🗓️ Mis à jour le 4 septembre 2026

JACK UNTERWEGER : IL ÉTRANGLE SES VICTIMES AVEC LEURS SOUS- VÊTEMENTS ET COUVRE SES PROPRES MEURTRES (L’ÉTRANGLEUR DE VIENNE)
Fortuné, célèbre, admiré, Jack Unterweger a conquis un pays. Magnétique, l’homme n’atteint pas le mètre soixante-dix mais impressionne par son charme. Séducteur convoité à l’image sulfureuse, personne ne se doute que le visage juvénile du dandy déguise le mal en personne.
PREMIÈRES CONDAMNATIONS
Novembre 1966, Vienne. L’adolescent qui ignore encore tout du destin hors du commun qui l’attend écope de sa première peine pour avoir dérobé 527 schillings à des clients de l’hôtel pour lequel il travaille. Le jeune Jack est condamné à trois jours de prison et est contraint de passer plusieurs mois dans un centre de détention fédéral pour mineurs situé dans le quartier de Kaiserebersdorf.
À sa sortie en décembre 1967, il enchaine les petits boulots mais est inlassablement renvoyé pour vol. Le jeune Jack erre alors à travers l’Autriche, attirant l’attention des autorités pour plusieurs agressions contre des femmes et pour proxénétisme. Entre 1968 et 1969, Jack Unterweger purge deux peines pour vol. À l’été 1969, il est condamné à quatre mois d’emprisonnement pour cambriolage. En 1970, à à peine vingt ans, il prend sept mois de détention pour l’enlèvement d’une mineure et voit sa peine prolongée après l’envoi d’une lettre de menaces à une femme depuis sa cellule.

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SAUVÉ PAR UN FAUX ALIBI
13 mai 1971, Salzbourg. Unterweger attire Mariza Horvath (aussi appelée Monika ou Marica dans certaines sources), une jeune femme yougoslave de 23 ans. Il la fait monter dans sa voiture pour la conduire dans la lande aux abords de la ville. À l’intérieur du véhicule, il la frappe à l’arrière de la tête avec une barre de métal, la déshabille, la bâillonne et la ligote à l’aide d’un collant et d’une cravate. Il la sodomise avec l’objet tout en se masturbant.
Grâce à des passants, Unterweger est arrêté et le 1er avril 1973, le corps est repêché dans un lac de la Salzach, aux abords de Salzbourg. Unterweger est soupçonné mais sa petite amie mineure lui fournit un faux alibi. Les poursuites sont abandonnées. Le jeune homme de 22 ans n’est pas inculpé.

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Mai 1974. Unterweger comptabilise déjà seize condamnations. En détention pour enlèvement, il tente de se suicider avec des somnifères. Stoppé par un gardien, il est transféré dans une unité psychiatrique avant d’être libéré neuf jours plus tard.
MIRACULÉE
22 octobre 1973, Kitzbühel. Unterweger prend en stop Maria W. Il conduit la jeune infirmière jusqu’à Oberndorf, prétextant avoir une course à faire. Sur le chemin il freine brusquement et se tourne vers Maria. L’expression qui habite son visage a changé. Sans lui laisser le temps de riposter, il la frappe en la déshabillant pour tenter de la violer. Guidée par la rage de vivre, sa victime se débat et parvient à s’extraire de l’habitacle, courant et hurlant dans les bois dans l’espoir que quelqu’un entende son appel désespéré. Le seul qui la rattrape est son bourreau lui-même. Issue inespérée : face à ses supplications, le récidiviste cède et consent à la ramener chez elle.
La jeune femme trouve, finalement, le courage d’alerter les autorités un mois plus tard, le 20 novembre 1973. Interrogé par la police, Unterweger admet avoir battu la soignante mais affirme l’avoir déshabillée en vue d’un rapport sexuel consenti. Il soutient également que la plupart de leurs blessures sont dues à un accident de voiture.
Courant 1974, Unterweger enchaine les abus sur mineurs et entretient une relation abusive avec une certaine Elisabeth L. Il ne lui faut que quelques semaines pour la battre et l’agresser sexuellement, la menaçant d’enlever son enfant et de lui taillader le visage avec des lames de rasoir pour la faire taire.

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LA FORÊT POUR TOMBEAU
11 décembre 1974 au soir, Ewersbach. Jack Unterweger est accompagné de sa petite amie, Barbara Scholz. Le couple persuade Margaret Schäfer, 18 ans, de les accompagner. Tous les trois se garent finalement sur un parking. Unterweger maitrise Schäfer pour lui voler son portefeuille avant de lui promettre de la relâcher saine et sauve en dehors de la ville. Reprenant le volant, il stationne son véhicule en bordure de forêt, près de Herborn.
Il demande à sa compagne de rester là alors qu’il empoigne Schäfer, la trainant de force dans l’obscurité des bois. Au milieu des arbres, enveloppé par le froid hivernal, il bat la jeune femme avec une barre en métal, lui attache les mains dans le dos avec son collant, la viole et l’étrangle à mort à l’aide de son soutien-gorge avant de recouvrir le corps de terre et de feuilles. Dix minutes après qu’il a quitté la voiture, Barbara Scholz le voit ressortir du sous-bois, seul. L’objet qu’il tient est couvert de ce qui semble être du sang amalgamé à des cheveux. Assise à côté du monstre, elle décale sa main et sent la froideur de la poignée de la portière. Prise au piège dans une situation qui l’a dépassée, elle ne pose aucune question, comme si le silence était le seul garant de sa sécurité.

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Samedi 4 janvier 1975. Le couple attire l’attention des policiers. Interrogée, Barbara Scholtz passe aux aveux : ils l’ont bien enlevée, mais seul Jack est l’auteur du viol et de l’homicide. Le suspect reconnait les faits. De toute façon, les forces de l’ordre ont trouvé le manteau de la victime en sa possession. Unterweger prétend alors avoir commis le meurtre dans un accès de rage, ayant vu le visage de sa mère à la place de celui de sa victime. Mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire, il est condamné en octobre 1976 à la réclusion à perpétuité par le tribunal de Salzbourg. Scholz est également jugée. En tant que complice, elle est condamnée à huit ans d’emprisonnement.
UN FILS ILLÉGITIME
Johann Jack Unterweger nait le 16 août 1950 à Judenburg, en Styrie. Sa mère, Theresia Unterweger, est une jeune fille de la campagne qui a quitté le domicile familial à la fin de son adolescence pour travailler comme serveuse à Trieste. Habituée à servir les soldats américains en permission, elle aurait eu une liaison avec l’un d’eux en 1949, un certain Jack Becker originaire du New Jersey, dont elle tombe enceinte. Elle est emprisonnée pour fraude, intrusion, vol, détournement de fonds, faux et usage de faux puis fait l’objet d’une libération anticipée quelques semaines avant la naissance de son fils. Le soldat, quant à lui, est parti sans reconnaitre officiellement son enfant. Mais Theresia est à nouveau arrêtée puis emprisonnée au centre de détention de Salzbourg en janvier 1951. Son garçon est alors placé en famille d’accueil à Plainfeld puis confié à son grand-père dans la campagne alpine de Carinthie, à Äußere Wimitz en février 1952.
Le presque orphelin, fils unique et illégitime, raconte qu’il a grandi sans amour, sa mère absente se prostituant, son grand-père maternel, Ferdinand Wieser, étant un coureur de jupons notoire, un voleur de bétail alcoolique et violent. Auprès de cet homme ivrogne et débauché, le petit Jack aspire à voir celle qui n’a partagé que quelques mois de sa courte vie passer le pas de la porte du modeste chalet, mais elle ne viendra jamais le chercher.

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Évoluant dans la pauvreté, il est brièvement confié à sa grand-tante Juliana Wieser au cours de l’été 1958 avant d’être balloté de foyer en foyer. En avril 1959, Unterweger est placé en famille d’accueil, chez les Drofenik à Liebenfels. Entre 1962 et 1965, il vit dans un centre de redressement évangélique à Treffen et quitte l’école à l’âge de quinze ans. Jack commence alors un apprentissage de commis de salle dans un hôtel de Sankt Veit an der Glan mais est licencié au bout d’une demi-année. En 1966, il multiplie les expériences de serveur dans des hôtels de St. Anton am Arlberg, Mondsee et Bad Hofgastein mais ne reste que quelques mois à chaque fois.
En quête d’identité, il se rend à Salzbourg dans l’espoir de retrouver la trace de cette mère dont il ne connait presque rien, en vain. Il aurait, cependant, fait la connaissance de sa tante, une certaine Anna. Elle survivait en se prostituant jusqu’à ce que l’un de ses clients ne lui enlève la vie courant 1967. Jack en restera meurtri et bascule dans la délinquance et la criminalité.
DE CRIMINEL À AUTEUR DE RENOM
En détention pour le meurtre sauvage de Margaret Schäfer, Unterweger se comporte comme un prisonnier modèle. Entre les murs de sa cellule, il occupe son temps à griffonner sur des cahiers. Il se cultive, suit des cours de littérature et de technique narrative par correspondance. Peu à peu il acquiert un certain niveau et se découvre des talents d’écrivain. Il écrit des pièces de théâtre, des nouvelles, des recueils de poésie puis, en 1982, son roman autobiographique nommé Fegefeuer oder die Reise ins Zuchthaus (Purgatoire : un voyage à la prison) est publié. Son ouvrage, salué par le public et la critique, devient un best-seller, remporte un prix et donne lieu à une adaptation cinématographique courant 1988. Unterweger participe même à l’écriture du scénario. Ses mémoires s’attardent sur son enfance misérable et regorgent de descriptions complaisantes de son esprit perturbé, adoucies par le lyrisme de sa plume. Le livre est même étudié dans les écoles du pays.
Unterweger entretient des correspondances, il ment sur les détails de sa condamnation pour meurtre, affirmant avoir tué Schäfer sous substances psychotropes. Rapidement, des intellectuels autrichiens, percevant l’art comme une forme de rédemption, se mobilisent et font circuler une pétition en faveur de la libération anticipée du criminel. Des centaines d’artistes, éditeurs de magazines et politiciens prennent son parti. Les experts assurent que l’auteur prodige ne présente plus aucun danger pour la société. Unterweger est donc libéré le 23 mai 1990, après avoir purgé la peine minimale requise de quinze ans de prison, avec l’accord du ministre de la Justice, Egmont Foregger.

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Auteur prolifique, il rédige un certain nombre d’œuvres : Tobendes Ich (1982), Worte als Brücke (1983), Bagno (1984), Kerkerzeit (1985), Wenn Kinder Liebe leben (1985), Endstation Zuchthaus (1985), Va Banque (1986), Reflexionen (1987), Mare Adriatico (1990), Kerker (1990), Schrei der Angst (1990), Dangerous Criminal (1992), 99 Stunden (1994). Le condamné fonde une revue de douze numéros, Wort-Brücke, et rédige des histoires pour enfants racontées à la radio. Figure médiatique incontournable, il participe à des conférences et des débats, à une émission de télévision populaire, vêtu d’un élégant costume de soie blanche orné d’un œillet rouge à la boutonnière. Il y souligne la nécessité de réduire la stigmatisation des personnes ayant un passé criminel. Unterweger devient un auteur célèbre, un véritable modèle de réinsertion.
Nœud papillon parfaitement noué sur le col, l’excentrique repenti séduit la haute société par son humour durant les soirées montaines qu’il fréquente. À bord de sa Ford Mustang immatriculée à son nom, il se pavane. Bijoux en or ostentatoires, santiags en python, lunettes teintées, chapeau de cow-boy, vêtements de marque, la nouvelle vedette soigne son allure tout en se réjouissant de l’attrait qu’il suscite en montrant ses tatouages réalisés en prison. Ironiquement, est inscrit sur sa poitrine à l’encre noire : « Make love not war ». Se délectant de la vie de luxe que sa notoriété nouvellement acquise lui offre, le journaliste aux cheveux poivre et sel élégamment coiffés prétend avoir couché avec pas moins de cent cinquante femmes en moins de deux ans.

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MEURTRES SUR LE CONTINENT EUROPÉEN
14 septembre 1990, Prague. Moins de quatre mois après sa libération, le dandy croise la route de Blanka Bočková, une employée de boucherie d’à peine 20 ans. La jeune femme est sortie boire un verre après s’être disputée avec son mari. Elle a été aperçue par une connaissance, Martin Moijzis, marchant en direction de la Place Venceslas en compagnie d’un homme d’une quarantaine d’années « bien habillé » aux alentours de minuit. Le corps de Bočková est découvert le lendemain matin à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville. La victime présente des traces de strangulation. Ses jambes sont écartées et son corps recouvert de feuilles.
27 octobre 1990, Graz. Brunhilde Masser est une prostituée d’une quarantaine d’années présente « au mauvais endroit, au mauvais moment ». On retrouve son corps le 26 janvier 1991 dans un cours d’eau de Gratkorn. Entre temps, le tueur en série a déjà fait une autre victime : le 5 décembre 1990, à Bregenz, il rencontre Heidemarie “Heide” Hammerer. La trentenaire est une travailleuse du sexe aguerrie, voilà déjà dix ans qu’elle tapine. Son corps sans vie est découvert le 31 décembre 1990 au petit matin par des randonneurs au niveau de Lustenau. À l’exception de sa jambe gauche partiellement mutilée par des animaux, la dépouille n’est pratiquement pas décomposée, le froid ayant préservé les tissus. À l’autopsie, il apparait clairement que la victime a été étranglée par ses bas nylon. Aucun fluide séminal n’est prélevé mais des fibres qui ne proviennent pas de ses vêtements sont présentes. Leur provenance reste à déterminer.
7 mars 1991, Graz. L’année promet d’être fructueuse dans la mise en acte de l’univers fantasmatique du tueur. La première à croiser la route d’Unterweger est Elfriede Schrempf. La malheureuse de 35 ans ne sera retrouvée que le 5 octobre 1991 dans une forêt aux abords de Weitendorf. Il ne reste d’elle qu’un squelette. Le 8 avril 1991, il s’en prend à Silvia Zagler, 23 ans, qu’il rencontre à Vienne. La jeune femme est retrouvée inanimée le 4 août 1991 dans un bosquet de Wolfsgraben, étranglée par ses bas, partiellement nue, gisant face contre terre.

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16 avril 1991, Vienne. Sabine Moitzi, est vendeuse en boulangerie mais dépendante à l’héroïne. Ses moyens ne lui permettant pas de se procurer la dose dont elle a besoin, la femme de 25 ans se prostitue de façon occasionnelle pour arrondir ses fins de mois. Ce soir-là, une amie la dépose à un carrefour près de la gare aux alentours de 23h00. Quand elle repasse dix minutes plus tard, la commerçante a disparu. Le 20 mai suivant, un retraité qui se promène sur un sentier de Penzing la retrouve, ce qui met fin à plusieurs semaines de recherches initiées par son mari. Face contre terre, à peine enfoui dans le sol forestier, entre les souches et les feuilles mortes, se trouve le cadavre. Les jambes écartées, pratiquement nu, le corps ne porte qu’un justaucorps, remonté sur ses épaules. Le meurtrier a mis en scène sa victime de manière à susciter l’indignation de quiconque la trouverait. Une autopsie confirme qu’elle est morte étranglée avec ses propres collants. Sa jambe droite semble avoir été déchirée par ce qui ressemble à des morsures de renard. Les bijoux de la victime sont encore présents, preuve que le vol n’a pas été le mobile du crime. « La scène était très inhabituelle », se souvient Ernst Geiger, chef de la brigade criminelle de la police viennoise. « D’ordinaire, les criminels dissimulent les corps, mais dans ce cas précis, il n’y avait que quelques petites branches sur le corps, trop peu pour le cacher ». Ses liens étaient noués en une « ligature spéciale » ajoute l’agent.
28 avril 1991 au soir, Vienne. Deux jours seulement après le précédent homicide, Unterweger sévit à nouveau. Regina Prem, 33 ans, a grandi dans un orphelinat. Pour s’en sortir, elle a occupé divers petits boulots et s’est mariée. Mère dévouée et déterminée à offrir une meilleure vie à son fils, la jeune Viennoise comprend qu’elle peut gagner beaucoup plus d’argent en se prostituant. Son époux quitte alors son job de plombier pour rester à la maison et s’occuper de leur petit garçon, qui est persuadé que sa maman est serveuse. Aux alentours de 21h45 ce soir-là, Regina rejoint un client mais ne rentrera jamais au domicile familial. Rudolf Prem, son mari, déploie des efforts considérables pour retrouver sa femme, offrant une récompense de 10 000 schillings à quiconque permettrait de la retrouver. Pendant plusieurs mois, il est la cible de canulars téléphoniques. Courant octobre 1991, le meurtrier lui-même contacte l’homme éploré. Au bout du fil, il affirme être le meurtrier de son épouse, allant jusqu’à lui décrire avec précision les vêtements qu’elle portait le soir de sa disparition. Il dit l’avoir laissée face contre terre en direction de l’enfer. Regina sera, en effet, découverte sans vie et sur le ventre dans le quartier de Doubler.

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23 mai 1991, Gablitz. Karin Eroglu-Sladky, 25 ans, est retrouvée dans les bois, gisant dans un bosquet d’épicéas, nue. La jeune femme a été battue puis étranglée par son propre justaucorps. Les averses ont affecté les éléments médico-légaux qui auraient pu être exploitables. Elle avait disparu dans la nuit du 7 au 8 mai 1991 à Vienne, après avoir été emmenée à une quinzaine de kilomètres de la ville en voiture, pour être laissée à environ trente mètres de la route.
TERREUR SUR LE TROTTOIR DE LA CITÉ DES ANGES
19 juin 1991 au soir, Los Angeles. Shannon Exley, 20 ans, sort travailler. Peu après minuit, un client se gare devant elle au niveau de la 7ème Rue. Il conduit jusqu’à l’angle de Fickett Avenue. Sur un terrain vague, celle qui avait toute la vie devant elle se fait attraper par Unterweger à la nuque. Elle tente de se défendre, en vain. Sa vue se trouble au rythme de la force exercée par son bourreau sur le nœud formé à partir de son propre soutien-gorge. Lors de sa découverte à Boyle Heights, le 20 juin 1991, on relève la présence d’ADN provenant de sept hommes différents mais cette donnée ne permet pas de connecter l’auteur à succès à cet homicide.
Irene Rodriguez, 33 ans, est arrivée à Los Angeles en avril 1991 en bus depuis El Paso, au Texas, y laissant ses quatre enfants dans l’espoir de leur offrir une vie meilleure. Le 28 juin, la mère de famille perd tragiquement la vie. Une semaine plus tard, un corps est retrouvé par un sans-abri sur le parking d’une entreprise de transport de marchandises à Hollenbeck. Irene git sous une semi-remorque, un soutien-gorge serré autour du cou. Une chaussette, un t-shirt et une seringue hypodermique jouxtent la dépouille. Elle est identifiée grâce à ses empreintes digitales.
Exley et Rodriguez ont toutes deux été aperçues pour la dernière fois dans la 7ème Rue. À cette époque, Unterweger loge près de là au Cecil Hotel situé sur Main Street, une institution tristement célèbre puisque c’est à cet endroit même que Richard Ramirez a brièvement vécu au milieu des années 1980, pendant sa série de meurtres. Les registres de l’hôtel confirment qu’Unterweger y est arrivé le 11 juin et en est reparti le 2 juillet suivant.

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3 juillet 1991, Malibu. Peggi Jean Booth (également connue sous le nom de Sherri Ann Long), prostituée de 26 ans, se voit sauvagement arracher la vie. Le matin du 11 juillet suivant, un couple et ses enfants se rendent en voiture à Corral Canyon Road mais au sommet d’une colline escarpée, la famille fait face à une vision d’horreur. Au sol, une femme allongée sur le dos, seins nus, a le visage recouvert d’asticots. Un soutien-gorge est noué autour de son cou de cette façon devenue si caractéristique. La victime sera identifiée grâce à ses empreintes.
IL COUVRE SES PROPRES MEURTRES
Durant la période des crimes, Unterweger entretient plusieurs relations, notamment avec des avocates et des adolescentes. Officiellement, il partage sa vie avec Margit Haas, une journaliste fortunée du magazine Wiener. L’auteur renommé est aussi le délinquant réinséré le plus médiatisé du pays. Sa notoriété lui permet de travailler comme reporter pour la radio publique autrichienne ORF. Lorsque des femmes commencent à disparaître du quartier rouge de Vienne, l’individu se présente au commissariat pour interviewer le commissaire Max Edelbacher au sujet des meurtres de prostituées. Il explique qu’il prépare un reportage pour Journal Panorama, une émission de radio d’actualités réputée. Chargé de couvrir les homicides dont il sera reconnu coupable, il finit par sortir « La peur dans le milieu du sexe ». L’œuvre veut donner une voix aux démunis et aborder les meurtres par un prisme social. « Il avait l’air d’un type bien. Je lui ai fait confiance et ça a été ma plus grande erreur », témoignera Max Edelbacher avec regret.

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Juin 1991, Los Angeles. Unterweger se rend à la Cité des Anges pour un autre reportage ayant pour but d’explorer les aspects les plus sombres du monde de la nuit. Il participe aux patrouilles dans les quartiers chauds de la ville. Sur place, il accompagne un agent du Los Angeles Police Department et interviewe des travailleuses du sexe sur les dangers de la rue et l’insécurité des femmes dont il est, en réalité, le trappeur. Certains enquêteurs de police commencent à se méfier d’Unterweger mais l’homme, veritable figure littéraire populaire et symbole de redemption, est maintenant intouchable.
DANS LE VISEUR, L’ÉTAU SE RESSERRE
On craint le « tueur des bois de Vienne » qui éloigne ses victimes de la ville, les bat, les viole et les abandonne dans des zones boisées. Toutes sont étranglées manuellement ou asphyxiées avec des sous-vêtements comme des soutiens-gorge, des collants ou des bas. Avec son palmarès criminel, Unterweger est l’homme à abattre. À Vienne, ville historiquement peu touchée par la criminalité, les forces de l’ordre sont déconcertées par ce qui semble être une série de meurtres visant des travailleuses du sexe. L’enquête prend toutefois un tournant décisif quand August Schenner, un enquêteur à la retraite, donne un tuyau aux inspecteurs. Le policier a déjà enquêté sur Unterweger et son profil mérite qu’ils concentrent leurs efforts sur lui. En effet, les scènes de crime et les modus operandi des meurtres actuels sont étonnamment similaires aux affaires qu’il a eues à traiter auparavant. L’autrichien figure déjà parmi les 130 suspects potentiels. Le 22 octobre 1991, les inspecteurs viennois interrogent Jack pour la première fois, espérant des aveux mais la célébrité ne craque pas et ne fournit aucune information probante. L’homme est donc relâché.
Des preuves tangibles s’amassent lorsque l’analyse des nœuds utilisés pour lier les victimes américaines révèle une correspondance avec les nœuds utilisés sur les victimes autrichiennes. Unterweger est alors sérieusement soupçonné d’être impliqué dans les meurtres. Il est placé sous surveillance. Des éléments concrets orientent les policiers sur la piste du journaliste : le cheveu de Blanka Bočková retrouvé sur le siège de la voiture de l’auteur présumé et les fibres rouges provenant de l’écharpe d’Unterweger prélevées sur le corps de Brunhilde Massar. Les agents commencent à retracer toutes les activités d’Unterweger, des cartes de crédit aux reçus en passant par les agences de location de voitures. Après plusieurs mois, les hommes établissent de nombreuses correspondances entre la présence du suspect et les lieux des meurtres.

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Un témoin clef se manifeste, rapportant des faits remontant à octobre 1990. Joanna, une prostituée de 19 ans, se présente au poste pour raconter qu’elle a été prise en charge à Graz, par un homme vêtu d’un costume blanc et se présentant comme journaliste au volant d’un véhicule immatriculé W JACK. Le client l’a alors emmenée hors de la ville avant de la forcer à se déshabiller et s’allonger sur le ventre. Après lui avoir menotté les poignets dans le dos, l’homme s’est mis à gémir au rythme de ses cris d’effroi. Il a fini par la laisser repartir. La victime à peine majeure a pu reconnaitre Unterweger sur une série de photographies. Les travailleuses du sexe l’identifient comme un client régulier, un habitué du secteur. Un témoin déclare également qu’Unterweger ressemble à un homme qu’elle a vu avec Hammerer peu avant sa disparition. Peu à peu s’étoffe un dossier accablant contre le suspect.
La police autrichienne le met sous surveillance. Unterweger est pourchassé en Suisse et en France. Pendant sa cavale, il contacte les médias autrichiens et tente de les convaincre de son innocence. En février 1992, le fugitif s’enfuit aux Etats-Unis. Il prend un vol à Orly en direction de la Floride. Le 14 février, son appartement est perquisitionné alors que l’homme recherché a pris la fuite. Sur une veste en cuir on retrouve des fibres correspondant à celles recueillies sur le corps de Heidemarie Hammerer.
26 février 1992, Miami. Le couple loue une chambre à South Beach mais les forces de l’ordre ont déjà un mandat d’arrestation. Jack Unterweger est interpellé par les US Marshals avec sa compagne, Bianca Mrak, 18 ans, sur un parking. Le duo est placé en garde à vue. On prend un échantillon des cheveux et de la salive du fuyard. L’ADN du suspect concorde. D’autre part, les forces de l’ordre ont réussi à mettre la main sur ce qui semble être le journal intime d’Unterwegger. Certaines pages manuscrites laissent entendre qu’il a prévu de se débarrasser de Mrak. Cette arrestation met fin au règne de terreur d’Unterweger. La série de meurtres, qui avait débuté peu après sa sortie de prison, cesse brutalement après sa nouvelle mise en détention provisoire. Unterweger ne peut pas fournir d’alibi pour les heures exactes des crimes qui lui sont reprochés.

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MANIPULATEUR INVÉTÉRÉ
Unterweger crie à l’acharnement policier mais derrière ce visage faussement teinté d’innocence, son passé, ou plutôt le récit qu’il en fait, semble se résumer à un tissu de mensonges destiné à attendrir le public et à faire croître les ventes de ses ouvrages. D’abord, les archives judiciaires autrichiennes ne font état d’aucune condamnation ni arrestation pour prostitution concernant sa mère. Cette dernière déclare même qu’Unterweger a inventé cette allégation pour la diffamer. Cette version de son enfance est aujourd’hui considérée comme réfutée. De plus, des proches de la famille contredisent les mauvais traitements dont il aurait été victime, déclarant qu’Unterweger était bien traité, que son grand-père ne buvait pas excessivement et qu’il ne sortait pas en raison de sa santé fragile. Enfin, sa prétendue tante prostituée assassinée n’a jamais existé. En réalité, Unterweger, alors âgé de 16 ans, avait lu un article de journal relatant le meurtre d’une certaine Anna Unterweger, une femme sans aucun lien de parenté avec lui. La malheureuse, aide-cuisinière, avait été violée et tuée par un ancien détenu sans domicile fixe à Salzbourg.
Le profil initialement établi par les autorités mentionnait un homme d’âge mûr, intelligent, sophistiqué et méthodique, ce qui colle parfaitement à l’individu appréhendé. Cependant, la spécificité d’Unterweger réside dans le fait qu’il n’a pas agi dans un périmètre de confiance comme la plupart de ses pairs mais qu’il se déplace sur de longues distances, agissant même au sein de différents pays. La rage semblant guider ses passages à l’acte, il utilise les violences sexuelles comme rituels, étranglant ses victimes avant de les abandonner dans des positions dégradantes.
Le penchant persistant pour le bondage et la violence physique lors des rapports sexuels de l’accusé n’est plus à prouver. Souffrant de pulsions et de fétichismes incontrôlables comparables à une addiction, Unterweger est paradoxalement qualifié de sain d’esprit d’un point de vue purement juridique. Le psychiatre autrichien Reinhard Haller diagnostique chez l’individu un trouble de la personnalité narcissique avec des tendances sadiques. Gregg McCrary, membre de la célèbre unité des sciences du comportement du FBI à Quantico déclarera à ce sujet : « Il est typique des délinquants psychopathes, mais en pire. Son organisation, son don pour la persuasion, sa capacité à manipuler et contrôler les gens, et son impunité, sont exceptionnels ».

Source : https://www.coldcasefoundation.org/gregg-o-mccrary.html
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UN PROCÈS DÉCISIF
Unterwegger souhaite être jugé en Californie mais, conscient du risque encouru d’être condamné à la chambre à gaz, il accepte d’être extradé vers l’Autriche le 27 mai 1992.
20 avril 1994, cour d’assises de Graz. Il est soupçonné d’être l’auteur d’une bonne dizaine d’homicides. Jamais dans l’histoire criminelle autrichienne un homme n’a été accusé d’autant de meurtres. Près de 160 témoins de Los Angeles et de Prague doivent être entendus et des experts médico-légaux de Suisse, d’Allemagne et des États-Unis sont appelés à intervenir devant la cour.
Celui que la presse surnomme « l’Étrangleur de Vienne » se présente au « procès du siècle » en chemise blanche et en costume, arborant fièrement un large col et une cravate. Le jugement et les débats suscitent un intérêt exceptionnel, dignes de la vague O.J. Simpson. Unterwegger fait appel à la logique pour se defendre : pourquoi, comme il le souligne avec affront, un homme comme lui, couvert de gloire et d’argent, déciderait-il de détruire sa vie privilégiée en assassinant des femmes ? L’accusé, habile, s’adresse à la galerie, affichant une confiance inébranlable tout au long des débats, souriant systématiquement devant les caméras.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JACK UNTERWEGER
29 juin 1994 au soir, 20h50. Après neuf heures de délibération, alors qu’un orage gronde, déchirant l’ambiance étouffée de la salle d’audience, le verdict tombe : le jury le déclare coupable de neuf des chefs d’inculpation à une majorité de six voix contre deux. L’homme est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Le sourire vaniteux de Jack Unterweger laisse place à un visage fermé alors que, bordant ses paupières, des larmes commencent à perler. « Je ferai appel ! », s’exclame le condamné qui n’avouera jamais.
MAITRE JUSQUE DANS LA MORT : SUICIDE NOCTURNE EN PRISON
Le soir même, à la prison de Graz-Karlau, le tueur en série condamné à perpétuité fixe le gris livide de sa cellule. Le regard égaré dans les décombres de sa vie, il se pend avec les lacets de ses chaussures et le cordon de son pantalon. L’Étrangleur de Vienne, reconnu coupable de pas moins de neuf meurtres, met fin à ses jours quelques heures seulement après l’annonce du verdict, avec un nœud similaire à celui dont s’est servi le meurtrier pour étrangler toutes les prostituées. Il a alors quarante-trois ans. Son corps sans vie est décroché par un gardien peu avant 4h00 du matin.
À 6h00, la radio autrichienne annonce la mort du tristement célèbre Jack Unterweger. Loin d’être une preuve de culpabilité, le sens de son geste réside plutôt dans une ultime forme de contrôle pour celui qui a sévi pendant tant d’années, incarnant l’un des cas d’échec de réinsertion les plus populaires.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JACK UNTERWEGER
Unterweger est enterré en Haute-Autriche. Seules ses initiales sont gravées sur sa tombe, ainsi qu’une phrase d’Hermann Hesse : « Et le tourment est terminé, et la chaîne se brise. » L’emplacement exact de la sépulture reste à, ce jour, inconnu.
On se retrouve dans « Portraits Criminels par Swen » de façon trimestrielle pour une nouvelle affaire, toute l’année.
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Diplômée d’état en psychologie, à la tête de « Portraits Criminels par Swen » depuis sa création, correspondante de presse responsable de couvrir les faits divers du département du Lot et de l’Aveyron pour Le Petit Journal, responsable communication et rédactrice des avis de recherche pour les cas de disparition recensés par la délégation régionale Grand-Est de l’association Assistance et Recherche de Personnes Disparues, rédactrice pour la rubrique « Réseaux Pédocriminels » de l’association Wanted Pedo, chroniqueuse judiciaire pour W9, vidéaste, auteure et artiste visuelle indépendante.
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Quelle histoire absolument glaçante… Je n’avais encore jamais entendu parler de l’affaire Jack Unterweger, et franchement, ça fait froid dans le dos.
Ce qui me choque le plus, c’est cette capacité terrifiante à jouer sur tous les tableaux : être acclamé par les intellectuels, invité sur des plateaux télé comme exemple de réhabilitation réussie, tout en continuant d’assouvir ses pulsions les plus sombres en toute impunité. Le fait qu’il ait même été envoyé en reportage pour couvrir les crimes… qu’il commettait lui-même, c’est d’un cynisme absolu.
Ton article est passionnant et remarquablement écrit, comme d’habitude. Tu as su retracer toute la dualité et la manipulation du personnage avec une grande justesse. Merci pour cette découverte (morbide, mais fascinante) !