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Juil 4, 2025 | 2025, Actualité, ACTUALITES, Documentaires Criminels, Portraits criminels par Swen, Rubriques | 2 comments

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Portraits criminels par Swen : DOCTEUR PETIOT


MARCEL PETIOT : LE DOCTEUR SATAN DE LA RUE LE SUEUR (BARBE BLEUE DES TEMPS MODERNES)


Le 25 mai 1946 le docteur est extrait de sa geôle pour avoir transformé son hôtel particulier en lieu de massacre. La grande veuve et sa lame aiguisée l’attendent dans la cour de la prison. Petiot vit ses derniers instants avant sa mise à mort.


UNE DÉCOUVERTE MACABRE

Le 11 mars 1944 en milieu d’après-midi, une odeur pestilentielle et une épaisse fumée noire émanent des cheminées du 21 rue Le Sueur. Le voisinage, incommodé, contacte la police qui se rend sur place, tout comme les pompiers. Le propriétaire des lieux, un certain Marcel Petiot est alors prévenu. Médecin, lui se trouve à son cabinet, rue de Caumartin. Il leur répond de ne pas entrer, qu’il se hâte de les rejoindre. Mais craignant qu’un feu soit à l’origine du dégagement de fumée, les pompiers finissent tout de même par pénétrer dans son hôtel particulier.

À l’intérieur, on découvre un calorifère recouvert de cendres qui brûle des restes humains. Des membres jonchent le sol, des valises et effets personnels sont répandus un peu partout. Des dizaines de cadavres rongés par de la chaux vive s’entassent dans l’ancienne fosse septique de l’habitation. Dans le sol, une ouverture rectangulaire de la largeur d’une échelle laisse entrevoir l’horreur de ce spectacle funèbre. Entre temps l’auteur du charnier arrive sur les lieux. Quand il se rend compte que les forces de l’ordre sont entrées il se fait passer pour son frère et repart, utilisant la ruse pour échapper aux enquêteurs bouleversés par ce qu’ils viennent de découvrir.

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L’homme que la presse surnomme « Docteur Satan » ou « Barbe bleue des temps modernes » est introuvable. Petiot s’est volatilisé. Un à un, les restes humains décapités sont extraits des lieux par les officiers. La scène est macabre. Les volets du bel immeuble de pierre sculptée sont fermés, la grande porte sombre laisse place aux agents qui accumulent les allers-retours entre le véhicule funéraire et l’appartement. En tout, quinze kilos d’os calcinés et vingt-sept corps seront identifiés. Les forces de l’ordre mettront aussi la main sur pas moins de soixante-douze valises au cours de l’enquête.

UN DÉBUT DE VIE MARQUÉ PAR LA MALADIE MENTALE


Marcel André Henri Félix Petiot naît à Auxerre le 17 janvier 1897, dix ans avant son frère cadet Maurice. Il est donc le fils aîné de Félix Irénée Mustiole Petiot, employé des postes et de Marthe Marie Constance Joséphine Bourdon, alors âgée de 22 ans, mère au foyer. Le couple, marié, est locataire d’un appartement situé au dernier étage, 100 rue de Paris, à Auxerre. Marcel Petiot est issu de la petite bourgeoisie bourguignonne. Dans l’Yonne, l’enfance du petit Marcel est mouvementée bien qu’il soit décrit comme intelligent et précoce, étant particulièrement doué en lecture. Entre 1907 et 1909, il est sujet aux convulsions et au somnambulisme. Il souffre aussi d’énurésie. Plutôt solitaire, il a pour passe-temps de torturer les animaux et perd sa mère en 1912. Marcel a des facilités mais est renvoyé de l’école pour indiscipline. À 17 ans, il cambriole une boîte aux lettres et est inculpé de vol de courrier et de dégradation de biens publics. Le tribunal demande une évaluation psychologique. Le 26 mars 1914, un psychiatre déclare que Petiot est « un jeune homme anormal, souffrant de problèmes personnels et héréditaires qui limitent considérablement sa responsabilité pour ses actes ». Cela suffit à obtenir l’abandon des poursuites en août.

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Il s’engage dans l’armée le 11 janvier 1916 mais sera blessé au pied par un éclat de grenade dans l’Aisne le 20 mars 1917. Accusé de vol de couvertures militaires à l’hôpital où il est soigné, il fait un premier séjour à la prison militaire d’ Orléans avant d’être transféré dans le service psychiatrique de l’hôpital de Fleury-les-Aubrais où les psychiatres le déclarent neurasthénique, paranoïaque et sujet à des phobies. Petiot séjourne donc dans une série de cliniques et de maisons de repos. De retour au front en juin 1918, il est rapidement victime d’une « dépression nerveuse » et se tire une balle dans le pied. Cet épisode lui vaut plusieurs semaines de permission mais il est rattaché à un nouveau régiment en septembre 1918. Un comportement erratique et des plaintes de maux de tête le renvoient en traitement psychiatrique sur Rennes en mars 1919. Il est libéré de ses fonctions dans l’armée avec une pension d’invalidité de quarante pour cent en juillet, avant d’être réexaminé en septembre 1920 et de voir son taux d’invalidité porté à cent pour cent, accompagné d’une pension. L’auteur du rapport suggère son internement dans un asile. Le 18 juillet 1923, une dernière commission conclut à une « psychose mélancolique », une « obsession de la persécution » et une « démence précoce ».

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LE PASSÉ TROUBLE DU PRINCIPAL SUSPECT

Les anciens combattants bénéficiant d’un accès plus facile aux études et d’une procédure accélérée, il obtient son diplôme de médecine en trois ans et est diplômé de la Faculté de médecine de Paris le 15 décembre 1921, avec mention très bien. Son sujet de thèse portait sur le syndrome de Landry, une maladie auto-immune inflammatoire du système nerveux périphérique qui se manifeste par une faiblesse musculaire allant jusqu’à la paralysie. En 1922, il ouvre un cabinet médical à Villeneuve-sur-Yonne. Personnalité appréciée de la population et de ses patients, Petiot est élu conseiller municipal en 1925 puis maire en juillet de l’année suivante. Le 4 juin 1927, il épouse Georgette Valentine Lablais à Seignelay. Leur fils unique Gerhardt naît le 19 avril 1928.

Le mandat de maire de Petiot n’est pas de tout repos. Il est d’abord soupçonné d’avoir volé de l’argent de la trésorerie municipale. Puis, une nuit de mars 1930, un incendie ravage la maison du syndicaliste Armand Debauve. Sa femme, Henriette, est retrouvée à l’intérieur, battue à mort avec un objet contondant. La police soupçonne un meurtre et un vol de 20 000 francs. Des traces de pas traversant les champs voisins en direction de Villeneuve-sur-Yonne sont retrouvées. Des rumeurs se répandent selon lesquelles Henriette Debauve était la maîtresse du Docteur Petiot et qu’il a été aperçu près de chez elle la nuit du crime. Le témoin dans cette affaire, un certain Monsieur Fiscot, annonce son intention de témoigner, mais se rend au cabinet du Docteur pour soigner ses rhumatismes. Ayant reçu une injection, il décède trois heures plus tard. Petiot signe le certificat de décès en imputant sa mort à un anévrisme. En 1932, Petiot est accusé d’avoir volé l’électricité du village, ayant trafiqué un compteur électrique. On l’accuse aussi, entre autres, d’arnaques à l’assurance, de détournements de fonds ou encore de la disparition de son ancienne domestique, Louisette,  dont on murmure qu’elle était enceinte du médecin. Il est suspendu de ses fonctions de maire en août 1931 et démissionne le lendemain. Poursuivi pour divers délits, la figure idéale du bon docteur, dont on connaît la tendance à la kleptomanie, se fissure déjà.

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Pour éviter toute cette agitation, le docteur quitte Villeneuve-sur-Yonne pour Paris en 1933. Petiot est alors dans le collimateur des enquêteurs. Il ouvre un cabinet médical au premier étage du 66  rue de Caumartin, dans le 9ème arrondissement. Petiot promeut son activité en proposant à ses patients une grande variété de traitements, se prévalant de qualifications réelles et imaginaires. Des publicités le présentent comme interne dans un hôpital psychiatrique où il avait effectivement été interné. Le docteur est vu comme bavard, serviable mais surtout respectable et très apprécié malgré des rumeurs qui circulent concernant des avortements clandestins et des prescriptions ostensibles de médicaments addictifs. Outre ses pratiques se rapprochant plus du charlatanisme que du serment d’Hippocrate, Marcel Petiot est arrêté pour vol à l’étalage dans la librairie Gibert Joseph, dans le Quartier latin. Déclaré aliéné mental, il échappe à la prison mais est interné d’office à la Maison de santé d’Ivry pendant sept mois. À sa sortie, il reprend ses consultations comme si de rien n’était. Courant juillet 1942, il est condamné pour surprescription de stupéfiants. Il doit verser une amende de 2 400 francs. En décembre 1942, convoqué pour constater le décès d’un riche avocat, Petiot est accusé d’avoir volé 74 000 francs au domicile du défunt avant d’être finalement acquitté pour cause d’aliénation mentale. Son épouse, Georgette, fait en sorte qu’il soit admis dans un sanatorium privé en août 1936. Le Docteur Rogues de Fursac constate que Petiot souffre d’un « déséquilibre chronique », mais recommande néanmoins sa libération début septembre 1936. Enfin, entre 1937 et 1940 Petiot tombe pour fraude fiscale, déclarant moins de 10 % de ses revenus réels. En 1938, par exemple, il déclare 13 100 francs, alors qu’il gagne près de 500 000 francs.

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Archive, Marcel Petiot, le 2 novembre 1944
crédit : Wikimedia Commons
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DES CRIMES ODIEUX : UN MODE OPÉRATOIRE BIEN HUILÉ

En 1941, alors âgé de 44 ans, Petiot acquiert son hôtel particulier du  21 rue Le Sueur dans le 16ème arrondissement. Personne ne se demande pourquoi Marcel Petiot fait des aller-retours à bicyclette avec sa remorque, revendant sans cesse toutes sortes de bibelots. En réalité, il se fait appeler « Docteur Eugène » et affirme être à la tête d’un réseau de résistance (fictif) intitulé « Fly-tox ». Il dit pouvoir permettre aux personnes qui en ont les moyens de quitter la France pour l’Amérique du Sud. Il explique à ses victimes que du travail les attend en Argentine, en tant qu’Allié. Il leur demande tout de même de prendre de l’argent et des bijoux en les cachant dans une ceinture imperméable. Chaque voyageur, moyennant finances pour son émigration clandestine, a le droit à deux valises et les dames à un sac à main. Petiot encourage ses futures victimes à amener leur famille avec elles de manière à recevoir le moins de questions possible après le « départ », pour éviter qu’il ne se fasse « repérer » dit-il. Il a tendance à s’emporter quand on lui pose trop de questions ou quand les candidats au départ n’ont pas assez d’argent selon lui. Ses victimes sont principalement des juifs menacés par la Gestapo et souhaitant fuir une capitale occupée. Son histoire prend de plus en plus d’ampleur, le bouche à oreille porte ses fruits.

Le faux-passeur fixe un rendez-vous à ses victimes dans une pièce de réception de son hôtel particulier avec tout ce qu’elles ont de plus précieux, les faisant asseoir sur un fauteuil avant de leur faire écrire des lettres pour rassurer les proches qui restent sur le territoire. Il prétexte la nécessité de les vacciner contre certaines maladies des pays tropicaux et en profite pour les droguer, leur injectant une substance vénéneuse mortelle, tout du moins étourdissante. On a dit qu’il avait pu leur injecter du cyanure. À côté, derrière une double porte, une pièce capitonnée triangulaire, une sorte de pièce d’extermination. Petiot y jette des boules de cyanure de potassium dans un seau contenant de l’acide sulfurique dilué dans de l’eau distillée. Un mélange émettant un gaz mortel, les asphyxiant dans cette chambre à gaz maison. Au milieu de l’un des murs, un judas lui permet de suivre en temps réel l’agonie de ses victimes. Il les dépouille ensuite de leur argent et de leurs biens avant de faire descendre les corps à l’aide d’une poulie dans sa fosse de chaux, les membres restants finissant brûlés.

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Le 23 mai 1943, Petiot est arrêté par la Gestapo, qui le croit à la tête d’un véritable réseau clandestin. Certaines sources disent qu’il se serait lui-même dénoncé afin d’apporter de la crédibilité à son business macabre pour attirer davantage de potentielles victimes, rassurant par la même occasion, les proches des « émigrés » encore à Paris. Incarcéré à Fresnes, il y est torturé. Petiot ne lâche aucune information, son silence obstiné prenant plus racine dans sa simple ignorance que dans un fort engagement patriotique. Le « héros » n’a aucun nom à proposer à ses ravisseurs, n’ayant joué aucun rôle significatif dans la vraie Résistance. Après huit mois, le 13 janvier 1944, Petiot est libéré par les Allemands, faute de preuves.


CAVALE ET ARRESTATION


Durant sept mois, ses patients et amis fidèles sont les clés de la survie de Petiot, alors en fuite. Bougeant d’une adresse à l’autre, il se crée un nouveau visage, cultivant sa barbe et arborant des lunettes dont il n’a nul besoin. Petiot finit par trouver refuge chez son patient Georges Redouté. Il réussit à le convaincre que la Gestapo le recherche pour avoir tué « des Allemands et des informateurs ». Petiot reste introuvable pour les forces de l’ordre françaises. Il se dissimule dans les rangs des Forces françaises de l’intérieur (FFI) sous la fausse identité du « Capitaine Valéry ». Il est alors chargé du contre-espionnage et des interrogatoires des prisonniers dans le quartier de Reuilly, à Paris. Il espère ainsi échapper à la justice.

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À la Libération, un mandat d’arrêt est lancé contre lui mais il reste introuvable. Mais, en septembre 1944, Jacques Yonnet, lieutenant à la DGER, publie dans le journal Résistance un article provocateur intitulé « Petiot, soldat du Reich ». Dans une démarche imprudente, Petiot utilise son droit de réponse en adressant une lettre manuscrite au journal. Il est tombé dans le piège : le média n’étant diffusé que dans la capitale et en banlieue, la police en déduit donc qu’il se cache à proximité, sûrement au sein de la Résistance. Elle compare son écriture à celle de tous les officiers FFI parisiens. La chance a tourné pour Petiot quand ce 31 octobre 1944 à 10h15, il est reconnu et arrêté par l’inspecteur Henri Soutif dans les escaliers de la station de métro Saint-Mandé. Il est alors en possession d’un pistolet, de 31 700 francs en espèces et de plusieurs dizaines de documents comportant six identités différentes. La longue cavale de Petiot qui a duré sept mois depuis la découverte du charnier est enfin terminée, mais la quête de la vérité, elle, ne fait que commencer.


UN PROCÈS HISTORIQUE


Tueur en série au sang froid ou grand justicier de la Résistance ? Telle est la question qui animera tous les débats de la Cour d’Assises de la Seine, alors que Petiot est poursuivi pour homicides volontaires avec vol, guet-apens et préméditation. La veille du jugement, les gardiens découvrent une ampoule dissimulée dans l’uniforme de Petiot. Ils soupçonnent qu’il s’agisse de cyanure, mais le contenu s’avère être un sédatif. L’accusé sort un livre intitulé Le Hasard Vaincu le jour de son procès, soit le 18 mars 1946. Le premier jour, Petiot apparaît, le regard noir et vif, rasé de près, cheveux peignés, vêtu d’un costume élégant et d’un nœud papillon. Le Figaro le décrit à l’époque comme suit : « très brun de cheveux, glabre, la peau très blanche, on lui voit un nez pointu sous d’assez beaux yeux, et une bouche mince et cruelle ». Le procès prend des allures théâtrales entre demandes d’autographes du public et envolées lyriques de l’accusé. Il s’exprime, fait de grands gestes, amuse la galerie, se met en scène, pratique l’humour noir, s’accoude et s’endort sur la balustrade de bois qui l’isole du reste de la salle, se montre familier ou colérique en croisant les bras et en prenant l’air renfrogné quand il n’est pas en accord avec ce qui est dit.

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Il lui est reproché d’avoir commis, entre 1942 et 1944, vingt-sept assassinats. Maître René Floriot, son avocat, ne plaide pas l’irresponsabilité pénale. Dès le début de sa plaidoirie, il souligne l’impact induit par l’exposition médiatique de l’affaire nuisant à la présomption d’innocence de son client. Petiot adopte une posture de héros de la Résistance qu’il maintiendra jusqu’aux derniers instants du procès. « Non ! Je ne livrerai pas les noms des camarades de mon groupe, car ils ne sont pas coupables ; pas plus que moi d’ailleurs. Certains m’ont proposé de venir témoigner ici en ma faveur ; je n’ai pas voulu », aurait-il déclaré selon un article paru dans Le Figaro en mars 1946. Il explique complaisamment comment il « détectait les mouchards » de la Gestapo et comment « il les passait à la casserole ». Il a bel et bien tué, mais ses victimes étaient des criminels nazis et des collaborateurs, des « traîtres de la Patrie ». S’il a tué, c’était « pour la France ». Une défense qui ne tient pas très longtemps puisqu’il apparaît que ses victimes sont essentiellement des Juifs. Il ne compte aucun défenseur parmi les dirigeants des groupes de Résistance reconnus. Certains le connaissaient comme un simple parasite, un imposteur, voire pas du tout. Les autres groupes décrits en détail par Petiot se révèlent inexistants.

Quand on l’interroge sur le fait qu’aucun candidat au départ n’ait été retrouvé, il répond : « C’est que l’Amérique est grande ». Le juge Ferdinand Golletty, en charge du procès, a une conviction : les victimes sont les propriétaires des valises retrouvées dans l’hôtel particulier. Au total, ce sont soixante-douze valises numérotées qui sont disposées dernière les magistrats. À l’image d’un mur commémoratif, ces bagages font front à la version mensongère du médecin et donnent corps à l’atrocité de ses crimes, portant avec elles les fantômes des victimes de Petiot. Ce sont six cent cinquante-cinq kilos d’objets divers qui ont été recueillis. Parmi eux on compte vingt-et-un manteaux de laine, quatre-vingt-dix robes, cent-vingt jupes, vingt-six sacs à main, trente-trois cravates, cinquante-sept paires de chaussettes, quarante-trois paires de chaussures et un pyjama d’enfant. Un enfant, un collabo ? Le mobile politique des meurtres de Petiot ne tient plus. Au cinquième jour du procès, juges et jurés se rendent au 21 rue Le Sueur. Alors, héros national, ce tueur qui a transformé son hôtel en camp d’extermination, avec chambre à gaz, four crématoire et fosse à chaux ?

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Vingt-sept victimes ont été retrouvées rue Le Sueur, pourtant lors de son procès, Petiot revendique soixante-trois meurtres avec cynisme. Parmi ses victimes on compte : Annette Basset, Claudia Chamoux, Paul-Léon Braunberger, François Albertini, Gisèle Rossny, Jean-Marc Van Bever, Joachim Guschinov, Joseph Réocreux, Kurt Kneller , Lina Wolff, René Kneller, Margaret Kneller, Nelly-Denise Hotin enceinte au moment de sa visite, Joséphine-Aimée Grippay, Yvan Drefus, Raoul Fourrier, Edmond Pintard, Joachim Guschino, Jean-Marie Van Biver, Marthe Khait, Annette Petit, Joseph Reocreux, Maurice Wolff, Lucie Braun, Rachel Marx, Joséphine Grippay, Joseph Pieruchi, Adrien Estebeteguy, Marie Scheuker, Siegfried Bosch, Ludwika Hollaner, Ludwig Krusberg, Chaim Sckouker, Franzeslaw Ehrenreich.

Ce procès est considéré par la presse de l’époque comme « l’un des plus grands procès de l’histoire criminelle ». Il est « le » procès médiatique de la Seconde Guerre mondiale et a un retentissement mondial, comme celui de Landru au moment de la Première. Le 4 avril 1946, en dépit des six heures de plaidoirie de Maître Floriot et après une délibération de trois heures, le docteur Marcel Petiot est condamné à la peine capitale pour 24 des 27 assassinats pour lesquels il comparaissait. Sans un mot, il écoute sa peine être prononcée. Avant de quitter la salle d’audience, Petiot crie à sa femme dissimulée dans la foule : « Il faudra me venger ! », précise un article paru dans Le Figaro le 6 avril 1946.

MISE À MORT


Le 25 mai 1946, vers quatre heures du matin, un geôlier réveille sans trop de ménagement le détenu endormi dans la cellule n° 7 du quartier 7 de la prison de la Santé. Petiot a été soumis à une surveillance constante depuis son procès pour éviter qu’il ne se suicide. L’avocat général Pierre Dupin lui dit : « Ayez du courage, Petiot, c’est l’heure », le condamné lance sobrement : « Tu me fais chier ! ». Tiré malgré tout de son lit, Marcel Petiot subit sans broncher chacune des étapes qui amènent les condamnés à mort devant la porte de la cour intérieure de la prison. On lui coupe les cheveux à ras, il refuse le verre de rhum mais fume une dernière cigarette. Il accepte de rencontrer l’aumônier de la prison pour le bien de sa femme, déclarant au pasteur : « Je ne suis pas religieux et j’ai la conscience tranquille ».

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La silhouette de la guillotine s’élève quelques mètres plus loin. Quand on lui demande s’il a quelque chose à déclarer, Marcel Petiot répond ironiquement : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages ». Protégé des regards indiscrets par les murs de la prison, les mains dans le dos, le col de chemise déchiré, le cou dégagé, Marcel Petiot s’approche. « Ça ne va pas être beau », dit-il. À 05h07 la lame tombe. Selon les témoins, Petiot, 49 ans, souriait lorsque sa tête est tombée dans le panier.

Son corps repose au cimetière parisien d’Ivry jusqu’aux années quatre-vingt-dix. Après l’exécution de son mari, Georgette Petiot travaille à Paris dans une boulangerie de la rue Notre-Dame-de-Nazareth. Elle croira toute sa vie en l’innocence de son défunt époux. Elle serait ensuite partie rejoindre leur fils Gerhardt à la fin des années 1940. L’hôtel particulier de la rue Le Sueur a été détruit dans les années cinquante et un nouveau bâtiment a ensuite été construit à cet emplacement. Gerhardt Petiot, quant à lui, est mort le 22 septembre 2011 à l’âge de 83 ans.

On se retrouve dans « Portraits Criminels par Swen » tous les premiers vendredis du mois, toute l’année, pour une nouvelle affaire.

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  • PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > ROBERT BLACK
    QUAND L’ABUSÉ DEVIENT L’ABUSEUR : ROBERT BLACK, LE PRÉDATEUR 14 juillet 1990, Stow en Ecosse. Lorsque l’agent Wilson ouvre les portes arrière du van, une vague de chaleur étouffante déferle sur son visage, se heurtant à l’adrénaline qui l’anime alors. C’est avec stupeur qu’il découvre sa fille de 6 ans sur le sol, couchée et bâillonnée. La petite Mandy avait déjà été violée. Le conducteur est l’un des pires pédophiles que le Royaume-Uni ait porté. Son nom ? Robert Black. « J’AI CRU L’ENTENDRE APPUYER SON VÉLO CONTRE LE MUR » Le 12 août 1981, Black assure une livraison à Ballinderry, petit village du nord… Read more: PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > ROBERT BLACK



Diplômée d’état en psychologie, à la tête de « Portraits Criminels par Swen », journaliste indépendante responsable de couvrir les faits divers du département du Tarn-et-Garonnen du Lot et de l’Aveyron pour Le Petit Journal, responsable communication et rédactrice des avis de recherche pour les cas de disparition recensés par la délégation régionale Grand-Est de l’association Assistance et Recherche de Personnes Disparues, rédactrice pour la rubrique « Réseaux Pédocriminels » de l’association Wanted Pedo, chroniqueuse judiciaire pour W9, vidéaste, auteure et artiste visuelle

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2 Comments

  1. Alicia

    J’avais hâte de lire cet article ! Encore un profil fascinant. Merci pour ce partage Swen

    Reply
    • swen

      Merci beaucoup à toi de soutenir mon travail mois après mois !

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