LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
« LA TRAQUE » (1975) UN GRAND FILM DERANGEANT AU CASTING EXCEPTIONNEL
Le film « La traque » de Serge leroy, sorti en 1975, est un thriller glaçant assez méconnu, dans la même veine que le plus notoire « Dupont Lajoie » d’Yves Boisset : un film choc et dérangeant, comme les années 70 savaient le faire. Interdit au moins de 12 ans à sa sortie, ce film est une chasse à l’homme, ou plutôt à la femme, implacable, menée par un groupe de chasseurs tous plus lâches et abjects les uns que les autres. Jean-Marc Weyland
Bienvenue dans ma rubrique, « Le cinéma de papa », où j’aime vous faire découvrir des pépites qui ne sont plus diffusées à la télévision sur les chaînes généralistes gratuites destinées au grand public, ou alors sur des chaîne thématiques cinéma, et donc payantes, destinées aux seuls cinéphiles. C’est bien dommage, car ces films ne sont pas oubliés, ils sont écartés.
L’histoire
Un groupe de chasseurs, plus ou moins petit bourgeois de province, se réunit pour une battue au sanglier. Parmi eux figurent les frères Danville, ferrailleurs qui, devenus prospères, sont invités à la table des notables. Leur route croise celle d’Helen Wells, une jeune Anglaise de passage dans la région, et la rencontre vire au drame : les deux frères la violent, et Helen se venge en tirant sur l’un d’eux avant de prendre la fuite. Le groupe de chasseurs souhaite négocier le silence de la jeune femme, mais, déterminée à ne pas se taire, elle préfère partir prévenir la police. Craignant que l’affaire ne mette en péril leurs intérêts communs et leur respectabilité, l’ensemble du groupe décide alors de la faire taire. La partie de chasse se transforme peu à peu, le groupe se transforme en horde sauvage, la traque commence, et Helen devient le gibier.
La genèse
Ce film est le 3ème long métrage de Serge Leroy et sans doute son meilleur, il est en passe de devenir un film culte, à défaut d’avoir été un succès lors de sa sortie, et même d’avoir été oublié pendant plus de 40 ans. L’idée originale est de Serge Leroy, et le scénarioet les dialogues sont d’André-Georges Brunelin, critique de cinéma devenu scénariste, connu pour être le grand ami de Jean Gabin et son biographe officiel avec son excellent ouvrage « Gabin », il contribuera aussi énormément à la création du musée Jean Gabin de Mériel.

L’analyse
Tout d’abord, le casting exceptionnel, avec en tête Mimsy Farmer, figure emblématique des années 70, avec son interprétation dans « More » de Barbet Schroeder ou dans « La route de Salina » de Georges Lautner, elle livre ici une performance d’actrice bouleversante. Le reste du casting est tout aussi incroyable : Philippe Léotard, Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Michel Constantin, Paul Crauchet, Michel Robin, rien que ça !
L’image est particulièrement soignée par le directeur photo Claude Renoir, neveu du cinéaste Jean Renoir et petit-fils du peintre, qui a été responsable photo sur de nombreux films (la grande vadrouille, La bête humaine, Le casse, etc ….), il a réussi à adapter la photographie à cette atmosphère grise, pas l’ombre d’un rayon de soleil, où les personnages évoluent dans un milieu boueux.
La totale réussite du film résulte dans le fait qu’il n’est pas seulement un film « survival », comme on dit aujourd’hui, mais un portrait au vitriol d’une certaine petite bourgeoisie, un savant mélange de Chabrol et de Boisset, mais qui va glisser vers la violence d’un Sam peckinpah.
L’absence de musique tout au long du film rend le climat encore plus réaliste, cru, froid et qui prend aux tripes. Dans le groupe, on se demande qui sont les plus détestables, les meneurs, les suiveurs, les violents, les lâches : l‘homme peut très vite devenir une ordure, et se rendre coupable des pires atrocités. Le film et l’intrigue sont montrés du côté des chasseurs, ainsi, on connaît leurs intrigues personnelles, leurs jalousies, leurs relations, leurs mesquineries, ils sont humanisés pour refléter la médiocrité de la nature humaine, et la victime, on ne sait pas grand-chose de son histoire, ce qui rend sa traque similaire à celle d’un gibier … Le sommet étant la fin du film, atroce, montrant la lâcheté de cette bande de salauds.
Les seconds rôles
S’agissant d’un film choral, il y a peu, à proprement parler, de seconds rôles, mais notons tout de même trois belles présences : Gérard Darrieu, au physique imposant et à la voix si belle et si grave, dans le rôle du garde-chasse, l’excellent Georges Géret en braconnier, sans oublier Michel Fortin en chauffeur de taxi (et comme le chante si bien le groupe « Ultramoderne » : les pères de famille ressemblent à Michel Fortin !).

Anecdote
Dans une interview, Mimsy Farmer révélera que « La traque » est le film préféré de sa carrière, venant d’une actrice américaine qui a travaillé avec Barbet Schroeder, José Giovanni, les frères Taviani, Marco Ferreri ou Dario Argento, c’est un sacré compliment pour le film de Serge Leroy !
Comment le voir
Ce film a été longtemps une arlésienne, quelques rares diffusions télé, et jamais de sortie en cassette VHS ou en DVD, jusqu’à ce que l’éditeur « Le Chat qui fume » ait eu la riche idée de sortir une très belle édition restaurée Blu-Ray 4K, hélas épuisée … quand ça veut pas … Messieurs du Chat qui fume, éditez de nouveaux exemplaires !
Bande annonce :



















































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