🗓️ Mis à jour le 8 septembre 2026
L’essentiel — Paul Jaspar, maître de Victor Rogister et de Clément Pirnay, a inventé une manière très liégeoise de faire de l’Art nouveau : réinterpréter l’architecture mosane traditionnelle — briques et bandes de pierre bleue, ancres métalliques, fenêtres à croisées — en y glissant des décors naturalistes. Trois de ses façades se suivent entre les rues Sohet et de Rotterdam.
Chez lui, l’Art nouveau ne rompt pas avec le passé liégeois : il le cite. D’où ces façades qui, au premier regard, semblent anciennes, et qui ne le sont pas du tout.
Rue Sohet 13 : une façade qui dit où sont les pièces
Conçu en 1913 pour l’ingénieur Questienne, l’immeuble intègre les références mosanes du XVIIe siècle : combinaison de briques et de bandes de pierre bleue, décors métalliques appliqués — les fameuses « ancres à volutes ». Les guirlandes de fleurs du panneau de céramique imitent, elles, le style Louis XVI de la fin du XVIIIe.
L’Art nouveau se manifeste dans la végétation : lianes en « coup de fouet » des ferronneries de la porte, ancres profilées en forme d’oiseaux, feuilles de marronnier et oiseaux sortant de leur nid sur les consoles en pierre. Le plus moderne est ailleurs, et c’est facile à vérifier en comparant avec la maison classique voisine, à droite : la façade de Jaspar n’est pas symétrique. Les grandes fenêtres de gauche éclairent les pièces de séjour, les petites ouvertures correspondent aux espaces secondaires. La façade raconte l’organisation intérieure.
Rue de Rotterdam : des dragons, et un paravent japonais
Au n°38, façade de 1897, Jaspar rejoue la tradition : grande fenêtre à croisées de pierre au rez-de-chaussée, têtes sculptées aux extrémités du linteau de la porte — un usage de l’architecture liégeoise du XVIe siècle —, panneaux moulurés, vitraux dans les impostes. Puis les détails s’émancipent : dragons sculptés dans les boiseries à la base de l’oriel, moellons à motifs figuratifs, et des petits bois de lucarne qui semblent inspirés des paravents japonais — l’Europe découvre alors l’art du Japon, l’une des sources de l’Art nouveau. La grille d’accès à la cour, en feuilles et fleurs de marronnier, est une des plus belles applications du style dans la ville.
Au n°31, maison conçue en 1899 pour l’entrepreneur Gédéon Michel, les boiseries font toute la personnalité : arc outrepassé et petits bois de la grande baie du rez-de-chaussée, oriel aux côtés inclinés à 45°, rambarde de balcon incurvée. Deux visages intriguent — un souriant sur la cheminée, un grimaçant émergeant des rinceaux à la base de l’oriel. Les architectes Art nouveau ne dessinent jamais deux fois la même façade, et c’est là que ça se voit.
Bon à savoir avant d’y aller
Les trois adresses se marchent en un quart d’heure, sur terrain plat, entre le quartier Bronckart et la rue des Guillemins. Ce sont des immeubles privés : aucune visite, tout depuis la rue. La grille de la cour de la rue de Rotterdam 38 est l’élément le plus facile à photographier ; les dragons de l’oriel, eux, demandent de se reculer sur le trottoir opposé. Un repère utile pour ne pas confondre : chez Jaspar, la pierre bleue et la brique dominent, là où Rogister et Snyers misent davantage sur les vitraux et les ferronneries.
Infos pratiques
- 📍 Liège, province de Liège (Belgique)
- 🛠️ Architecte : Paul Jaspar
- 👀 Façades visibles depuis la rue — immeubles privés, pas de visite intérieure
- 📅 Vérifié par info-lux en septembre 2026
- 🧭 Coordonnées : 50.62753, 5.56785
Cette fiche fait partie de notre série sur l’Art nouveau à Liège et de notre couverture de la Cité ardente. Retrouvez toutes nos adresses, sorties et reportages sur la page Liège.
Questions fréquentes
Comment reconnaître une façade de Paul Jaspar ?
À la réinterprétation de l'architecture mosane traditionnelle : briques combinées à des bandes de pierre bleue, fenêtres à croisées, ancres métalliques à volutes, têtes sculptées aux extrémités des linteaux — le tout mêlé à des décors naturalistes Art nouveau.
Quel rôle a joué Paul Jaspar dans l'Art nouveau liégeois ?
Un rôle de maître : Victor Rogister et Clément Pirnay, deux des principaux architectes Art nouveau de la ville, ont été ses élèves.
Pourquoi parle-t-on d'influence japonaise dans l'Art nouveau ?
Parce que les Européens découvrent alors l'art du Japon, qui devient l'une des sources d'inspiration du mouvement. Rue de Rotterdam 38, les petits bois de la lucarne semblent inspirés des paravents japonais.
Qu'est-ce qu'une ancre à volutes ?
Un décor métallique appliqué en façade, traditionnel dans l'architecture mosane. Jaspar les reprend et va jusqu'à leur donner, rue Sohet, un profil en forme d'oiseaux.
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