JEAN-PAUL SALOME RACONTE…

Présenté en avant-première au Festival du Film Francophone de Namur, « L’affaire Bojarski » de Jean-Paul Salomé avec dans le rôle-titre Reda Kateb a fait l’unanimité. Rencontre avec le réalisateur aussi passionné que passionnant. A Namur, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
On lui doit des films tels que « La syndicaliste » ; « La Baronne » ; « les femmes de l’ombre » ; « Le petit lieutenant » ; « Arsène Lupin » et « Belphégor, le fantôme du Louvre ». Jean-Paul Salomé, du haut de ses 64 ans, nous revient avec un biopic pas vraiment comme les autres. Il s’agit de Jan Bojarski, un réfugié d’origine polonaise devenu le Cézanne de la contrefaçon en créant de faux billets de banque. Une bête noire pour la banque de France et du commissaire Mattei qui l’a pourchassé pendant 15 ans. Rencontre.
A partir de quels éléments êtes-vous parti pour écrire le scénario de « L’affaire Bojarski » ?
C’est le romanesque qui s’en dégageait et surtout le portrait que je pensais faire de cet homme ordinaire dans cet itinéraire incroyable. D’un type que l’on pourrait présenter comme un voyou ou un gangster, ce qu’il n’était pas. Je trouvais intéressant de faire ce portrait d’un homme qui était plus du côté d’un artiste que d’un voyou.
En quelque sorte, cet homme vous a passionné…
Oui, parce que je trouvais qu’il y avait quelque chose de cinématographique dans son parcours, parce que de part de nombreux points, je me sentais concerné par ce que cela racontait et par ce que je pourrais raconter à travers cela. Je pressentais qu’il y avait aussi certaines choses intéressantes à retirer de cette histoire.
Mais, il n’existe pas de livres d’archive sur Bojarski…
Effectivement. Il n’y a pas de livres sur lui. Il y a un ou deux documentaires que j’ai vu puis un peu de choses sur Internet, quelques émissions radio, quelques podcasts sur lui mais il y a surtout un journaliste suisse qui s’appelle Jacques Briod qui avait « la passion Bojarski ». Au fil des années, il a amassé une documentation énorme et gentiment, il nous a donné accès à cette documentation qui nous a permis d’écrire le scénario. Puis des portes se sont ouvertes comme celles de la banque de France qui nous a autorisés à consulter leurs archives et qui, aujourd’hui, considère Bojarski comme étant le plus grand faussaire, que ses billets sont mêmes plus beaux que les originaux.

Jusqu’à quel point avez-vous été fidèle à la vie de ce faussaire ? Je pense notamment à la tasse de café, sans vouloir spoiler la fin, ou la rencontre dans un hôtel entre le Commissaire Mattei et Bojarski ?
C’est un mixte entre la tasse de café qui est romanesque et extrêmement visuel (dans la réalité il s’agit d’un verre d’eau) et la rencontre était plus, à la fois, comment faire comprendre la fascination entre ces deux hommes, comment créer et faire comprendre dans le film la tension entre ce couple de « flic et voyou » qui se sont tournés autour pendant quinze ans. Comment le cinéma est-il venu au secours de la réalité pour créer une scène. Mais beaucoup de choses que l’on retrouve dans le film sont proches de la réalité.
Avait-il vraiment des enfants ?
Oui, tout à fait. Tout ce qui a trait à la vie de Bojarski est inspiré de choses plutôt vraies. Ce n’est pas la partie où nous avions le plus d’informations mais la partie entre lui et sa femme a existé ; la fille de Bojarski, qui a 75 ans, a vu le film à Paris et a été extrêmement touchée parce que pour elle, c’était une manière de se réapproprier l’histoire de son père et de mieux la comprendre, surtout de voir le talent de son père reconnu. C’était quelque chose de très émouvant. Pour elle, il n’y avait pas de trahison par rapport à l’histoire de ce film.
Ne pensez-vous pas que pour Bojarski, la réalisation de ces faux billets était plus un défi qu’une volonté de se faire vraiment de l’argent ?
Oui, plus un défi qu’un jeu, tout à fait. Une certaine envie de revanche sur le pays, sur la France de l’époque et puis de montrer ses talents là où on n’avait pas voulu lui donner les moyens de les exprimer, les capacités d’inventeur, d’ingénieur qu’il avait en lui. Que ce talent, il allait le recycler ailleurs. Il avait ce défi d’être le meilleur.
Les inventions dont on parle dans le film, sont-elles réelles ou fictives ?
Non, elles sont bien réelles sauf une que je ne vous révèlerai pas (rires) ! On a eu accès à ses brevets, on a reconstruit ses machines en fonction des plans qu’il avait et qui nous ont permis de recréer très fidèlement toutes ces machines.
A quel moment avez-vous pensé à Reda Kateb pour le rôle de Bojarski ?
Tout de suite. Avant que je ne réalise « La syndicaliste », je suis allé voir Isabelle Huppert au théâtre et à la fin de la pièce, elle m’a dit « viens, on va diner ». Il y avait Reda Kateb dans la salle ce qui fait que nous avons été diner tous les trois. Pendant le repas, j’ai observé Reda et je me suis dit « mais c’est lui Bojarski ». Fort de cela, je l’ai vu quelques jours plus tard et lui ai dit que j’allais commencer à écrire « La syndicaliste » mais qu’après, j’avais envie d’écrire autre chose, l’histoire d’un homme, Jan Bojarski. Il ne le connaissait pas. Je lui ai alors raconté l’histoire et lui ai proposé le rôle. Ce à quoi, il a répondu « oui » et j’ai donc écrit le film pour lui.
Et pour Sarah Giraudeau ?
Elle est arrivée par après, une fois que l’on savait que le film allait se faire, que le financement était réuni. Le film a été compliqué financièrement. Je savais que j’avais un budget serré pour un film d’époque, ce qui m’a obligé à faire attention à plein de choses, à être malin pour recréer cette époque-là de manière rigoureuse et économe. Puis Sarah comme Pierre Lottin et Sébastien Bouillon dans un processus de casting plus classique.
A la fin du film, on a droit à des images d’archives où l’on voit Bojarski fabriquer les billets. D’où viennent-elles ces images ? De la police. C’est la police, au moment de l’arrestation, qui a filmé cela parce qu’ils ne croyaient pas que tout cela venait d’un homme seul. Ils lui ont demandé de refaire des billets pour être sûrs qu’il pouvait faire le papier, l’impression, la couleur, la peinture etc. Comme il avait besoin de cette reconnaissance, il s’est prêté au jeu et a recréé tout cela avant que son atelier ne soit détruit par les autorités judiciaires.






























































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