🗓️ Mis à jour le 30 juin 2026
L’essentiel
- En décembre 1944, la 28e Division d’infanterie américaine, surnommée la « Bloody Bucket » (le seau sanglant), a été la première à encaisser l’offensive allemande des Ardennes, devant Bastogne.
- En retardant l’ennemi de 48 heures, ses fantassins ont permis à la 101e Airborne d’atteindre la ville. Le seul 110e Régiment a perdu 2 750 hommes sur 3 200.
- Longtemps effacée de la légende de Bastogne, cette « division oubliée » aura enfin son monument au Mardasson, inauguré pendant les Nuts Days, du 11 au 13 décembre 2026.
- Le projet est né de la ténacité du passionné d’histoire Philippe Gruslin et de son fils Robin, soutenus par la Ville de Bastogne, le Bastogne War Museum et la 28th Infantry Division Association de Pennsylvanie.
Un récit signé Philippe Gruslin, passionné d’histoire militaire et collaborateur d’info-lux.com, à l’origine du projet de monument. Il avait déjà raconté pour nous l’épopée du 442e RCT et des Nippo-Américains.
En novembre 1944, après les durs combats et les lourdes pertes subies dans la forêt de Hürtgen, à la frontière belgo-allemande, la 28e Division d’infanterie est envoyée au Luxembourg pour se reconstituer. On la déploie sur un secteur bien plus étendu que ce qui était tactiquement raisonnable.
Son commandant, le général Norman D. Cota, demande au Haut Commandement de réduire son secteur et d’envoyer des renforts pour combler les failles. La réponse tombe : aucun risque, les services de renseignement n’ont rien détecté et estiment les Allemands incapables d’attaquer.
En référence à la forme et à la couleur de son insigne — une clé de voûte rouge —, la division avait été surnommée la « Bloody Bucket », le seau sanglant. Ce surnom allait prendre tout son sens.
« Échanger du sang contre du temps » : les 48 heures qui ont sauvé Bastogne
L’attaque allemande du 16 décembre 1944, début de la Bataille des Ardennes, surprend tout le monde. La 28e Division est la première à affronter l’offensive.
L’État-major américain décide d’envoyer ses seuls renforts disponibles pour défendre Bastogne et Manhay : les 82e et 101e Airborne, stationnées dans la région de Reims. Le mauvais temps interdit tout parachutage ; il faut trouver en urgence le charroi pour les acheminer en Belgique, dans des conditions de circulation difficiles.
L’enjeu est immense. Si Bastogne, nœud routier majeur, tombe, les Allemands peuvent filer vers le port d’Anvers, objectif de l’offensive. Sa prise aurait coupé le ravitaillement allié et pesé sur la suite de la guerre.
« Le temps, c’est ce que gagnèrent les parachutistes de la 101e Division. Le sang, c’est ce que donnèrent les fantassins de la 28e Division. »
Bien que largement inférieurs en nombre, les hommes de la 28e retardent de 48 heures les unités allemandes qui foncent vers Bastogne, le temps pour la 101e Airborne d’atteindre la ville. La division exécute l’ordre du Haut Commandement : « Tenir à tout prix, jusqu’au dernier homme. »
De l’aveu de son petit-fils, Alfred Moch-Cota, le général Cota confiait parfois, lors des repas de famille, combien il lui avait été difficile de recevoir par radio les appels de ses commandants de régiments demandant à se replier — et de devoir leur ordonner, conformément aux directives, de tenir jusqu’au dernier homme. Il disait aussi combien lui faisaient mal les rapports de pertes, qui lui montraient fondre « sa belle division ».
Le 110e Régiment, positionné juste devant Bastogne, constituait le principal obstacle sur la route de la ville. Sur un effectif de 3 200 hommes, il en perdit 2 750 — tués, blessés, capturés ou portés disparus.
Une injustice historique : le rôle effacé d’une division
L’arrivée à temps des parachutistes, le siège, le fameux « Nuts! » du général McAuliffe répondant aux Allemands qui exigeaient la reddition, puis la libération de la ville par la 3e Armée du général Patton : tout cela fut largement rapporté dans la presse américaine, car bénéfique pour le moral de la population.
Après la guerre, quand on écrivit l’histoire, on chercha à minimiser les erreurs des services de renseignement et du Haut Commandement, qui avaient coûté tant de soldats. L’image de Bastogne encerclée fut glorifiée et entra dans la légende. Pendant longtemps, le rôle de la 28e Division resta dans l’ombre.
La pourtant magnifique série Band of Brothers n’a pas aidé : on y voit les parachutistes de la 101e croiser, en entrant dans la ville, les fantassins épuisés et hagards de la 28e — donnant l’impression qu’ils s’enfuyaient.
« Hé, les gars ! C’est de l’autre côté », lance un parachutiste, surpris, aux hommes qui passent devant lui.
On ne dit rien des sacrifices consentis par ces fantassins pour permettre l’arrivée de la 101e Airborne. Pour des néophytes, l’image peut laisser croire à une unité défaillante, voire lâche : ce fut loin d’être le cas. Malgré son rôle crucial dans la défense de Bastogne, aucun monument, aucune plaque, pas même un nom de rue ne rappelait ces événements.
2021-2025 : la longue genèse d’un monument
En 2021, Philippe Gruslin et son fils Robin, tous deux passionnés par la 28e, ont l’idée de contacter le bourgmestre de Bastogne pour souligner cet oubli et proposer la construction d’un monument.
Mais la vie en décide autrement : Robin, lui aussi mordu d’histoire, doit affronter une récidive de son cancer du cerveau et de fréquents séjours à l’hôpital. Les priorités changent, le projet est mis en suspens.
En 2025, Philippe Gruslin en reparle avec Fred Henrion, ami et guide au Bastogne War Museum. Ensemble, ils relancent le bourgmestre. Benoît Lutgens, maïeur de Bastogne, se montre aussitôt enthousiaste et donne son accord. L’association Bataille des Ardennes 40-45 rejoint le projet.
Un élan transatlantique, de la Pennsylvanie au Mardasson
Alfred Cota met Philippe Gruslin en contact avec le président de la 28th Infantry Division Association, en Pennsylvanie, État d’origine de l’unité. L’association se dit prête à aider financièrement. Le président l’oriente vers un journaliste du Pennsylvania VFW News, qui consacre un article au projet.
L’effet est immédiat : outre-Atlantique, les dons commencent à affluer pour financer le monument. Un distillateur de bourbon propose même une « Cuvée spéciale 28th » — chaque bouteille porte un QR code renvoyant à diverses histoires liées à la division, et les bénéfices sont reversés au projet. De leur côté, les organisateurs lancent un crowdfunding.
Le 9 mai 2026, le président de la 28th Infantry Division Association et une délégation venue de Pennsylvanie remettent à Bastogne le chèque qui permettra de construire le monument.
Le monument : trois silhouettes pour sortir la division de l’ombre
Le monument s’inspire d’une photographie montrant des rescapés de la 28e Division d’infanterie à Sibret, en décembre 1944 : trois silhouettes de soldats, taillées dans l’acier.
Il sera installé sur le site symbolique du Mardasson — ce qui a nécessité l’accord de l’American Battle Monuments Commission, le mémorial appartenant désormais aux États-Unis. Son inauguration aura lieu pendant les prochains Nuts Days (cérémonies commémoratives de la Bataille des Ardennes), du 11 au 13 décembre 2026.
La « division oubliée » sortira alors définitivement de l’ombre.
| Le monument en bref | |
|---|---|
| Hommage à | 28e Division d’infanterie US, la « Bloody Bucket » |
| Lieu | Site du Mardasson, Bastogne (province de Luxembourg) |
| Inauguration | Nuts Days, du 11 au 13 décembre 2026 |
| À l’initiative de | Philippe Gruslin, avec la Ville de Bastogne, le Bastogne War Museum et l’association Bataille des Ardennes 40-45 |
| Soutien | 28th Infantry Division Association (Pennsylvanie), dons et crowdfunding |
Questions fréquentes sur la 28e Division et son monument
Pourquoi la 28e Division est-elle surnommée la « Bloody Bucket » ?
À cause de son insigne, une clé de voûte rouge dont la forme et la couleur ont inspiré le surnom de « seau sanglant ». Il a pris un sens tragique lors de la Bataille des Ardennes, où la division subit des pertes considérables devant Bastogne.
Quel a été le rôle de la 28e Division à Bastogne ?
Première unité à encaisser l’offensive allemande du 16 décembre 1944, elle a retardé l’ennemi pendant 48 heures, permettant à la 101e Airborne d’atteindre et de défendre Bastogne. Son 110e Régiment a perdu 2 750 hommes sur 3 200.
Où et quand le monument sera-t-il inauguré ?
Sur le site du Mardasson, à Bastogne, pendant les Nuts Days, du 11 au 13 décembre 2026, cérémonies commémoratives de la Bataille des Ardennes.
Qui est à l’origine du projet ?
Le passionné d’histoire militaire Philippe Gruslin et son fils Robin, rejoints par Fred Henrion (Bastogne War Museum), la Ville de Bastogne, l’association Bataille des Ardennes 40-45 et la 28th Infantry Division Association de Pennsylvanie.
À noter : le général Cota a été incarné par Robert Mitchum dans le film Le Jour le plus long.
À lire aussi sur info-lux.com : Tourisme de mémoire à Bastogne : sur les traces de la Bataille des Ardennes · Bastogne Barracks : la cave du « NUTS! » de McAuliffe · Bois Jacques (Foy) : les foxholes de Band of Brothers · 101st Airborne Museum (Bastogne)
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