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Interview du réalisateur iranien Jafar Panahi

Avec un Ours d’or, un Lion d’or, un Léopard d’or et une Palme d’or, le réalisateur iranien Jafar Panahi est le seul réalisateur à avoir été couronné dans tous ces prestigieux festivals. Il ne lui manquait plus que la Palme d’or. Chose faite cette année avec « Un simple accident ». Co-produit par la société luxembourgeoise Bidibul, Jafar Panahi était de passage au grand-duché de Luxembourg pour présenter son film en avant-première. Thibaut Demeyer.

Lunettes noires qui ne laissent passer aucun sentiment oculaire, tenue vestimentaire dans les mêmes tons, Jafar Panahi est installé en toute discrétion, presque dans la pénombre, dans l’alcôve de l’hôtel Places D’Armes à Luxembourg. A notre arrivée, il se lève, nous sourit, tend la main et nous accueille avec un timide « bonsoir » alors que le réalisateur ne parle que le persan. Quinze minutes nous sont accordées pour vivre un moment d’exception.

Jafar Panahi “Un simple accident”. (c) Brigitte Lepage

Jafar Panahi, comment s’est passé votre retour en Iran ainsi que celui des comédiens après Cannes ?

D’abord, pour moi, ce n’était pas important de ce qui allait se passer en rentrant en Iran. On a pris la décision de retourner et c’est ce que nous avons fait ; vingt-quatre heures après la cérémonie, nous atterrissions à Téhéran.  Arrivés en Iran, des amis cinéastes, des collègues, des amis des familles de mes amis, qui sont prisonniers politiques, et des gens normaux, sont venus nous accueillir. Cela a été un très beau souvenir. Le temps que j’étais en Iran, après le Festival, on a continué à recevoir les amis et les collègues qui venaient me féliciter. Même dans la rue, les gens me reconnaissaient et venaient me féliciter. Voilà comment s’est passé mon retour en Iran.

Et quelle a été la réaction du gouvernement face à votre Palme d’or ?

Evidemment, le gouvernement a réagi différemment du peuple iranien. Pendant le Festival, malgré les bons retours des festivaliers et de la presse, le gouvernement continuait à dire du mal du film. Malgré un retour positif des médias, le gouvernement cherchait à trouver des critiques de ceux qui n’aimaient pas « Un simple accident ». Il diffusait ces critiques partout en précisant qu’ils ont raison, que même les étrangers n’aiment pas ce film qui a été organisé par les services secrets occidentaux ennemis de notre pays. C’est leur technique habituelle pour les films qu’ils n’aiment pas, qui sont contre le gouvernement, pour détruire les films indépendants.

A partir de quel élément êtes-vous parti pour développer le scénario et les personnages ?

Je me considère comme un cinéaste social et donc, les idées viennent de la société où j’habite, où je passe ma vie quotidienne. Pour ce film, mes inspirations sont venues au moment où l’on m’a mis en prison, où j’y ai passé du temps. Ce que j’ai entendu, ce que j’ai vécu moi-même, ce que l’on m’a raconté et l’expérience de ce qu’ils avaient entendu des autres prisonniers politiques, qui sont là depuis longtemps, tout cela a été ma source d’inspiration pour ce film.

Jafar Panahi et son interprète. “Un simple accident”. (c) Brigitte Lepage

Votre film est une histoire très sérieuse et pourtant, par moment, il y a de l’humour. Celui-ci s’est imposé naturellement où c’était voulu pour éviter un climat trop oppressant ?

Bien entendu, dans la construction du film, j’ai pris cela pour prendre un peu de légèreté mais il est aussi venu naturellement parce que le peuple iranien est un peuple qui a beaucoup d’humour. Il trouve toujours une manière de rire sur tous les problèmes et les transforme sous forme de blague. Avant que n’arrive ce nouveau gouvernement, on avait beaucoup d’occasions pour faire la fête comme le Nouvel An ou d’autres moments où l’on pouvait danser et être « heureux ». Une fois arrivé au pouvoir, le gouvernement voulait tout interdire, en ce compris le Nouvel An pour se concentrer sur des évènements religieux qui sont plus tristes. Mais le peuple iranien a résisté et il s’est même de plus en plus concentré sur la culture iranienne, sur la joie, continuant de plus en plus à célébrer ces moments si précieux. Comme mon travail est inspiré par la société, le réel, si je supprime les moments d’humour, ce ne sera plus vraiment le reflet de la réalité.

Vous vous êtes retrouvé en prison à plusieurs reprises dans des conditions difficiles. Comment faites-vous pour trouver ce courage de continuer de faire des films sachant qu’à chaque fois, vous risquez des représailles ?

Je ne vois pas cela comme du courage mais plutôt comme quelque chose de normal parce que je ne sais rien faire d’autre que du cinéma. En disant cela, je suis vraiment sincère. Le cinéma est ma vie et si je ne travaille pas, je déprime. Pour fuir cette dépression, je dois continuer à travailler, je n’ai pas d’autres choix. La façon dont je vois les choses, la façon dont je construis mes films, il y a un prix à payer si je veux rester fidèle à mes valeurs et donc de continuer à faire mes films.

Avec toutes ces interdictions de tourner en Iran, quel est, selon vous, l’avenir du cinéma en Iran et notamment vis-à-vis de la nouvelle génération ?

Quand on m’a dit que je ne pouvais plus faire de films pendant vingt ans, au début, j’étais en état de choc. Puis j’ai trouvé des solutions pour continuer à travailler. Avant cela, les étudiants venaient me trouver en râlant, disant que l’on ne peut pas faire de films, que c’est très compliqué, que l’on ne peut pas travailler. Quant ils ont vu que je trouvais toujours une solution pour faire des films, ils ont arrêté de râler et on finit, eux aussi, à chercher des solutions pour faire leurs films (rires).

« Un simple accident » représentera la France aux Oscars. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Personnellement, j’aurais aimé représenter mon pays aux Oscars.Avant, l’Académie avait des règles pour qu’un film y soit représenté. Il fallait que l’œuvre soit diffusée au minimum une semaine dans les salles, ce qui était impossible pour moi vu qu’ils ne sortaient jamais en Iran. Cette année, le règlement a changé. Dorénavant, un film qui sort dans n’importe quel pays peut représenter un pays. Même avec ce nouveau règlement, dans mon pays, ils n’ont même pas voulu considérer mon film comme étant un film iranien. Bien entendu, je suis content mais en même temps triste. Content parce qu’on a trouvé la solution pour se retrouver aux Oscars et triste parce que je ne représente pas mon pays.  

« Un simple accident » de Jafar Panahi – Palme d’or 2025 – en salles dans notre région le 1er octobre 2025.

Vidéo : bande annonce “Un simple accident” de Jafar Panahi – Palme d’or 2025
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