🗓️ Mis à jour le 29 mai 2026
UNE HISTOIRE VRAIE FICTIVE
Présenté en séance spéciale, « L’affaire Marie-Claire » de Lauriane Escaffre et Yvo Muller revient sur le procès de Bobigny en 1972. Une œuvre efficace, tant sur le fond que sur la forme. A Cannes, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
« L’affaire Marie-Claire » relate le procès de Bobigny en 1972. Marie-Claire (Saül Benchetrit), jeune fille de 16 ans, se fait violer par un copain de classe qui l’a invitée à une soirée entre copains et en présence de sa mère. Seulement, il n’y a pas de soirée et la mère du jeune homme est absente. Quelque temps plus tard, Marie-Claire constate qu’elle est enceinte. Elle ne veut pas garder l’enfant et l’avortement est punissable selon la loi de 1920. En dépit de cela, la maman de Marie-Claire (Cécile de France) se renseigne pour faire avorter sa fille. Mais cet acte condamnable est vite rattrapé, conduisant devant le juge Marie-Claire, sa mère, l’amie de sa mère qui a donné le contact à la personne qui pratiquera l’acte, et bien entendu la praticienne. Ce sera l’avocate Gisèle Halimi (Charlotte Gainsbourg), grande défenderesse de la cause féminine, qui défendra ces quatre femmes devant une cour constituée d’hommes, uniquement. Derrière ce procès, l’avocate entend bien faire bouger les choses et faire le procès de cette loi archaïque de 1920.
D’emblée de jeu, le duo de réalisateurs nous informe que ce film est une fiction inspirée de faits réels. Il ne faut dès lors pas tout prendre au pied de la lettre, certaines situations ayant été imaginées pour des questions de narration. Néanmoins, « l’affaire Marie-Claire », qui a été largement médiatisée, est une œuvre forte, tant sur la forme que sur le fond.

C’est Charlotte Gainsbourg qui endosse la robe d’avocate, au tempérament trempé et déterminé dans ce film efficace sans être spectaculaire au niveau de la mise en scène qui reste classique.
« L’affaire Marie-Claire » met aussi en exergue le combat des femmes pour disposer, comme elles le souhaitent, de leur corps. Mais la société de l’époque n’était pas encore tout à fait prête à accepter ce changement. Le rôle de la femme étant limité aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Il aura fallu l’intervention de Paris Match pour que la presse accepte de se mouiller un peu en dénonçant ce procès. Puis après, cette histoire a fait de boule de neige, emportant sur son chemin d’éminents professeurs de médecine, des personnalités connues et reconnues qui feront bien les affaires de l’avocate dont l’objectif est de faire acquitter ses clientes.

« L’affaire Marie-Claire » démontre que l’avocate Maître Halimi avait déjà un temps d’avance sur son temps. Son mari, interprété par Grégory Gadebois, est plutôt effacé, endossant en quelque sorte le rôle d’un faire-valoir, un soutien moral pour sa femme. Le film dénonce aussi une forme d’injustice envers les femmes dites en détresse sociale, la maman de Marie-Claire, travaillant à la RATP et élevant seule ses trois enfants, est considérée comme étant une personne faible. La grande partie du film s’appuie sur le procès lui-même et si, sauf exception, les scènes du tribunal sont lourdes et ennuyeuses, il n’en est rien dans le cas de « l’affaire Marie-Claire ». Pas de mouvements de caméra inutiles, pas d’interruption ou de joutes verbales superflues. Le procès va à l’essentiel, et l’essentiel, c’est aussi transmettre l’émotion, ce que Lauriane Escaffre et Yvo Muller sont arrivés à faire. Dès lors, on peut parler d’une œuvre réussie.
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