🗓️ Mis à jour le 15 septembre 2026
- Où : à Recogne (Bastogne), un monument orné d’une tête d’Indien, érigé en 1994 pour le 50ᵉ anniversaire de la bataille des Ardennes, honore les combattants amérindiens — surtout des Oglala Lakota.
- Les code talkers : dès 1918 (Choctaws), puis en 1942 (Sac and Fox, Comanches et surtout 29 Navajos des Marines), des transmetteurs indiens parlent leur langue à la radio : jamais décodés, déclassifiés en 1968, décorés en 2001.
- Trois destins : Chester Nez (code navajo), Ira Hayes (le drapeau d’Iwo Jima), Charles Shay (infirmier d’Omaha Beach, mort en 2025 à 101 ans).
- Une légende : les « parachutistes indiens » du Jour J, en réalité les Filthy Thirteen de Jake McNiece, aux origines choctaws.
- Texte : Philippe Gruslin, contributeur histoire militaire d’info-lux.com.
Un coin de Far West à Recogne, près de Bastogne
À Recogne, près de Bastogne, existe un endroit qui fait penser au Far West. On peut y voir un bâtiment avec une façade en rondins, de nombreux bisons dans une prairie et, en lisière d’un bois sur les hauteurs, un monument en pierre orné d’une tête d’Indien, entouré de nombreuses amulettes et d’attrape-rêves.

Ce monument a été érigé en 1994, pour le cinquantième anniversaire de la bataille des Ardennes, en hommage aux combattants amérindiens. La plupart des soldats indiens ayant combattu dans la région appartenaient à la tribu des Oglala Lakota.
Durant la Seconde Guerre mondiale, des hommes venus de toutes les tribus ont combattu sur tous les fronts.
Des éclaireurs de la cavalerie aux « scouts » de Pancho Villa
Les westerns nous ont habitués à certaines scènes devenues classiques : celles d’éclaireurs indiens, appelés « scouts », guidant la cavalerie et luttant contre d’autres tribus indiennes. Le célèbre général Custer était accompagné d’une douzaine de guerriers indiens lors de la bataille de Little Big Horn ; certains seront tués à ses côtés.
Quelques années plus tard, ce sont des éclaireurs navajos et apaches qui ont guidé la cavalerie américaine sur les traces du chef Geronimo, qui était pourtant lui aussi apache. Durant la conquête de l’Ouest, on estime que chaque unité de cavalerie utilisait entre 10 et 25 scouts, payés 16 dollars par mois. En 1916, 20 scouts ont encore aidé l’US Army dans la traque de Pancho Villa au Mexique.
1917-1918 : les premiers code talkers sont choctaws
En 1917, lors de l’entrée en guerre des États-Unis, des milliers d’Indiens s’engagent volontairement dans l’US Army. Ils veulent aider ce pays qu’ils surnomment « la terre mère ». Cent cinquante d’entre eux recevront des décorations américaines et dix se verront attribuer la Croix de guerre française, dont le soldat Joseph Oklahombi qui, à lui seul, captura 171 Allemands.
Les Allemands étaient passés maîtres dans les transmissions radio et dans l’écoute des communications américaines. Deux officiers de la 36ᵉ division d’infanterie avaient remarqué qu’entre eux, leurs soldats indiens de la tribu choctaw parlaient leur langue, alors qu’ils parlaient parfaitement anglais avec leurs autres camarades.
Ils décidèrent de former quinze d’entre eux à l’emploi des radios et, fin octobre 1918, pour la première fois, des messages sont envoyés en langue choctaw. Les opérateurs parlaient simplement dans leur langue, sans utiliser un code précis. Leur action permit d’ordonner le repli de deux unités proches des lignes ennemies, pour ensuite écraser tout le secteur sous un intense tir d’artillerie avant de lancer les troupes à l’offensive.
Les résultats furent probants : les Allemands eurent de lourdes pertes et 500 d’entre eux furent faits prisonniers. Un officier allemand capturé dira qu’ils avaient bien intercepté les communications, mais avaient été déroutés par cette langue inconnue : ils n’avaient pas pu s’organiser. D’autres missions de transmission eurent lieu avec succès par la suite, mais l’expérience fut brève : deux semaines après la première utilisation, l’Armistice fut signé et la guerre prit fin.
1940-1941 : la conscription, puis Pearl Harbor
Devant la menace, le gouvernement américain décrète la conscription en septembre 1940. Un tirage au sort détermine ceux qui devront effectuer leur service militaire ; les citoyens amérindiens sont inclus. Lors des tests de sélection, 12 % des Blancs se retrouvent sous les critères minimaux qui excluent de la conscription, contre 23 % des Afro-Américains et 49 % des Amérindiens. La principale raison est que, cantonnés dans leurs réserves, ils ne sont pas dans le cadre de référence de l’Américain moyen.
Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent la base de Pearl Harbor, à Hawaï. Le lendemain, le gouvernement américain déclare la guerre au Japon ; le 11 décembre, l’Allemagne et l’Italie déclarent la guerre aux États-Unis. Des milliers d’Indiens s’engagent sans attendre la conscription.
En novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. Des officiers de la 34ᵉ division d’infanterie, se souvenant de l’expérience de la Première Guerre, décident d’utiliser 19 hommes originaires de la tribu Sac and Fox comme transmetteurs radio. On les appelle « code talkers ».
Outre ces quelques spécialistes, les Indiens sont amalgamés avec les Blancs ; ils sont souvent surnommés « Chef ». La 45ᵉ division d’infanterie est celle qui compte le plus grand nombre d’Indiens dans ses rangs ; un de ses régiments, le 180ᵉ, est à majorité indienne.


Son insigne d’origine était la swastika, symbole indien de prospérité et de bonne fortune. La swastika ayant inspiré la croix gammée nazie, ce qui posait différents problèmes, l’insigne fut remplacé en 1939 par le « Thunderbird », l’oiseau-tonnerre. Les code talkers serviront durant toute la guerre.
Bataille du Pacifique : le code navajo
Durant la bataille du Pacifique contre les Japonais, les code talkers sont aussi mis à contribution. Le corps des Marines développe un code particulier qui est, sinon le plus connu, au moins celui dont on a le plus entendu parler : le code navajo.
Février 1942 : quarante secondes au lieu d’une heure
L’ingénieur Philip Johnston, fils d’un couple de missionnaires qui avait travaillé dans les réserves navajos, s’était rendu compte de la particularité de cette langue, qui n’était que parlée et non écrite. Il convainc l’état-major de l’importance que pourrait avoir cette langue dans les transmissions et propose un test.
Un message est envoyé, en anglais, via le code Shackle, le code standard américain. Avec ce procédé, le message doit être codé, envoyé, décodé, puis les directives doivent être appliquées : il faut une heure pour que l’unité concernée puisse exécuter les ordres donnés. En langue navajo, il faut quarante secondes ! Convaincu de l’efficacité d’un tel code, l’état-major décide de le tester lors de manœuvres.
Juillet-septembre 1942 : 29 Navajos créent le code
Vingt-neuf Navajos de l’US Marine Corps reçoivent pour mission de créer un code afin de sécuriser les communications et de les rendre plus rapides. Pour éviter de longues phrases, un code particulier est créé par les code talkers : deux cents mots sont définis, en plus de la traduction orale des phrases. Par exemple, pour désigner un engin amphibie « Buffalo », on utilise le mot « grenouille » ; un destroyer devient « requin » ; une bombe devient « œuf ». De plus, l’intonation particulière d’un mot peut en changer le sens.
Lors des manœuvres, la rapidité et la sécurité des transmissions se confirment. Des experts en décryptage tentent de décoder les messages en se faisant aider par des Navajos civils : si certains mots sont reconnus, il est cependant impossible de comprendre les messages. Au fil du temps, le code passera à 700 mots. Les code talkers s’entraînent à l’emploi des radios ; par sécurité, ils ne peuvent avoir de permission avant de partir au combat.

Décembre 1942 : Guadalcanal, et des Américains qui croient entendre du japonais
Les code talkers sont envoyés à Guadalcanal ; les résultats sont rapides. Des unités de l’armée américaine qui captent les communications, n’étant pas au courant de l’utilisation de Navajos, prennent peur : elles pensent entendre du japonais et croient que l’ennemi parle sur leurs ondes.
Il n’y a que vingt-neuf code talkers au total. Deux sont restés aux États-Unis pour former les nouveaux opérateurs ; il n’y en a donc que vingt-sept sur le terrain. Ils travaillent par équipes de deux, plus un en réserve. Problème : alors que leur unité est relevée après plusieurs semaines, eux restent et passent de la 1ʳᵉ à la 2ᵉ division de Marines ; quand cette division est à son tour relevée, ils passent dans la 3ᵉ. Les code talkers participent ainsi à de nombreuses batailles.
Plus tard, des prisonniers japonais diront avoir entendu les conversations, mais n’être jamais parvenus à les décoder. Ils affirment que s’ils y étaient parvenus, ils auraient pu remporter certaines batailles. On ne sait pas trop comment, mais à un moment, les Japonais ont compris qu’il s’agissait de la langue navajo. En fouillant dans les camps de prisonniers, ils ont trouvé un Navajo capturé à Bataan tout au début de la guerre. Ils l’ont torturé pour qu’il décode les messages. Ayant survécu à la guerre, il a raconté que, même s’il avait pu donner la traduction de phrases normales, il n’avait jamais pu expliquer les messages, puisqu’il n’était pas au courant du code.
L’état-major, comprenant l’importance des code talkers, voulait éviter qu’ils ne soient capturés : on a donc attribué à chacun un garde du corps. Des explications non confirmées ont avancé par la suite que ces gardes du corps avaient pour mission de les exécuter s’ils venaient à être capturés. C’est d’ailleurs ce que montre le film Windtalkers – Les Messagers du vent ; l’état-major n’a jamais voulu dire ce qu’il en était.
Après la guerre, il a été ordonné aux code talkers de ne jamais parler de ce qu’ils avaient fait. Ce n’est qu’en 1968, lorsque la technologie a permis de renforcer la sécurité des transmissions, que l’histoire a été déclassifiée. Il a fallu attendre décembre 2000 et une décision du président Bill Clinton pour que les code talkers soient officiellement reconnus et récompensés : les survivants ont été décorés par le président George W. Bush le 26 juillet 2001.
Trois personnages : Chester Nez, Ira Hayes et Charles Shay
Chester Nez, l’un des 29 premiers code talkers
Commençons par Chester Nez, un des 29 premiers code talkers. Né en 1921 dans la réserve navajo, au Nouveau-Mexique, il grandit chez des parents qui élèvent des moutons. Il est envoyé dans une école « blanche » à des centaines de kilomètres de chez lui : on tente de faire oublier aux élèves la langue navajo, mais ils continuent à la parler en famille.

Chester Nez s’engage dans les Marines après Pearl Harbor. En février 1942, il participe à l’élaboration du code ; en septembre, il arrive à Guadalcanal. Il reste au front jusqu’en juin 1944 sans repos et participe aux batailles de Guadalcanal, Bougainville et Guam. De juin à juillet 1944, il reprend l’entraînement ; en septembre 1944, il combat sur l’île de Peleliu, l’une des batailles les plus dures de la guerre du Pacifique. En janvier 1945, alors qu’il se prépare à débarquer à Iwo Jima, il apprend que sa longue période au front lui donne le nombre de points suffisant pour rentrer au pays.
Il se marie et, fier de ce qu’il a fait, décide de porter son uniforme plutôt qu’un costume traditionnel. Sujet au stress post-traumatique, il se sent poursuivi par les fantômes des Japonais tués et, pour se purifier, participe à de nombreuses cérémonies organisées par l’homme-médecine de la tribu. En 1950 éclate la guerre de Corée : rappelé au service actif, il ne retourne pas au front et reste dans un dépôt logistique. Démobilisé, il trouve un travail dans le service de maintenance d’un hôpital ; artiste peintre, il aide à la réalisation de fresques décoratives.
Lors de la remise de décorations par le président Bush, à l’opposé de ses camarades, il ne lui serre pas la main mais le salue. À ses enfants qui lui demandent pourquoi il agit ainsi, il répond :
« On ne serre pas la main de son commandant en chef. On le salue. »
En 2009, il est honoré par sa tribu. Il a aussi été l’un des conseillers du film Windtalkers, qui raconte l’histoire des code talkers. Dernier survivant des 29 premiers code talkers, il est décédé en 2014.
Ira Hayes, le héros malgré lui d’Iwo Jima
Ira Hayes est l’Indien le plus célèbre de la Seconde Guerre mondiale. Paradoxalement, il a essayé d’échapper à cette célébrité et a très mal supporté son statut de héros. Né le 12 janvier 1923 en Arizona, il appartient à la tribu des Pimas. Il s’engage dans les Marines en août 1942 et devient para-marine.

Après onze mois au front, il reçoit une permission de trente jours. À son retour, il apprend que l’unité des para-marines a été dissoute : il est affecté à la 5ᵉ division de Marines. Le 19 février 1945, il débarque à Iwo Jima. Le 23 février, il fait partie des six hommes qui hissent le drapeau sur le mont Suribachi, point culminant de l’île.

La photo prise à ce moment-là par le photographe Joe Rosenthal fait la une des journaux et a un fort impact sur la population américaine : elle fait partie des dix photos les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale. Conscient de son importance pour le moral et pour inciter les gens à acheter des « bons de guerre » destinés à financer la production, le président Franklin Roosevelt veut faire revenir les six hommes pour les célébrer et organiser des tournées de propagande.
Trois des hommes ont déjà été tués lorsqu’arrive l’ordre présidentiel. Les trois survivants identifiés se nomment René Gagnon, John Bradley et Ira Hayes. Le premier à être identifié et à rentrer est René Gagnon ; Hayes lui avait dit de ne jamais révéler qu’il figurait sur la photo, car il ne voulait pas être mis en avant. Lorsque l’officier lui explique qu’il s’agit d’un ordre du président en personne, Gagnon donne le nom. Ira est rappelé, ainsi que John Bradley.
Revenu au pays, Ira Hayes s’aperçoit que Gagnon s’est trompé dans les noms et a cité, parmi les tués, un homme qui ne figurait pas sur la photo : il veut faire remplacer le nom du sergent Hansen par celui du soldat Harlon Block, afin que celui-ci ait l’honneur qu’il mérite et que sa famille sache qu’il est l’un des héros de la photo. On lui répond que le dossier a déjà été remis aux journalistes et que l’état-major ne peut admettre s’être trompé. On refuse de corriger l’erreur et on ordonne à Hayes de se taire, sous peine d’être incarcéré dès qu’on n’aura plus besoin de lui. À contrecœur, Ira exécute l’ordre, mais supporte mal le mensonge qu’il doit couvrir.
En 1946, la guerre terminée, il part en stop jusqu’au Texas pour rencontrer la famille d’Harlon Block et lui dire la vérité. Dès qu’il a raconté l’histoire, il repart en stop, ayant refusé l’hospitalité de la famille Block.
Ira vit très mal sa popularité. Il sombre dans l’alcoolisme et tombe en dépression. Après la guerre, il espère être tranquille, mais il continue à recevoir des centaines de lettres et de demandes d’autographes ; des gens viennent pour être photographiés avec lui et des journalistes souhaitent régulièrement l’interviewer. Dans l’espoir de trouver la tranquillité, il déménage à Chicago en 1953 et travaille comme réparateur grâce à un programme destiné à favoriser l’emploi des Indiens. Mais il ne peut se débarrasser de son addiction et est arrêté cinquante-deux fois pour ivresse sur la voie publique.
« Je suis malade. Je bois pour oublier mes camarades qui étaient meilleurs que moi. Comment oublier que, sur quarante-cinq hommes de ma compagnie, seuls cinq ont survécu ? »
Il perd son emploi à cause de l’alcool et retourne en Arizona. Il est présent lors de l’inauguration du Marine Corps War Memorial, le 10 novembre 1954, mais sur les photos, on le voit l’air sombre. Le 24 janvier 1955, il est retrouvé mort, gisant dans son sang et ses vomissures. La veille, il avait eu une altercation avec un autre Pima, qui niera s’être battu avec lui. Le frère d’Ira déclare que sa mort est la conséquence de cette bagarre et porte plainte, mais celle-ci restera sans suite.
Ira Hayes était un personnage pleinement humain, et sa dramatique histoire a inspiré une chanson country : en 1964, Johnny Cash lui a dédié The Ballad of Ira Hayes. Son histoire a été racontée dans le film Le Héros d’Iwo Jima (The Outsider), avec Tony Curtis dans le rôle-titre. Ira Hayes apparaît aussi dans Mémoires de nos pères, le film de Clint Eastwood qui raconte la levée du drapeau et le destin des trois survivants. Enfin, il a interprété son propre rôle dans Iwo Jima (Sands of Iwo Jima), avec John Wayne, aux côtés de René Gagnon et de John Bradley. Remarque : des recherches ont permis, des décennies plus tard, de découvrir une autre erreur d’identification — Bradley ne figurait pas sur la photo.
Charles Shay, l’infirmier penobscot d’Omaha Beach
Charles Norman Shay est né le 27 juin 1924. Il descend d’un noble français, Jean-Vincent d’Abbadie, baron de Saint-Castin, coureur des bois qui avait épousé la fille d’un chef de la tribu des Penobscots. Il fait ses études à la high school (l’équivalent du lycée), seul Indien dans une classe de quarante élèves.

En avril 1943, il est appelé au service actif et incorporé dans l’US Army. Il suit une formation d’infirmier et, en plus du programme, apprend à pratiquer des actes chirurgicaux. Il est affecté à la 1ʳᵉ division d’infanterie, la « Big Red One », qui a débarqué en Afrique du Nord en novembre 1942 puis en Sicile l’année suivante.
Il fait partie de la première vague d’assaut qui débarque à Omaha Beach le 6 juin 1944. Alors qu’il était parvenu à atteindre la digue et se trouvait à couvert, il voit de nombreux blessés dans l’eau, dont certains risquent d’être recouverts par la marée montante. Il repart vers eux, sous les tirs ennemis, pour les ramener sur la plage et les soigner. Pour cet acte de bravoure, il sera décoré de la Silver Star.
Ensuite, il participe à la bataille d’Aix-la-Chapelle, à celle de la forêt de Hürtgen et à la bataille des Ardennes. Au cours de ces combats, il gagne quatre Bronze Stars. Il traverse le Rhin en mars 1945 et est affecté à un peloton de reconnaissance ; tombé dans une embuscade, il est capturé. Sa captivité sera brève : il est libéré le 12 avril 1945.
Démobilisé et ne trouvant pas de travail, il se réengage en 1946 comme policier militaire (MP) et est affecté à Vienne. En 1950, au début de la guerre de Corée, il rejoint la 3ᵉ division d’infanterie, obtient le grade de master sergeant (sergent-major) et gagne une nouvelle Bronze Star. Après la Corée, il passe dans l’US Air Force, affecté à une unité météo, et participe à des essais nucléaires. Il quitte l’armée en 1964.
En 2007, il fait son premier retour en Normandie ; son objectif est la transmission de la mémoire des Indiens. Il participe ensuite aux cérémonies chaque année. En 2017, il préside l’inauguration d’un monument en l’honneur des Indiens à Omaha Beach et s’installe en Normandie, à Bretteville-l’Orgueilleuse. En 2020, un buste le représentant est inauguré à côté de ce monument. Il est décédé le 5 décembre 2025, à 101 ans. Comme il l’avait demandé, il a été inhumé au cimetière civil de Saint-Laurent-sur-Mer, près d’Omaha Beach, et non au cimetière militaire.
Greg « Pappy » Boyington, du sang sioux chez les Têtes brûlées
Le major Greg « Pappy » Boyington, rendu célèbre par la série télévisée Les Têtes brûlées avec Robert Conrad, avait lui aussi du sang indien : il était d’origine sioux.
La légende des « parachutistes indiens » du Jour J
On ne peut terminer cette évocation des guerriers indiens sans évoquer une légende liée au débarquement de Normandie, qui a perduré durant de nombreuses années. Un groupe d’éclaireurs parachutistes, les « Pathfinders » surnommés « The Filthy Thirteen » — les treize crasseux, car ils avaient décidé de ne se laver qu’une fois par semaine — avait été photographié avant d’embarquer dans son avion. Les photos ont été largement publiées : ces hommes avaient une coupe à l’iroquoise et le visage zébré de traits noirs et blancs. Les premiers Français qui les ont vus ont parlé de « parachutistes indiens ».

Le sergent Jake McNiece, chef du groupe, est à l’origine de cet aspect particulier : il avait du sang choctaw dans les veines. Il s’était coupé les cheveux ainsi pour deux raisons : éviter les poux et limiter les risques d’infection dus à des cheveux sales s’il venait à être blessé à la tête. Par son leadership, il a été imité par ses hommes.
Dans les dernières heures avant le débarquement, on avait peint en urgence des bandes noires et blanches — les « invasion stripes » — sur les avions, afin de distinguer immédiatement les appareils alliés des allemands. La peinture n’étant pas encore sèche, McNiece, par amusement, y avait passé les doigts et s’était fait des traits sur le visage. Là aussi, ses hommes l’avaient imité. Le tout, associé à leur coiffure, a été interprété comme des peintures de guerre.
À voir à Bastogne : le diorama du musée Le Mess
Dans le musée Le Mess / 101st Airborne, à Bastogne, on peut voir un très beau diorama consacré à un guerrier indien, ainsi qu’une veste d’uniforme et des objets personnels ayant appartenu à un combattant indien revenu sur les lieux. On y voit notamment la « medicine bag », la bourse-médecine qu’il portait sur lui : un objet très précieux pour un Indien, car il contient des objets personnels et des objets donnés par la famille pour le protéger, bénis par l’homme-médecine de la tribu.
✒️ Texte — Récit signé Philippe Gruslin, auteur d’articles d’histoire militaire (Militaria Magazine) et contributeur régulier d’info-lux.com (Habay-la-Neuve, 9 septembre 1944, la libération du sud de la province par la 28ᵉ division). Photo du monument de Recogne : collection Philippe Gruslin. Photos d’archives : U.S. Army, U.S. Marine Corps, National Archives, Joe Rosenthal / AP (domaine public) et Kormin (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.
Questions fréquentes
Où se trouve le monument aux combattants amérindiens près de Bastogne ?
À Recogne, un village de la commune de Bastogne, en lisière de bois sur les hauteurs, près d’une ferme aux bisons à la façade en rondins. Le monument en pierre, orné d’une tête d’Indien et entouré d’attrape-rêves, a été érigé en 1994 pour le 50ᵉ anniversaire de la bataille des Ardennes.
Qu’est-ce qu’un code talker ?
Un transmetteur radio amérindien qui communiquait dans sa propre langue pour que l’ennemi ne comprenne rien. Les premiers furent des Choctaws en octobre 1918 ; durant la Seconde Guerre mondiale, l’US Army utilisa des Sac and Fox et des Comanches, et les Marines créèrent le code navajo avec 29 hommes en 1942. Le code ne fut jamais percé.
Pourquoi le code navajo était-il si efficace ?
La langue navajo n’était que parlée, pas écrite, et un vocabulaire codé de 200 puis 700 mots (« grenouille » pour un engin amphibie, « requin » pour un destroyer, « œuf » pour une bombe) s’y ajoutait. Un message qui prenait une heure avec le code Shackle standard passait en quarante secondes en navajo.
Qui était Ira Hayes ?
Un Marine pima né en 1923 en Arizona, l’un des six hommes qui ont hissé le drapeau sur le mont Suribachi, à Iwo Jima, le 23 février 1945, sur la photo de Joe Rosenthal. Héros malgré lui, il a sombré dans l’alcool et est mort le 24 janvier 1955. Johnny Cash lui a dédié « The Ballad of Ira Hayes ».
Qui était Charles Shay ?
Un Penobscot né en 1924, infirmier de la 1ʳᵉ division d’infanterie (Big Red One), décoré de la Silver Star pour avoir sauvé des blessés sous le feu à Omaha Beach le 6 juin 1944. Il a combattu dans les Ardennes, s’est installé en Normandie et y est décédé le 5 décembre 2025, à 101 ans.
Les « parachutistes indiens » du Jour J ont-ils existé ?
C’est une légende : il s’agissait des « Filthy Thirteen », des parachutistes de la 101ᵉ aéroportée menés par Jake McNiece, d’origine choctaw, qui portaient une coupe à l’iroquoise contre les poux et s’étaient peint le visage avec la peinture fraîche des bandes d’invasion des avions.
Quand les code talkers ont-ils été reconnus ?
Leur mission est restée secrète jusqu’à la déclassification de 1968. Une loi signée par Bill Clinton en décembre 2000 leur a accordé la médaille d’or du Congrès, remise aux survivants par George W. Bush le 26 juillet 2001.
Sources
- Philippe Gruslin, notes et documentation personnelles (Militaria Magazine).
- Chester Nez et Judith Schiess Avila, Code Talker, Berkley, 2011.
- National Archives (NARA) et U.S. Marine Corps History Division, dossiers « Navajo Code Talkers ».
- Musée « Le Mess / 101st Airborne », Bastogne.
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