ENTRE FAIT DIVERS ET DIEUX DU FOOT
Deux œuvres cinématographiques nous ont séduits en ce début de Festival. L’un est un long métrage hors compétition « l’abandon » de Vincent Garenq et l’autre, un documentaire intitulé « The Match » sur le quart de finale de la Coupe du Monde de football 1986 entre l’Angleterre et l’Argentine. A Cannes, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.

Séquence émotion ce matin avec la projection du film de Vincent Garenq, que l’on pourrait qualifier de réalisateur d’investigation au regard de sa filmographie, intitulé « L’abandon ». Ce film raconte les onze derniers jours du professeur histoire-géo Samuel Paty décapité pour avoir montré une image du Prophète nu lors de son cours sur la liberté d’expression. Ce film, basé sur les résultats de l’enquête, montre à quel point l’esprit critique des adultes envers leurs enfants est absente, pour eux la parole de leurs enfants ne doit en aucun cas être mise en doute. Une mise en garde déjà relevée dans « Présumé coupable » (2011) où Vincent Garenq retraçait l’affaire d’Outreau, ce notaire accusé injustement de pédophilie par un groupe de jeunes filles. « L’abandon », tourné dans le plus grand secret et présenté hors compétition, met aussi en garde sur la puissance néfaste des réseaux sociaux et son flot de mensonges et de sa capacité à monter une histoire banale en tête d’épingle, sur le disfonctionnement de la police qui croule sous les procédures, n’apportant que confusion. Il est évident que « L’abandon » est un film qui ne peut pas nous laisser indifférents, qui nous met sous tension et nous révolte face à la bêtise humaine. C’est également une œuvre qui marche sur un fil qui peut faire basculer le spectateur d’un côté ou l’autre car, une fois encore, si le spectateur ne prend pas suffisamment de recul, il pourrait alors renforcer le racisme envers cette communauté salie par les extrémistes.
Dans le rôle du professeur Paty, Antoine Reinartz à l’interprétation criante de vérité ainsi que dans celui de la principale du collège Emmanuelle Bercot tout aussi crédible participent à la réussite de ce film qui devrait être présenté aux étudiants mais aussi aux parents pour les mettre en garde sur les risques de désinformation pouvant conduire au drame.

The Match – Brigitte Lepage
Je n’aime pas le foot, je ne regarde pas le foot, je ne connais rien aux règles du foot mais la Coupe du Monde, on ne peut passer à côté. Et surtout, qui n’a pas entendu parler de « la main de Dieu » et de la seule fois où la Belgique est arrivée en demi-finale, c’était en 1986.
« Le Match » donne envie de suivre au plus près ce sport qui rassemble tant de fans et qui a évolué au fil du temps, surtout depuis ces années 80. On suit avec grand intérêt ce documentaire tout comme les six protagonistes installés devant un écran où on repasse l’histoire de ce grand match à polémique qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque et qui est, encore aujourd’hui, présent dans beaucoup de mémoires.
En partant de faits parallèles à des époques lointaines jusqu’au jour J et l’après match, on rappelle aux spectateurs que le sport est du sport et ne devrait rien avoir à faire avec la politique. Tout commence en 1863. L’Angleterre invente le football et le conduit jusqu’en Argentine qui était, à l’époque, une colonie anglaise. Dès lors, on peut s’imaginer la tension entre ces deux pays lors de cette Coupe du Monde avec un enjeu important en l’occurrence une place en demi-finale. Cette tension entre les deux nations est très bien exprimée dans ce documentaire qui se veut impartial en retraçant de faits historiques tout à fait vérifiables.
A l’issue de la projection, le documentaire signé Juan Cabral et Santiago Franco a eu droit à des applaudissements nourris.





