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Nov 28, 2025 | 2025, Actualité, ACTUALITES, Cinema, Cinémas, infos, Jean-Marc Weyland, Le cinéma de papa, Mois, News, Novembre | 0 commentaires

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LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND

Devoir écrire deux discours sur « Monsieur » Jean Gabin et « Madame » Danièle Thompson, scénariste de la Grande Vadrouille, le Cerveau, Rabbi Jacob et tant d’autres classiques : je pouvais peut-être m’en sortir. Mais les lire devant Danièle Thompson elle-même, et devant Mathias Moncorgé, le fils de Jean Gabin… ça, c’était une autre histoire.
En suis-je sorti indemne ? Réponse dans cette chronique !
Jean-Marc Weyland

Exceptionnellement, ma chronique Le Cinéma de Papa ne vous parlera pas d’un film oublié. Cette fois, c’est une expérience singulière que j’aimerais partager avec vous.

Invité comme lauréat 2023 du Festival « Au pays de Gabin » pour mon court métrage Corporate mon amour, je suis revenu à Mériel, commune du Val d’Oise située à une trentaine de kilomètres de Paris, où Jean Gabin passa son enfance. Là, on m’a demandé de prendre la parole devant Mathias Moncorgé, le fils de Jean Gabin, et Danièle Thompson, grande scénariste du cinéma français. Un peu intimidant tout de même …

Petit rappel : En 1900, Ferdinand Moncorgé, artiste de variétés connu sous le nom de « Gabin »,  achète à Mériel une maison avec sa femme et leurs trois enfants. Jean naît le 17 mai 1904, s’il voit le jour chez une sage-femme à Montmartre, sa mère revient à Mériel avec son bébé les jours suivants. « Nous habitions une maison en pierre juste à côté de la voie ferrée », dira Jean Gabin, c’est là que naît son rêve de devenir conducteur de locomotive, comme dans La Bête humaine. Et c’est aussi dans cette campagne qu’il trouve son attachement à la terre. Devenu célèbre, il y revient souvent pour voir sa sœur Madeleine, épouse du champion de boxe Jean Poësy, qui habitera la maison familiale jusqu’à sa mort en 1971. Il y retrouve aussi des amis,  comme le champion cycliste André Leducq, devenu patron du café du village.

Inauguré en 1992, le musée Jean Gabin de Mériel a rouvert en septembre 2025 après six ans de fermeture, et je ne peux que vous le recommander. Lors de la cérémonie, j’ai eu l’honneur d’en parler devant son héritier direct : Mathias Moncorgé. J’ai donc pris la parole et lu le discours qui suit, non sans une bonne dose de trac :

A gauche : Jean-Marc Weyland. A droite : Mathias Moncorgé (fils de Jean Gabin) (c) DR

« On ne peut pas décemment commencer ce festival sans parler de « Monsieur » Jean Gabin.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous dérouler une biographie exhaustive : elles ont été faites mille fois, et puis, je ne suis pas historien. Je préfère vous parler en tant que spectateur plutôt qu’en expert. Et puis, les chiffres qui le concernent nous donneraient le vertige. Je veux simplement vous parler un peu à la manière de Jean Gabin lui-même, dans son rôle du Président, lorsqu’il s’adresse à l’Assemblée : «Permettez‑moi, messieurs, de préférer le langage des hommes : je le comprends mieux. »

Moi aussi, je préfère ce langage.

Alors, plutôt qu’un discours pompeux, je préfère vous parler du gamin que j’étais devant sa télé, parce que c’est comme ça que je l’ai connu, d’abord dans sa deuxième carrière, celle des cheveux blancs : Le Clan des Siciliens, Le Pacha, Deux hommes dans la ville, La Horse, ma maman trouvait ce dernier trop violent pour les enfants que nous étions… mais bon, c’était ma maman.

À la maison, on ne disait pas : « Ce soir, il y a un film de Pierre Granier‑Deferre ou d’Henri Verneuil ». On disait simplement : « Ce soir, y a un Gabin. » Et ce seul nom, en cinq lettres, suffisait à annoncer une grande soirée. Mon père dans son fauteuil, ma mère avec son œuf à repriser, et nous, les enfants, assis sur le tapis du salon. Ce n’est pas une image d’Épinal, c’est la stricte vérité. J’avais l’impression d’être un privilégié … jusqu’à ce que je m’aperçoive que toute la France faisait pareil ! Car Jean Gabin était un emblème national : les Français se reconnaissaient en lui, il incarnait une identité française.

Puis, plus tard, devant Le Cinéma de minuit de Patrick Brion ou le Ciné Club de Claude Jean Philippe… mes universités à moi, j’ai découvert un autre Gabin : le jeune homme, bien loin des rôles de patriarche. C’est un peu comme lorsqu’on tombe sur une vieille photo de famille et qu’on réalise que nos grands‑parents ont eu notre âge… C’est à la fois émouvant… et un peu déconcertant. J’ai ressenti cela en le découvrant dans La Bandera, La Belle Équipe, Gueule d’amour, La Grande Illusion, La Bête humaine, Le Jour se lève. Il y représentait un héros populaire, un homme du peuple, qui reflétait vraiment les préoccupations et les émotions de son époque.

Ma grand‑mère avouait qu’elle le trouvait très beau garçon, ses yeux s’illuminaient en le disant. Mon grand‑père, lui, pensait tout le contraire… mais je crois qu’il n’était pas très objectif. Et surtout, un peu jaloux.

Avec Fernandel, Louis de Funès et Bourvil, Jean Gabin fait partie des acteurs français qui ont attiré le plus grand nombre de spectateurs dans les salles. Gabin, c’était la France qui râle, qui rit, qui aime, qui se bat… et qui se reconnaît dans cet homme.

Alors ce soir, devant son fils et devant vous tous, j’ai juste envie de dire : merci Jean Gabin. Merci pour ces instants qui nous accompagnent encore. Le temps me manque pour vous parler de son attitude exemplaire pendant la guerre, et croyez bien que je le regrette. Je conclus donc avec ces mots de Jacques Prévert : Gabin, c’est l’évidence même. L’évidence même d’un être humain qui joue son rôle publiquement devant tant d’autres qui jouent le leur secrètement… et si mal la plupart du temps ».  Et puisque ce festival honorait aussi une grande dame du cinéma français : Danièle Thompson, il me fallait ensuite lui adresser quelques mots. Les voici :

Danielle Thompson et Jean-Marc Weyland. (c) DR

« Me voilà le plus veinard. Parce qu’il y a peu de moments dans une vie où l’on peut dire merci à quelqu’un qui vous a beaucoup donné … alors qu’on ne l’a jamais rencontré. Jusqu’à aujourd’hui.

Quand j’étais gosse, décidément, ce soir je fais ma psychanalyse,  c’était la fête à la maison quand on regardait La Grande Vadrouille, Rabbi Jacob, L’As des as, La Folie des grandeurs, le cerveau, la Carapate… avec Bourvil, De Funès, Bébel.

Et cette fête continuait le lendemain : dans la cour de récré, on rejouait les scènes, on imitait les comédiens… très mal d’ailleurs, mais on riait. Je suis sûr qu’elle se prolongeait aussi à la pause café sur le lieu de travail de mes parents.

Ce cinéma populaire, et de qualité, a un véritable impact sociologique. Il rassemble, il fait rire, il fait du bien alors que certains chefs d’œuvre disparaissent de la mémoire collective. Ces films-là continuent de vivre, leur succès à chaque rediffusion en est la preuve. Ces films se partageaient. Ils ont traversé les générations, comme un héritage. Mais attention : ce n’est pas une nostalgie triste et passéiste. C’est une nostalgie joyeuse, vivante.

Et ils n’avaient pas peur des sujets sensibles comme dans Rabbi Jacob ou La Grande Vadrouille, comédie sur l’Occupation, sortie vingt ans après la guerre… et le public qui avait vécu cette période en a fait un triomphe. Parce que ce cinéma était intelligent et populaire. Deux mots qui vont très bien ensemble.

Voilà pourquoi je suis le plus veinard ce soir : j’ai la chance de remercier celle qui a écrit tant de ces moments de bonheur avec son père, le grand Gérard Oury, et qui m’a donné, sans le savoir, l’envie d’écrire et de jouer. Merci, Madame Danièle Thompson.

Son imagination a inspiré d’autres grands réalisateurs : Tacchella pour Cousin, cousine,  nommé aux Oscars, rien que ça, Pinoteau pour La Boum, Chéreau pour La Reine Margot… et vu le résultat, ils n’ont pas dû le regretter.

Puis elle est passée à la réalisation avec comme co‑scénariste son fils, Christopher Thompson. Après le père, le fils. La boucle est bouclée.

Je veux saluer sa finesse d’écriture, et rappeler que le cinéma dit “commercial”, quel vilain et injuste mot, peut être aussi intelligent, beau et même  subversif que n’importe quel film d’auteur. Il suffit d’écouter De Funès dans La Folie des grandeurs : «Que vais-je devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire ! »

Qui n’a jamais assisté à un débat de ciné-club où l’on se chamaille sur la dimension contestataire d’un plan fixe de dix minutes où un homme mange une pomme en silence… ne peut pas prétendre avoir vraiment rigolé dans la vie.

Cette division entre cinéma d’auteur et populaire n’a pas de sens. Madame Thompson est la preuve qu’on peut écrire Rabbi Jacob et La Reine Margot. Et ça, c’est la grande classe. Chapeau bas Madame ».

Et pour conclure, quoi de mieux qu’un extrait de La Traversée de Paris réunissant Gabin, Bourvil et De Funès : trois figures majeures de ce cinéma populaire français que je viens d’évoquer.

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