James Cameron, condamné au front pour bigamie en 1917 : l’histoire retrouvée de l’arrière-grand-père de Luke Mathers (Unquiet Nights)

James Cameron, condamné au front pour bigamie en 1917 : l’histoire retrouvée de l’arrière-grand-père de Luke Mathers (Unquiet Nights)

En juillet 1917, un tribunal de Boston offre un choix singulier à un cornemuseur écossais accusé de bigamie : la prison ou le front. James Cameron part en France avec une unité de mitrailleurs, traverse les Cent-Jours du Canada en 1918 et rentre indemne. Son arrière-petit-fils, Luke Mathers, chanteur du groupe rock de Belfast Unquiet Nights, a reconstitué son parcours à partir de milliers de papiers de famille.

L’essentiel
  • Qui : James Clark Cameron, né en Écosse, émigré au Canada en 1909, cornemuseur des New Brunswick Kilties (236e bataillon outre-mer).
  • 1917 : condamné pour bigamie à Boston, il échappe à la prison en acceptant de partir au front avec une unité de mitrailleurs.
  • 1918 : au 72e bataillon puis au 4e bataillon de mitrailleurs canadien, il combat à Amiens, Arras, sur la ligne Drocourt-Quéant, au canal du Nord et à Cambrai.
  • 1939 : il propose de reprendre du service ; la réponse de Canada House est signée par Lester B. Pearson, futur Premier ministre du Canada.
  • La découverte : la lettre a refait surface en 2019 dans les papiers de son fils, le grand-père de Luke Mathers (Unquiet Nights).

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Un cornemuseur écossais chez les Kilties du Nouveau-Brunswick

James Clark Cameron quitte l’Écosse en 1909, à 21 ans. Il travaille d’abord dans une ferme de Trenton, en Ontario, puis devient joueur de cornemuse des New Brunswick Kilties, le 236e bataillon outre-mer, levé pendant la Première Guerre mondiale.

Selon sa famille, il est aussi le meilleur ami du fondateur du bataillon, le colonel Percy Guthrie. En juin 1917, la presse de Boston photographie le cornemuseur au moment où les Kilties offrent un jeu de cornemuses au maire de la ville, James Curley.

1917 : jugé pour bigamie à Boston, envoyé au front

Le même mois, James Cameron se marie à Boston, au son des cornemuses, en présence du colonel Guthrie et de sa famille. Quelques semaines plus tard, il fait la une pour une autre raison : il était déjà marié. Le 25 juillet 1917, le Boston Globe titre « Cameron admits having two wives ».

Il plaide coupable de bigamie. Percy Guthrie prend sa défense devant le tribunal et obtient une alternative à la prison : Cameron partira en première ligne avec une unité de mitrailleurs. Le Boston Post parle d’une « suicide squad », et les journaux de l’époque comparent l’affectation à une condamnation à mort.

Le feuilleton dure plusieurs semaines dans la presse américaine. Le Boston Sunday Post du 29 juillet 1917 pose même la question à ses lectrices : une épouse doit-elle envoyer son mari en prison ou à la guerre ? En mai 1918, un journal de Bridgeport annonce que sa première épouse a obtenu le divorce.

Du 72e bataillon aux mitrailleurs : les Cent-Jours du Canada

James Cameron embarque à Montréal pour Liverpool le 30 octobre 1917, à bord du HMT Canada. En mars 1918, les Kilties sont répartis entre d’autres unités : il rejoint le 72e bataillon (Seaforth Highlanders of Canada), puis le 4e bataillon du Corps canadien de mitrailleurs.

Il reste en première ligne pendant les Cent-Jours du Canada, l’offensive finale de l’été et de l’automne 1918. D’après le communiqué de la famille, il prend part :

  • à la bataille d’Amiens, en août 1918 ;
  • à la bataille d’Arras et à la percée de la ligne Drocourt-Quéant, fin août et début septembre ;
  • au franchissement du canal du Nord et à la bataille de Cambrai, à l’automne.

Les Kilties étaient partis à 1 053 hommes ; à la fin de la guerre, ils comptaient 553 pertes, selon le même communiqué. James Cameron rentre à Montréal le 4 juin 1919 à bord du Mauretania, en bonne santé. Il reçoit la British War Medal, la Victory Medal et l’insigne « Class A » du service de guerre.

Valenciennes, Mons : la piste du 11 novembre 1918

Dans le message envoyé à notre rédaction, Luke Mathers ajoute à ce parcours les batailles de Valenciennes et de Mons. Le 72e bataillon porte bien l’honneur de bataille « Valenciennes », pour les combats du début de novembre 1918.

Mons est la ville où le Corps canadien a terminé la guerre : les troupes canadiennes y sont entrées le matin du 11 novembre 1918, quelques heures avant l’armistice. Les documents publiés ne permettent pas de confirmer que James Cameron se trouvait lui-même à Mons ce jour-là. Pour découvrir ce chapitre de l’histoire montoise, le Mons Memorial Museum lui consacre une partie de son parcours.

Minnie Bowden, de Belfast au domaine des Eaton

L’autre moitié de l’histoire commence à Belfast. Le 17 mai 1924, Mary « Minnie » Bowden embarque sur le S.S. Metagama pour Québec. Sa traversée est organisée par l’agence de voyage de l’Armée du Salut, et sa déclaration de passager indique comme profession « Housekeeper, Domestic ».

Elle est engagée par Lady Flora Eaton, veuve de Sir John Craig Eaton, de la famille propriétaire des grands magasins Eaton’s. De 1924 à la fin de 1931, elle est gouvernante de la famille, notamment à Kawandag, le domaine d’été du lac Rosseau, en Ontario. Elle donnera plus tard le prénom Flora à son quatrième enfant.

Toronto, puis le retour à Belfast

Minnie Bowden épouse James Cameron le 30 décembre 1925. Le couple s’installe au 180 Coxwell Avenue, à Toronto, où naissent ses deux premiers enfants. En 1929, James obtient son certificat de mécanicien de machines fixes et travaille pour les chemins de fer.

Le 24 juin 1932, la famille quitte Montréal pour Belfast à bord du S.S. Duchess of York. Le fils né à Toronto, James Bowden Cameron, sera le grand-père de Luke Mathers.

1939 : la lettre signée Lester B. Pearson

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, l’ancien combattant propose à nouveau ses services au Canada. La réponse, datée du 7 septembre 1939, arrive sur papier à en-tête du Haut-Commissariat du Canada à Canada House, Trafalgar Square, à Londres. Elle est signée « L B Pearson, Secretary ».

Lester B. Pearson recevra le prix Nobel de la paix en 1957 et sera Premier ministre du Canada de 1963 à 1968. Sa lettre a refait surface en 2019, parmi les milliers de papiers laissés par le fils de James Cameron.

« Quand j’ai atterri à l’aéroport Toronto-Pearson pour l’Indie Week en 2014, je ne me doutais pas qu’à la mort de mon grand-père, en 2019, je trouverais parmi ses milliers de papiers une lettre signée de la main de Lester Pearson. »

Luke Mathers, traduit de l’anglais

Une seconde guerre en uniforme britannique

James Cameron sert finalement dans l’armée britannique, de 1939 à 1954, au sein des corps de l’intendance et du matériel (RAOC, RASC) puis des ingénieurs électriciens et mécaniciens royaux (REME). Il est caporal en 1942.

En 1944, une société canadienne lui écrit au sujet des projets d’immigration vers l’Ontario après la guerre. Il reste pourtant au Royaume-Uni et quitte l’armée en 1954, à 66 ans.

Luke Mathers, rockeur de Belfast et héritier de l’histoire

Luke Mathers est le chanteur, guitariste et auteur d’Unquiet Nights, groupe rock fondé à Belfast en 2010 avec le batteur Rodger Firmin. Le groupe a vécu six ans en Italie et publié l’album « Seasons in Exile » en 2024. Son dernier single s’intitule « Last Days of Rome ».

Élevé en Irlande du Nord par son grand-père né à Toronto, il a déposé fin 2024 sa demande de citoyenneté canadienne. Il écrit déjà de nouvelles chansons inspirées de l’histoire de ses arrière-grands-parents.

« Je reste fidèle à ceux qui m’ont précédé, et à cette voix intérieure qui m’a toujours dit : “Tu es Canadien.” »

Luke Mathers, traduit de l’anglais

Les grandes dates de James Cameron

1909Émigre d’Écosse au Canada, à 21 ans
Juin 1917Cornemuseur des New Brunswick Kilties (236e bataillon), mariage à Boston
Juillet 1917Plaide coupable de bigamie ; envoyé au front plutôt qu’en prison
30 octobre 1917Embarque à Montréal pour Liverpool (HMT Canada)
191872e bataillon, puis 4e bataillon de mitrailleurs : Amiens, Arras, Drocourt-Quéant, canal du Nord, Cambrai
4 juin 1919Retour à Montréal (Mauretania) ; British War Medal et Victory Medal
30 décembre 1925Épouse Mary « Minnie » Bowden, gouvernante de Lady Flora Eaton
24 juin 1932Retour de la famille à Belfast (S.S. Duchess of York)
7 septembre 1939Réponse de Canada House signée L. B. Pearson
1939-1954Armée britannique (RAOC, RASC, REME), caporal en 1942 ; libéré à 66 ans

Questions fréquentes

Qui était James Cameron, le soldat de 1917 ?

Un Écossais émigré au Canada en 1909, joueur de cornemuse des New Brunswick Kilties (236e bataillon outre-mer). Condamné pour bigamie à Boston en 1917, il a été envoyé au front et a combattu en France en 1918, avant de servir dans l’armée britannique de 1939 à 1954.

Ce James Cameron a-t-il un lien avec le réalisateur de Titanic ?

Non. Il s’agit d’un homonyme : James Clark Cameron, soldat des deux guerres mondiales et arrière-grand-père du musicien Luke Mathers.

Pourquoi James Cameron a-t-il été envoyé au front ?

Il avait plaidé coupable de bigamie à Boston en juillet 1917. Son colonel, Percy Guthrie, a obtenu qu’il parte en première ligne avec une unité de mitrailleurs plutôt qu’en prison.

Dans quelles batailles a-t-il combattu ?

Selon sa famille, pendant les Cent-Jours du Canada en 1918 : Amiens, Arras, la ligne Drocourt-Quéant, le canal du Nord et Cambrai. Luke Mathers cite aussi Valenciennes et Mons, ce que les documents publiés ne permettent pas de confirmer.

Que dit la lettre de Lester B. Pearson ?

Datée du 7 septembre 1939 et envoyée par Canada House à Londres, elle répond à l’offre de James Cameron de servir à nouveau le Canada au début de la Seconde Guerre mondiale. Elle est signée par Lester B. Pearson, futur Premier ministre du Canada.

Qui est Luke Mathers ?

Le chanteur, guitariste et auteur du groupe rock de Belfast Unquiet Nights, fondé en 2010. Il est l’arrière-petit-fils de James Cameron et a retrouvé la lettre de Lester B. Pearson dans les papiers de son grand-père.

À lire aussi

Texte rédigé par info-lux.com à partir du communiqué de presse de la famille (Eric Alper PR), des coupures de presse de 1917-1918 et des documents publiés par Luke Mathers (archives familiales). Photos : © Collection famille Cameron – Luke Mathers / Unquiet Nights.

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