PETER JACKSON « JE FAIS DES FILMS POUR MOI »
Après sa Palme d’or d’honneur, reçue lors de la cérémonie d’ouverture de ce mardi soir, le réalisateur, scénariste, producteur néo-zélandais Peter Jackson a donné, fin de matinée, une Master class devant une salle comble. Morceaux choisis. A Cannes, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
Chevelure hirsute, tenue cool, air décontracté presque les mains dans les poches, Peter Jackson est arrivé sur la scène de la salle Debussy sous une standing ovation des plus chaleureuse. Ce n’est qu’après quelques minutes d’applaudissements intensifs qu’il s’est installé sur le fauteuil pour commencer cette rencontre.
Qui dit Peter Jackson dit forcément ses plus grands succès au box-office en l’occurrence « King Kong », la trilogie du Seigneur des Anneaux et celle du Hobbit. Un cinéma de genre qui n’est pas vraiment celui proposé par le Festival de Cannes « il est vrai que mes films ne sont pas faits pour une Palme d’or et donc, m’octroyer celle d’honneur, je n’en reviens toujours pas. Merci au Festival de Cannes » confie Peter Jackson qui ne peut s’empêcher de partager avec l’assemblée un souvenir cannois : « la première année où je suis venu, j’avais fait tout ce qu’il fallait pour obtenir une accréditation : une photo, rempli le formulaire etc. Je me rends au Palais pour retirer mon badge et là, la sécurité me met illico presto dehors parce que j’étais en short ! Parfois, il faut s’armer de courage pour affronter les gens mais je ne suis pas très courageux ».
Si la rencontre a abordé plusieurs thèmes, en ce compris la place de l’IA dans le cinéma « Je n’ai rien contre l’IA pour autant qu’elle ne bafoue pas les droits des comédiens » dit-il avec conviction, elle a été principalement axée sur la filmographie de cet amateur de films d’horreur « le film d’horreur est un art cinématographique différent. Les films que je fais sont des films que j’aime voir. Après, il y a des limites, il ne faut pas non plus être ridicule en exagérant le côté gore des scènes. »

L’ORIGINE DE KING KONG
Ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance de se retrouver face à Peter Jakson et encore moins échanger sur « King Kong » et ses anecdotes. Il avait à peine 8 ans lorsqu’il a réalisé avec la caméra super8 de ses parents sa propre version de « King Kong ». « Dans les années 60, mes parents venaient d’acheter un poste de télévision et je suis littéralement tombé amoureux de ce genre de films, ceux qui me permettaient d’échapper à la réalité. A 8 ans, j’ai vu King Kong, la version d’origine et ce film a été un véritable tournant dans ma vie. C’est à ce moment-là que je me suis dit que plus grand, je ferai du cinéma. »
LA TRILOGIE DU « SEIGNEUR DES ANNEAUX »
« Je ne suis pas sûr que je referai un autre film avec autant de succès » lance Peter Jackson précisant « il est agréable de voir qu’un de mes films dure dans le temps. Je suis fier de voir que le public aime tant cette trilogie. Jamais, je n’aurais cru que le public allait tant aimer mon œuvre. Ces films sont bons puisqu’ils plaisent au public ! ».

Il est vrai que d’adapter l’œuvre de Tolkien n’était pas une sinécure. D’ailleurs, toujours d’après Peter Jackson « les Beatles avaient demandé à Stanley Kubrick, qui venait de terminer « 2001, l’Odyssée de l’espace », pour qu’il adapte l’œuvre de Tolkien. Ce à quoi Stanley Kubrick a répondu qu’adapter Tolkien était impossible. Il est vrai qu’à l’époque, la technologie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui et que la motion capture n’existait pas encore, ce qui m’a permis de pouvoir faire cette adaptation. Mais il me doit aussi de préciser que Elijah Wood et son énergie optimiste m’a fortement aidé à faire ce film car je ne fais pas de film pour l’abandonner en cours. Quand je me lance dans une réalisation, quoi qu’il se passe, je vais jusqu’au bout. »
Franc comme baptiste, ce qui est tout à son honneur, Peter Jackson n’a pas hésité à avouer ce qui pourrait choquer plus d’une personne « j’aime tous mes films. Je fais des films pour moi, pas pour le public. Les décisions que je prends, c’est parce que c’est ce que je veux voir. Je fais donc ces films parce que ce sont ceux que je veux voir au cinéma. »
La rencontre s’est terminée sur l’annonce de son prochain long métrage attendu fin 2027 à savoir « The Hunt for Gollum ». « Gollum, contrairement à ce que j’ai dit, je ne l’ai pas fait pour moi. Après réflexion, tout comme pour « Hobbit », je me suis dit qu’il fallait que je le fasse pour Andy Serkis (ndlr : Andy Serkis est le réalisateur et acteur de « The Lord of the Rings : the Hunt for Gollum ». Peter Jackson en est le producteur) car il va montrer la psychologie de Gollum comme on n’a jamais pu l’imaginer. Quand je peux aider, je le fais ! »
(c) photo d’accroche : Brigitte Lepage – Cannes 2026





