Projet Arcturus : à Mont-Saint-Guibert, un lieu où les enfants retrouvent la joie d’apprendre

Projet Arcturus : à Mont-Saint-Guibert, un lieu où les enfants retrouvent la joie d’apprendre

🗓️ Mis à jour le 25 août 2026

Info-lux.com ouvre ses colonnes au podcast belge indépendant. En partenariat avec The Podcast Factory Org et son studio bruxellois PodBXL, animé par Michel Godart, voici un épisode enregistré pour le Podcasthon Belgique 2026 : trois adultes racontent pourquoi ils ont ouvert, en Brabant wallon, un lieu où des enfants réapprennent à aimer apprendre.

Le Podcasthon, c’est quoi ?

Le Podcasthon est une mobilisation mondiale de podcasteurs et de podcasteuses qui prêtent leur micro à une association. Chaque année, des milliers d’émissions publient au même moment un épisode consacré à une cause de leur choix.

Midoricast y participe pour la troisième année. L’épisode a été enregistré le 14 février 2026 et diffusé le 17 mars, dans la fenêtre commune du Podcasthon.

Épisode #244 · Midoricast

Projet Arcturus : un lieu où les enfants retrouvent la joie d’apprendre

🎙️ Invités : Serge Deloos, Dr Frédéric Goaréguer (pédopsychiatre) et Emmanuelle Goaréguer (enseignante), pour l’ASBL Arcturus

Le constat de départ : trop d’enfants souffrent à l’école

Le point de départ d’Arcturus tient en une phrase que les trois invités répètent chacun à leur manière : trop d’enfants vont mal à l’école. Phobie scolaire, décrochage, perte de sens — le pédopsychiatre Frédéric Goaréguer apporte au micro le regard clinique, celui d’un praticien qui voit défiler ces enfants en consultation.

Sa fille Emmanuelle, enseignante, a fait le chemin inverse : elle a d’abord souffert du système scolaire, puis a choisi d’y entrer pour le changer de l’intérieur. Serge Deloos, lui, a « complètement bifurqué » en cours de route, à la recherche d’un engagement utile.

Tous les trois convergent vers la même intuition : la compétition et la note ont pris le pas sur la curiosité, et il faut un endroit pour reconstruire l’envie.

Un lieu de vie, pas une école

Les invités y insistent : Arcturus n’est pas une école. C’est un lieu d’apprentissage démocratique, ancré dans la nature, où l’on repart de la motivation intrinsèque de l’enfant plutôt que d’un programme imposé.

Le lieu ? Un ancien monastère devenu ferme en carré, Le Colombier, à Mont-Saint-Guibert (Brabant wallon), mis à disposition par Benoît Morel. Un cadre qui n’a rien d’une salle de classe et qui change déjà le rapport à la journée.

Sur place, l’apprentissage passe par le vivant : on ouvre une ruche, on observe des insectes, on construit, on marche, on cuisine, on décide ensemble. L’esprit critique et la coopération y sont préférés à l’individualisme — c’est le sens du sous-titre du projet, « le champ des possibles ».

L’appel aux dons : des moyens, mais aussi des bras

La seconde moitié de l’épisode est un appel très concret. Arcturus fonctionne sans subsides, un choix assumé au nom de l’indépendance pédagogique, mais qui laisse l’association face à une réalité financière serrée.

Les besoins listés au micro dépassent l’argent :

  • Des référents adultes pour accompagner les enfants au quotidien
  • Des bénévoles porteurs d’un talent à transmettre — un métier, un savoir-faire, une passion
  • Un soutien administratif, le nerf de la guerre des petites structures
  • Des retraité·es disponibles quelques heures par semaine
  • Du soutien logistique et, bien sûr, des dons

En fin d’épisode, les fondateurs évoquent l’envie de voir le modèle essaimer ailleurs en Belgique, et un parallèle est fait avec l’initiative suisse « Cap toi M’aime » de Marine Chambat.

🌱 Le lieu de la parole : l’ASBL Arcturus

Arcturus — Le champ des possibles est un lieu d’apprentissage démocratique en nature, installé au Colombier à Mont-Saint-Guibert (Brabant wallon). L’association accueille des enfants que l’école classique met en difficulté et fonctionne sans subsides, à la force du bénévolat. Toutes les informations et les modalités de don : projetarcturus.com — page dons : compte et dons. L’association est également reprise parmi les associations du Podcasthon.

Un studio bruxellois au service des voix qui comptent

Enregistrement de l'épisode au studio PodBXL
L’enregistrement de l’épisode au studio PodBXL, à Bruxelles. © The Podcast Factory Org

L’épisode a été enregistré à PodBXL, le studio de The Podcast Factory Org (asbl-vzw), hébergé chez transforma bxl. Depuis 2007, l’association forme, produit et diffuse des podcasts citoyens, avec un soin particulier pour l’accessibilité : chapitrage, sous-titres et transcriptions en français, néerlandais, anglais, allemand et espagnol.

La cabine d'enregistrement du studio PodBXL
La cabine du studio bruxellois de The Podcast Factory Org. © The Podcast Factory Org

🎧 À écouter aussi

Toujours dans le cadre du Podcasthon Belgique 2026, PodBXL a reçu Geoffroy van Kan pour CISV Belgium, où des enfants de 11 ans apprennent à construire la paix, et Adèle Dachy pour l’état des lieux des droits de l’enfant en Belgique. Et pour comprendre qui se cache derrière le micro : notre portrait de Michel Godart, l’architecte du podcast belge indépendant.

Transcription intégrale de l’épisode

📝 Transcription integrale de l'episode #244 — Projet Arcturus▼ deplier
00:00:00
Jingle IntroYou are listening to « The Podcast Factory Org ».

Introduction Midoricast & présentation du Podcasthon
00:00:01
Michel GodartBienvenue pour un nouvel épisode de « Midoricast », votre podcast sur les initiatives positives en faveur de l’environnement. Midori veut dire vert en japonais, Cast pour Broadcast. Nous sommes aujourd’hui dans un épisode très spécial puisque c’est un épisode du « Podcasthon », nous y participons depuis trois ans. Qu’est-ce que le « Podcasthon » c’est un événement caritatif mondial qui mobilise des milliers de podcasteurs et podcasteurices au profit d’associations qu’on invite à notre micro, quel que soit le sujet du podcast. Et l’objectif, c’est de les mettre en avant, de montrer le magnifique travail qu’ils font, les enjeux qui sont face à eux, les challenges, les défis. Et l’idée, c’est de publier tous, podcasteurs et podcasteurices, les épisodes spéciaux entre le 14 et le 24 mars 2026 et nous sommes aujourd’hui le 14 février 2026. Et à ma droite, j’ai Emmanuelle, bonjour, Emmanuelle (Emmanuelle Goareguer: Bonjour). En face de moi, Frédéric (Frédéric Goareguer: Bonjour) et à ma gauche, j’ai Serge (Serge Deloos: Bonjour). Et vous êtes toutes les trois des personnes qui allez présenter une association et discuter avec nous d’une cause aujourd’hui. Mais j’ai un petit rituel qui est de questionner mes invités pour casser la glace, un peu découvrir qui ils sont. Et je vais commencer cette fois dans l’autre sens, je vais commencer par Serge : de ton rêve d’adolescent à ce jour, qu’est-ce qui s’est passé? Est-ce que tu es aligné avec ce rêve?

Serge : évolution personnelle et quête d’utilité
00:01:08
Serge DeloosAlors je dois dire que mon rêve a évolué. Quand j’étais adolescent, j’étais plutôt à jouir de la vie. Mon but c’était (Michel Godart: Carpe Diem) Carpe Diem, exactement, sans vraiment d’objectif. Et puis ça, je dirais que ça a évolué vers trouver ma place et être utile dans le monde dans lequel je vis.

00:01:23
Michel GodartÇa t’a guidé vers une formation spécifique?

00:01:24
Serge DeloosOui, j’ai vraiment complètement bifurqué d’études de commerce que je faisais au départ vers un travail avec des mamans enceintes, m’occuper de bébés dans l’eau, faire des soins énergétiques. Et je sens vraiment que je suis aujourd’hui à ma place et que je peux aider à ma juste mesure.

00:01:37
Michel GodartDonc la réponse : aligné avec ton rêve si je t’entends bien.

00:01:40
Serge DeloosAligné avec ce rêve qui a évolué.

Frédéric : injustice, engagement et pédopsychiatrie
00:01:42
Michel GodartSympa. Frédéric, même question du coup.

00:01:43
Frédéric GoareguerBen moi j’étais dans une école jésuitique en latin grec et je détestais l’injustice déjà à ce moment-là

00:01:50
Michel GodartOn va parler de ça aujourd’hui hein

00:01:51
Frédéric GoareguerDonc je bossais gratuitement aussi pour « Amnesty International », « Touche pas à mon pote », etc. J’essayais de sensibiliser mes camarades. Et j’avais, même si je me pliais un peu aux exigences parce qu’il fallait bien, j’avais une sainte horreur du formatage et de l’autoritarisme dans les écoles. Finalement, j’ai un peu évolué, j’ai fait d’abord la médecine puis la pédopsychiatrie.

00:02:10
Michel GodartDonc tu es pédopsychiatre

00:02:11
Frédéric GoareguerC’est ça, voilà. Je me suis rendu compte que les enfants avaient besoin d’autres choses que ce qu’on leur donnait et ils souffraient. Le projet qu’on va exprimer aujourd’hui prend son sens donc je suis aligné.

Emmanuelle : souffrance scolaire et choix d’enseigner
00:02:22
Michel GodartEmmanuelle.

00:02:23
Emmanuelle GoareguerJ’étais en train de me dire que j’ai toujours eu à cœur d’aider, en règle générale. Et j’ai toujours eu une sensibilité particulière pour les animaux et les enfants. L’école a été un vrai, on va dire le mot, enfer pour moi. Je ne me suis jamais sentie bien à l’école, et finalement j’ai quand même été très maso hein parce que finalement je suis devenue institutrice.

00:02:43
Michel GodartToi, tu as fait « Je suis allée dans mes phobies » en fait, presque (Emmanuelle Goareguer: Voilà), on pourrait symboliser presque (Emmanuelle Goareguer: Vraiment transcender les peurs) comme ça. Voilà, transcender les peurs, j’aime bien le mot!

00:02:48
Emmanuelle GoareguerMais au final ça a aussi évolué parce que je me sens un peu plus alignée avec le fait d’apporter mon aide, mais autrement dans les écoles. Sans, en fait, pour changer le système il faut un minimum rentrer dedans, et ça je l’ai compris avec l’expérience. Et c’est pour ça que ce beau projet Arcturus, dont mon papa est aussi un des créateurs, Serge, Isabelle, etc. Je me suis dit « Ben ça me parle parce que voilà (Michel Godart: Tu as envie de t’impliquer) j’ai quelque chose à faire, ouais voilà, dans ce projet-là ».

Présentation de l’ASBL Arcturus
00:03:14
Michel GodartTu as annoncé le projet et le nom du projet : « Arcturus ».

00:03:17
Emmanuelle GoareguerOuais c’est vrai.

00:03:17
Michel GodartAlors qui veut parmi vous trois me résumer en quelques mots, pour les auditeurs et auditrices qui nous écoutent pour la première fois ici, c’est quoi ce projet? C’est une asso, on le précise.

00:03:26
Frédéric GoareguerOui, une ASBL. En 2017, on a réuni, donc face à des enfants en souffrance dans le milieu scolaire, plusieurs pédagogues afin de réfléchir et de penser l’enseignement. On s’est interrogé sur quelles étaient les pédagogies alternatives qui étaient les plus porteuses, on s’est rendu compte qu’il n’y en avait pas qu’une évidemment, on est allé dans des écoles pour voir un peu ce qu’ils faisaient. On a retenu plusieurs inspirations pédagogiques, mais ce qui retient bien notre attention, c’est le fait qu’il ne faut pas rester figé, et que c’est un projet qui se veut une recherche action. Les enfants et les adultes vivent ensemble le projet. Tous les matins, il y a un petit tour pour savoir qui veut quoi, et comment ils se sentent, et ce qu’ils ont envie de mettre en place. Donc, c’est la pédagogie démocratique qui est à la base, mais aussi dans la nature. C’est-à-dire que la pédagogie dans la nature est quelque chose d’essentiel me semble-t-il, dans une période où on s’en éloigne, et je pense qu’il faut retourner à nos racines, c’est le cas de le dire, à nos sources. Je suis parfois étonné de voir que les enfants connaissent très bien les marques Apple, Nike, et autre mais pas le hêtre ni le chêne, et donc c’est un peu dommage. On a d’ailleurs quelqu’un qui travaille avec nous, qui s’appelle Marie Fripiat, qui se nomme l’Art-Tisane et elle fait pas mal de choses avec la nature, et les enfants adorent. C’est donc un projet qui en même temps se veut aller à l’encontre du formatage.

Clarification : lieu d’apprentissage alternatif
00:04:54
Michel GodartAlors je vais peut-être te choquer, mais est-ce qu’on peut du coup donner une image mentale à ceux qui nous écouteraient, pour qui ce serait encore un peu vague, c’est en fait, en quelque sorte, une école, alternative, avec une éducation alternative?

00:05:04
Frédéric GoareguerOn n’aime pas trop le mot école parce que…

00:05:06
Michel GodartJe m’en doute, c’est pour ça que je t’ai dit que je vais te provoquer un petit peu – Rires – pour que les gens comprennent bien.

00:05:09
Frédéric GoareguerParce qu’il y a des enfants qui sont allergiques au mot, et c’est un lieu d’apprentissage en fait. L’idée est de redonner l’envie d’apprendre, c’est ce que Freud appelait la pulsion épistémophilique, qui a été un peu cassée pour certains enfants qui ont besoin de s’exprimer par eux-mêmes et qui se sont retrouvés frustrés, et dans cette envie-là. Et on repart de leur motivation intrinsèque, on leur met à la disposition un lieu, en fait un ancien monastère qui était une ferme en carré qui a été reprise par un homme génial qui s’appelle Benoit Morel. Ce lieu s’appelle Le Colombier à Mont-saint-guibert, et Benoît Morel a une petite association dont le principe central est la tendresse. Quand on lui a parlé de notre projet, il a dit « Ça rentre tout à fait dans nos cordes », il nous soutient énormément. C’est quelque chose d’assez neuf puisque ça a démarré ici en octobre, c’est censé pouvoir accueillir une dizaine, presque 20 enfants, pas plus parce qu’on veut démarrer petit et puis la gestion d’un groupe devient un peu plus compliquée d’autant que on pense à avoir toujours deux personnes qui sont formées, pédagogues et qui peuvent accueillir les enfants d’une manière un peu alternative. C’est-à-dire qu’au lieu de leur donner des cours qui ont été préformatés, ils vont chercher le désir de l’enfant, ils vont chercher ce qui les anime et la manière dont ils apprennent, pour leur proposer d’étendre le champ de leurs compétences et de retrouver le plaisir d’apprendre à travers des tas de choses finalement. On a la nature bien sûr, on peut faire de la musique, des spectacles, on peut faire du bricolage, donc d’apprendre comment se servir des outils et de ce qui entoure tout un quotidien.

Lien avec la “vraie vie” et le sens
00:06:46
Michel GodartSi je t’écoute bien, j’ai l’impression qu’on refait un lien avec la vraie vie.

00:06:49
Frédéric GoareguerOui

00:06:49
Michel GodartC’est-à-dire que on n’est plus dans la déconnexion de la réalité avec du digital, du monde, avec des choses qu’on écrit sur les murs comme valeur dans les entreprises ici. On est vraiment dans quelque chose, on ramène au factuel, chez les jeunes, par des actes, des actions, des projets, une soif d’apprentissage et une soif de comprendre surtout à quoi ça sert ce qu’on apprend (Frédéric Goareguer: Voilà)! Je me trompe?

00:07:07
Frédéric GoareguerExactement. Un des principaux griefs que ces enfants font en général à l’école c’est, surtout en secondaire, l’impression que le sens n’y est plus.

00:07:15
Michel GodartTiens, tiens, on entend ça en entreprise.

00:07:17
Frédéric GoareguerEt donc le but est quand même de se baser d’office sur des choses qui ont du sens pour eux en tous cas, et pourquoi pas, de faire monter un peu leur capacité d’autonomie aussi dans la vie de tous les jours. Mais pas seulement par rapport à une utilisation du quotidien, mais aussi au vivre ensemble. Et c’est pour ça qu’on met en avant aussi beaucoup de valeurs comme la communication non-violente, le rapport à l’autre dans, non pas la compétition, mais la solidarité et la coopération. Ce sont des valeurs qui animent en filigrane l’ensemble des activités qui sont proposées.

Souffrance scolaire et construction de l’esprit critique
00:07:47
Michel GodartOn a compris qu’on veut se distinguer sur l’approche éducative, on a fait un constat, mais il y avait une souffrance?

00:07:52
Serge DeloosJe dirais pas seulement une souffrance. Moi, je repars surtout sur une phrase de Pierre Rabhi qui disait « Quelle terre allons-nous laisser à nos enfants? Mais aussi quels enfants allons-nous laisser à la terre? ». Et donc du coup, par rapport à l’évolution de la société, comment construire des êtres humains ou comment les aider à se construire eux-mêmes pour effectivement devenir des enfants autonomes, qui puissent avoir leur libre pensée, qui puissent faire les choix, des choix éclairés, par ce qui vient de l’intérieur en fait, et pas par ce qui vient de l’environnement ou de l’influence multiple à l’heure actuelle en fait, du monde extérieur.

Regard d’Emmanuelle sur le projet
00:08:24
Michel GodartL’esprit critique, on va essayer de (Serge Deloos: Exact) le pousser. J’ai l’impression que c’est ce qui manque beaucoup hein, surtout maintenant. Emmanuelle, toi qui as fait un parcours d’enseignante, quand tu regardes le projet de ton papa, et que tu y participes finalement, il y a eu un premier choc culturel entre la sortie de l’école, le diplôme et la découverte ou tu es déjà trop dans le bain que pour être confronté à un choc? Si je peux m’exprimer de cette façon.

00:08:42
Emmanuelle GoareguerNon, j’ai trouvé que ce projet…

00:08:44
Michel GodartParce qu’il parlait du coup?

00:08:45
Emmanuelle GoareguerÉtait… Oui, il me parlait mais je me suis dit « C’est très idéaliste » parce que il y en a beaucoup qui finalement, même quand je discute avec des parents, ils le savent, tout ça ils en ont même conscience et restent aussi dans leur zone de confort parce que ça demande à ce que des enfants puissent aussi oser franchir ce pas, que les parents puissent aussi oser franchir le pas, de pouvoir essayer quelque chose de nouveau. Et ça aussi, parfois, ça peut freiner, ça peut faire peur et puis c’est aussi parfois une question de moyens, de budget, ça on le comprend.

00:09:14
Michel GodartOn va y venir après tout ça hein?

00:09:15
Emmanuelle GoareguerÇa on va y venir (Michel : Parce que c’est important, oui). Ce projet, ce que j’aime beaucoup c’est que il y a plein de choses à découvrir, ça va de six ans jusqu’à… Aux adolescents de au moins seize ans. Et donc en fait, les grands peuvent autant apprendre aux petits, les petits peuvent autant aussi être avec des grands, donc se sentir aussi plus mature, plus investi. C’est pour ça aussi que je pense que c’est très important de pouvoir leur dire « Écoutez, choisissez même peut-être un projet qui vous convienne ensemble, mettez-vous d’accord sur une idée ». Et là des fois ils font la cuisine ensemble tous les vendredis, voilà, ils choisissent un petit peu les ingrédients. Et autour de la cuisine, ils font plein d’activités, des apprentissages, voilà : le français, les maths, etc.

Protection de l’enfance & lien avec le Podcasthon
00:09:56
Michel GodartLe thème cette année c’est la protection de l’enfance, donc je vais venir « Défense internationale des enfants », j’ai fait venir « Missing Child Europe » et donc, là vous êtes aussi dans ce cadre, dans ce contexte, sur le sujet de la protection de l’enfance. Et je voudrais quand même exprimer aux auditeurs et auditrices que ce que vous faites, en fait c’est une forme de protection de l’enfance aussi. Parce que éduquer les enfants autrement, c’est non seulement les armer pour un futur différent et un mode de pensée plus sain avec l’esprit critique, mais c’est surtout et avant tout, repenser l’éducation pour les protéger de ce qui est nocif dans cette société qui change un peu trop vite parfois. Est-ce qu’il y avait cette intention? En gros, on revient sur la question du constat.

Constat clinique : souffrance réelle des enfants
00:10:28
Frédéric GoareguerOui bien sûr, je pense que la souffrance des enfants à l’école, elle est bien réelle. Il y a des enfants qui réussissent à s’adapter, évidemment, et tant mieux pour eux, il y en a même qui aiment être comme ça, dans quelque chose où on mâche un peu le travail pour eux mais… Il y a quand même pas mal d’enfants qui ont besoin d’autre chose. Et face à cette hiérarchie, comme ça un peu brutale, de l’enseignant qui dit, heureusement il n’y a pas que des enseignants comme ça mais, les enfants en général en rencontrent au moins quelques-uns dans leur parcours, qui dit « Voilà, c’est moi qui sait et vous n’avez qu’à régurgiter ce que je vous apprends ». Il y a un moment, pour certains enfants, ça ne passe pas. Et donc ici, c’est vraiment retrouver ça. En fait, les enfants tout petits ont tous très envie d’apprendre par le jeu, ils sont tous très curieux.

Parallèle école, entreprise & perte de sens
00:11:12
Michel GodartJe refais mon parallèle avec les entreprises, d’ailleurs le serious gaming, le jeu est arrivé aussi en entreprise pour pallier à des constats de mal-être en entreprise.

00:11:19
Frédéric GoareguerVoilà, tout à fait. Donc là ici, ces enfants qui ont un peu été malmenés par le système, ont vraiment parfois même une réticence à retrouver un groupe comme ça. Et puis on en a vu quelques-uns qui, maintenant ont envie de retourner dans un système scolaire parce qu’ils trouvent que, voilà, ils ont vraiment besoin de matière, ils ont vraiment besoin de… Mais peut-être pas n’importe lequel non plus, donc ils vont choisir (Michel Godart: Plus consciemment) et puis, voilà, puis il y en a d’autres qui ont envie de continuer. Emmanuelle disait entre six et seize ans, ça c’est pour l’inscription. En fait, on ne les lâche pas, on peut les garder jusqu’à 18 ans. Le problème du système belge c’est que il y a des épreuves externes, et ces enfants sont inscrits en instruction en famille donc ils doivent passer le CEB, CE1, CE2D et CESS.

00:12:02
Michel GodartEn jury central. Donc en mode Jury central

00:12:04
Frédéric GoareguerEn Jury central. Donc nous, nous avons évidemment des activités qui sont un peu en dehors des protocoles, mais on peut aussi les aider à ça puisque les personnes qui encadrent les enfants sont des pédagogues. Donc, s’ils ont des questions ou envie d’être accompagnés dans le passage de ces épreuves externes, on peut le faire aussi. Mais évidemment, ça reste de la responsabilité essentielle du parent puisque le projet ici est un projet alternatif.

Légitimité médicale et constats statistiques
00:12:29
Michel GodartAlors, moi, je voudrais souligner l’importance de ta fonction. On n’est pas une fonction, mais on est bien d’accord (Frédéric Goareguer: Mm) qu’en étant pédopsychiatre, on ne peut pas te dire que tu ne sais pas de ce dont tu parles. Tu as accompagné assez d’enfants que pour les constats et que ton raisonnement ne soit pas pris comme… Tu sais maintenant les gens qui pensent un peu avec l’esprit critique on dit que c’est des complotistes ou des hurluberlus, ou des bobos, tu vois? Ici c’est pas le cas, tu es médecin, tu es docteur en médecine, tu es psychiatre, c’est beaucoup plus que ça. Donc tu as l’expérience aussi qui parle pour toi, tu as fait des constats nombreux!

00:12:53
Frédéric GoareguerTout à fait, tout à fait. Et j’ai vu qu’il y avait, on le voit même au niveau statistique, une augmentation de retrait de l’école, donc de plus en plus importante surtout pour des primaires…

00:13:03
Michel GodartIl y a une augmentation du harcèlement aussi.

00:13:05
Frédéric GoareguerIl y a beaucoup de harcèlement, peu de moyens. En fait, il n’y a pas que les enfants qui souffrent de l’école, les enseignants aussi. Parce qu’ils sont mis à mal par des changements continus de modèle. Et ça, c’est quelque chose qui a motivé certains enseignants aussi à venir dans ce type de projet, parce que là ils avaient une plus grande liberté de mettre les choses en place à leur manière. Sinon, ils sont aussi prisonniers je vais dire du système et certains s’en accommodent, mais pas tous.

00:13:31
Michel GodartJe vais même aller plus loin avec toi, je crois que les PMS, les personnes accompagnées en PMS, sont aussi en souffrance de ce phénomène, en observation de ce phénomène. Et je vais encore pousser le bouchon, j’aime bien faire ça de temps en temps, en entreprise en fait on n’est qu’une copie collé de l’école. En fait l’exemple c’est l’adulte, l’exemple c’est nous, et ce qui se passe dans les écoles, ben c’est inspiré de ce qui se passe chez l’adulte. Et inversement l’adulte est la conséquence de son éducation, il y a une espèce de cercle vicieux là qui s’est installé. Et si moi je reviens dans le monde des entreprises, puisqu’on a un podcast où on parle beaucoup avec des entrepreneurs, les DRH et les patrons d’entreprise. Quand on dit « Il y a explosion des burn-out », et qu’on entend que la recherche principale c’est une recherche de sens, et quand on entend ces débats où on oppose télétravail, travail au bureau. Les gens qui disent « On va au bureau mais on se fait harceler par les collègues ». Le télétravail « Oui, mais il y a une méfiance, suspicion, contrôle ». Tout ça, c’est un environnement qui devient un peu de la scolarité, quand on met des points aux enfants en disant « Tu as six sur dix, l’autre a huit sur dix ». « Ouais, mais il fait mieux que l’autre » et dans le harcèlement qu’est-ce qu’on entend? C’est soit des jugements sur le physique, des jugements sur les côtes, des fonctionnements par groupe, tout ça ce sont les constats en fait, qu’on observe.

Individualisme vs coopération
00:14:30
Frédéric GoareguerTout à fait. Et j’aime bien cette expression d’Einstein « Toute personne a du génie, mais si on évalue un poisson sur ses capacités à grimper aux arbres, il va se sentir nul toute sa vie ». Et donc, ici, la question n’est pas de comparer les points et les valeurs. On invite les enfants à s’aider les uns les autres, l’un dans une activité, l’autre dans l’autre. Et on se rend compte que la complémentarité, ça existe.

00:14:53
Michel GodartEt la devise nationale belge, c’est « L’union fait la force », c’est quand même aberrant ça!

00:14:57
Frédéric GoareguerOui. Non mais, on a vraiment quelque chose qui va à l’encontre d’une des plaies, je dirais, de la société actuelle qui est l’individualisme.

Méfiance des parents et changement culturel
00:15:04
Michel GodartEmmanuelle me disait Serge, elle m’a parlé un peu des parents, et la méfiance des parents. Du coup je me dis « Tiens, est-ce que toi tu la vis cette différence » quand tu dis qu’est-ce que tu fais exactement?

00:15:12
Serge DeloosC’est-à-dire oui et non. Et en fait l’idée c’est d’arriver à rencontrer la personne là où elle est, ne pas vouloir imposer là où moi je suis mais de rencontrer la personne là où elle est, et en fonction on chemine ensemble. Et il y a des gens qui, effectivement, viennent de métiers très, très dans le monde cérébral et qui effectivement peuvent sentir qu’il existe un monde plus sensible, et qui peuvent toucher en eux-mêmes ce monde sensible. Et donc du coup, se rendre compte en fait de toutes les potentialités qui avec ça, le projet de l’école, c’est aussi ça, c’est de ramener les enfants. Moi je trouve que ça ré enchante un petit peu la vie des enfants. Quand je vois les yeux des enfants, quand je vois que, oui effectivement, je veux dire la vie devient une belle aventure et pas une fatalité en fait, entre guillemets. Souvent quand les jeunes sortent de l’école, quand je vais voir mes enfants au départ sortir d’école classique, ben je regardais leurs yeux, je regardais les yeux d’autres enfants et je voyais au fur et à mesure que ça se ternissait, qu’il y avait une joie de vivre qui disparaît. Parce que, ben il n’y a pas d’autres, entre guillemets, il n’y avait pas d’autres choix en général que ce choix en fait, d’aller à l’école et puis d’avoir un métier parce qu’il faut gagner de l’argent. Et en fait, il y a moyen de voir le monde de différentes facettes, entre guillemets. Et c’est la même chose pour les gens qui viennent chez nous, et on voit effectivement que beaucoup de gens viennent, il y a une grande détresse en fait, des adultes, qui effectivement ont été plongés dans ce système, et qui en fait cherchent une porte de sortie.

00:16:28
Michel GodartIls sont prêts à passer au-dessus de leurs préjugés dans un cas comme celui-là (Serge Deloos: Ah moi j’en vois…), plus facilement.

00:16:31
Serge DeloosÉnormément qui passent le cap, tout à fait. Parce qu’à un moment la douleur et la difficulté fait que on se dit « Ben en fait là c’est une voie sans issue », et on cherche quelque chose d’autre. Et quand on cherche vraiment, ben on trouve.

Motivation personnelle et témoignage familial
00:16:42
Michel GodartSuper. Qu’est-ce qui t’a donné l’envie dans tes tripes, toi, de rejoindre ce projet? Qu’est-ce qui donne de l’énergie?

00:16:47
Serge DeloosÇa fait longtemps que moi j’étais porteur de ça. J’ai fait moi-même un jury à l’université pour sortir du système en fait, et pour pouvoir faire des activités que j’avais envie de faire, de juste présenter des examens pour un diplôme parce que j’avais toujours cette valeur du diplôme qui était là. J’ai une fille qui maintenant a 26 ans, qui fait de l’ostéopathie animale et qui est effectivement, en humanité m’a dit aussi « Papa, écoute, je vais faire un jury parce que l’école j’en peux plus ». Et elle a réussi brillamment son jury, elle l’a fait de cette manière-là. Et il se fait que j’ai un dernier petit qui a quatorze ans et demi, quinze ans là bientôt, qui lui, pour ses deux premières humanités, chaque jour, chaque jour, quand j’allais le chercher à l’école, me disait « Encore un jour d’en faire, de passé ». Et donc du coup, il a fallu à un moment qu’on se positionne et qu’on se dise…(Michel Godart: C’est des mots forts ça hein?), voilà, exactement. Mais avec un certain humour, parce que le 1ᵉʳ avril l’année dernière, il m’a dit « Papa, j’ai passé une super journée ». Je dis « Ah bon? ». Il m’a dit « Ben Poisson d’avril, papa! »

00:17:37
Michel GodartAh, non, c’est triste ça ouais.

00:17:38
Serge DeloosEt donc du coup, voilà, c’est pour ça aussi que ma motivation, malgré la charge de travail que j’ai, que ma femme qui est médecin aussi a (Michel Godart: Ah oui), et ben aussi, a été de mettre de l’énergie dedans pour nos enfants et pour les enfants des autres.

Mission résumée : retrouver la joie d’apprendre
00:17:50
Michel GodartRespect Monsieur. Quelle est la mission de l’association? Si on devait résumer la mission en une phrase pour que les gens la retiennent et que ça percute dans leur esprit, oui cette asso, Arcturus c’est… Et c’est quoi? C’est quoi la mission? Si on devait la résumer en une phrase ou deux?

00:18:02
Frédéric GoareguerRetrouver la joie d’apprendre.

00:18:03
Michel GodartRetrouver la joie d’apprendre. Et on ne s’adresse pas forcément qu’à des enfants en décrochage scolaire aussi?

00:18:07
Frédéric GoareguerPas seulement. Mais c’est vrai que on essaie d’éviter les situations d’enfants qui ont des trop grosses pathologies parce qu’on n’est pas équipés, comme pourrait l’être un enseignement spécialisé ou…

00:18:18
Michel GodartMême si toi tu es pédopsychiatre, tu ne peux pas tout prendre sur tes épaules?

00:18:21
Frédéric GoareguerEn effet. Et puis ça peut avoir des répercussions sur l’ensemble du groupe, donc des personnes qui pourraient être violentes ou qui ne pourraient pas être en mesure de participer pleinement. On essaye d’éviter, évidemment, mais la plupart sont en instruction en famille et certains sont en phobie scolaire sous certificat. A partir de ce moment-là, ce sont des enfants qu’il faut traiter avec beaucoup de sensibilité et qui ont une histoire évidemment, ce sont souvent des enfants très sensibles.

Phobie scolaire et public concerné
00:18:47
Michel GodartTu as utilisé le mot phobie scolaire

00:18:49
Frédéric GoareguerOui, tout à fait

00:18:50
Michel GodartÇa fait partie de la mission.

00:18:51
Frédéric GoareguerOui, tout à fait. Oui.

Lien avec Cap toi M’aime (Marine Chambat) en Suisse
00:18:52
Michel GodartEh bien je te mettrai en contact avec Marine Chambat, qui nous entend certainement, elle est déjà venue faire aussi un « Podcasthon » avec moi, sur son activité qui s’appelle « Cap Toi M’aime » (Frédéric Goareguer: Ah oui). Avec toi-même avec l’apostrophe m’aime tu vois, s’aimer soi. Elle est en Suisse à Genève, elle est spécialisée dans l’accompagnement des phobies scolaires, vous pourrez peut-être faire des collaborations ensemble, qui sait? (Frédéric Goareguer: Magnifique. Oui, pourquoi pas ?). Je vous mettrais en contact. Emmanuelle, tu as une remarque ou une question?

Origine du nom Arcturus
00:19:11
Emmanuelle GoareguerOui. Arcturus, je voulais juste faire le lien avec le pourquoi ce nom. Comme c’est le nom d’une étoile, d’une constellation, je trouve aussi que ça fait référence à cette étoile qui brille même dans la nuit. Et je pense que tous les enfants qui ont senti à un moment donné qui s’éteignait avec le système, ben comme ça rejoint exactement ce que mon papa dit, mais c’est aussi retrouver cette lumière à l’intérieur. Ça peut être voilà une forme de motivation, une forme d’espoir, une forme de joie, mais quelle que soit cette lumière, c’est ça qu’on veut voir dans les yeux des enfants.

00:19:41
Michel GodartCe que j’adore dans ta métaphore, c’est que le but en plus, c’est de faire briller les étoiles de nouveau dans les yeux des enfants.

00:19:46
Emmanuelle GoareguerOui, (Michel Godart: Trop fort) tout à fait – Rires.

Début de l’appel aux dons
00:19:48
Michel GodartAvant qu’on arrive maintenant à la suite, puisque je vous rappelle que cet épisode, Mesdames et Messieurs, c’est un appel aux dons. Il y a des constats qui ont été faits, on a expliqué ce qu’on va faire comme action, on a expliqué la mission, on a parlé un peu des constats, mais on va parler aussi des challenges. C’est quoi les difficultés de l’association maintenant? Parce que là où je vais faire un don, moi j’aimerais savoir: ben il va servir à quoi? Quelles sont vos difficultés? Quels sont vos challenges? Alors, si on n’a pas l’argent, parce qu’on est aussi en période où les gens sont parfois un peu en crise financière, c’est pas pour ça qu’on ne peut pas aider. On peut être bénévole, on peut parler de vous autour de soi. Et finalement, si on n’a pas d’argent, le fait de relayer l’information peut être aussi un gros pouvoir d’intervention. Donc voilà, il y a plusieurs façons de vous aider. Dites-nous tout.

Réalité financière et besoin de référents
00:20:24
Serge DeloosBen comme tu le disais, je crois qu’il y a plusieurs manières d’aider. Donc effectivement on se trouve avec un petit groupe d’enfants pour l’instant.

00:20:30
Michel GodartIls sont combien?

00:20:30
Serge DeloosLà Pour l’instant ils sont neuf, mais on espère 20. Mais neuf enfants pour payer des référents, effectivement, sachant quelles sont les lois sociales en Belgique, etc. Et que effectivement, pour donner un salaire de base à quelqu’un, ben on doit doubler au moins minimum le salaire de base qu’on donne à la personne. Pour neuf familles, c’est assez lourd en fait. Déjà, pour l’instant, les parents donnent beaucoup pour soutenir que le projet puisse continuer à perdurer. Des bénévoles viennent, mais on se rend compte qu’effectivement, pour que ça soit je dirais équilibré par rapport aux enfants, ils ont besoin d’avoir un référent régulier. Donc du coup, on s’est rendu compte qu’on a au moins besoin d’un référent qui a effectivement un panel de choses à pouvoir proposer déjà aux enfants, très large. Personne qu’on a trouvé là pour l’instant, mais qui effectivement ben doit rentrer dans un système effectivement avec un secrétariat social et toute une série de charges, qui en plus du loyer où nous nous trouvons, et des différents frais que nous avons, représente une somme qui… Nous n’avons pas envie de faire peser la somme totale sur les parents parce que ça va de nouveau créer un côté privilégié où certaines personnes ayant des moyens vont pouvoir mettre leurs enfants et pas d’autres, voilà.

Bénévolat, talents et soutien logistique
00:21:34
Michel GodartOui, surtout que l’aberration c’est que, s’ils en sont là, c’est parce qu’il y a une certaine souffrance, et c’est pas normal que c’est encore les parents qui doivent payer les souffrances qu’une société impose à leur famille quelque part, moi c’est ça qui me heurte personnellement dans la démarche. Alors je n’accuse personne mais, voilà, ça c’est quelque chose qui m’interpelle beaucoup. Donc on peut vous aider avec de l’argent, des dons. Est-ce qu’on a besoin de main d’œuvre? Est-ce qu’on a besoin de talents? Est-ce qu’on a besoin de profils talentueux? Frédéric?

00:21:56
Frédéric GoareguerAlors je pense que tu as tout dit. La main d’œuvre, les talents, des bénévoles évidemment, de préférence. Et il y en a, actuellement une ancienne directrice d’école qui s’est proposée et fait un travail remarquable. Mais c’est vrai qu’on est face à une réalité : les enfants qui ont été retirés de l’école ont besoin de la présence d’un parent, qui du coup ne travaillera pas, ça réduit très fort la marge d’action au niveau financier, ce qui fait qu’on n’a pas eu le cœur de demander trop. Et on a peut-être été utopiste en le faisant, mais on est parti sur un minerval de 350 par mois, 250 si c’est vraiment difficile et 400 si ils savent, 450 je veux dire. Mais bon, c’est un peu hors réalité. Alors je suis peut-être bon en pédopsychiatrie, mais pas dans les comptes et la comptabilité. Et donc je pense que on a été très large dans l’utopie au début.

00:22:48
Michel GodartUtopie ou désir de faire bien, et le mieux, et le plus accessible, et puis se rendre compte que finalement la société n’est pas si ouverte que ça à l’accessibilité

00:22:54
Frédéric GoareguerVoilà. Et on misait déjà, dès le départ, sur le fait que de bonnes âmes allaient venir aider. Mais c’est vrai que la situation actuelle, la conjoncture actuelle faisant, les bonnes âmes sont frileuses. Donc c’est aussi pour ça qu’on fait appel à la générosité des gens.

00:23:09
Emmanuelle GoareguerOn est dans un nouveau projet, comme on appelle ça « Les écoles du Nouveau Monde », même si on n’aime pas trop le mot école. C’est des lieux d’apprentissage. Il y a quand même aussi des pédagogies comme Montessori, Freinet, qui sont quand même reconnues et elles rémunérées. Mais nous, on a décidé de voir un petit peu plus loin, d’avoir d’autres alternatives, d’autres pédagogies. Donc on n’a pas voulu s’apparenter qu’à du Montessori ou qu’à du Freinet, bien que toutes les autres pédagogies sont également très chouettes. Mais on a créé du coup notre propre ASBL, on a, voilà de A à Z. C’est parti d’une discussion, puis c’est parti d’amis, puis d’une équipe, puis d’une école, puis d’une rencontre avec Benoît Morel, puis du Colombier. En fait, tout s’est aussi aligné finalement, on a quand même aussi eu de la chance dans ce projet, qui moi à la base quand mon papa m’en a parlé j’ai dit « C’est magnifique mais (Michel Godart: Challenge) on commence par quoi? C’est rock n roll ça ». Donc voilà, et par ce soutien d’avoir rencontré aussi les bonnes personnes au bon moment, voilà, on s’est lancé dans quelque chose qui fait que dans ce système, c’est pas subventionné, c’est pas reconnu.

Subsides et indépendance
00:24:08
Michel GodartEst-ce qu’il y a une recherche, j’allais demander, de subsides ou ça s’est envisagé. Ou est-ce que ça a plutôt été directement écarté pour avoir justement cette indépendance?

00:24:15
Serge DeloosLes subsides, on est tout prêt à en recevoir à condition de pouvoir rester libre, c’est toujours le problème. Le problème de subsides (Michel Godart: Ben oui) qui sont contrôlés, ben ça nous intéresse pas puisque effectivement, on a envie justement que les enfants puissent grandir en fonction de leurs envies soutenues justement dans ce projet d’autonomisation. Et, ben quand on veut être autonome, effectivement souvent on doit en payer le prix. On voit bien que ce soit les Touaregs dans le désert ou d’autres gens, etc. C’est des gens qui veulent être libres, mais ne sont évidemment pas soutenus par des instances, qu’elles soient politiques ou autres effectivement, voilà.

Proposition d’atelier podcast
00:24:46
Michel GodartOk. Bah écoutez, nous on tenait au niveau de l’association, on va le dire au micro comme ça on va tenir notre engagement, on va vous proposer de venir une journée faire une formation pour ces jeunes en podcast et pour que leur faire une activité podcast, où on leur proposera de dire « Bah tiens, observez la nature, préparez vos sujets. Faites-en un travail écrit d’abord, et puis vous allez me le manifester au micro comme une interview, comme si c’était un vrai journal », et on va leur créer un petit podcast. Vous en pensez quoi? (Frédéric Goareguer: Génial) (Emmanuelle Goareguer: Magnifique), c’est un bon projet non? Voilà, alors vous voyez si on peut faire un petit geste comme ça, déjà à notre niveau en tant qu’asso, ben je pense qu’auditeurs auditrices, si vous écoutez, vous pouvez déjà faire un petit don. Et les petits dons ont une valeur, même si c’est 1 €, 2 €, multiplié par le nombre de petits colibris dans le monde qui nous écoutent, ça peut faire de grosses sommes. Et puis vraiment, si vous n’avez aucun moyen, ben il y a un acte magique, fantastique à l’heure du digital, c’est qu’on peut faire un like, un partage, un share. Mais, mais surtout, on a chez nous dans notre podcast, un lien dans le texte du podcast descriptif, avec un voicemail, un répondeur vocal. Donc on peut vous laisser un message. Parce que il y a aussi autre chose qui est gratifiant, qui fait du bien, quand on a un projet comme le vôtre, c’est un merci, c’est bravo, c’est super continuez, les petits mots sympa qui réchauffent le cœur, ça aussi c’est une façon de vous aider je pense, vous me direz si j’ai tort (Emmanuelle Goareguer: Mm) (Frédéric Goareguer: Tout à fait), on est d’accord (Emmanuelle Goareguer: Tout à fait, merci). Alors, auditeurs et auditrices, laissez un petit mot sur le répondeur pour nos invités. Je vais encore laisser un petit mot de parole à chacun pour clôturer tout doucement cette interview. Vérifier qu’on n’a rien oublié de mentionner, Serge?

Appel aux retraité·es et aux talents
00:26:03
Serge DeloosOui, et j’avais juste envie d’ajouter par rapport à ce que tu dis, et, retraités par exemple, vous avez quelque chose à partager, vous avez un don, vous avez développé, etc et tout. Proposez-vous et en fonction de ce que les enfants vont, voilà, que ça soit travailler sur des logiciels libres Linux, que ce soit sur la construction

00:26:21
Michel GodartVenir apprendre à faire un jardin.

00:26:22
Serge DeloosVenez apprendre, effectivement, à faire des choses. Voilà, avec ce que vous avez, ce que vous avez envie de faire, l’élan de votre cœur. Bienvenue!

00:26:29
Michel GodartUn ornithologue qui pourrait venir apprendre le nom des oiseaux (Frédéric Goareguer: Tout à fait). Parce que voilà, moi j’adore les oiseaux tu vois?

00:26:33
Serge DeloosVoilà.

00:26:34
Michel GodartFrédéric. Un mot de fin? Tout doucement.

Besoin d’un soutien administratif
00:26:36
Frédéric GoareguerOui, mais on aurait aussi besoin d’une secrétaire parce que les démarches, notamment dont tu parlais, pour rechercher des subsides auprès d’instances politiques qui existent, c’est un peu prendre son bâton de pèlerin. Et c’est un temps qui est considérable parce que chacun de nous est bien occupé, et donc on aurait vraiment besoin de quelqu’un qui fasse ce job.

00:26:56
Michel GodartEt ça, c’est loin d’être une petite main. Parce que pour avoir eu des appels d’offres à remplir, je peux te dire que… Tu comprends pourquoi ça va mal dans la société au niveau des administrations parfois, je ne veux pas être trop méchant mais bon, c’est interpellant quand même hein? C’est pas une fonction genre on a besoin de secrétaires pour dépanner, c’est un des rôles clés que tu cherches?

00:27:11
Frédéric GoareguerOui tout à fait

00:27:12
Serge DeloosOu je dirais peut-être plutôt que de faire des appels d’offres à des instances politiques, il existe des fondations, il existe des gens qui sont gestionnaires de fortune.

00:27:20
Michel GodartPlus adaptés.

00:27:20
Serge DeloosAvec des personnes qui sont donateurs et ne fut-ce que de pouvoir avoir quelqu’un qui puisse faire le récapitulatif de qui existe et qui fait quoi, etc. Et tout. Ça, ce serait déjà très, très précieux pour nous aussi.

00:27:31
Michel GodartAlors, des gens qui ont des talents dans les call center pourraient préparer des scripts, téléphoner pour faire des contacts avec des mécènes et voir si quelques mécènes pourraient prendre conscience de l’importance de la jeunesse et du futur de la jeunesse.

Vision de réplication du modèle du Projet Arcturus
00:27:41
Serge DeloosEt puis on a ce rêve aussi, en tout cas, de dire que si ça marche bien, pas que nous voulions grandir, mais que ça puisse se répliquer éventuellement. Donc que ce projet puisse être répliqué par village.

00:27:50
Michel GodartDans le modèle open source hein?

00:27:52
Serge DeloosVoilà

Message final et encouragement à la solidarité
00:27:53
Michel GodartJ’ai bien compris ton esprit. J’adore cet esprit de open source. Emmanuelle tu as un petit mot toi aussi à donner aux auditeurs et auditrices? Qu’est-ce que tu aurais envie de leur dire pour les motiver à faire un don?

00:28:01
Emmanuelle GoareguerJe pense que tout est juste, il n’y a pas de petits ou de grands dons. Tout d’abord, rien que le fait de nous avoir écouté, c’est déjà chouette, merci beaucoup (Michel Godart: Merci, voilà). Merci à toi aussi pour ce podcast (Michel Godart: Welcome). Je voulais aussi remercier toute l’équipe pour toute leur énergie qu’elle investit au quotidien, parce que derrière en coulisses c’est un gros travail remarquable, et donc bravo à vous tous. Merci aussi aux enfants parce que je pense effectivement que l’éducation c’est hyper important, les enfants sont les adultes de demain. Cette dimension de ce projet, il y a même d’autres projets qui commencent à fleurir, qui sont aussi en lien avec tout ce dont on a parlé, ben je voulais juste les encourager. C’est en étant solidaires qu’on va tous y arriver, et donc merci à tous, et merci à vous.

00:28:45
Michel GodartAlors moi je disais au début hein? on est, l’exemple c’est nous. Mais en fait les enfants, ce sont nos miroirs.

00:28:49
Emmanuelle GoareguerTout à fait.

Site internet du Projet Arcturus
00:28:50
Michel GodartRegardez les enfants et réfléchissez à qui vous êtes. Et je pense que ça devrait interpeller pas mal. Un site internet? Pour aller visiter, pour avoir plus d’infos, parce que là on se limite un peu dans le temps donc, Frédéric?

00:29:00
Frédéric GoareguerC’est http deux points, double slash, trois W point projet Arcturus (Michel Godart: Voilà, il y a le projet dedans, dans l’URL) point com

00:29:07
Michel GodartJe vous rappelle auditeurs auditrices, faites un don. Et puis c’est quand même vachement sympa si vous faites un petit message vocal d’encouragement. À très bientôt pour de nouvelles aventures podcast, ciao!

00:29:15
Frédéric GoareguerMerci à toi – (Ensemble: Merci, merci).

Transcription integrale — cliquez un horodatage pour lancer la video ci-dessus au bon moment, sans quitter la page. © The Podcast Factory Org.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Projet Arcturus ?

Arcturus — « le champ des possibles » — est une ASBL belge qui fait vivre un lieu d’apprentissage démocratique en nature, au Colombier à Mont-Saint-Guibert, en Brabant wallon. Ce n’est pas une école : les enfants y apprennent à partir de leur propre motivation, dans un cadre qui privilégie la coopération et l’esprit critique.

Qui sont les invités de l’épisode #244 de Midoricast ?

Serge Deloos, le Dr Frédéric Goaréguer, pédopsychiatre, et Emmanuelle Goaréguer, enseignante. Ils sont interviewés par Michel Godart, fondateur de The Podcast Factory Org. L’épisode dure environ 29 minutes.

Comment soutenir l’ASBL Arcturus ?

Par un don via la page « compte et dons » de projetarcturus.com, mais aussi en donnant du temps : l’association cherche des référents adultes, des bénévoles prêts à transmettre un savoir-faire, un appui administratif et du soutien logistique. Partager l’épisode aide déjà.

Sources

Épisode #244 de Midoricast, produit par The Podcast Factory Org asbl-vzw, publié le 17 mars 2026. Page de l’épisode et transcription intégrale : whatsyourstory.be · podcastics.com · version vidéo sur YouTube. Photos : © Projet Arcturus et © The Podcast Factory Org.

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