cela s’appelle « Les filles de feu ». Ce sont six épisodes qui racontent cette histoire et cela va être passionnant. 

« Les vampires d’Avallon »

Après, j’ai également fait un film au cinéma qui s’appelle « Les vampires d’Avallon » et qui, pour le coup, est une comédie satirique sur une histoire de vampire dans le Morvan avec Julie Ferrier, Yvan Attal, Clément Rouault, Yann Pradal. Donc avec beaucoup d’acteurs et actrices que j’adore. Cela va être une comédie assez délirante et en même temps qui fait peur. 

Journaliste : Laura CAVELIUS

Photographies : © Manuelle Toussaint - TELECIP - FTV + Audrey 2 la X Photographie

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