Accueil » CINEMA>PAPA>UN SI JOLI VILLAGE

LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND

« Un si joli village » : toujours d’actualité

Le film « Un si joli village », sorti en 1979, reste d’une actualité brûlante : dans bien des territoires, certaines entreprises – et, avec elles, leurs dirigeants – jouissent d’un pouvoir tel qu’ils semblent au-dessus des lois, parce qu’ils font vivre toute une commune. Selon que vous serez puissant ou misérable… Jean-Marc Weyland

Bienvenue dans cette nouvelle rubrique, « Le cinéma de papa » où je ne parle pas des classiques du cinéma, tout n’a-t-il pas déjà été dit sur eux ? Je préfère vous faire découvrir des pépites un peu oubliées, rarement diffusées à la télévision. Il en existe même de grande qualité qui ne sont plus du tout diffusés. Des œuvres fantômes comme l’excellent « Un si joli village » (1979), réalisé par le cinéaste belge Étienne Périer. Il a dû passer une fois à la télé, au milieu des années 80… puis plus rien. Pourquoi ? Parce qu’il ne rentre pas dans les cases du divertissement calibré ? Pourtant, le public, prendrait plaisir à revoir ces œuvres ou à les découvrir, il n’est pas si prévisible : il est curieux et exigeant. La télévision peut être un lieu de transmission de notre patrimoine cinématographique tout en restant divertissante. Il est temps de faire confiance au public et de proposer autre chose que des rediffusions sans fin. Ces films ne sont pas oubliés, ils sont écartés. Alors, Messieurs les diffuseurs, connaissez-vous vraiment les goûts du public ?

“Un si joli village”. (c) DR

L’histoire   

Stéphane Bertin (Victor Lanoux), patron d’une tannerie dans un village de Charente, près d’Angoulême, et amant de l’institutrice du village (Valérie Mairesse), est soupçonné du meurtre de sa femme. Le juge d’instruction Noblet (Jean Carmet) a du mal à mener l’enquête, car il se heurte à l’omerta d’un village qui dépend économiquement de Bertin, principal employeur de tous les environs. Peu à peu, la justice se grippe face aux pressions sociales et politiques.

La genèse

Ce film d’Étienne Périer, adapté du roman de Jean Laborde, repose sur un scénario d’André G. Brunelin et d’Étienne Périer, assez différent du livre. Le réalisateur dira que le scénario a été écrit en pensant à Victor Lanoux et Jean Carmet, et précise aussi que le personnage de Victor Lanoux est assez différent de celui du livre. Il a voulu en faire un personnage plus humain, pour lequel on peut même ressentir de la sympathie. Le personnage du juge évolue lui aussi, nourrissant peu à peu une haine personnelle envers Lanoux.

L’analyse

Plus qu’un polar, ce film dresse avant tout le portrait social de la France des années 70, d’ailleurs, on sait d’emblée que Lanoux est coupable du meurtre de sa femme. Le scénario n’est jamais manichéen : Lanoux joue merveilleusement un chef d’entreprise détestable mais complexe et ambigu. Une question est soulevée : qui sont les plus salauds, ce patron qui a commis un crime, ou la population qui préfère fermer les yeux sur cet acte ignoble pour préserver son emploi ? Une réflexion sur le pouvoir et l’influence des entreprises et de leurs dirigeants ; on pense bien entendu au cinéma de Claude Chabrol et de Yves Boisset. L’intérêt du film réside dans l’affrontement entre les deux personnages principaux : Victor Lanoux, qui excelle dans les rôles de salaud, il est remarquable, et Jean Carmet, qui donne au juge une humanité complexe également. Tous deux délivrent une prestation magistrale, aidée par un scénario, certes classique, mais très bien construit, avec des dialogues savoureux. Valérie Mairesse est également très convaincante dans son rôle d’institutrice. Sans oublier la musique de Paul Misraki.

Valérie Mairesse, Victor Lanoux “Un si joli village”. (c) DR

Les seconds rôles 

Comme c’était le cas dans ces années là, on retrouve une armée de secondes rôles tous aussi savoureux les uns que les autres : Le talentueux Michel Robin mais aussi Gérard Jugnot, Anne Bellec, Bernard-Pierre Donnadieu, …

Anecdote 

C’est dans une véritable tannerie, celle de la commune de Sireuil, que furent tournées de nombreuses scènes. Ironie du sort : l’établissement ferma ses portes en 1981, provoquant dans la vie réelle la catastrophe que les personnages du film redoutent.

Comment le voir

 Le film est disponible dans la collection « Nos années 70 » (Studio Canal), en Blu-ray.

Vidéo : bande annonce “Un si joli village” d’Etienne Périer

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Infos >> Partenaires

Recherche avec filtres

Les infos de votre Région Gratuite Souhaitez-vous recevoir des notifications sur les dernières mises à jour ? Non oui