Le Bataillon perdu : l’épopée du 442e RCT et des Nippo-Américains « Go for Broke »

Le Bataillon perdu : l’épopée du 442e RCT et des Nippo-Américains « Go for Broke »

L’histoire méconnue du « Bataillon perdu » et du 442e RCT, ce régiment de Nippo-Américains entré dans la légende sous la devise « Go for Broke ».
Un récit signé Philippe Gruslin.

Le monument du 100e bataillon à Bruyères
Le monument du 100e bataillon à Bruyères — © Philippe Gruslin

En septembre 1944, la 36e division d’infanterie US a pour objectif la prise de Strasbourg. Pour ce faire, il lui faut prendre l’axe qui y mène et les localités qui s’y trouvent : Bruyères, Biffontaine et Saint-Dié, ainsi que les hauteurs qui les dominent. La division est renforcée par le 100e bataillon du 442nd Regimental Combat Team, qui a la particularité d’être composé de Nippo-Américains.

Des Nippo-Américains pour prouver leur loyauté

Les hommes de ce régiment sont des « Nisei », c’est-à-dire des Nippo-Américains de la deuxième génération, nés aux USA.

Suite à l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 et à l’entrée en guerre contre le Japon le jour suivant, le gouvernement américain, qui craint que des ressortissants japonais n’exécutent des actions d’espionnage et de sabotage sur ordre de Tokyo, les fait interner dans des camps en Arizona, en Californie et au Nouveau-Mexique.

Les Nisei considèrent cela comme une injustice, car les citoyens originaires d’Italie et d’Allemagne, pays eux aussi en guerre contre les USA, ne subissent pas le même traitement.

Détachement d'honneur du 442e RCT lors d'une revue à l'issue des combats de Bruyères
Détachement d’honneur du 442e RCT lors d’une revue à l’issue des combats de Bruyères — DR / Archives

Afin de prouver leur amour de l’Amérique et leur fidélité, ils demandent à s’engager. Suite à l’afflux de volontaires, un régiment spécial (commandé cependant par des gradés blancs) est créé en janvier 1943.

La devise du régiment est « Go for Broke », dont le sens est « Avancer coûte que coûte ». Cette devise, les Nisei vont l’illustrer sans jamais faillir.

Au mois de septembre, ils sont envoyés en Italie où ils vont participer à des combats très difficiles, notamment à Monte Cassino de janvier à mai 1944. L’unité est envoyée dans les Vosges en septembre 1944 et est rattachée à la 36e division d’infanterie.

L’encerclement du « Bataillon perdu »

Les rescapés du 1er bataillon du 141e régiment de la 36e division d'infanterie, « le bataillon perdu »
Les rescapés du 1er bataillon du 141e régiment de la 36e division d’infanterie, « le bataillon perdu » — DR / Archives

Le 21 septembre 1944, le 1er bataillon du 141e régiment de la 36e division progresse vers son objectif ; mais les cartes dont disposent les officiers sont imprécises et le bataillon se retrouve en plein dispositif ennemi.

Il est encerclé par 700 Allemands. Quelques groupes parviennent à s’échapper, mais l’ensemble des compagnies A et B, une grande partie de la compagnie C et un peloton de la compagnie D restent coincés dans le dispositif ; le 2e bataillon intervient et quelques dizaines d’hommes réussissent à s’exfiltrer, mais 270 de leurs camarades restent encerclés.

Le sauvetage, au prix fort

Malgré les pertes subies lors du combat « maison par maison » pour la prise de Biffontaine, le 442e RCT est envoyé pour rompre l’encerclement. Il mettra plusieurs jours pour atteindre et libérer les 230 rescapés du 1er bataillon. Pour atteindre son objectif, le 442e RCT a perdu 800 hommes !

Silhouette sur le parcours commémoratif autour des monuments
Silhouette sur le parcours commémoratif autour des monuments — © Philippe Gruslin

Lors de l’avancée en Allemagne quelques mois plus tard, le destin offrira une belle revanche et quelques bonnes surprises à la 36e division, et aux survivants du « Bataillon perdu » en particulier.

La revanche en Allemagne

Le 1er mai 1945, en Allemagne, une patrouille de dix hommes du 1er bataillon du 141e régiment, commandée par le lieutenant Joseph Burke, capture un soldat allemand qui leur donne un renseignement aussi surprenant qu’important : le maréchal von Rundstedt, qui a des problèmes de santé, se fait soigner dans une clinique toute proche. Rapidement, la patrouille se rend à l’endroit indiqué et arrête celui qui fut un des officiers supérieurs préférés d’Hitler.

La même unité se verra assigner l’occupation de la ville d’Herrlingen, là où résidait le maréchal Erwin Rommel, « le renard du désert ». Un des soldats emportera en souvenir une des casquettes du célèbre officier. La 36e division d’infanterie arrêtera le maréchal Hermann Goering, qui fut longtemps le successeur désigné d’Hitler, ainsi que le général Sepp Dietrich, commandant de la division Leibstandarte Adolf Hitler.

C’est encore une unité de la 36e division qui va mener une des actions les plus surprenantes de la guerre : c’est elle qui libérera le château dans lequel étaient internés des membres du gouvernement français et la sœur du général de Gaulle. Apprenant qu’une unité SS a été envoyée pour éliminer ces importants personnages, le commandant de la garnison allemande proposera au commandant de l’unité américaine de s’allier à eux afin de repousser les attaques des SS. Mais ceci est une autre histoire…

Pour l’anecdote

L'affiche du film « Go for Broke » (1951)
L’affiche du film « Go for Broke » (1951) — DR

En 1951 fut réalisé le film « Go for Broke » de Robert Pirosh, avec Van Johnson — un film qui, comme son titre l’indique, racontait l’histoire du 100e bataillon. Les acteurs japonais étaient des vétérans du bataillon.

Une scène du film « Go for Broke »
Une scène du film « Go for Broke » — DR

Un article de Philippe Gruslin, pour la rubrique Histoire 39-44 — région de Bastogne d’info-lux.com.
Crédits photos : © Philippe Gruslin (monuments et parcours commémoratif de Bruyères) · DR / Archives (photos historiques et film « Go for Broke »).

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