C’est un été pour renoncer au chaos invisible

C’est un été pour renoncer au chaos invisible

🗓️ Mis à jour le 7 août 2026

C’est un été pour renoncer…
à être accro.

Au chaos.
Invisible.

Selon diverses sources compilées, voici la définition du chaos : grand désordre, confusion, inorganisé, désordonné, parfois incohérent ou obscur, ou encore état d’agitation (plutôt politique mais je trouve que cela s’applique bien à l’humain aussi).

J’ai souvent fait ce constat : chez certaines personnes, le chaos devient presque addictif.

On ne choisit pas (nécessairement) le chaos parce qu’on l’aime. On le subit ou on le recherche, parce qu’on y est habitué. Qu’il agisse comme une drogue ou soit simplement une nécessité impérieuse, sa fonction est simple : il ramène ou garde notre organisme à « la normale ».

Voilà qui peut être de nature à choquer les esprits, n’est-ce pas ?

Je vous parle de la dépendance au chaos invisible, celui qu’on prend pour la « vraie vie » – entendez l’efficacité, la productivité – jusqu’au jour où l’on réalise qu’on est en manque dès que le calme s’installe.

Le chaos au quotidien, l’addiction au tumulte

C’est cette impulsion frénétique d’aller chercher un problème à résoudre, une urgence à régler, un incendie à éviter. On croit qu’on subit le chaos, alors qu’on peut même le provoquer, le rechercher inconsciemment.

Je me souviens de Catherine, une ancienne collègue, débordée en permanence. Elle se plaignait de passer sa vie à jouer « au pompier », mais courait d’urgence en urgence, acceptait les dossiers dont personne ne voulait, répondait aux mails à 22h et volait dans la mêlée dès qu’un départ de crise pointait le bout de son nez. Peut-être est-ce sa façon de se sentir importante. Essentielle même.

J’ai également une amie, femme au foyer, qui semble persuadée que ses journées comptent 50 heures… elle dresse chaque jour une liste de choses à faire pour la journée, qui demanderaient facilement 2 jours de travail à Super Woman… sans compter les imprévus. Et elle rend son mari complètement dingue, en le sollicitant pour la moitié des choses inachevées, en guise de cinq à sept. Week-end et jours fériés compris. Il ne peut pas y avoir le moindre temps mort. Comme si le calme lui donnait le vertige.

Toujours dans le registre domestique, voici Marie, jeune retraitée. Elle ouvre dix chantiers en même temps : le lave-vaisselle reste à moitié vidé, l’aspirateur trône au milieu du salon, abandonné pour passer dans la buanderie où elle a commencé à trier ou plutôt à éparpiller le linge, avant de filer éplucher les légumes… qu’elle laisse également en plan pour vider l’armoire du hall à la recherche de ses gants de jardinage.

Elle ajoute de nouvelles tâches sans en finir une seule, et s’écroule au retour de son mari, vannée, avec l’impression qu’elle n’a rien fait de sa journée. Dans une maison toujours sens dessus-dessous.

Qu’il s’agisse de Catherine, de Marie, ou de mon amie, leurs histoires sont différentes. Leur mécanisme, lui, est étonnamment semblable : elles remplissent.

Et ce qu’elles semblent redouter n’est pas tellement le désordre, mais l’espace libre : dans leur tête, dans leur agenda, dans leurs occupations. Et quand de l’espace se libère, elles trouvent d’autres sphères d’engagement.

Un agenda surchargé de notes et de post-it

Alimenter le chaos devient une preuve d’implication. Un bon moyen de se procurer un shoot d’adrénaline à la demande ou de générer une sensation d’intensité. On en redemande.

Et pourtant, ces personnes aspirent profondément à la paix.

Le chaos relationnel

Et puis il y a le chaos relationnel.

Au niveau du couple, on peut être systématiquement attiré.e par une personne qui rend notre vie amoureuse chaotique, et partant de là, notre état émotionnel aussi.

On connaît tous quelqu’un qui vit le Syndrome « Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis » – son/sa partenaire met trois jours à répondre à un sms, et c’est l’angoisse totale. Puis, il/elle passe du désespoir absolu à l’euphorie délirante parce que son gsm a vibré.

On peut aussi être adepte du chaos par la réparation… qui n’est pas de notre ressort : quand on s’attache à des personnes abîmées, compliquées, en crise permanente ou incapables de s’engager. Et on passe son temps à essayer de les « sauver », à s’efforcer de les comprendre, à apaiser les tempêtes… Entreprise vouée à l’échec.

Je m’en voudrais de ne pas citer le chaos par le drame : disputes homériques, réconciliations passionnées. Sur l’oreiller, c’est plus confortable… L’un crée le conflit pour se prouver que l’autre tient encore à nous, par exemple. Pas très mature. Pourtant l’intensité du drame n’a rien à voir avec la profondeur du lien. Que nenni.

Silhouettes d'un couple en pleine dispute

Dans toutes les relations, avec un penchant très marqué dans les relations amoureuses, il y a aussi l’hypervigilance relationnelle. On décortique le moindre silence, on dissèque chaque mot écrit ou prononcé, on passe ses journées à interpréter, échafauder des scénarios et chercher les signaux de danger.

Dans le cercle familial et amical, il y a ces personnes toxiques que l’on tolère par habitude. Mais pourquoi continue-t-on à fréquenter cette copine ou ce proche qui nous contacte uniquement pour déverser son venin, créer des histoires, colporter des rumeurs, monter les gens les uns contre les autres ? On dirait qu’on aime ça. On peut aussi se surprendre à être celui ou celle qui alimente ces jeux d’échecs émotifs ou qui crée des alliances éphémères. Bref : qui crée la zizanie.

Et puis il y a celles et ceux qui s’accrochent à un environnement et à des personnes qui les blessent, les dévaluent. Ces personnes dépensent une énergie folle à tenter de prouver qu’elles sont « quelqu’un de bien ». C’est une fabrique à chaos émotionnel garanti, car leur regard ne changera pas.

Même lorsque la relation est paisible, l’esprit fabrique du chaos pour anticiper une menace imaginaire, parce que la paix semble trop fragile pour être vraie.

Une personne la tête entourée de fils emmêlés, image du chaos mental

Il existe une vraie dépendance au chaos

Tensions, vide, confusion, gestion de crise, surcharge, saturation, communication orageuse et imprévisible, besoin de se sentir important.e ou indispensable : voici certaines manifestations de notre chaos orchestré au quotidien.

Au fil du temps, nous avons développé une dépendance psychologique et physiologique à certaines formes d’activation. Ou nous n’avons pas connu autre chose, et là, cette dépendance est profondément ancrée en nous.

Certains remplissent leur agenda.
D’autres remplissent leurs maisons de chantiers.
D’autres remplissent leurs conversations de conflits.
D’autres encore remplissent leur tête d’inquiétudes.

Le point commun n’est pas ce que ces personnes remplissent.
C’est qu’elles ont beaucoup de mal à rester durablement dans un état de calme.

Le calme est pour elles synonyme de menace.
Et parfois c’est tout le corps qui crie au secours.

Bonne nouvelle : ce qui a été appris peut aussi s’apprivoiser autrement.

Votre corps a juste oublié comment on habite la paix

Quelques signaux aisément reconnaissables :

  • l’incapacité à savourer un moment de répit sans culpabiliser ;
  • la tendance à dramatiser des petits imprévus ;
  • le besoin de combler chaque espace vide (agenda, temps, silence, pensées) ;
  • le malaise face à ce qui – d’emblée – paraît être une menace alors qu’il n’y en a pas.

Lorsqu’il vit longtemps en état d’urgence, le système nerveux finit par percevoir le calme et la sérénité comme une anomalie, voire un danger.

Alors, on y remédie. En organisant notre chaos pseudo-maîtrisé.

Car tant qu’on gère la crise extérieure, on n’a pas à regarder l’inconfort intérieur.
Et puis, le bruit ambiant étouffe les questions profondes qu’on n’ose pas se poser. Ou regarder en face.

Et pourtant, être en paix est possible.
Être organisé.e aussi.
Anticiper ne requiert pas un Bac +12.
On peut vivre bien sans se sentir investi.e d’une mission de pompier émotionnel et relationnel.
On peut apprécier un climat de stabilité.
On peut mettre en place un cadre logistique pour pourvoir aux imprévus. Et même pour le quotidien, tant qu’à faire.

Cela, ce sont des dispositions pratiques et intellectuelles relativement simples.

Reste une autre dimension, plus profonde.

Notre chaos maîtrisé (ou pas) répond souvent à des besoins physiologiques et même psy que nous pouvons apprendre à identifier.

Comment ? Avec une simple question :

Quand [ceci] se passe ou quand je le provoque, comment je me sens à l’intérieur ? Qu’est-ce qui a induit cette sensation, juste avant que je fasse [ceci] ?

Renoncer et apprendre la paix

Sans compter les désagréments causés par notre chaos orchestré, cette tension permanente n’est pas souhaitable pour notre équilibre global.

Pour sécuriser le système nerveux, on peut apprendre à apprivoiser le silence, la paix, l’immobilité, par petites touches de 5 minutes, où on accepte qu’il ne se passe rien.
On observe l’inconfort qui peut monter, sans chercher à y remédier.

Et redéfinir pour soi ce qu’est la sérénité.

Une femme sereine sur un balcon dans la nature au lever du jour
Image générée par intelligence artificielle

La paix n’est pas de l’ennui. Le calme n’est pas insipide.
C’est la définition que nous leur donnons qui fausse le jeu.

Renoncer au chaos n’est pas renoncer à l’intensité ou la passion.
C’est s’offrir des moments de qualité, de reconnexion avec soi et avec ce qui compte pour nous : notre partenaire, nos enfants et notre chat, pourquoi pas.

C’est choisir de vivre depuis un espace de liberté et de choix.
Un espace où l’on peut savourer les moments de qualité que nous créons.
Un espace où la vie n’a plus besoin d’être chaotique pour être intensément vécue.
Et de goûter des relations apaisées.

CaroLyne

Illustrations : images d’ouverture et de clôture générées par intelligence artificielle ; autres visuels © Unsplash / Getty Images.

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