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Jean-Pierre Morgand du groupe Les Avions sur scène avec le concert des Années 80

Jean-Pierre Morgand, du groupe iconique des années 80 « Les avions », a mis le feu sur la scène des Arènes de Metz, ce vendredi 16 décembre 2022. Entouré d’autres artistes des années 80, le public a pu faire la fête, chanter et danser pendant 2h30, accompagné des plus grandes stars de cette génération : Lio, Sloane, Partenaire Particulier, Pedro Castano, Plastic Bertrand, Julie Pietri, Alain Llorca du groupe Gold et Christian de Raft. Chapeaux à paillettes ou lumineux et perruques multicolores étaient sorties pour l’occasion par les fans présents dans la salle, de toutes générations confondues.

Après avoir repris tous ensemble Un autre monde du groupe Téléphone, c’est Jean-Pierre Morgand qui a ouvert la soirée avec son incontournable titre Nuit Sauvage. Sorti en 1985, le titre a été repris en chœur par le public. Il a notamment proposé aux spectateurs un superbe solo de guitare durant la chanson. Les artistes et les tubes se sont enchaînés dans une ambiance festive et 100% live. 

Interview de JP Morgand

Après un medley reggae, puis un bel hommage à Maurane où toutes les artistes féminines ont interprété Toutes les mamas, Jean–Pierre Morgand est revenu sur scène. Il a alors proposé un medley de rock français. L’assistance a alors pu chanter Cherchez le garçon de Taxi Girl, Quand t’es dans le désert de Jean-Patrick Capdevielle ou encore 3ème sexe de Indochine. Le chanteur des Avions a aussi interprété en duo avec Lio, Dieu fumeur de havanes, titre iconique sorti en 1980.

Cette soirée musicale fut un beau retour dans les années 80, avec des titres interprétés en live par les chanteurs, leurs choristes et leurs musiciens. Avant ce superbe show, Jean-Pierre Morgand a pris le temps de répondre à nos questions, afin de retracer son parcours musical. 

JP Morgand du groupe Les Avions

Interview de Jean-Pierre Morgand

Votre Groupe « Les avions », formé en 1980, a marqué les années 80/90. Comment avez-vous vécu cette période en haut de l’affiche ? 

Ce n’était pas toujours en haut de l’affiche : le premier album était un album assez rock, très bien chroniqué. Nous étions bien supportés par la presse. On avait fait une petite tournée de 11 dates. C’est après que ce label a fait faillite et on s’est retrouvé coincé contractuellement. Deux ans plus tard, pour faire simple, on a signé avec Sony, qui s’appelait Columbia à ce moment-là, avec quelques titres dont Nuit Sauvage qui était d’ailleurs le titre le moins bien fini. C’était plutôt une maquette qu’un titre définitif. Finalement, Philippe Duwat a signé sur cette base-là. Et on a fait un deuxième album qui était plus pop et plus commercial aussi. Tout à coup, c’est là que cela a marché.

Le 3ème album, un peu plus rock, a continué de marcher. Et ensuite, avec le 4ème album, c’était plus compliqué : on avait changé de maison de disques. Mais cela a duré dix ans avec beaucoup de variantes, en fait. Cela a été petit, puis  très gros avec effectivement Nuit sauvage et d’autres titres comme Be pop qui sont sortis sur le même album. Il y a aussi la chanson de Noël que Nostalgie et d’autres radios repassent chaque année. Elle a été rebaptisée Tombe la neige. Dans l’album Fanfare, il y avait beaucoup de titres qui passaient en radio et il y avait beaucoup de succès effectivement. On avait même fait deux soirs le théâtre du Gymnase de Paris. On avait fait des tournées : c’était la grosse époque. 

Quel est votre meilleur souvenir sur scène avec votre groupe ?

Il y a un souvenir qui est assez étrange. Un soir, on nous a proposé de faire la première partie de Georges Michael deux soirs de suite. Cela a failli être un très mauvais souvenir parce qu’on commençait sur une bande d’illustration sonore. Et le premier soir, cela ne marchait pas, tout déconnait , on a failli se faire lyncher par le public. Mais au bout de un ou deux morceaux, la situation s’est retournée : les gens ont reconnu que ce n’était pas Georges Michael et on a été très bien accueilli.

Le deuxième soir, tout marchait bien, on a été très bien accueilli et présenté, mais la situation ne s’est pas autant retournée. C’était marrant parce que c’était presque plus normal, mais le premier soir était vraiment un souvenir extraordinaire : on est passé au bord de la catastrophe. C’est un peu comme les matchs de sport et tout d’un coup…. Paf ! la situation s’est retournée en notre faveur. Et d’ailleurs, ce soir-là, il y avait une grande radio, RTL, qui ne passait pas « Les avions ». La programmatrice n’aimait pas le groupe et, à partir de ce soir-là, elle a aimé « Les avions » et a passé les titres 45 tours single. Tout à coup, elle a adoré ce quel’on faisait. Comme quoi…

En 1997, votre groupe « Les Avions » s’est dissous. Vous avez ensuite poursuivi votre carrière en solo. Comment avez-vous vécu ce changement de direction ? 

En fait, le groupe s’est arrêté en 1992, mais nous sommes  toujours restés très proches , Jean , Jérôme et moi. On s’est reformé en 1997 parce qu’il y a eu une proposition de tournée en Indonésie, avec les affaires culturelles françaises. En effet,  il y a des gens en Indonésie qui apprennent le français. On a donc fait 4 ou 5 concerts en Indonésie, en 1997. Mais notre dernier vrai concert, c’était en 1992 aux Nuits Blanches de Saint-Pétersbourg, en Russie.

Voilà comment cela s’est passé : au début, moi, j’étais tranquille, j’avais des sous et je me suis enfermé dans ma cave où on répétait pendant deux ans. J’ai écrit énormément de chansons. Puis là, cela a commencé à être vraiment chaud car je n’avais pas trouvé de travail. J’ai encore frôlé la catastrophe, mais tout d’un coup en 1995, j’ai signé chez Warner avec un album qui s’appelait Despert Morgand qui était nettement plus rock. Moi, j’étais plutôt l’élément rock du groupe.

J’ai été  sauvé de justesse par deux choses : le fait de signer en tant qu’artiste l’album chez Warner, mais aussi le hasard qui a voulu qu’ils avaient signé Dick Rivers pour son renouveau. Ils avaient mis le paquet ; d’ailleurs cela a marché.  Dick Rivers avait écouté mes chansons et je me suis retrouvé en même temps à écrire des chansons pour lui. Il  avait écouté l’album qu’on faisait chez Warner et il a dit : « Je veux la même chose ». Je me suis retrouvé tout à coup avec beaucoup de travail, alors que pendant les deux  années précédentes, j’étais très limite. 

Actuellement, vous faites partie de la tournée « Les années 80 ». Comment vivez-vous cette tournée entouré des autres artistes ? 

Je la vis bien parce qu’il se trouve que le hasard a fait que je suis rentré assez tard dans des tournées comme cela, en 2010. J’avais un a priori, mais c’est du live ; cela m’a plu. J’ai commencé par RFM Party 80 qui est devenu Stars 80. Je suis resté trois ans. Après, je suis l’un des rares artistes à être parti avec François Feldman, parce que j’en avais un peu marre.

Mais, il se trouve qu’à ce moment-là, il y avait la tournée Top 50 avec Marc Toesca qui était aussi très intéressante. J’ai fait pas mal de tournées et Hugues Gentelet que je connaissais et avec qui je travaillais déjà dans RFM Party 80 a lâché Stars 80. Il avait décidé de reformer une tournée plus live avec plus d’interactivités entre les artistes, moins branchée sur les grands écrans et plus branchée sur la variété. Le fait que l’on fasse des morceaux très différents, cela m’a plu. Depuis 2014, c’est « Les années 80 – la tournée ». 

Avez-vous des anecdotes à nous raconter relatives à cette tournée des Années 80 ?

Il y en a peut-être que je ne peux pas vous raconter… Non, il n’y a pas tant de mystère ! Parfois on nous confond, comme dans le film. Une fois, il y a deux filles qui m’ont arrêté et demandé de chanter dans la rue avant le concert. Elles ont demandé si on pouvait faire des photos, puis m’ont dit : »On va attaquer Chic planète ! » Cela arrive assez souvent ce genre de choses. 

Il y a eu aussi  le stade de France où vraiment c’était fou. Avec la tournée Stars 80, la deuxième fois, il a plu tous les jours jusqu’à la dernière minute. Et à un moment, avec Cookie Dingler, on fuyait les télés parce qu’on s’était aperçu que cela ne les intéressait pas tellement ce que l’on faisait, en fait. On se marrait parce qu’ils nous poursuivaient. Et nous, on se cachait parce qu’ils s’intéressaient plus à des trucs people et nous, on s’en foutait ! 

Mais avec ces tournées, on a beaucoup ri ! Et on rit encore d’ailleurs beaucoup. C’est ce qui nous sauve. 

Interview de JP Morgand

Quelle sensation ressentez-vous lorsque vous voyez des salles entières chanter vos titres ?

Je suis toujours très stressé avant les concerts et je suis toujours surpris. Il y a des soirs où les gens sont un peu plus réceptifs que d’autres. Mais je suis toujours surpris et j’ai écrit une chanson sur cette thématique. J’ai sorti un album qui s’appelle L’homme qui passe après le canard parce que, justement, je passais dans un des spectacles après un canard géant qui évoquait La danse des canards. Je trouvais cela très cocasse et je suis toujours surpris quand même. C’est sincère de ma part de voir que les gens chantent, applaudissent une chanson qui a plus de 30 ans. Je ne suis pas blasé !

Même si, à l’époque, j’en avais un peu marre de cette chanson, mais elle m’a ouvert tellement de portes ! C’est vrai qu’il y a d’autres titres des Avions qui à l’époque étaient joués ; il y en avait 4 ou 5 et qui marchaient plutôt bien, mais aujourd’hui on n’a retenu que Nuit sauvage. Et c’est déjà pas mal parce qu’il y a beaucoup d’artistes des années 80. Mais c’est vrai que je suis toujours étonné que cette chanson soit connue par des personnes de différentes générations. Les très jeunes, je ne sais pas d’où ils sortent cela, surtout quand leurs parents ne les ont même pas écoutées, peut-être leurs grands-parents maintenant ! Donc je pense que c’est une énorme chance.

 

Vous continuez votre carrière dans un style rock français. Comment le public accueille-t-il vos nouvelles chansons ?

Aujourd’hui, le public les accueille bien parce que je pense qu’il y a moins de clivages que dans mon époque.  Mais quand nous sommes passés de la New Eve pop rock français à des grands succès : c’était fini. On ne pouvait plus espérer revenir dans notre premier milieu. Aujourd’hui, je constate que les gens sont plus ouverts. Moi, la musique que je fais en solo, il faut que je sois honnête, il n’y a pas autant de gens qui l’écoutent que dans les années 80, mais c’est vrai qu’il y a toujours dans les tournées des gens qui vont écouter un peu les titres. Je le vois sur les statistiques Spotify ou Deezer ; on voit un peu ce que les gens écoutent. C’est vrai qu’il y a une part de curiosité de certaines personnes, qui sont assez contentes que certains artistes fassent encore des disques aujourd’hui.

J’ai fait aussi un album de reprises et un autre album de reprises avec Partenaire qui est sorti l’année dernière et qui se nomme Nuits particulières. Je vais continuer de faire des titres avec eux, mais là, ce seront des titres à moi. J’ai fait un duo avec Valérie Cristina qui marche plutôt bien sur les réseaux sociaux. Les gens suivent quand même et je pense que les artistes qui ont renié un peu leur passé sont un peu idiots. C’est vrai que c’est un peu grâce à cela que les radios nous invitent et qu’ils sont contents de voir qu’il y a autre chose. Mais l’un n’est pas ennemi de l’autre. Je dis souvent que Nuit Sauvage, à part le fait que c’est un grand succès, c’est aussi comme une carte de visite. Après, il y a eu des journalistes à un moment que cela dérangeait de chroniquer.

Retour sur les précédents albums

Moi, j’ai fait deux albums assez rock et ils disaient : « C’est le chanteur des Avions », mais il ne faut pas coincer là-dessus ; ce qui compte, c’est le public. Aujourd’hui, à travers tout cela, Spotify, Deezer, Youtube, Facebook parce que c’est gratuit, même si ce n’est pas tout à fait le même public selon les réseaux, il y a quand même une réponse assez directe du public. On voit donc ce qui  plaît ou ne plaît pas.

Moi, je ne fais pas de la musique en me disant : cela va leur plaire ou ne pas leur plaire, mais quand même, cela reste un indicateur de voir des gens qui vont demander : est-ce que vous chanterez cette chanson dans votre concert ? Cela veut dire qu’ils l’ont écoutée ; et pourquoi celle-là plutôt qu’une autre ? C’est vrai que j’étais très étonné.

L’homme qui passe derrière le canard

Dans le dernier album, il y a des chansons qui sont plus commerciales et certaines qui sont plus formatées, comme quoi il faut se méfier des gens qui parlent toujours du formatage. Et la chanson la plus écoutée est L’homme qui passe derrière le canard. Pourquoi ? peut-être parce qu’elle est calée un peu rigolote, étonnante. Elle parle des tournées et elle a été beaucoup soutenue par certains artistes. Pourtant, elle n’a pas spécialement un refrain très pop. D’ailleurs cela me fait marrer, parce quand on avait 25 ans, on nous disait : il faut faire ceci ou cela.

On n’a pas tout à fait réalisé la même chose, parce que Nuit Sauvage était un morceau atypique. Avant qu’il ne marche, les gens disaient : le tempo n’est pas terrible, on ne sait pas si c’est du funk ou du rock, on ne sait pas si c’est de la variété. Ce qui me fait rire, c’est que 35 ans plus tard, il y a toujours les mêmes personnes qui voudraient que vous fassiez un titre formaté. Et finalement on s’aperçoit que ce qui marche toujours, ce sont des choses qui sortent de l’ordinaire. Même si cela n’est pas le même phénomène, à mon niveau, je vois que ce ne sont pas forcément les chansons les plus attendues qui marchent le mieux. 

Y a-t-il des artistes avec lesquels vous souhaiteriez collaborer ? 

Oui, à un certain moment, j’avais cette idée, parce que j’ai des amis plus jeunes qui sont avec Mademoiselle K. J’avais plus ou moins émis l’idée de faire une chanson, mais pour l’instant cela n’a pas abouti. C’est avec ce genre de personne que j’aimerais faire un duo. Je fais un duo sur scène avec Lio et il n’est pas impossible que nous en enregistrions un, un jour. J’ai plutôt tendance à collaborer avec des artistes féminines, comme par exemple avec Valérie Cristina. Elle est plutôt connue dans son milieu comme cheffe de cuisine. Il se trouve que lors d’une soirée caritative, elle était là en tant que cheffe et à un moment, elle a chanté. Beaucoup d’artistes avaient remarqué qu’elle chantait car c’était son premier métier ; avec  elle, nous avons fait un duo.

Sans cela, parmi les artistes que j’admire en France aussi,  il y a Axel Bauer que j’aime beaucoup. Les artistes de la nouvelle génération, je trouve qu’ils ont une écriture : Eddy De Pretto, Orelsan, mais je ne sais pas ce que je pourrais leur apporter. Il y a des gens que l’on admire, mais l’on ne voit pas ce que l’on pourrait faire avec eux. Et puis il y a des gens avec qui on se dit : Tiens, je pourrais leur écrire une chanson ou faire un duo ou reprendre l’une de leurs chansons. Il y a des chansons superbes aujourd’hui.

Les sources d’inspiration

Moi, j’écoute Skyrock. C’est drôle, car j’ai mis quand même 30 ans à écouter cette radio, sauf quand c’était rock au début, mais cela, il faut être très très vieux pour le savoir. Cela n’a pas toujours été une radio de rap, mais j’écoute quand même des chansons qui me bluffent au niveau de l’originalité du texte et du son. Tout ne me plaît pas, je n’écoute pas que cela, mais les autres musiques, je les connais avec l’âge. Donc ce sont de rares musiques que je ne connais pas et parfois je suis très agréablement surpris. Après, il n’est pas impossible qu’un jour un jeune ait envie de reprendre en featuring un bout de Nuit Sauvage. Il y avait des rappeurs qui avaient essayé de le faire il y a longtemps, mais cela n’avait pas abouti. Peut-être que cela aboutira un jour !

Mais bon, aujourd’hui, je suis content qu’il y ait des gens qui écoutent les titres gratuitement ou pas. Aujourd’hui nous, nous sommes appelés pour faire des concerts. Et on en vit plutôt correctement, même si la crise a été un peu dure pour tout le monde, pas que pour les chanteurs, mais aussi pour toutes les équipes et les productions. Moi, je suis content que les gens écoutent mes titres. Mais ce que j’adorerais, c’est qu’ils les reprennent aussi : cela m’arrangerait !

Je travaille pour un chanteur brésilien qui s’appelle Flávio Dell’Isola qui n’est pas très connu en France sauf qu’il a été la voix de Deep Forest pendant un moment et il veut chanter en français. Il a repris quelques titres à moi et il m’a demandé des textes ainsi qu’à Valérie Cristina. Comme quoi, quand on fait un duo avec quelqu’un, les gens s’y intéressent aussi. C’est intéressant d’écouter ses chansons quand elles sont interprétées totalement différemment. Lui, au niveau de sa voix, de sa façon d’interpréter, cela n’a rien à voir avec moi, mais c’est cela qui est bien. Moi, cela me fait plaisir en tout cas. 

Journaliste : Laura CAVELIUS

Photographe : Nuno LUSITANO

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