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Portraits criminels par Swen : Ed Kemper

ED KEMPER : QUAND LA HAINE MATERNELLE SE CRISTALLISE POUR DEVENIR MEURTRIÈRE (L’OGRE DE SANTA CRUZ OU “CO-ED KILLER”)

Recroquevillée dans le coffre, Anita Luchessa entend son amie agoniser avant de percevoir le raclement des semelles de son bourreau sur la terre sèche. C’est elle qu’il vient chercher. Sa silhouette, dans la nuit, se dessine comme la fin qui l’attend.

ÉLÈVE À PART : UNE FAMILLE MORCELÉE

18 décembre 1948, Burbank, Californie. Edmund Emil Kemper III voit le jour. Pesant déjà près de six kilos à la naissance, Edmund dépassera d’une tête tous les enfants de son âge à quatre ans. Rapidement il n’aime pas l’école. Élève plutôt timide et rêveur, il est souvent en retard. Introverti, il est rejeté par ses camarades de classe qui le traitent d’attardé et ses notes chutent. Il ne parvient pas à se faire d’amis. Seul garçon de sa fratrie de trois, il est « celui du milieu ». Susan est de cinq ans son ainée, ils ne seront jamais proches. Allyn, de deux ans sa cadette, accepte parfois de jouer avec lui. Le jeune Edmund grandit dans un environnement dysfonctionnel et connait une enfance difficile marquée par un climat familial conflictuel. Il est le fils de Clarnell Elizabeth Strandberg et d’Edmund Kemper Jr, un vétéran devenu électricien.

Le jeune garçon est très proche de son père mais ses deux parents se déchirent de plus en plus au fil des ans jusqu’au point de non-retour, atteint en 1957, quand ils décident de se séparer. Le jeune Edmund en est profondément affecté. Kemper Jr abandonne ses enfants. La mère de famille, elle, a la garde exclusive et décide de changer d’État en déménageant à Helena dans le Montana. Le divorce est prononcé en 1961.

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UNE MÈRE ABUSIVE

Kemper entretient, dès son plus jeune âge, une relation tumultueuse avec sa mère. Coupe courte, lunettes papillon, bouche soutenue par un rouge à lèvres foncé, Clarnell présente bien mais elle aurait un problème d’alcoolisme et souffrirait d’un trouble de la personnalité limite. Celui qu’on connaitra sous le diminutif d’Ed est maintenant le seul homme de la maison. Clarnell voit en lui son ex-mari et le fils a le sentiment que ses sœurs et sa mère se liguent contre lui. Devenant le catalyseur de sa colère, Ed subit réprimandes, critiques et humiliations quotidiennes. La mère de famille, décrite par son fils comme misandre, se montre souvent verbalement et émotionnellement abusive. Elle est dure, autoritaire, dominante et même agressive, et les reproches constants deviennent le décor d’une enfance marquée par le mépris. Elle se moque de lui et le rabaisse en raison de son physique. Kemper ira jusqu’à affirmer que sa mère refusait de lui témoigner de l’affection par crainte de le rendre homosexuel. 

Le nombre de chambres de la maison est insuffisant. Les femmes de la famille les occupent. Jugeant inconvenant qu’il partage celle de l’une de ses sœurs, Clarnell confine son fils au sous-sol. C’est dans cette pièce, qu’il compare à « l’enfer » ou à un « donjon plein de démons et de fantômes », qu’il passe ses nuits. L’endroit est lugubre. Sans fenêtre. Et les bruits qui y résonnent, comme les raclements des rongeurs dans les murs, le terrifient. Pour y accéder, Ed doit descendre les marches de l’escalier dans l’obscurité, sans rambarde. La seule source de lumière est une ampoule au plafond qu’il peut allumer avec une corde, une fois en bas. Il y fait tellement froid que sa mère lui impose de fermer la porte derrière lui. Quand il tente de lui partager ses angoisses, la femme d’1,83 m se montre hermétique et le bat. Dans cette atmosphère hostile, les beaux-pères s’enchainent et les liens ne cessent de s’étioler. Le jeune Ed voue une haine profonde à sa mère, qui grandit de jour en jour.

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L’IMAGINAIRE MORBIDE AU CENTRE DE L’ENFANCE

Dans son enfance, Ed aurait été victime d’attouchements de la part d’un cousin et, très jeune, la mort semble prendre une place significative dans son imaginaire. Il commence à avoir des comportements à risques. Ed s’amuse, par exemple, à s’allonger en travers de la route, espérant qu’un automobiliste lui roule dessus. Selon ses propres dires, il aurait frôlé la mort à plusieurs reprises, sa sœur aînée ayant tenté de le pousser sous un train ou dans une piscine trop profonde pour le petit garçon qu’il était.

Ed adopte dès l’enfance des comportements manifestement inquiétants. Il a notamment coupé les mains de la Barbie de sa sœur cadette. Avec cette dernière, il occupe ses après-midis avec des jeux pour le moins macabres. En effet, ils jouent « à la chambre à gaz », simulant l’asphyxie, se laissant tomber au sol et se tordant de douleur. Ils affectionnent particulièrement « la chaise électrique » qui consiste à se bander les yeux, s’attacher à une chaise à l’aide de cordes ou de ceintures, actionner un interrupteur imaginaire et mimer des convulsions, simulant la mort.

Dans l’idée de gradation dans la violence et comme bon nombre de meurtriers sériels, les premiers passages à l’acte de Kemper sont orientés vers des animaux. Clarnell a deux chats qu’elle vénère. Quand son fils a 10 ans, il enterre l’un d’eux vivant avant de profaner son corps et d’en garder la tête momifiée. L’écolier déclarera plus tard avoir éprouvé du plaisir à avoir réussi à mentir à sa famille au sujet de la disparition du félin. Âgé de 13 ans, il tue le second chat, qu’il soupçonnait de préférer sa jeune sœur à lui.

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Kemper nourrit des fantasmes sépulcraux, rêvant parfois de tuer sa mère et aspirant à un monde dans lequel les autres seraient inanimés. Incapable de contrôler l’environnement violent dans lequel il évolue, il recréée des scénarios de domination et tente de rejouer ses expériences traumatiques. L’absence de validation émotionnelle à répétition durant son enfance le conduit progressivement à un mépris pour l’autre. Un prédateur émerge lentement dans le sous-sol.

UN SENTIMENT D’ABANDON

1963, Helena, Montana. Le jeune Ed ne supporte plus la sévérité de sa mère et idéalise son père. À quatorze ans, poussé par l’admiration qu’il voue à cette figure paternelle dont il a été séparé à contrecœur, il fugue. Direction Los Angeles. Après deux jours de bus, l’adolescent arrive à Van Nuys sur la côte californienne dans l’espoir de vivre avec son père.

L’homme a refait sa vie. Remarié, il partage son quotidien avec son beau-fils. L’Angelin semble maintenant se soucier davantage de sa nouvelle famille. La belle-mère d’Edmund n’apprécie pas l’étrangeté de cet enfant issu d’un précédent mariage. Elle se sent épiée et éprouve une certaine gêne en sa présence, qu’elle trouve pesante. Face à cette hostilité, il est renvoyé chez lui avant d’être balloté entre ses parents, ce qu’il vit comme un nouvel abandon.

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En fin d’année, Kemper Jr envoie son fils chez ses grands-parents. Mais ce qui devait être un séjour pour les vacances de Noël se prolonge. En effet, son père ne viendra jamais le récupérer. Dans ce ranch de sept hectares, situé à quelques kilomètres de la ville de North Fork dans la Sierra Nevada, l’adolescent se sent rejeté et abandonné. La solitude nourrit ses ressentiments.

PREMIERS MEURTRES : UN PETIT-FILS PAS COMME LES AUTRES

Ses grands-parents lui offrent un fusil de chasse. Dans cet environnement rural, sa seule distraction est d’explorer le domaine pour tirer les oiseaux et les lapins. Sa grand-mère, Maude Matilda Hughey Kemper, lui fait penser à sa mère. Elle aussi est castratrice et acariâtre. Sur son dos en permanence, la vieille femme contrôle ses allées et venues. La bâtisse est imposante, le terrain vaste, pourtant Ed ne se sent pas à sa place dans ce huis clos oppressant. « Ça a commencé à bouillir », déclarera-t-il quant à cette époque.

27 août 1964 à la mi-journée. Sous la chaleur écrasante de ce jeudi d’été, la femme de 67 ans appelle son petit-fils pour lui dire de ne plus s’en prendre aux volatiles de la propriété. Contraint de la rejoindre, Ed fulmine, son arme à l’épaule. Une confrontation éclate. La vieille dame, accoudée sur la table de la cuisine, lève les yeux. Son petit-fils a un regard de défiance qui l’effraie. Il se retourne et depuis le seuil de la porte, à travers la moustiquaire, lui tire dessus. Il la touche à la tête. Maude s’effondre et tombe sur le sol. Il appuie à nouveau. Deux balles se logent dans le dos de la retraitée. Il se saisit d’un couteau de cuisine et la poignarde jusqu’à ce que la lame se torde sous la brutalité des coups. Il s’arrête, enveloppe le corps dans une serviette et le traine jusqu’à la chambre. C’est à ce moment qu’Ed entend le moteur de la voiture de son grand-père qui se gare dans la cour. Le vieillard, qui avait quelques courses à faire, rentre de l’épicerie. Alors qu’il commence à décharger ses emplettes, encore dans l’allée, Edmund Emil Kemper Sr., 72 ans, reçoit une balle dans la nuque. Ed le tire jusqu’au garage.

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Confus et agité, il appelle sa mère qui le somme de prévenir le shérif du coin. Quand la police locale arrive, ce grand gaillard d’1m80 est là, assis sous le porche à regarder dans le vide, les yeux vitreux. Il est arrêté sans résistance et inculpé de meurtres. Il aura suffi de dix mois au jeune Ed pour en arriver à commettre ce double homicide. Déconnecté de la réalité et afin d’expliquer son geste, il déclare qu’il se demandait ce que ça ferait de tirer sur sa grand-mère. Pour son grand-père il avance plusieurs arguments. Ed ne souhaitait pas qu’il voie le corps et apprenne la mort de son épouse dans ces conditions, redoutant sa colère ou une possible crise cardiaque.

INTERNEMENT

Un psychiatre nommé par la cour diagnostique Ed comme souffrant de schizophrénie à tendance paranoïaque. La Justice décide qu’un hôpital psychiatrique est plus adapté qu’un établissement pénitentiaire. Le 6 décembre 1964, Edmund entre donc à l’hôpital d’État d’Atascadero. Établissement sécurisé dans lequel il vit avec 1600 patients dont plusieurs dizaines de meurtriers et 800 délinquants sexuels atteints de troubles mentaux. Son diagnostic initial est rapidement remis en question. Les rapports psychiatriques indiquant que Kemper ne présente « aucune fuite des idées, aucune interférence de la pensée, aucune expression de délires ou d’hallucinations ». On lui décèle, cependant, un trouble de la personnalité. À ce moment-là, Edmund est encore vierge et se masturbe plusieurs fois par jour. Ses fantasmes violents s’étoffent mais il parvient à les garder pour lui et à préserver son image. Il prétend s’être converti, est un patient modèle et est perçu comme brillant et volontaire par le personnel hospitalier. Il donne l’impression de faire d’importants progrès.

Coopératif, Edmund passe une série complète de tests et commence à comprendre, sinon la nature de son propre crime, du moins la façon dont les autres le voient. Sa grande intelligence lui permet de s’adapter à ses interlocuteurs et il prend conscience de ce que les médecins veulent entendre, arrivant à biaiser les évaluations auxquelles il est soumis. Son comportement exemplaire lui vaut la confiance du personnel soignant. Il en vient à assister certains professionnels, ce qui lui confère le droit d’accéder aux dossiers d’autres patients. Il apprend de leurs modes opératoires, écoute attentivement leurs récits et se familiarise avec le jargon médical et les tests psychométriques.

18 décembre 1969, jour de son 21ème anniversaire. Le tribunal pour enfants permet la libération conditionnelle d’Edmund après cinq ans d’internement. Le corps médical est alors convaincu de son potentiel de réhabilitation. Le dernier rapport des psychiatres chargés de sa probation stipule qu’il n’y a aucune raison psychiatrique de le considérer comme un danger pour lui-même ou pour la société. Le 29 novembre 1972, son casier judiciaire de mineur est définitivement effacé.

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NOUVEAU MONDE

Les médecins d’Atascadero ont préconisé que Kemper aille vivre chez son père mais ce dernier reste introuvable. Contre l’avis médical, les services de la protection judiciaire de la jeunesse envoient l’ex-patient chez sa mère qui, entre temps, a déménagé dans la ville balnéaire de Santa Cruz. À la suite de son troisième divorce, Clarnell a refait sa vie. Elle occupe maintenant un poste dans l’administratif du campus de l’Université de Californie. La mère de famille est appréciée de tous et vue comme une professionnelle compétente par ses collègues. Edmund aimerait se socialiser mais sa mère rétorque que les étudiantes qu’elle côtoie sont trop bien pour lui. Lui qui est aussi minable que son père. Ces vilipendages finissent par germer dans la tête du jeune homme qui commence à craindre le fait d’entamer une relation avec une femme et accumule un sentiment de frustration.

Le monde tel qu’Ed l’a connu a changé. En pleine période New Age, le courant hippie s’est répandu sur la côte ouest, haut-lieu de la contre-culture. Il ne se reconnait pas dans cette nouvelle mentalité, lui qui fait tiré à quatre épingles avec sa coupe courte plaquée sur le côté. Conservateur et admiratif de la rigueur des forces de l’ordre, il est l’exact opposé de ce qui est considéré comme étant en vogue. C’était « comme être sur une planète étrangère. Les gens de mon âge ne parlaient pas la même langue », expliquera-t-il au sujet de sa sortie.

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RETOUR À LA CASE DÉPART

La mère et le fils vivent dorénavant au 609A Ord Road dans un quartier résidentiel d’Aptos. Le duo occupe l’un des deux appartements du rez-de-chaussée de ce bâtiment en L dont l’entrée est précédée par une allée en béton traversant le petit jardin avant. Une haute pergola blanche recouverte de plantes grimpantes encadre le pallier. La maison californienne a tout d’un cadre idyllique mais le quotidien, loin d’être paisible, y est amer. La relation conflictuelle d’autrefois reprend là où elle s’était arrêtée. Des disputes, suffisamment bruyantes pour être entendues par les voisins, éclatent et les ombres animées dansent derrière les fins rideaux blancs qui ne parviennent pas à retenir la violence des échanges. Véritable retour en enfer. Cet environnement réactive ses traumatismes d’enfance et exacerbe ses fantasmes de meurtre.

Il désire s’engager dans les forces de l’ordre et tente le concours d’entrée dans la police mais la stature hors du commun qu’il tient de son père – plus de 2 mètres – ne le lui permet pas. Après plusieurs petits boulots, Edmund obtient finalement un travail dans la division des Autoroutes californiennes, ce qui lui permet de se réinsérer progressivement et de quitter le domicile de sa mère en s’installant à Alameda, en colocation, pendant un temps. Mais il ne peut échapper à sa mère qui l’appelle très régulièrement et lui rend des visites surprises. Un soir, alors qu’il est ivre en Harley Davidson, Kemper se fait percuter par une voiture. Grièvement blessé, il reçoit une indemnisation de 15 000 $. Il investit l’argent dans une Ford Galaxie de 1969. Mais le médecin du travail refuse qu’il retourne à son emploi.  Vite à court d’argent, Ed doit rendre son logement et retourner vivre chez sa mère, où il perd pied.

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Le domicile de Kemper aujourd’hui
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UNE TRAQUE BIEN RODÉE

Edmund commence à prendre des autostoppeuses. Une façon pour lui de rencontrer des femmes de son âge, de nouer du lien et de s’ouvrir au monde extérieur. Il apprend comment se comporter, observe leurs réactions, travaille son image et gagne leur confiance à force de courtoisie. Il les conduit saines et sauves à destination mais commence à développer des fantasmes les mettant en scène, qu’il se retient de mettre à exécution, craignant d’être arrêté et condamné pour viol. Il estimera au nombre de 150 les autostoppeuses qui croiseront son chemin sur cette période. En parallèle, il établit avec soin une liste de caractéristiques physiques et morales concernant les filles auxquelles il souhaiterait s’en prendre. Parmi ces critères, un en particulier ressort : elles doivent paraitre riches, en tout cas sembler être de bonne famille. Surtout pas des « hippies ».

Progressivement, il se met à se préparer pour ses « projets », imaginant des scénarios violents mêlant « viol et meurtre, sans témoin ». Il acquiert une voiture semblable à un véhicule de police banalisé. Il y entrepose des sacs plastique, des couteaux, des couvertures et des menottes. Il trafique la portière avant, pour qu’une fois fermée, un verrou s’enclenche et empêche de l’ouvrir de l’intérieur. C’est dans cette voiture qu’il passe le plus clair de son temps. Son esprit, sur les routes californiennes, s’égare au détour de fantasmes toujours plus sombres. Laissant libre cours aux idées les plus dérangeantes, il peaufine son plan pendant plus d’un an.

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7 mai 1972. Le jeune homme de 24 ans fait monter Mary Ann Pesce, 19 ans, et Anita Luchessa, 18 ans, à bord de sa Ford Galaxie. Les deux étudiantes de l’Université d’État de Fresno souhaitent aller sur le campus de Stanford pour rendre visite à des amis. Elles l’ignorent mais la portière est bloquée, elles sont déjà condamnées. Il n’y a plus d’échappatoire. Rapidement, l’inconnu quitte l’autoroute et s’arrête sur un chemin de terre désert. Dans l’habitacle, la naïveté juvénile laisse place à la terreur. Sous la menace de son fusil, qu’il cachait sous le siège conducteur, Kemper force Anita à monter dans le coffre en la trainant fermement par les cheveux. Il retourne près de Mary-Ann et la menotte. Là, il effleure « l’un de ses seins du revers de la main », ce qui le « gêne ». Dans la cohue, il lance timidement : « Oups, pardon ». Il s’empresse de lui mettre un sac plastique sur la tête, la couche face contre la banquette arrière sur le ventre et tente de l’étouffer. Mais dans un élan de survie, la jeune femme parvient à l’arracher avec les dents pour respirer. Frustré, Kemper sort son couteau et la poignarde jusqu’à ce qu’elle cesse de se débattre, lui tranchant la gorge en guise d’assurance. Anita entend son amie être sauvagement assassinée avant de percevoir la lourdeur des pas s’approcher. À ce moment précis, aucune prière ne peut la sauver. C’est la mort qui vient la chercher.

Après avoir réfléchi à ce qu’il va faire des corps, il reprend la route. En chemin, il est arrêté par un policier pour un feu arrière défectueux. Après une succincte mise en garde, il est autorisé à repartir. Il emmène les dépouilles dans son appartement, où il les prend en photo avec un Polaroid dans différentes positions, les déshabille, les démembre et les décapite. Il entretient des relations sexuelles avec les parties sectionnées. Certaines seront enterrées dans les montagnes, près du Mont Loma Prieta, tandis qu’il garde les deux têtes pendant plusieurs semaines avant de finir par s’en débarrasser dans le ravin d’une zone boisée près de Santa Cruz. L’Ogre de Santa Cruz, plus communément appelé le « Tueur d’étudiantes » ou le « Tueur d’autostoppeuses » par la presse, est né. Les familles des victimes signalent leur disparition peu après. Kemper, lui, va régulièrement voir leurs tombes. Le crâne de Mary Ann sera identifié grâce à son dossier dentaire, après avoir été découvert par des randonneurs le 15 août. Les restes d’Anita ne seront, quant à eux, jamais retrouvés. Kemper admettra avoir été profondément « marqué » par la beauté de Mary Ann Pesce.

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LA BALLERINE

14 septembre 1972 en soirée. Aiko Koo, une adolescente de 15 ans d’origine coréenne doit se rendre à son cours de danse classique. Malheureusement, la jeune lycéenne a raté son bus. Il ne lui reste plus qu’une seule alternative : faire du stop. Elle tend son poing et lève son menu pouce, espérant voir une voiture ralentir. Un homme s’arrête à son niveau et lui propose de la déposer.

Une fois garé dans un endroit isolé, Edmund la bâillonne avec du ruban adhésif et tente de l’étouffer en lui tenant le nez. Sa victime se débat avant de tomber inconsciente mais, comme accrochée à sa rage de vivre, la ballerine reprend connaissance. Il l’étrangle alors avec son propre foulard et la poignarde avec ses mains calleuses avant la sortir pour la poser à même le sol. Il la viole post-mortem. Il la jette, ensuite, dans le coffre et redémarre pour se rendre au bar, boire quelques verres. En ressortant, il regarde sa proie, « admirant » sa « prise comme un pêcheur ». 

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Cette nuit-là, il démembre son corps dans son appartement et disperse les restes à différents endroits dans la nature, prenant soin de séparer la tête, le corps et les mains. Le lendemain, il se rend à un entretien avec un collège d’experts psychiatres dans le cadre de sa libération sur parole. Alors que la tête d’Aiko gît dans sa voiture, il est déclaré comme « inoffensif ».

La mère de Koo appellera la police pour signaler la disparition de sa fille et placardera des centaines d’affiches demandant des informations mais elle ne recevra aucune réponse. La disparition de la jeune fille ne sera pas reliée à celles de Mary Ann et d’Anita.

UNE TÊTE DANS LE JARDIN

8 janvier 1973. Près de quatre mois après son précédent meurtre en ce début d’année, Kemper récidive. Plus tôt dans la journée il a acheté un pistolet automatique de calibre .22, malgré l’interdiction de posséder une arme à feu qui découle de ses antécédents judiciaires. Il prend en stop Cynthia Anne Schall dite « Cindy », une étudiante de 19 ans qui travaille comme baby-sitter et pet-sitter pour financer ses études. Il la conduit dans les collines près de Watsonville, où il la force à aller dans le coffre et lui tire une balle en pleine tête.

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Une fois rentré sur Ord Road, il cache le corps dans un placard de sa chambre pour la nuit, en attendant que sa mère s’absente. Quand il se retrouve seul le lendemain matin, il sort la dépouille afin de commettre des actes nécrophiles. Il la démembre dans la baignoire avant de nettoyer de fond en comble la salle de bain. Il enlève la balle du crâne tranché de Schall puis le conserve pendant plusieurs jours, se livrant régulièrement à des rapports sexuels avec lui. Enfin, Kemper enfouit la tête dans le jardin derrière la résidence. Il l’enterre sous la fenêtre de sa chambre à une soixantaine de centimètres de profondeur en faisant en sorte qu’elle regarde dans sa direction. « Parfois la nuit, je lui parlais, lui disant des mots d’amour », racontera-t-il. Kemper ira jeter les morceaux restants, qu’il avait mis dans des sacs en plastique, du haut d’une falaise. Cette fois-ci cependant, moins de quarante-huit heures plus tard, des bras, des jambes et un torse sont retrouvés échoués sur le rivage. Des radiographies pulmonaires permettront d’identifier la victime.

IMPOSTURE : L’ÉTRANGER DU CAMPUS

5 février 1973. Moins d’un mois après la macabre découverte des enquêteurs, deux jeunes femmes sont enlevées : Rosalind Thorpe, 23 ans, et Alice Helen Liu dite « Allison », 21 ans. Plus tôt ce lundi, Edmund et Clarnell se disputent violemment. Furieux, il quitte la maison disant qu’il va se calmer au cinéma. Il claque la porte derrière lui. Le calme de la rue dénote avec les cris de la maison. Il s’élance d’un pas décidé vers la portière de sa voiture et se rend directement sur le campus où travaille sa mère. L’accès lui est facile : Clarnell lui a obtenu un autocollant « UC Santa Cruz ». Il peut aller et venir comme il le souhaite mais aussi se faire passer pour un étudiant de l’université, de quoi obtenir la confiance de ses potentielles victimes bien plus facilement.

Tard dans la nuit, il fait monter les deux jeunes femmes à bord. Thorpe s’installe sur le siège passager tandis qu’Allison est à l’arrière. Cette fois, il ne s’arrête même pas pour les mettre à mort. Après avoir engagé la conversation, il ralentit, attire l’attention de Rosalind sur la vue côté passager et lui tire dans la tête. Il se retourne dans la foulée et pointe son arme sur Allison qui est recroquevillée sur la banquette. Le faux étudiant appuie sur la détente. Ses deux premiers coups manquent sa cible mais le troisième l’atteint à la tempe. Il stationne la voiture dans une allée pour envelopper les victimes mortellement touchées dans des couvertures. Quand il regagne l’entrée de l’enceinte, il explique au gardien que les jeunes femmes sont ivres et qu’il les raccompagne à leur résidence universitaire. L’homme le croit et ne pose pas plus de questions.

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Source : Leslye Watkins, Google Maps
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Kemper s’arrête dans une station-service avant de rentrer chez lui. Il finit par ressortir sous prétexte d’avoir besoin de cigarettes. Il décapite les cadavres dans le coffre. Le lendemain matin, il ramène les corps à l’intérieur et a des relations sexuelles avec elles dans sa chambre. Il les démembre et les décapite comme à son habitude avant d’extraire les balles pour empêcher toute identification et il se débarrasse des restes, qu’il disperse le lendemain. Moins de dix jours plus tard, des restes humains sont retrouvés à Eden Canyon au cours des mois de février – mars.

EN DEHORS DE TOUT SOUPÇON

Entre mai 1972 et février 1973, Kemper a assassiné, mutilé, démembré, décapité et violé post-mortem six jeunes femmes dans la région de Santa Cruz, ce qui lui a valu plus tard le surnom de “Co-Ed Killer” dans la presse. Dans un premier temps, les homicides semblaient être réalisés de manière aléatoire. Le seul point commun entre les victimes était leur statut d’étudiante – de lycéenne – mais Kemper a pris soin de sélectionner des femmes qui n’avaient aucun lien avec lui et même n’avaient entretenu aucun contact préalable avec l’auteur des crimes, ce qui rendait difficile le fait de remonter jusqu’à lui. De plus, au moment de la série de meurtres commise par Kemper à Santa Cruz, un autre tueur en série nommé Herbert Mullin sévissait. Cette kyrielle de victimes vaudra à la ville le surnom de « capitale mondiale du meurtre », d’autant que dans les années précédentes, une série de meurtres avait été perpétrée par John Linley Frazier, aussi connu sous le nom de « The Killer Prophet ».

Edmund Kemper fréquente assidûment le Jury Room, un bar situé en face du palais de justice du comté de Santa Cruz. C’est là-bas qu’il sympathise avec les policiers du coin autour de pintes. Le jeune homme est perçu par les agents comme très sympathique, gentil, amical, respectueux et poli. Quelqu’un d’ordinaire, doté d’un bon sens de l’humour et sociable en somme. Ses collègues de beuverie le surnomment « Big Ed », en référence à son imposante stature : 2,06 m pour 130 kg.

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Source : Google Maps
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Le tueur en série réussit à entretenir des liens de proximité avec les forces de l’ordre, à échanger avec ceux qui le recherchent sans jamais être soupçonné. En réalité, Kemper est un meurtrier particulièrement méthodique. Cette minutie dans la mise en acte, il la doit à son extrême intelligence. En effet, les tests passés en institution ont révélé que l’homme possède un quotient intellectuel exceptionnellement élevé d’exactement 145.

L’APOGÉE

21 avril 1973, 5h15. Dans l’appartement d’Aptos, Kemper progresse lentement. Il pousse la porte du couloir et pénètre dans la chambre de sa mère, un marteau à griffes à la main. Elle est allongée dans son lit, endormie. Il la fixe dans l’obscurité, silencieusement et se remémore l’altercation qui a éclaté plus tôt dans la journée. Sa rage explose. Il la frappe de toutes ses forces. S’acharne. C’est elle, enfin. Celle qu’il considère comme étant à l’origine de sa rancœur envers la gent féminine. Il peut déchaîner sa frustration sur sa véritable cible.

Il lui sectionne les mains. Lui tranche la gorge. Lui arrache le larynx et le jette dans le broyeur de la cuisine. Elle ne pourra plus hausser le ton sur lui. Elle qui a passé sa vie à crier sur son fils sera maintenant réduite au silence pour l’éternité. L’équipement s’enraye et une partie des tissus est recrachée dans l’évier. Edmund ne s’arrête pas là. Il décapite sa mère et pose sa tête sur la cheminée pour s’adresser à elle. Pour une fois, il peut s’exprimer sans être interrompu. Sans être contredit. Il hurle. Lui parle de chacune de ses humiliations. Il exprime sa rage. Veut la souiller. Il insère son pénis dans la tête de Clarnell avant de s’en servir comme cible à fléchettes.

Quand sa frénésie s’atténue, il nettoie le désordre, retourne le matelas et traine le corps de sa mère dans le placard. Il décide de prendre un peu l’air et se rend au Jury Room pour boire un verre. Plus tard dans la nuit, il retourne sur le lieu du crime mais la paranoïa s’installe. Si quelqu’un vient à trouver le corps, il sera immédiatement soupçonné. Il lui faut une histoire. Pourquoi pas un départ en week-end improvisé avec une amie très proche, Sara Taylor Hallet ? Mais un problème demeure : pour que ce scénario soit crédible, elle aussi doit disparaître.

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Source : Shan Nir, Pexels
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22 avril 1973 après-midi. Kemper prend le téléphone et appelle celle que sa défunte mère surnommait « Sally ». La femme de presque 60 ans ne décroche pas dans un premier temps, mais elle rappelle aux alentours de 17h00. Il lui dit qu’il veut faire une surprise à Clarnell en l’invitant chez eux pour le dîner. Elle accepte avec joie et se présente devant l’appartement ce dimanche soir vers 20 heures. Peu après son arrivée, l’invitée retire son pull, prête à profiter de la soirée. Hallet, qui ignore tout de la présence du cadavre disloqué et mutilé de sa meilleure amie dans la pièce d’à côté, est assommée sur le champ puis étranglée à mort. « Je l’ai serrée fort et je l’ai soulevée du sol. Elle est restée suspendue là et, pendant un instant, je n’ai pas réalisé qu’elle était morte. Je lui avais brisé la nuque et sa tête ballottait », rapportera Kemper. Edmund dépose ensuite le corps nu sur son lit, la tête enveloppée d’un sac en papier. Suivant son modus operandi, il décapite le corps de Sally Hallett puis va se coucher dans le lit de sa mère.

EN CAVALE

Persuadé que les corps seront découverts le jour suivant et qu’un mandat d’arrêt sera émis contre lui, le meurtrier veut prendre de l’avance. Dès son réveil, il quitte la ville, prenant la route vers l’est au volant de la voiture de sa dernière victime. Il roule frénétiquement mais craint d’être arrêté. Pour plus de discrétion, il loue une Chevrolet Impala verte à Reno au Nevada et dépose celle de Sara dans une station-service, prétextant qu’elle a besoin de réparations. Les heures défilent sans qu’aucune station de radio ne fasse mention de ses crimes. Il roule pendant 28 heures, ne dormant pas, ne s’arrêtant que pour faire le plein, acheter des sodas et des comprimés à la caféine NoDoz. Il est interrompu dans sa fuite pour excès de vitesse dans le Colorado mais il donne l’image de quelqu’un de serein et paye l’amende. L’agent le laisse repartir.

24 avril 1973. Épuisé, angoissé, il s’arrête à Pueblo. À bout de forces, Edmund qui a l’impression de perdre la tête décide finalement d’appeler la police pour se rendre. Une manière pour lui de montrer qu’il est capable de ne pas se faire arrêter, de garder le contrôle et de prendre, lui-même, l’initiative de prévenir les forces de l’ordre. L’orgueil certes, mais c’est aussi un appel à l’aide face au débordement pulsionnel qu’il expérimente. Il doit mettre fin à tout ça. Kemper s’approche d’un téléphone public. La police, sceptique face à l’énormité des aveux qu’il livre, croit d’abord à une mauvaise plaisanterie. On l’invite à rappeler plus tard, ce qu’il fait en demandant à parler à un agent qu’il connait personnellement. Pour qu’on l’écoute enfin et qu’on le prenne au sérieux, Kemper révèle des détails sur ses crimes antérieurs que seul le tueur peut connaître et dit aux agents d’aller à son domicile. C’est comme ça qu’il convainc les autorités de la véracité de ses aveux.

Portraits criminels par Swen : Ed Kemper
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Source : Niki Clark, Pexels
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ARRESTATION ET AVEUX

Le sergent Aluffi du bureau du shérif du comté de Santa Cruz s’y est rendu peu de temps auparavant pour confisquer le revolver de calibre .44 de Kemper donc il connaît la maison. Il est décidé que ce sera lui qui ira sur place. En entrant, le policier est saisi par l’odeur putride de decomposition humaine. Le matelas de la chambre principale est imbibé de sang et lorsqu’il ouvre un placard, il tombe sur des cheveux. Il contacte un médecin légiste en urgence. À la grande stupefaction des forces de l’ordre, on retrouve bien deux corps, exactement comme Kemper l’a décrit. Sur un brancard en inox, les policiers gantés évacuent ce qu’il reste des corps dans une bâche en tissu sous le soleil californien.

Le tueur d’autostoppeuses est arrêté sur le champ et rapatrié au commissariat de Santa Cruz, où il connait bien les agents. Cette fois, ce n’est pas au bar que leur discussion aura lieu. Bavard et ayant une bonne mémoire, Ed Kemper commence sa longue confession et livre tous les détails des huit précédents meurtres dont il se souvient avec exactitude. Il va jusqu’à décrire les odeurs, l’atmosphère et mimer les attitudes corporelles de ses victimes. Le mis en cause conduit les enquêteurs sur les lieux où il a enterré ou jeté les morceaux de ses victimes qui n’ont pas encore été retrouvés. Face à l’abondance d’informations livrées, « Big Ed » est inculpé de huit chefs d’accusation de meurtre au premier degré.

Portraits criminels par Swen : Ed Kemper
Source : Bettmann Archive Getty Images
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Le jeune homme de 24 ans avoue avoir eu des passages à l’acte après des disputes avec sa mère. Il n’a pas gardé que des parties de corps ou des photos en guise de trophées. En effet, on retrouve une kyrielle de vêtements, une brosse à cheveux, un portefeuille et des cartes d’identité appartenant aux victimes. Il a tué par rage et par frustration ces femmes choisies parce qu’elles semblaient appartenir à la classe moyenne supérieure.

EXPERTISE ET TENTATIVES DE SUICIDE

23 octobre 1973. Le procès débute. Moustache, mèche sur le côté, le regard soutenu par de fines lunettes, le menton en arrière. Quand il arrive dans la salle d’audience, le colosse est tellement imposant que ses manches, trop courtes pour lui, remontent sur ses avant-bras, laissant apparaitre ses menottes démesurément petites par rapport à la grandeur de ses mains. James Jackson, son avocat commis d’office, plaide la folie. Plusieurs témoins sont appelés à la barre pour soutenir la thèse de l’aliénation mentale et tenter d’établir l’innocence de l’accusé mais le procureur discrédite chacun d’entre eux.

Si Kemper a admis s’être adonné à des pratiques cannibales, affirmant avoir découpé la chair des jambes de ses victimes pour la cuisiner et la consommer, il s’est par la suite rétracté. Le Docteur Joël Fort certifie qu’il ne souffre d’aucun trouble psychotique, présentant uniquement un trouble de la personnalité narcissique et antisociale réactionnel à la privation affective à laquelle il a été confronté. Selon le profiler John E. Douglas le plaisir que Kemper prenait au démembrement était fétichiste plutôt que sadique. Trois psychiatres désignés par le tribunal concluent à la responsabilité pénale de celui que tout accuse.

1er novembre 1963. Celui dont le nom est sur toutes les lèvres témoigne devant la cour. Pour expliquer ses actes, il déclare avoir voulu s’approprier les victimes pour qu’elles lui appartiennent. « Elles étaient comme des épouses spirituelles… J’avais encore leurs esprits. Je les ai encore », a-t-il rapporté pendant l’audience. Au cours du procès, le Californien tente de mettre fin à ses jours par deux fois. Il s’est, notamment, tailladé les poignets avec un instrument tranchant fabriqué à partir du corps métallique d’un stylo à bille. Kemper s’est vu administrer des tranquillisants et des somnifères pendant cette période.

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Source : Connor Scott McManus, Pexels
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SAIN D’ESPRIT : UNE CONDAMNATION SANS APPEL

« Lorsque Kemper m’a assuré qu’il avait renoncé à l’idée de se suicider à nouveau, je lui ai demandé ce qu’il comptait faire du reste de ses années de prison. Il m’a répondu qu’il savait qu’il serait placé sous haute surveillance », rapporte Marj von Beroldingen qui a interviewé Kemper en détention durant le procès. « J’ai toujours adoré les sciences et les mathématiques […] et j’aimerais aussi étudier le français et l’allemand. Après cela, j’espère pouvoir trouver un moyen d’aider les autres… Peut-être pourront-ils m’étudier et découvrir ce qui pousse les gens comme moi à agir comme ils le font », répond Edmund.

8 novembre 1973. Interrogé par le juge sur la peine qu’il estime mériter, Kemper déclare qu’il devrait être torturé à mort. Après cinq heures de délibération, le jury le reconnait coupable de tous les chefs d’accusation. La peine capitale étant suspendue dans l’État entre 1971 et 1974, Kemper est condamné à huit peines de prison à perpétuité à purger simultanément. Il purge sa peine à l’Établissement médical pénitentiaire d’État de Vacaville, dans une cellule allumée et filmée 24/24.

INCARCÉRATION ET APPORT THÉORIQUE

L’ego de Kemper est à la hauteur de sa stature. Il a joui d’une très grande médiatisation et semble tirer une certaine fierté de son statut de tueur en série qui a contribué à sa propre arrestation. En 1988, appréciant sa notoriété et toujours à la recherche de plus de reconnaissance, il a participé, avec le célèbre John Wayne Gacy, à une émission TV. Comme toujours, il était loquace, explicite, et faisait preuve de beaucoup de finesse psychologique. Sous le feu des projecteurs à la suite de ses dix meurtres, il se sent important et intelligent. Véritable mine d’or pour les autorités, il a, par ailleurs, accordé de nombreuses entrevues au criminologue et agent du FBI Robert Ressler pour une série d’auditions qui participeront à la naissance du profilage et aideront à élaborer l’aspect théorique autour du phénomène de « tueur en série ». L’auteur et expert en sciences comportementales John Douglas décrit Kemper comme une personne ayant beaucoup d’humour, qui n’en reste pas moins un homme très manipulateur.

Portraits criminels par Swen : Ed Kemper
Source : Swen JK
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Kemper et Mullin ont été brièvement détenus dans des cellules voisines mais Edmund a choisi d’occuper son temps en détention de façon bien particulière. Narrateur prolifique de livres audio pour un programme caritatif préparant du matériel pour les personnes malvoyantes, il a consacré plus de 5 000 heures à la lecture de livres, avec plusieurs centaines d’enregistrements à son actif. À ce titre, il a reçu plusieurs médailles. Il occupe l’autre partie de son temps en s’adonnant à la céramique. Il a d’ailleurs envoyé un colis au docteur William Schanberger qui l’a accompagné quand il était adolescent. Dans la boite se trouvaient une lettre et une tasse réalisée à la main. Sur l’objet on pouvait lire : « Je vous demande pardon ». Kemper a également été chargé de planifier les rendez-vous des autres détenus avec les psychiatres. Il a été un détenu modèle, n’ayant commis aucune infraction au règlement. Le premier et seul rapport d’incident a été rédigé courant 2016 pour avoir refusé de fournir un échantillon d’urine. 

UNE DANGEROSITÉ QUI NE FAIBLIT PAS

Edmund a perdu sa sœur aînée, Susan Hughey Kemper, courant 2014. La maison d’Aptos, qui est sa dernière scène de crime s’est vendue en mai 2019 pour plus de 1,5 million de dollars. Le tristement célèbre tueur en série a été admissible à la libération conditionnelle à douze reprises depuis le début de son incarcération. En 2024, sa demande a été de nouveau rejetée, une évaluation psychiatrique ayant conclu à un risque élevé de récidive. Il pourra de nouveau en faire la demande en 2031. Le procureur du district de Santa Cruz, Jeff Rosell, a souligné que Kemper était « plus dangereux aujourd’hui qu’il ne l’était ».

Cependant, le meurtrier est loin d’afficher la même santé qu’autrefois. Il a été victime d’un accident vasculaire cérébral, a subi une amputation du deuxième orteil gauche et est atteint de diabète ainsi que d’une maladie coronarienne. Raison pour laquelle il porte un stimulateur cardiaque. Aujourd’hui, à l’âge de 77 ans, il est toujours incarcéré mais c’est un Edmund le visage boursouflé, les lèvres affinées, la barbe grisonnante et les yeux soulignés par d’imposantes poches qui apparait sur sa photo d’identité judiciaire. Le vieil homme se déplace maintenant en fauteuil roulant. Ayant eu un réel impact dans le milieu de la criminologie et loin de cette réalité, c’est l’image d’un tueur particulièrement brillant qu’il laisse dans les esprits. La série documentaire “Mindhunter” disponible sur Netflix retrace en partie son histoire, son personnage étant interprété par l’acteur Cameron Britton.

On se retrouve dans « Portraits Criminels par Swen » de façon bi-trimestrielle pour une nouvelle affaire, toute l’année.

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Diplômée d’état en psychologie, à la tête de « Portraits Criminels par Swen », journaliste indépendante responsable de couvrir les faits divers du département du Tarn-et-Garonne, du Lot et de l’Aveyron pour Le Petit Journal, responsable communication et rédactrice des avis de recherche pour les cas de disparition recensés par la délégation régionale Grand-Est de l’association Assistance et Recherche de Personnes Disparues, rédactrice pour la rubrique « Réseaux Pédocriminels » de l’association Wanted Pedo, chroniqueuse judiciaire pour W9, vidéaste, auteure et artiste visuelle.

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