- Quoi : Au-dessus du sans fond, exposition personnelle du photographe belge Pierre Liebaert : ses photographies en dialogue avec des objets des collections du Musée de la Vie wallonne (ex-voto, amulettes, poupées, pierres de sorcière).
- Où : galerie Les Drapiers, 68 rue Hors-Château, 4000 Liège.
- Quand : jusqu’au 12 décembre 2026, du jeudi au samedi de 14 h à 18 h, et sur rendez-vous. Entrée gratuite.
- Rendez-vous : conversation publique le 7 novembre à 16 h ; présence de l’artiste le 28 novembre.
- Texte et photos : Vincent Salmon, photographe et journaliste à Liège, pour info-lux.com.
🗓️ Mis à jour le

Informations pratiques
Exposition : Au-dessus du sans fond — Pierre Liebaert
Lieu : Les Drapiers, 68 rue Hors-Château, 4000 Liège
Dates : jusqu’au 12 décembre 2026
Horaires : du jeudi au samedi, de 14 h à 18 h, et sur rendez-vous
Entrée : gratuite
Conversation publique : 7 novembre à 16 h, avec Pierre Liebaert et Anne-Françoise Lesuisse, modérée par David Le Simple
Présence de l’artiste : 28 novembre
Téléphone : +32 4 222 37 53
Courriel : bonjour@lesdrapiers.be
Exposition : https://www.lesdrapiers.be/evenements/au-dessus-du-sans-fond/
Site des Drapiers : https://www.lesdrapiers.be/
Site de Pierre Liebaert : https://www.pierreliebaert.com/

À Liège, l’exposition Au-dessus du sans fond réunit les photographies de Pierre Liebaert et des objets issus des collections du Musée de la Vie wallonne. Aux Drapiers, l’artiste belge construit un parcours autour des rites, de la disparition, de la mémoire et de notre besoin de donner une forme à ce qui nous échappe.
Présentée jusqu’au 12 décembre 2026, l’exposition ne se limite pas à juxtaposer des images et des objets anciens. Elle organise un véritable dialogue entre des photographies contemporaines, des ex-voto, des amulettes et différents témoins des pratiques populaires wallonnes.


Le temps nécessaire à la confiance
Les projets de Pierre Liebaert se développent souvent sur plusieurs années. Cette lenteur n’est pas une posture artistique : elle lui permet de créer une relation avec les personnes et les communautés qu’il photographie.
Le temps consacré à la présence est le temps nécessaire à la création d’une relation et donc d’une confiance.
Pour l’artiste, photographier demande du soin, de l’écoute, de l’attention et du partage. Cette présence prolongée lui permet aussi de ne plus être considéré comme un observateur extérieur venu uniquement prendre des images.

Le temps me permet de légitimer ma place dans un espace et dans un groupe. Il me permet de disparaître un peu et de ne pas être vu comme une sorte de prédateur.
La photographie n’intervient ainsi qu’à la fin d’un processus d’immersion. Pierre Liebaert affirme d’ailleurs photographier très peu. Avant l’image viennent la rencontre, l’observation et l’expérience vécue.
Le temps est un ingrédient nécessaire pour faire émerger des couches de réel plus denses, plus subtiles et plus délicates.
Ramener au centre ce qui est rejeté

De Macquenoise à Libre Maintenant, puis à Je crois aux Nuits, les sujets évoluent, mais certaines préoccupations reviennent : la filiation, la vulnérabilité, l’intériorité et la marginalité.
Pierre Liebaert ne part cependant pas d’une intention clairement formulée. Il évoque plutôt une intuition, suivie de gestes qui finissent par révéler des obsessions et des récurrences.
La marginalité, pour moi, c’est ce qui est invisibilisé, rejeté, oublié ou abandonné.
La photographie permet alors de réintroduire dans le visible des réalités que la société préfère parfois écarter : la solitude, la fragilité, la différence, la vieillesse ou la misère.
Cette marginalité consiste à faire revenir au centre de nous-mêmes des questions que nous rejetons.
La forme imposée par le sujet
Photographie, film, musique, enregistrements sonores ou textes : Pierre Liebaert ne choisit pas un support avant de commencer un projet. La forme apparaît progressivement, en fonction du sujet et de ses contraintes.
Un projet a une peau, une coquille. Cette coquille est la meilleure manière qu’il a d’exister au monde.
Pour Je crois aux Nuits, consacré aux rites hivernaux et carnavalesques européens, l’artiste a notamment refusé l’usage du flash. Il souhaitait travailler sans interrompre ni transformer les cérémonies auxquelles il assistait.

Ses choix techniques découlent donc d’une exigence de discrétion et de respect : choix de l’appareil, distance, attitude et manière de se déplacer parmi les participants.
Des rites qui manifestent l’impensable

Pierre Liebaert est attiré par l’ancienneté des rites, mais également par leur étrangeté, leur brutalité et leur caractère grotesque. Ces cérémonies semblent parfois en décalage avec notre époque, tout en conservant une profonde nécessité collective.
Ce qui m’attire, c’est la bizarrerie, l’hybridité, la monstruosité et la brutalité de certains gestes.
Ces manifestations permettent, selon lui, d’accéder à des espaces situés aux limites de nos constructions sociales et de notre moralité. Elles rendent momentanément possibles des comportements, des images et des émotions habituellement contenus.
Ces rites manifestent l’impensable. Soudainement, nous devenons capables de vivre et de penser cet impensable.
Face à une humanité qu’il juge souvent destructrice et prévisible, Pierre Liebaert voit dans la persistance du rire, de l’absurde, du fantasque et de l’imaginaire une forme essentielle de résistance.

Habiter le « sans fond »
Le titre Au-dessus du sans fond s’inspire de la pensée du poète Rainer Maria Rilke. Pierre Liebaert l’interprète comme la condition d’un être humain placé en permanence au-dessus de son propre gouffre : celui de la perte, du deuil, de la maladie et de la mort.
Il ne s’agit pas de remplir ce vide par des consolations artificielles, mais d’apprendre à vivre avec son existence.
Rien ne consolera l’évidence du gouffre. Mais il nous est peut-être demandé de l’habiter et de le regarder avec les yeux grands ouverts.

La photographie est un baume sur l’existence

Cette réflexion sur la disparition traverse directement sa pratique. Pour Pierre Liebaert, photographier revient nécessairement à fixer une chose qui, au même moment, commence déjà à appartenir au passé.
Une photographie est forcément l’image d’un fantôme. La chose est là, mais pourtant elle n’est déjà plus là.
L’appareil photographique ne supprime pas la perte. Il produit une trace, une consolation provisoire qui permet d’entretenir une relation avec ce qui disparaît.
La photographie me permet de sublimer, de transfigurer et de transformer cette perte inéluctable des choses. Elle est un baume sur l’existence.
L’individu absorbé par le collectif
Dans ses images, les corps deviennent fréquemment des ombres, des traces ou des matières. L’individu n’est pas glorifié en tant que personnalité isolée : il s’intègre dans un mouvement collectif qui le dépasse.
Dans les rites, l’individu se met au service d’une collectivité, d’un accomplissement et d’une réaffirmation de la vie.

L’être humain devient une maille d’un ensemble comprenant les autres individus, mais également le monde animal, végétal, minéral et spirituel.
Cette dissolution momentanée de l’individualité possède, pour l’artiste, une dimension libératrice. Elle rappelle que personne n’existe indépendamment des autres.
Échapper à la carte postale folklorique
Pierre Liebaert refuse catégoriquement de produire une simple documentation des carnavals et des traditions qu’il photographie.
Je suis allergique à l’exotisme rituel et à la carte postale rituelle.
Il étudie pourtant chaque cérémonie, son histoire, ses personnages et son contexte. Mais ces informations constituent une nourriture personnelle plutôt qu’une explication destinée à accompagner les photographies.
Les lieux et les rites ne sont généralement pas identifiés. L’artiste préfère laisser apparaître ce qui dépasse l’anecdote ou le folklore.
Ce qui m’intéresse, c’est le derrière des images, ce qui en émane. Je ne suis pas anthropologue.


L’obscurité pour sculpter la lumière

L’obscurité occupe une place fondamentale dans son langage visuel. Elle évoque l’invisible, l’infini, l’absence et ce qui n’a pas encore trouvé de forme.
L’obscurité est l’élément qui sculpte la lumière.
Sur le terrain, Pierre Liebaert adopte une méthode proche de celle du photojournaliste : il se déplace, rencontre les participants et cherche sa place dans l’événement. Pourtant, les images finales se rapprochent davantage du documentaire d’auteur et de la photographie plasticienne.
Le cadrage lui permet d’éliminer les éléments secondaires. Une foule peut ainsi disparaître dans le noir pour ne laisser apparaître qu’une silhouette.
Le carnaval devient alors un réservoir de formes, de gestes et de symboles dont le photographe cherche à extraire « la sève » ou « la moelle ».
Quatre salles comme un parcours physique
L’architecture des Drapiers joue un rôle important dans la construction de l’exposition. Les quatre salles successives créent des étapes et engagent le visiteur dans une expérience à la fois visuelle, physique et mentale.
Cette disposition a guidé le choix des photographies, des objets et de leurs confrontations. Le parcours fonctionne simultanément comme un récit, un rituel et une succession de sensations.

Des photographies et des objets populaires
La proximité du Musée de la Vie wallonne a immédiatement intéressé Pierre Liebaert. Il s’est personnellement impliqué dans la sélection des pièces présentées.
Le dialogue oppose et rapproche deux types de créations : d’un côté, des photographies personnelles et soigneusement construites ; de l’autre, des objets populaires liés à des usages domestiques, artisanaux, magiques ou spirituels.
C’est rendre les images plus populaires et, en même temps, sacraliser les objets.

Les ex-voto, amulettes, poupées et pierres de sorcière témoignent de pratiques qui existaient encore récemment dans nos régions. Leur présence rappelle la dimension magique et spirituelle de la vie quotidienne.


Une dernière salle comme un tableau flamand

Le dialogue entre les œuvres atteint son point culminant dans la dernière salle. Pierre Liebaert y associe notamment un ex-voto en cire, la représentation funéraire d’un gisant et un petit chandelier.
L’ensemble est conçu comme un tableau de primitif flamand, dans lequel chaque élément acquiert une fonction symbolique.
Cette mise en commun a également transformé son propre regard sur certaines photographies, en faisant apparaître des significations plus tragiques, funéraires et lunaires.
Des objets pour supporter l’inéluctable
Les amulettes et les ex-voto ne sont pas, selon Pierre Liebaert, les ancêtres directs de la photographie. Ils répondent néanmoins au même besoin humain : supporter l’absence, le vide et la disparition.
Ce sont des trompe-la-mort, de véritables vanités. La photographie n’est qu’un outil supplémentaire pour manifester notre fragilité.
L’image et l’objet tentent ainsi, chacun à leur manière, de retenir une présence. Aucun ne comble réellement le vide, mais tous lui donnent une forme avec laquelle il devient possible de vivre.



Pierre Liebaert en quelques repères

Né à Mons en 1990 et installé à Bruxelles, Pierre Liebaert est diplômé de l’École supérieure des arts de l’image Le 75. Principalement photographe, il développe également une pratique de la vidéo, du son, du texte, de l’installation et de la céramique.
Sa série Macquenoise suit une mère et son fils agriculteur vivant dans un village frontalier. Avec Libre Maintenant, il associe photographies, film, musique, enregistrements sonores et textes. Ce projet a notamment reçu le Grand Prix du jury des Boutographies et le New Generation Prize de PHmuseum en 2016.
Depuis 2017, il poursuit Je crois aux Nuits, un travail consacré aux rites hivernaux et carnavalesques européens. Son œuvre est représentée par Archiraar Gallery, à Bruxelles.
Texte et photographies : Vincent Salmon, pour InfoLux.

📷✍️ Texte et photos : Vincent Salmon
Photographe et journaliste installé à Liège, Vincent Salmon signe le texte et les 25 photos de ce reportage, réalisées le 31 octobre 2026 aux Drapiers. Les photos des objets portent la mention « Collection du Musée de la Vie wallonne », à la demande de la galerie.
Il est l’auteur du livre de photographie « Liège, Vibrations urbaines ». Lire son portrait · salmon-photo.be
Questions fréquentes
Où et quand voir l’exposition « Au-dessus du sans fond » de Pierre Liebaert ?
Aux Drapiers, 68 rue Hors-Château, 4000 Liège, jusqu’au 12 décembre 2026, du jeudi au samedi de 14 h à 18 h, et sur rendez-vous.
L’entrée est-elle payante ?
Non, l’entrée est gratuite.
Que montre l’exposition ?
Les photographies de Pierre Liebaert, en dialogue avec des objets issus des collections du Musée de la Vie wallonne : ex-voto, amulettes, poupées et pierres de sorcière, répartis dans les quatre salles des Drapiers.
Quand rencontrer Pierre Liebaert aux Drapiers ?
Lors de la conversation publique du 7 novembre à 16 h, avec Pierre Liebaert et Anne-Françoise Lesuisse, modérée par David Le Simple, et le 28 novembre, jour de présence de l’artiste.
Qui est Pierre Liebaert ?
Un photographe né à Mons en 1990 et installé à Bruxelles, diplômé de l’École supérieure des arts de l’image Le 75. Depuis 2017, il poursuit Je crois aux Nuits, un travail consacré aux rites hivernaux et carnavalesques européens. Son œuvre est représentée par Archiraar Gallery, à Bruxelles.
D’où vient le titre « Au-dessus du sans fond » ?
Il s’inspire de la pensée du poète Rainer Maria Rilke : Pierre Liebaert l’interprète comme la condition d’un être humain placé en permanence au-dessus de son propre gouffre, celui de la perte, du deuil, de la maladie et de la mort.
Comment contacter Les Drapiers ?
Par téléphone au +32 4 222 37 53 ou par courriel à bonjour@lesdrapiers.be.
Qui a réalisé ce reportage ?
Le texte et les photos sont signés Vincent Salmon, photographe et journaliste à Liège, pour info-lux.com.
L’exposition de Pierre Liebaert aux Drapiers en photos
Les 24 photos de Vincent Salmon : les œuvres de Pierre Liebaert, les objets de la Collection du Musée de la Vie wallonne et les salles des Drapiers. Cliquez sur une photo pour l’agrandir, puis faites défiler avec les flèches.
























📷 Au-dessus du sans fond, Les Drapiers, Liège — Photos : Vincent Salmon pour info-lux.com. Œuvres © Pierre Liebaert, courtesy Archiraar Gallery ; objets : Collection du Musée de la Vie wallonne.
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