LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
« J’AI EPOUSE UNE OMBRE » TOURNE EN PARTIE A LONGWY, HAYANGE ET LONGUYON.
Le film « J’ai épousé une ombre », sorti en 1983, a été tourné en partie dans le Pays Haut et la vallée de la Fensch (Longwy, Hayange et Longuyon) à l’automne 1982 … Ce drame psychologique aux accents de thriller, qui traite de l’usurpation d’identité, est vraiment un excellent film qui fait éclater le talent de Nathalie Baye, sans oublier les formidables seconds rôles, si courants dans le cinéma de cette époque, comme Madeleine Robinson. Typique des années 80 et du vrai cinéma populaire, cette époque où le cinéma français ne se regardait pas le nombril. Jean-Marc Weyland
Bienvenue dans ma rubrique, « Le cinéma de papa » où j’aime vous faire découvrir des pépites un peu oubliées, qui ne sont plus diffusées à la télévision sur les chaînes généralistes gratuites destinées au grand public, ou alors sur des chaîne thématiques cinéma et donc payantes, destinées aux seuls cinéphiles. C’est bien dommage. Pourtant, le public prendrait plaisir à revoir ces œuvres ou à les découvrir car, n’en déplaise aux programmateurs, il est curieux et exigeant, et la télévision peut être un lieu de transmission de notre patrimoine cinématographique tout en restant divertissante. Il est temps de faire confiance au public car ces films ne sont pas oubliés, ils sont écartés. Alors, Messieurs les diffuseurs, connaissez-vous vraiment les goûts du public ?
L’histoire
Dans la vallée de la Fensch, marquée par le déclin de la sidérurgie dans les années 80, Hélène (Nathalie Baye) est abandonée par Franck (Richard Bohringer) alors qu’elle est enceinte de huit mois. Elle décide alors de rejoindre le sud et part en train, où elle rencontre un couple, Bertrand et Patricia (Véronique Genest), également enceinte. Survient un accident de train qui coûte la vie au jeune couple. Hélène prend alors la place de Patricia dans la belle famille de cette dernière installée dans le Médoc, et fait la connaissance de ses « beaux parents » (Madeleine Robinson et Guy Tréjean) ainsi que de son « beau frère » (Francis Huster), une famille de riches Bordelais vignerons. Elle est tiraillée entre son envie de leur dire la vérité au risque de les perdre et de se retrouver à seule, et celle de profiter enfin de l’amour d’une famille qui lui a tant manqué. Mais le passé finit toujours par resurgir.
Les lieux du tournage
Le début du film se passe dans une ville sidérurgique de Lorraine (pardonnez moi, mais j’ai du mal à dire Grand Est), plusieurs lieux de tournage ont été nécessaires, comme le quartier Gouraincourt de Longwy ainsi que la gare de Longuyon. Et lors de la scène entre Nathalie Baye et Richard Bohringer, lorsqu’il la dépose au bord de la route, on aperçoit en contrebas l’ensemble des hauts fourneaux de Hayange. D’ailleurs, l’hopital d’Hayange servira également de décor, même si dans le film, cette scène est censée se passer lorsque Nathalie Baye arrive dans le Médoc, mais au cinéma, tout est possible. Puis, la plus grande partie du film a été dans le Médoc, dans les magnifiques vignes du domaine viticole château Pontet-Canet, à Pauillac, en Gironde.
La genèse
Robin Davis, ancien assistante de Georges Lautner, tout juste auréolé de deux succès, « la guerre des police » (1979) et « Le choc » (1982) avec Alain Delon, adapte ici un livre de l’écrivain américain William Irish et signe le scénario avec Patrick Laurent, en le transposant dans un contexte purement français, le roman est donc fortement modifié par le cinéaste et son coscénariste, d’autant plus que le livre a déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique aux Etats-Unis : Chaînes du destin (1950) avec Barbara Stanwyck qui était plus fidèle au roman. Robin Davis voulait surtout mettre en avant le côté mélodramatique de l’histoire et il choisit de s’éloigner du thriller classique pour se concentrer sur les relations et les conflits entre les personnages. Le suspense vient de la tension psychologique qu’ils vivent. Le réalisateur offre à Nathalie Baye un rôle en or, dont l’actrice s’empare avec un talent fou, et elle sera nommée au César de la meilleure actrice en 1984 pour ce rôle. Le film connut un très grand succès attirant plus de 2.5 millions de spectateurs.

L’analyse
Ce film est une oeuvre forte sur les sentiments, la peur, le désespoir, le secret, la quête du bonheur et la culpabilité, la tension y est permanente. Un film de qualité où tout est soigné, que ce soit la photo, la lumière et la musique. Malgré quelques invraisemblances, le film est prenant de bout en bout grâce à l’interprétation des comédiens, avec en tête Nathalie Baye qui colle parfaitement à son personnage de femme discrète et farouche, qui se laisse prendre au jeu d’une nouvelle vie, et n’oublions pas la formidable Madeleine Robinson dont les scènes avec Nathalie Baye sont vraiment touchantes.
Les seconds rôles
Comme c’était le cas dans ces années là, on retrouve une belle brochette de seconds rôles tous aussi savoureux les uns que les autres : Richard Borhinger, toujours excellent dans les rôles d’ordures, Francis Huster, petits rôles pour Victoria Abril et Véronique Genest toutes jeunes, Guy Tréjean et sa très belle voix mais c’est Madeleine Robinson qui leur vole la vedette avec sa prestation magistrale et sa complicité évidente avec Nathalie Baye.

Anecdote
La très belle musique envoûtante de Philippe Sarde a donné naissance à la non moins belle chanson éponyme du film, chantée par Johnny Hallyday, reprenant ce thème de Sarde sur des paroles de Jean-Loup Dabadie. Hélas, la chanson ne fait pas partie du film, elle est sortie par la suite sur un 45 tours du chanteur. Dommage, elle aurait parfaitement accompagné le générique de fin. A cette époque, Johnny, alors en couple avec Nathalie Baye, profite d’un répit dans ses concerts au Palais des sports de Paris avec son spectacle « Le survivant » pour rejoindre quelques jours l’actrice entre Longwy, Longuyon et Hayange. Le couple d’installe avec une partie de l’équipe à l’hôtel Remotel de Knutange chez M. Roland Remmer, qui garde un très bon souvenir de ce visiteur pas comme les autres, il se rappelle encore le moment où Johnny Hallyday gare sa voiture de sport, une Chevrolet Camaro, dans la cour de son hôtel-restaurant. Ces lieux ont réveillé des souvenirs chez Johnny, qui s’est interrogé sur un syndicaliste du coin : « Qu’est-il devenu, celui aux longs cheveux ? » Il faisait référence à ce jour de 1979, où des sidérurgistes de Longwy, en colère, l’avaient gentiment « kidnappé » à l’issue d’un concert à Metz pour lui faire découvrir leur quotidien à l’usine, marqué par de grandes difficultés. Le chanteur avait accepté de bonne grâce de les accompagner et avait pu observer de près leur vie quotidienne à l’usine de la Chiers. Johnny était aussi un grand cinéphile et Robin Davis dira de lui qu’il était le seul à se rendre compte des références à « À l’est d’Éden » d’Elia Kazan, en ce qui concerne le personnage incarné par Madeleine Robinson.
Comment le voir
Le film est disponible dans la collection en DVD et Blue-Ray chez Studio Canal.
Bande annonce :
Principaux enseignements
- Le film « J’ai épousé une ombre » de 1983, avec Nathalie Baye, traite de l’usurpation d’identité et a été tourné en partie à Longwy, Hayange et Longuyon.
- La quête de vérité de l’héroïne, Hélène, après un accident tragique, dévoile des thèmes de secret, amour, et désespoir.
- Les lieux de tournage incluent la région de Lorraine et le Médoc, offrant un cadre visuel riche et varié.
- Robin Davis adapte le film d’après un roman américain, mettant l’accent sur les relations humaines plutôt que sur le thriller classique.
- La bande sonore de Philippe Sarde et la chanson de Johnny Hallyday ajoutent une dimension mémorable à cette œuvre significative.



















































0 commentaires