Le pont de Remagen, 7 mars 1945 : comment les Américains ont pris intact le pont Ludendorff sur le Rhin

Le pont de Remagen, 7 mars 1945 : comment les Américains ont pris intact le pont Ludendorff sur le Rhin

🗓️ Mis à jour le 14 octobre 2026

Histoire · Seconde Guerre mondiale · Remagen (Allemagne)

L’essentiel
  • Quoi : le 7 mars 1945, la 9e division blindée américaine s’empare intact du pont Ludendorff, à Remagen, sur le Rhin, entre Bonn et Coblence.
  • Pourquoi il tient : du Donarit à la place du TNT, en quantité insuffisante, et un câble sectionné au moment de la mise à feu.
  • Les hommes : le lieutenant Karl Timmerman et la compagnie A côté américain ; le capitaine Bradge et le major Scheller côté allemand.
  • La suite : Scheller est fusillé le 13 mars ; le pont s’effondre le 17 mars 1945.
  • Au cinéma : « Le pont de Remagen », de John Guillermin (1969).
  • Texte : Philippe Gruslin, contributeur histoire militaire d’info-lux.com.

Mars 1945 : un pont intact sur le Rhin

En mars 1945, les troupes américaines progressent en Allemagne. Il leur faut franchir le Rhin. L’état-major a établi les plans pour franchir le fleuve mais s’attend à une forte résistance. Les Allemands détruisent les ponts pour retarder la progression de l’ennemi et les Américains prévoient de lourdes pertes.

A leur grande surprise, le 7 mars 1945 , ils découvrent un pont intact à Remagen. Il va faire l’objet d’une course de vitesse entre les deux adversaires . Les Allemands vont tenter de le détruire avant que les Américains ne s’en emparent. Les Américains vont mettre tout en oeuvre pour le prendre avant que les Allemands ne le fassent sauter.

Le pont Ludendorff, entre Bonn et Coblence

Remagen est situé sur le Rhin entre Bonn ( ancienne capitale RFA) et Coblence.

Le pont a été baptisé Ludendorff en hommage au général allemand Erich Ludendorff général en chef durant la 1 ère GM.

Il a été construit en 1916 comme pont supplémentaire dans la région afin de renforcer le trafic ferroviaire en direction du front car, à cette époque, les combats pour Verdun font rage et il est impératif d’y envoyer rapidement les hommes, les chevaux, les véhicules et tout le matériel nécessaire.

Il possède deux voies de chemin de fer et un passage pour les piétons.

Deux tours ont été construites au début et à la fin du pont afin d’en assurer la défense. Les deux tours situées à la fin du pont gardent l’accès à l’entrée d’un tunnel qui traverse la colline.

Situation générale

En ce mois de mars 1945, les troupes américaines se rapprochent du Rhin.

Ordre a été donné par l’EM allemand de détruire tous les ponts afin d’empêcher le passage des troupes US tout en permettant, avant destruction, le passage d’un maximum de troupes allemandes en repli.

Troupes allemandes

Le pont est commandé par le Capitaine Bradge, un officier de 40 ans, qui a l’expérience du combat. Il vient de prendre le commandement.

Il est secondé par le Capitaine Friesenhan, chef du détachement de sécurité et de l’Adjudant Kliebach, sous-officier du génie qui est responsable de l’installation des charges de destruction.

Le détachement de sécurité est composé d’une centaine d’hommes qui sont soit des malades, soit des blessés en attente de rejoindre leurs unités.

Il ne dispose pas d’armement lourd. Son armement léger est disparate :

  • 2 mitrailleuses 08/15, datant de la Première Guerre mondiale.
  • 2 mitrailleuses légères d’origine anglaise,
  • un canon italien de 45 mm
  • des lance-grenades d’origine russe ou polonaise.

Il est prévu qu’il soit renforcé par 250 hommes des volksturms , des civils âgés qui doivent rejoindre en cas d’alerte .

Une unité de « Flak » de défense anti-aérienne se trouve sur les hauteurs.

En cas d’alerte, dès réception du mot code « Lorelei » des unités de la VIIIème armée doivent venir occuper la position afin de renforcer la défense du pont.

Soucis du capitaine Bradge

Lorsqu’il reprend le commandement, il sait que ce n’est plus la VIIIème armée qui occupe le secteur mais la V ème armée blindée.

Dès son arrivée, Bradge prend contact avec elle afin de coordonner la défense. Or, celle-ci n’a reçu aucune directive et refuse qu’une partie de ses unités soit affectée à la défense du pont.

Bradge tente de joindre l’Etat-major pour faire donner les directives nécessaires afin d’être conformes au plan initial.

Mais les communications sont difficiles car il n’existe pas de liaison téléphonique à partir du pont et, chose surprenante, il n’y a pas de moyens radio. La seule possibilité qu’a le capitaine Bradge pour entrer rapidement en contact avec ses supérieurs est le téléphone civil situé dans son poste de commandement qui est installé dans le village.

L’unité de la Flak dépend de la Luftwaffe et ne peut recevoir d’ordre direct de Bradge.

Les moyens explosifs manquent également.

Le TNT, qui est prévu pour faire sauter l’ouvrage a été dirigé vers d’autres secteurs. Il est estimé qu’un total de 600 Kg de TNT doit être utilisé pour détruire un pont de l’importance de celui de Remagen.

Les hommes du génie doivent utiliser un explosif de moindre puissance, du DONARIT, récupéré dans une carrière toute proche. Il ne trouve que 500 Kg or, il est prévu par le règlement que si ce type d’explosif doit être utilisé, il faut doubler la charge par rapport à celle prévue pour le TNT.

Lors de la construction du pont, des sapes ont été prévues dans les piliers afin d’y placer les explosifs et avoir une efficacité assurée . Lors de la démilitarisation de la zone suite au traité de Versailles en 1919, ces sapes avaient été bouchées par les troupes américaines d’occupation afin d’éviter la destruction du pont par sabotage.

Les explosifs devront être placés sur la structure de l’ouvrage, ce qui induit une efficacité réduite.

6 mars

Les choses ne s’arrangent pas pour le capitaine Bradge.

A son grand désarroi, sur ordre de l’état-major, des hommes du détachement de sécurité sont prélevés et dirigés vers un autre secteur.

L’unité de la Flak est déplacée et quitte le secteur également.

Dans le tunnel se trouvent trois wagons citernes immobilisés car des rails ont été retirés pour effectuer une réparation sur le pont.( ce qui aura des conséquences au moment des combats).

Une grande pagaille règne en permanence sur le pont suite aux passages de civils en fuite et d’unités militaires en repli. Il faut contrôler leurs droits de passage. Ça ralentit les déplacements et de nombreux bouchons se créent.

Nouveau commandant du pont

Le 6 mars à 1 heures du matin ( !!!!!) , un nouveau commandant est désigné pour prendre le commandement du pont.

Il s’agit du Major Hans Scheller. Il a été sorti de son sommeil pour recevoir des directives. Il est nommé commandant du pont et doit se rendre sur place immédiatement. C’est un officier motivé qui voit là la possibilité de se faire remarquer et de gagner la croix de fer.

A 2 hr30, il part avec un sous-officier et huit hommes. Il dispose d’une voiture radio.

Le trajet est court mais les hommes sont retardés par le brouillard et les troupes en mouvement.

A la sortie du village, c’est un goulot, il y a de gros embouteillages et les véhicules sont immobilisés.

Afin de gagner du temps, le major laisse ses hommes et sa voiture radio et se dirige à pied vers le pont.

Le Capitaine Bradge est surpris en voyant arriver un nouveau commandant. Il est suspicieux ; il n’a pas été prévenu de l’arrivée d’un nouveau chef ( et pour cause !!!!). De plus, il est étonné de voir arriver un officier supérieur seul et à pied. Il se rend à son PC du village pour téléphoner à l’EM qui lui confirme la reprise du commandement par le major Scheller.

Mais du temps a été perdu. Lors du passage de commandement à un nouveau chef , il est prévu une remise-reprise réglementaire avec transmission des directives, reconnaissance des installations, etc.

A l’issue de cette procédure, le nouveau chef doit signer un document qui acte sa prise de commandement. Mais la procédure réglementaire ne se fait pas vu l’urgence et aucun document n’est signé.( ceci aura aussi des conséquences au moment du combat) .

Le major Scheller est surpris en entendant les mauvaises nouvelles données par Bradge ; c’est bien loin de ce qu’on lui avait dit à l’état-major.

Ses problèmes ne vont que s’accentuer ; il fait un exercice d’alerte afin de voir la rapidité de regroupement des Volcksturm . Seuls 4 hommes sur 250 arrivent. Scheller n’a pas le temps d’envoyer des hommes pour les rameuter.

Bradge souhaitait faire recouvrir une voie de rails par des poutres afin de faciliter le passage des véhicules et d’éviter que l’un d’eux ou une charrette civile ne soit immobilisé par les rails et bloque la circulation.

Cependant, la scierie proche, les forêts et même les poutres des maisons détruites dépendent des responsables civils et Scheller doit faire transiter la demande par l’état-major ce qui entraine une nouvelle perte de temps.

Troupes US

L’unité qui est dans le secteur est la 9 ème Division Blindée( 9 DB) commandée par le Général Leonard.

Elle a été formée en juillet 1944 et envoyée en Angleterre le 2 août.

Les hommes craignent que la guerre ne soit finie quand ils arriveront .

Elle arrive en Normandie en septembre et fait directement mouvement vers le Luxembourg puis se déplace en Belgique.

Le 16 décembre 1944, au début de la Bataille des Ardennes, elle se trouve dans la région de Saint-Vith.

La division perd 2265 hommes  durant la bataille.

Elle dispose de 15 jours de repos pour se reconditionner et incorporer des renforts avant de reprendre la progression en Allemagne.

Les conditions sont difficiles. Les Allemands opposent une forte résistance  et le temps est très mauvais.

Les hommes sont très fatigués et le moral est très bas.

Un groupe de combat (Combat Command) a été constitué. Il est commandé par le Lieutenant-colonel Hoge. L’unité principale est le 27 ème Bataillon d’infanterie commandée par le Major Murray Devers. Ce bataillon est renforcé par un détachement blindé et un détachement du génie.

La compagnie de tête est la compagnie A commandée par le Lieutenant Karl Timmerman. C’est un officier compétent. Il a été blessé durant la Bataille des Ardennes.

Il prend le commandement de la compagnie le 6 mars. Ses deux prédécesseurs ont été mis hors de combat. Il est le troisième commandant que les hommes reçoivent en trois jours.

La présence de Karl Timmerman dans le secteur est presqu’un clin d’œil du destin. Son père, qui était officier durant la 1 GM est arrivé dans cette même région en 1919 lors de l’occupation de l’Allemagne. C’est ici qu’il a rencontré celle qui allait devenir son épouse.

Karl Timmerman est né à Francfort en 1921 et ne rejoindra les USA qu’en 1924 au moment de la mutation de son père.

Défense du pont

Un officier vient superviser le travail des hommes du génie .

Des planches ayant été obtenues, la construction du passage pour les véhicules peut commencer.

Hitler  a donné des ordres très stricts. En aucun cas, un pont ne doit tomber aux mains de l’ennemi mais l’amorçage des charges explosives ne doit se faire qu’en toute dernière extrémité afin d’éviter ce qui s’était passé à d’autres endroits.

Suite à des bombardements et, dans un cas, suite à un orage, les charges explosives s’étaient déclenchées et les ouvrages avaient sauté avant que les troupes en retraite ne puissent le franchir.

Le major Scheller apprend qu’il ne recevra aucun renfort.

Une poignée de fantassins en repli sont incorporés de force mais se sauvent dès qu’ils en ont l’occasion.

Les civils et les troupes en retraite annoncent l’arrivée proche des troupes américaines.

Scheller et Bradge abandonnent le PC situé en ville et s’installent au pont. Dans la confusion, la voiture radio avec laquelle le major était arrivée a disparu. A-t-elle été réquisitionnée par un officier supérieur ou les hommes ont-ils déserté ? Le major Scheller n’a plus aucune liaison avec son état-major.

Des hommes du détachement de sécurité sont répartis à la sortie de la ville et sur la route pour canaliser les Mouvements mais cela déforce la défense sur le pont.

Prise du pont

7 mars 09 hr30 la Cie A entame sa progression. Elle ne rencontre qu’une faible résistance constituée par une arrière-garde. Des drapeaux blancs sont rapidement arborés et de nombreux prisonniers sont faits.

Mais, si la majorité des troupes allemandes sont peu motivée, ce n’est pas le cas partout.

Les troupes US rencontrent une résistance en arrivant au village d’ Overich. Mais, pour éviter la destruction, de nombreux civils ont mis des drapeaux blancs aux fenêtres. Un groupe de soldats allemands se rend. Parmi eux se trouvent un officier. Confiant, les soldats américains s’avancent. L’officier sort son pistolet Luger et tire sur eux mais il est immédiatement abattu.

A Bieresdorf, sur les hauteurs  se trouve une auberge forestière appelée « waldschlösschen ». Elle donne sur le Rhin. En s’y rendant les Américains aperçoivent le pont de Remagen. Le renseignement est immédiatement transmis à l’échelon supérieur.

Le général Hoge chamboule tous les plans établis et donne l’ordre de foncer vers le pont et de faire un maximum de prisonniers.

Remagen est prise

A 15 Hr30 ordre est donné au Lt Timmerman d’occuper la ville.

Il dirige ses pelotons sur trois axes

Le détachement du sergent DeLisio est le plus proche du Rhin.

Des travailleurs étrangers lui signalent la présence de soldats allemands cachés. Ils sont faits prisonniers.

La petite ville de Remagen est prise.

L’ordre est donné de prendre le pont le plus rapidement possible.

La destruction préliminaire

Du côté allemand, vu l’urgence, sans attendre confirmation du major Scheller, le capitaine Bradge donne l’ordre de faire une destruction préliminaire.

La voie d’accès au pont est détruite. Un énorme cratère empêche les chars d’accéder à l’ouvrage.

Le capitaine Bradge veut faire sauter le pont  mais Friesenhan, le responsable du génie refuse. Il veut que l’ordre vienne du major Scheller .

Un cas de conscience se pose ; qui est réellement le commandant du pont ?

Est-ce encore Bradge car Scheller n’a pas suivi la procédure prévue pour la passation et aucune signature n’a finalisé la reprise du commandement?

Est-ce le Major Scheller car il a agi dans l’urgence, sur ordre de ses supérieurs et est plus haut gradé ?

16 heures : le Rhin est franchi

Un prisonnier déclare aux Américains que le pont doit sauter à 16 hrs. Il y a donc urgence.

Le général Hoge ordonne le tir de bombes fumigènes pour faciliter l’approche des fantassins de Timmerman.

Ordre est donné à Timmerman  « Franchissez le pont immédiatement ».

Les hommes sont craintifs et hésitent. Ils sont sûrs que les Allemands vont faire sauter le pont quand ils seront dessus.

Timmerman les pousse en avant. Au moment où ils sortent du cratère  survient une énorme explosion.

Effectivement. Les Allemands ont décidé de l’explosion et ont déclenché la mise à feu.

Mais la charge n’a pas sauté immédiatement car un câble a été coupé.

Il a fallu utiliser le dispositif de secours. Pour y parvenir, deux hommes ont risqué leur vie pour arriver au dispositif de mise à feu car, les câbles étant trop courts, ils n’arrivaient pas jusqu’au tunnel .Un des deux hommes est blessé dans l’action.

Quand la fumée de l’explosion disparait, les deux adversaires sont médusés : le pont est intact. Les explosifs de DONARIT n’ont pas été assez puissants.

Timmerman fonce et entraine ses hommes.

Ils avancent sous le tir ennemi. Des tirs latéraux proviennent d’une péniche  amarrée sur le fleuve. Les Américains ripostent ; un drapeau blanc apparaît.

Durant la progression les Américains remarquent des câbles épais(reliés à des explosifs) Ils tentent de les couper en tirant dessus.

Atteindre la rive droite est la certitude qu’ils ne seront pas sur le pont s’il saute.

Le sergent De Lisio fonce et entre dans la tour de gauche situé à l’entrée du tunnel ; il neutralise les mitrailleuses qui s’y trouvent.

Le sergent Drabbik veut rejoindre De Lisio. Il est persuadé qu’il est à l’entrée du tunnel et Il court. Il n’a pas vu que Delisio est encore dans la tour.

De façon tout à fait involontaire, le sergent Drabbik est ainsi le premier soldat américain à franchir le Rhin.

Les autres lui emboîtent le pas. Le lieutenant Timmerman est le premier officier américain à franchir le Rhin

Il est 16 hrs. La traversée a pris une demi-heure.

Dilemme du Capt Bradge

Bradge veut constituer un groupe pour lancer une contre-attaque afin de repousser les Américains.

Peut-il le faire ? Vu que Scheller est son supérieur ?

On le cherche ; on s’aperçoit alors que Scheller a disparu. Où est-il ? Nul ne le sait. Bradge ne veut pas croire à sa disparition et le fait chercher ; en vain.

Les Américains déclenchent d’importants tirs.

Cela présente un grave danger car trois wagons citernes se trouvent dans le tunnel ; s’ils sont touchés, tout saute. il y a énormément de civils qui se sont réfugiés dans le tunnel.

Bradge se rend compte que la résistance est inutile mais il ne peut se rendre de lui-même

Afin d’éviter qu’un seul officier peu combatif ne capitule , Hitler a donné des directives  très strictes à toutes ses unités. L’officier trop peu combatif qui ordonnerait l’arrêt des combats serait fusillé et sa famille déportée dans des camps.

Selon les ordres , l’officier qui veut cesser le combat doit réunir ses hommes. Il doit leur dire qu’il ne veut plus continuer la lutte et demander si quelqu’un veut prendre le commandement. Si quelqu’un se propose, il devient le commandant. Même s’il s’agit d’un simple soldat, l’officier doit alors exécuter tout ce qu’il décidera.

Mais, pendant qu’il parle avec ses gradés, un renseignement lui arrive .

Des civils, craignant que les wagons citernes explosent, ont agité des drapeaux blancs . Voyant ça, les américains ont cessé les tirs.

Si les Allemands lancent une contre-attaque maintenant et tirent, ça serait une infraction aux conventions de Genève et les Américains risqueraient de se venger.

Bradge n’a plus le choix ; le combat s’arrête.

On apprendra par la suite que l’initiative est venue d’un employé de chemin de fer réfugié dans le tunnel avec sa famille. Après en avoir parlé avec les autres civils, il s’était avancé en tenant un drapeau blanc en main. Malgré ce symbole de reddition reconnu par les conventions de Genève, un Américain nerveux avait tiré.

Il avouera avoir pris peur en voyant l’uniforme noir et la casquette de l’employé de chemin de fer. Il dira n’avoir pas bien vu le drapeau blanc et avoir cru qu’il s’agissait d’un officier SS qui s’avançait pour attaquer. Le pauvre employé a été tué sous les yeux de son épouse et de sa petite-fille mais son action a sauvé la vie de nombreuses personnes.

Action US

Les Américains font plusieurs prisonniers

En passant devant un câble, Friesenhan le montre à Bradge ; il a été sectionné par une explosion. C’est pourquoi la charge principale n’avait pas fonctionné.

Les hommes du génie US arrivent pour enlever toutes les charges, combler le cratère à l’entrée et réparer le passage pour permettre aux blindés de franchir le pont.

Les Américains organisent une tête de pont.

C’est un dilemme pour le Gen Hoge. Doit-il continuer ou se conformer aux plans de jonction avec la III ème armée de Patton  en franchissant le Rhin à l’endroit prévu initialement ?

Il contacte son supérieur, le général Hodges qui est dans son QG à Spa et lui rend compte de l’action menée et de la prise d’un pont sur le Rhin.

Celui-ci le conforte dans son action et prévient à son tour le Grand Quartier Général du général Eisenhower surnommé IKE

Celui-ci apprend la nouvelle alors qu’il est en pleine réunion pour finaliser l’établissement des plans prévus pour franchir le Rhin. IL bondit de joie en apprenant la nouvelle et donne ses directives :

  • Rester sur place ;
  • Tenir le pont
  • Y diriger toutes les Tp des environs.

Le plancher étant réparé, les Tanks peuvent passer et prennent position au-delà du Rhin.

Les américains mettent un panneau à l’entrée du pont :  « Traversez le Rhin à pied sec avec les compliments de la 9 DB »

Côté allemand

Les allemands vont faire de nombreuses tentatives pour détruire le pont après le passage des premières troupes : Tirs d’artillerie- envoi de nageurs de combats pour placer des explosifs.

Hitler sacrifiera même quelques-unes de ses précieuses fusées V2 pour tenter de le détruire. Mais elles manquent de précision: il y a un écart de 1,5 km entre la cible et le point d’impact pour un objectif situé à 250 Km.

Du 8 au 15 mars, 350 avions bombardent le pont mais la défense anti-aérienne US est trop forte et les avions ne peuvent approcher suffisamment. Parmi les troupes envoyées pour défendre le pont de Remagen se trouvent le 12ème et le 16 ème bataillon de fusiliers belges rattachée à la III ème armée du général Patton.

La vengeance d’Hitler

Des sanctions sont prises contre les responsables du pont . Hitler avait ordonné la création de « cours martiales volantes ». Les officiers supérieurs attachés à ces cours se déplaçaient dans les secteurs où des fautes avaient été constatées afin de juger les responsables.

Le major Scheller, qui avait quitté son poste était  arrivé en vélo à son état-major deux jours après avoir disparu.

Il déclare que, dans l’impossibilité de contacter ses chefs par radio et par téléphone, il s’est rendu à l’état-major afin d’obtenir des directives. La raison pour laquelle il a mis deux jours est dû au fait qu’en cours de route ,un officier l’a sollicité pour réquisitionner un détachement en retraite afin de l’utiliser en défensive.

En apprenant l’arrivée de Scheller, le maréchal Model déclare« Maintenant, nous tenons un coupable ».

Les officiers faisant partie des cours martiales volantes n’ont aucune compétence juridique

Le major Scheller n’a pas droit à un avocat.

Le lieutenant qui commandait la flak a été arrêté et est également jugé ( non destruction de munitions-lance-roquettes d’un nouveau modèle)

Le capitaine Bradge est jugé par contumace car prisonnier des Américains. Ca lui sauvera la vie car le jugement est sans appel. Tous les accusés sont condamnés à mort.

Le 13 mars au matin, le major Scheller et son compagnon d’infortune sont emmenés à pied, mains attachées, dans un petit bois situé à 1 km de l’état-major

Ils doivent s’agenouiller et sont exécutés d’une balle dans la tête.

Leurs familles recevront un télégramme stipulant que leurs proches ont été condamnés pour déshonneur. Il est précisé que tout faire-part dans les journaux et ou sous d’autres est interdit. Les familles qui ne respecteraient pas les directives seraient déportées dans des camps de concentration.

Deux jours plus tard, deux officiers du génie qui ne sont pas affectés à la défense du pont mais qui se trouvaient dans le secteur sont arrêtés. Ils sont jugés car considérés responsables de l’échec des tentatives d’explosion.

Ils subissent un sort identique.

Côté américain

Afin d’augmenter les passages les troupes du génie US construisent deux ponts flottants à côté du pont Ludendorff.

La tête de pont est renforcée.

Mais le pont a subi plusieurs dommages de façon indirecte

  • les passages de centaines de tanks et autres véhicules ont généré beaucoup de vibrations.
  • Les vibrations et les chocs des explosions alentours dont celles des fusées V2 ont affaibli le pont.
  • Explosion des charges ont affaibli la structure du pont.

Il est fermé au trafic pour réparations. Le passage se fait uniquement par les ponts flottants.

Le 17 mars alors que des hommes du génie travaillent sur le pont, des vibrations se font sentir puis le pont s’écroule subitement.

Des hommes sont tués dans la chute ; d’autres tombent à l’eau et se noient.

Le capitaine Godwin qui avait franchi le pont ¼ Hr plus tôt saute dans une jeep et se rend vers le ponton en aval. Il ordonne de mettre à l’eau un maximum de bateaux afin de secourir les survivants. Il envoie également des ambulances.

Il y aura malheureusement des pertes : 7 tués/66 blessés/ 18 disparus.

Une semaine après le passage du Rhin la 1 ere et 9 ème armée US font leur jonction au-delà du Rhin.

325.000 Allemands sont capturés ; parmi eux se trouvent plusieurs généraux et un maréchal : Model, qui se suicidera le 21 avril.

Le même jour les troupes US et Russes se rencontrent sur l’Elbe, à Torgau.

Dans ses mémoires, Ike écrira : «  Notre coup de chance de Remagen  hâta la chute de l’Allemagne »

Film : « Le pont de Remagen » (1969)

Le film «  Le pont de Remagen » est un film de John Guillermin sorti en 1969 avec George Segal, Ben Gazzara , Robert Vaughn et Peter van Eyck.

La production aurait voulu pouvoir tourner à l’endroit même où se trouvait le pont et les plans pour le construire étaient faits mais la RFA s’est opposée au projet et n’a pas donné son autorisation.

Le tournage a débuté en 1968 en Tchécoslovaquie. A cette époque, on s’en souvient, le pays faisait partie du bloc communiste de l’URSS, au-delà de ce qu’on appelait « le rideau de fer ».

Il y avait une forte hostilité de la population Tchèque envers le régime de Moscou, qui voulait intervenir pour mater l’opposition.

La présence d’une équipe de tournage US avec véhicules blindés, artillerie et armes fut un prétexte pour que les Russes entrent en Tchécoslovaquie, invoquant le fait que les Américains soutenaient les opposants et étaient prêts à intervenir pour les renforcer. L’entrée des Russes et la résistance de la population entraina ce que l’Histoire a retenu sous le nom de « Printemps de Prague ».

Des avions MIG russes survolaient régulièrement le plateau de tournage, interrompant fréquemment les prises de vues.

L’équipe apprit que les Russes pensaient que des espions de la CIA se trouvaient parmi les acteurs et étaient prêts à venir les appréhender.

Pour éviter des arrestations et la saisie du matériel, l’équipe est partie précipitamment. Le tournage a repris en Italie, à un endroit ressemblant à celui où avaient été tournées les scènes précédentes. Un nouveau pont dut être reconstruit.

Bien que le film restitue l’action avec précision, les noms des protagonistes ont été changés.

George Segal qui avait joué dans plusieurs films de guerre dont «  Le jour le plus long » et « Les centurions » interprète le lieutenant Hartman, Timmerman dans la réalité. Ben Gazzara joue le sergent Angelo, qui correspond au sergent De Lisio dans la réalité. Il était acteur mais aussi réalisateur.

Il a joué dans de nombreux films dont «  La chatte sur un toit brûlant » et était surtout connu du public européen pour son rôle de Paul Bryan dans la série « Match pour la vie », l’histoire d’un avocat sans famille, atteint d’un mal incurable à qui on a annoncé qu’il ne lui reste que deux ans, trois peut-être, à vivre .

Il parcourt le monde en espérant que d’ici là, la médecine trouve un remède à son mal.

Robert Vaughn interprète le major Kruger, Scheller dans la réalité. Il est connu du public grâce à son rôle de Napoléon Solo dans la série « Des agents très spéciaux » et de par sa présence dans des films célèbres tels que «  les 7 mercenaires » ou « Bullitt ».

John Guillermin est un réalisateur franco-britannique. Son nom est moins connu que celui de John Ford mais ce n’en est cependant pas moins un grand réalisateur. Il a notamment réalisé le très célèbre film «  La tour infernale » et d’autres tels : « Mort sur le Nil », « Le crépuscule des aigles » ou « Shaft ».

Bien que romancé, le film montre bien le déroulement des évènements tels qu’ils se sont passés ainsi que la pression exercée par le régime nazi sur les combattants.

D’un côté, il montre des soldats Allemands résignés mais prêts à exécuter les ordres donnés.

De l’autre, il montre des soldats US fatigués, peu enclins à risquer leur vie alors qu’ils sentent que la fin est proche. Il montre aussi les difficiles rapports entre le commandant du bataillon d’infanterie et ses subordonnés. La tension existant entre eux a été accentuée. Pour éviter tous problèmes de poursuite juridique, c’est la raison pour laquelle tous les noms ont été changés.

Le film montre bien l’état d’esprit des combattants et leur moral, quelque fois bas ; par exemple, à un GI qui déclare à son copain «  Tu ne voudrais quand même pas que les ruskis arrivent à berlin avant nous ?», celui-ci rétorque «  J’en ai rien à foutre ».

Le film a un peu choqué l’armée US car on voit le sergent Angelo n’hésitant pas à détrousser des cadavres, recherchant notamment des montres afin de les revendre ou un GI qui achève un blessé allemand.

Le film a obtenu un beau succès et présente de très nombreuses et très belles scènes de bataille ainsi qu’une B.O musicale très prenante.

Pour en savoir plus : l’émission de la TV Riv 54 « Les carnets du soldat Wester / Le pont de Remagen » est visible sur YouTube.

Du même auteur sur info-lux.com

Retrouvez tous nos articles d’histoire.

Questions fréquentes

Pourquoi le pont de Remagen est-il célèbre ?

Le 7 mars 1945, les soldats de la 9e division blindée américaine s’emparent intact du pont Ludendorff, à Remagen, alors que les Allemands détruisent les ponts du Rhin pour retarder leur progression. Eisenhower écrira : « Notre coup de chance de Remagen hâta la chute de l’Allemagne ».

Où se trouve Remagen ?

Remagen est une petite ville d’Allemagne située sur le Rhin, entre Bonn et Coblence.

Pourquoi les Allemands n’ont-ils pas réussi à faire sauter le pont ?

Faute de TNT, le génie a dû utiliser du Donarit, un explosif moins puissant, en quantité insuffisante (500 kg). Lors de la mise à feu, un câble sectionné a empêché la charge principale de fonctionner, et la charge de secours n’a pas suffi : le pont est resté debout.

Qui a franchi le pont de Remagen le premier ?

Le sergent Drabbik, de la compagnie A, est le premier soldat américain à franchir le Rhin ; le lieutenant Karl Timmerman, qui commande la compagnie, est le premier officier. La traversée, sous le feu, a pris une demi-heure et s’achève vers 16 heures.

Quand le pont de Remagen s’est-il effondré ?

Le 17 mars 1945, affaibli par les explosions et les vibrations, le pont s’écroule subitement alors que des hommes du génie y travaillent : 7 tués, 66 blessés et 18 disparus. Les troupes passaient déjà par deux ponts flottants construits à côté.

Qu’est-il arrivé aux officiers allemands responsables du pont ?

Jugés par une « cour martiale volante », le major Scheller et le lieutenant qui commandait la Flak sont exécutés le 13 mars 1945. Le capitaine Bradge, prisonnier des Américains, est condamné à mort par contumace, ce qui lui sauve la vie.

Quel film raconte la prise du pont de Remagen ?

« Le pont de Remagen », de John Guillermin, sorti en 1969, avec George Segal, Ben Gazzara et Robert Vaughn. Le tournage a débuté en Tchécoslovaquie en 1968, avant de se terminer en Italie ; les noms des protagonistes y ont été changés.

Que reste-t-il du pont de Remagen aujourd’hui ?

Les tours qui marquaient l’entrée du pont et des vestiges de la voie d’accès. Après la guerre, les déblais du pont ont servi à la reconstruction de la ville.

En bannière : L’endroit où se situait le pont. Les traits blancs que l’on aperçoit dans le fond sont les échafaudages dressés pour la consolidation des deux tours arrière qui marquent l’entrée du tunnel dans lequel étaient réfugiés les Allemands. Le monticule est l’Erpeler Ley : c’est là qu’était installée l’unité de défense antiaérienne. Capture TV Riv 54 (accord de diffusion).

Texte : Philippe Gruslin. Captures : TV Riv 54 (accord de diffusion). Images d’archives : archive.org (libres de droits), via l’émission de la TV Riv 54. Photo du soldat sur l’Erpeler Ley : archives, DR.

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