Pour son 7è film en tant que réalisateur, Daniel Auteuil s’attaque à une page sombre de l’histoire de France, celle où, en 1942, le gouvernement de Vichy organise une rafle de Juifs étrangers. Présenté dans la section « Cannes Première », ce drame historique a ému les festivaliers. A Cannes, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
« La Troisième Nuit » nous plonge en 1942. La commission dite de « criblage » a pour mission d’organiser des arrestations et l’internement en camp de rétention de Juifs qui n’entreraient pas dans les 11 critères détaillés avec précision par une circulaire émise par la préfecture de Lyon. Celles et ceux qui entrent dans ces critères seront exemptés de transfert. Pour les autres…on connaît leur triste sort !
Avec sobriété, sans effet de manche ni volonté de faire du sensationnel, Daniel Auteuil nous raconte ce qui s’est passé durant ses trois nuits où cette commission de criblage a dû faire des choix. Certains selon leur conscience, d’autres sous la pression de l’administration française qui ne voulait pas décevoir les exigences émises par les occupants. Cette commission était présidée par Gilbert Lesage, alias Antoine Reinartz, détaché du Service Social des Etrangers et dont la notion de justice de la préfecture et dès lors la notion de justice lui tenait à cœur. A ses côtés, il y avait des représentants des organisations humanitaires tels que L’Amitié chrétienne représenté par l’abbé Galsberg, alias Daniel Auteuil, la Cimade et bien d’autres. Il y avait aussi le policier Lucien Marchais, alias Grégory Gadebois, une fois de plus magistral dans ce rôle de policier sans empathie qui s’agace de voir que l’abbé Glasberg (Daniel Auteuil) s’oppose systématiquement à l’arrestation des Juifs présents sur cette liste sur base de documents à l’authenticité douteuse. Le face à face entre ces deux acteurs est jubilatoire car tellement bien joué. D’ailleurs, si le film est une véritable réussite, c’est principalement grâce à la direction d’acteurs. Que ce soit Grégory Gadebois, Daniel Auteuil et sans conteste Antoine Reinartz, tous sont magnifiques donnant toute la crédibilité non seulement au film mais aussi à cette triste page de l’histoire de France et ce, même si le courage, la détermination et l’intelligence de l’abbé Glasberg, Juif converti, a permis de sauver 108 enfants de la déportation.
Bien entendu, le prix à payer de ce sauvetage, n’a pas été sans conséquence. En effet, les parents ont dû signer un acte d’abandon. Mais que vaut ce « bout de papier » par rapport à une mort certaine ? D’ailleurs, à l’issue de la projection, sur banc noir on nous informe le nombre de parents qui ne sont jamais revenus des camps. Alors oui, il y a eu abandon mais c’était pour une cause importante, celle de la vie !
La force de « La troisième nuit » réside également dans le fait qu’à aucun moment les scènes ont été surjouées au niveau de l’émotion. Pas de musique additionnelle pour appuyer les moments d’émotion, pas de parents ou d’enfants pleurant outre mesure. Tout a été filmé dans la dignité ce qui rend d’autant plus fort cette histoire préférant se concentrer sur les dilemmes de la désobéissance civile, comme Gilbert Lesage qui a préféré écouter son cœur plutôt que les directives des autorités comme d’ailleurs lui a reproché Lucien Marchais.
En ces temps qui courent, « La troisième nuit » est un film important pour nous rappeler que la barbarie nazie et la collaboration du gouvernement de Vichy est une véritable page sombre de l’histoire de France.
La projection s’est terminée par une standing ovation de plusieurs minutes.
(c) Galerie photos : Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage
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