
JOHN GEORGE HAIGH : LE TUEUR AU BAIN D’ACIDE
Entre appât du gain et fantasmes vampiriques, Haigh a marqué l’histoire criminelle britannique par son modus operandi unique et son sang-froid.
LE MEURTRE DE TOUTE UNE FAMILLE
Le visage arrondi, une fine bouche surmontée d’une légère moustache, les joues creusées par de profondes fossettes, le regard vif et les cheveux soigneuseument peignés. Haigh fait propre sur lui, arborant de surcroît cravate, gants et costume. John George Haigh rencontre William Donald McSwan un jour qu’il déambule dans les rues de la capitale. Les deux hommes deviennent rapidement amis : ils ont le même âge et sont liés par leur goût prononcé pour les beaux vêtements, les voitures et les pubs londoniens. William présente Haigh à ses parents. Ce dernier est de suite approuvé et apprécié par la famille. Haigh travaille pour les McSwan qui sont propriétaires de machines à sous pendant un an, avant de quitter l’entreprise pour se lancer à son compte. Durant l’été 1944, les deux compères passent du temps ensemble. Le 9 septembre, ils vont boire un verre au Goat, dans Kensington High Street. C’est là que William confie à son acolyte avoir peur d’être mobilisé et de devoir partir pour la guerre. Haigh lui propose alors généreusement de se cacher dans son atelier. Ils se rendent donc au 79 Gloucester Road, dans le quartier de Chelsea. C’est là qu’il fracasse le crâne de McSwan à l’aide d’un marteau. Il racontera plus tard lui avoir tranché la gorge afin de se servir une tasse de son sang.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Haigh se procure un baril de 170 litres dans lequel il place le corps de McSwan avant de le remplir d’acide sulfurique. Il laisse la dépouille entièrement immergée jusqu’au surlendemain. Une fois de retour dans son atelier, il ne reste de son ami qu’un liquide grumeleux que Haigh jette dans un égout voisin, utilisant un seau pour récupérer le liquide du fût jusqu’à ce qu’il soit presque vide. Pour les grumeaux tassés au fond, il utilise un bâton afin de mieux les faire tomber dans la canalisation. Puis il nettoie le fût et achète une pompe pour transférer l’acide. La cuve à acide en acier a été spécialement peinte pour résister à la corrosion. Satisfait de sa tâche et euphorique de n’en payer aucune conséquence, Haigh se rend chez les parents de sa victime qui ont gardé une grande tendresse à son égard et leur explique que leur fils s’est caché en Écosse pour éviter la mobilisation. Il réussit à maintenir la supercherie pendant plusieurs mois en envoyant de fausses lettres au couple.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
En juin 1945, les parents de William, qui attendent le retour de leur fils avec impatience, commencent à s’inquiéter. Le 2 juillet, Haigh décide donc de les assassiner à leur tour. Il les attire dans son sous-sol sur Gloucester Road pour les tuer, les battant à mort. Ensuite, il boit un peu de leur sang avant de faire disparaître leur corps dans un bain d’acide. À partir de ce moment précis et ayant connaissance de leurs affaires, il affirme que M. et Mme McSwan sont partis en Amérique, et que leur courrier doit lui être transmis, y compris leurs pensions. Imitant la signature de William sur un formulaire de procuration et se servant de son nom, il réussit à encaisser les chèques qui leur sont destinés. Il vend également une de leurs propriétés, pour un montant total de six mille livres, une somme colossale dans la Grande-Bretagne d’après-guerre. Pendant un certain temps, il vit de cet argent, étant parti s’installer à l’hôtel Onslow Court à Kensington.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
L’EXTERMINATION D’UN AUTRE COUPLE
Durant l’été 1947, Haigh, joueur invétéré, se retrouve à court d’argent. Il jette alors son dévolu sur deux nouvelles personnes, un couple de bourgeois qui mène une vie mondaine : le docteur Archibald Henderson, 52 ans, et son épouse Rosalie, 41 ans. Il les rencontre après avoir prétendument manifesté de l’intérêt pour un bien immobilier qu’ils vendent. Il se fait d’abord passer pour un potentiel acquéreur de leur maison, puis tous trois partageant le même goût pour la musique classique, ils commencent à se fréquenter. Haigh est même convié par Rose à une pendaison de crémaillère afin de jouer du piano. De son côté, il loue un nouvel atelier, situé au 2 Leopold Road, à Crawley, dans le West Sussex.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Le 12 février 1948, il les emmène, un par un, de l’hôtel Metropole de Brighton, où ils résident, à son nouvel atelier. Se faisant passer pour un ingénieur, il y conduit d’abord M. Henderson, sous prétexte de lui montrer une invention. À leur arrivée, Haigh lui tire une balle dans la tête avec un revolver qu’il a volé chez le médecin un peu plus tôt. Il attire ensuite Mme Henderson à l’atelier, prétextant que son mari s’est soudainement senti très mal. La pauvre femme le suit innocemment avant de recevoir une balle aussi, avec le revolver Enfiels .38. Une fois ses victimes mortes, Haigh affirme avoir bu une tasse de leur sang. Il pousse ensuite leur corps dans des barils. Il enfile un tablier en caoutchouc noir qu’il noue avec une corde à sa taille, de longs gants et des bottes. Il se couvre le visage d’un masque à gaz avant de verser l’acide pour dissoudre les deux corps. Ce qu’il en restera sera déversé dans un terrain vague.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Une fois chose faite, Haigh règle la note du couple à l’hôtel et emporte tous les objets de valeur. Il falsifie une lettre avec leur signature pour vendre l’ensemble de leurs biens, à l’exception de leur voiture et de leur chien, un setter irlandais, qu’il choisit de garder. Il en tire 8000 livres, l’équivalent de plus de 200 000 livres actuelles. Le 22 décembre 1947, il commande trois bonbonnes d’acide sulfurique et deux nouveaux barils de 150 litres. En parallèle, il écrit aux proches de ses victimes, copiant l’écriture de Rose et imitant sa signature. Quand la supercherie s’étiole, il leur explique que les Henderson ont décidé d’émigrer en Afrique du Sud suite à un avortement illégal.
DERNIÈRE VICTIME, PERQUISITION ET ARRESTATION
Après avoir épuisé les fonds qu’il a accumulés et devant de l’argent à l’hôtel où il séjourne, Haigh se met à la recherche d’une nouvelle victime. Il rencontre Olive Henrietta Robarts Durand-Deacon, la riche veuve de l’avocat John Durand-Deacon, âgée de 69 ans, qui, comme lui, réside à l’hôtel Onslow Court de South Kensington, à Londres. Mèche gominée sur le front, large collier et chapeau élégant, la femme est visiblement fortunée. Il lui raconte qu’il va se lancer dans la fabrication de cosmétiques et le 18 février 1949, la vieille femme disparaît. Il lui tire une balle dans la tête à Crawley, lui incise la gorge avec un canif et réceptionne son sang dans un petit verre, qu’il boit. Encore une fois, il plonge le corps dans un baril d’acide avant de s’emparer des bijoux et autres objets de valeur de sa victime, dont son manteau de fourrure qu’il fait nettoyer pour enlever les taches de sang et qu’il revend pour 110 livres. Ce meurtre sonne la chute de Haigh.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Une résidente de l’hôtel et amie de la victime, Constance Lane, remarque que Mme Durand-Deacon n’est pas assise à sa place habituelle au dîner le lendemain, ce qui l’inquiète automatiquement, connaissant le caractère très routinier de cette dernière. Elle s’adresse alors à la femme de chambre, qui lui apprend que la veuve est sortie toute la nuit et n’est pas revenue. Au courant de l’entretien que la vieille dame devait avoir avec Haigh, elle va le questionner. Il lui explique qu’elle n’est jamais venue au rendez-vous et pour écarter tout soupçon, il lui propose de l’accompagner au poste de police pour signaler sa disparition. Une photo et une description de la femme disparue sont diffusées à tous les services de police, à la presse et au personnel de l’hôtel. Haigh répond volontiers aux questions des journalistes et montre même une certaine inquiétude. Avec ses bonnes manières, son élégance, son sourire poli et ses grands yeux bleus, il est bien vu de tous. Mais le sergent Alexandra Lambourne, chargée de mener les interrogatoires à l’hôtel, s’entretient avec le directeur, qui fournit une description peu flatteuse de Haigh et un relevé de ses dettes envers l’enseigne. Intriguée, elle demande que ses antécédents soient vérifiés. Elle l’a déjà questionné, et même s’il s’est montré habile dans ses réponses, elle a trouvé bizarre qu’un homme d’âge moyen se complaise en compagnie de toutes ces vieilles dames. Une heure plus tard, Scotland Yard rapporte qu’il a déjà été arrêté et condamné à plusieurs reprises pour escroquerie, conspiration, falsification, obtention d’argent sous de faux prétextes et vol.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Pendant qu’Haigh parade devant les journalistes, les policiers forcent la porte de son atelier rue Leopold. On déplace les barils, à peine cachés par un mur
derrière lequel les passants s’agglutinent pour apercevoir la macabre découverte. L’inspecteur Pat Heslin et ses hommes fouillent le bâtiment et découvrent des outils, une pompe, un tablier auréolé de produits chimiques pendant à un crochet de porte, près de bottes et de gants en caoutchouc. Il y a aussi un masque à gaz sur une besace de l’armée. Une boîte à chapeau et une mallette sont également saisies. À l’intérieur, des papiers, un certificat de mariage, plusieurs passeports, des cartes d’identité, des permis de conduire, un reçu de pressing pour le manteau d’Olive Durand-Deacon, ainsi que d’autre documents concernant les Henderson et les McSwan. Un revolver de calibre 38 ayant récemment servi et huit cartouches sont également dissimulés au fond d’une boîte.
Après avoir lu un article dans la presse, un homme contacte la police pour signaler que quelqu’un est passé mettre des bijoux en gage le lendemain de la disparition de Mme Durand-Deacon. L’inspecteur Symes passe donc chercher les joyaux. Ces derniers sont identifiés par un proche comme appartenant à la victime. Lors de leur dépôt à la boutique par un certain M. McLean, l’assistant du bijoutier interrogé dit avoir reconnu John George Haigh venu précédemment déposer d’autres bijoux en gage.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Le 26 février 1949, Haigh est arrêté. Une fois au poste, il s’installe pour lire le journal, fume une cigarette et s’endort. Ne faisant état d’aucun sentiment d’inquiétude, le suspect refuse d’abord de répondre aux questions concernant la disparition de Mme Durant-Deacon. Quand il comprend que la police a des preuves contre lui, il commence à avouer : « Mme Durand-Deacon n’existe plus. Elle a complètement disparu et aucune trace d’elle ne pourra jamais être retrouvée […] Je dois vous signaler qu’entre le moment où je l’ai mise dans le baril et celui où j’ai versé l’acide, je suis allé à l’Ancient Priors pour boire une tasse de thé. Le lundi, j’y suis retourné pour y trouver le processus presque achevé […] Le mardi, je suis retourné à Crawley : la décomposition était totale ».
Keith Simpson, médecin légiste, découvre treize kilos de graisse humaine, trois calculs biliaires, une partie de pied gauche, dix-huit fragments d’os humains, des prothèses dentaires intactes, une poignée de sac à main, un tube de rouge à lèvres et une épingle à cheveux. Du sang est prélevé sur les murs, le même que celui qui se trouve sur le manteau vendu et la manche de l’une des chemises du suspect. Accusé du meurtre de Mme Durand-Deacon le 2 mars 1949, Haigh est placé en détention provisoire à la prison de Lewes. Il se vantera ensuite d’avoir tué les McSwan et les Henderson. Il revendiquera même deux autres meurtres et expliquera s’être entraîné sur des souris des champs.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Le 3 mars 1949, ignorant la loi interdisant de donner des détails sur une affaire en cours pour ne pas influencer l’opinion publique, le
Daily Mirror publie un article sur les « horribles meurtres du vampire ». Trois semaines plus tard, le journal est reconnu coupable d’outrage au tribunal pour avoir explicitement dépeint l’auteur des faits comme un vampire et est condamné à dix mille livres d’amende. Son rédacteur en chef, Silvester Bolam, écope d’une peine de trois mois de prison et est incarcéré à même endroit que Haigh.
ENFANCE ET CONTEXTE FAMILIAL
John George Haigh naît le 24 juillet 1909 à Stamford dans le Lincolnshire. Il grandit dans le village d’Outwood, dans le West Riding of Yorkshire. Ses parents se sont mariés tard et n’ont eu qu’un seul enfant. Tous deux sont membres des Frères de Plymouth, une secte protestante conservatrice. Ils préconisent, pour empêcher le Mal d’entrer dans leur demeure, d’interdire l’accès aux journaux, à la radio et à la télévision. À la place, on lit la Bible inlassablement, et on l’applique à la lettre. Les contacts avec autrui sont interdits en dehors des autres membres de la secte. Dès son plus jeune âge, John George Haigh vit dans l’isolement, la peur du diable et de la punition divine. Une clôture de trois mètres de haut, érigée par son père, entoure la maison, les protégeant des regards indiscrets et de tout contact avec le monde extérieur.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Le petit John possède un chien et plusieurs lapins domestiques qui ont pour fonction de remplacer les amis qu’il n’a pas le droit d’avoir. Ses parents sont aimants, mais sa vie n’est alors qu’interdits. Dans son petit ensemble d’écolier cintré avec chaussettes montantes en laine et souliers de cuir, John doit respecter les règles qui sont les siennes. Il n’a le droit ni de faire du sport, ni d’aller jouer dehors. Il n’a que très peu de distractions et passe le plus clair de son temps enfermé dans la maison à jouer du piano. C’est un petit garçon calme et sensible. Un jour, son père lui explique que la marque bleutée qu’il porte sur le front est la conséquence de ses erreurs de jeunesse, la marque de Satan. « J’ai péché, et Satan m’a marqué de son signe. Si tu commets le moindre péché, tu seras marqué toi-aussi, pour toujours ». Chaque soir, le jeune John s’allonge dans son lit et se demande s’il a fait quelque chose de mal dans la journée. Quand il a un doute, il passe sa main sur son visage pour s’assurer que la marque du Diable n’y est pas apparue.
Parfois, John va voir sa tante. Elle, elle le laisse lire la bande dessinée du journal. À l’âge de dix ans, il rejoint la chorale de Wakefield. Le dimanche matin, il se lève à cinq heures et parcourt à pied les cinq kilomètres qui le séparent de la cathédrale. Il reste là-bas toute la journée, assistant aux offices du matin, de l’après-midi et du soir. En outre, ses professeurs le trouvent agréable, poli et charmant. Il manifeste une certaine aisance dans les matières scientifiques mais néglige celles qui lui déplaisent. À l’école, il est moqué par ses camarades de classe et se retrouve seul aux récréations. Un jour, après avoir vu ses camarades s’amuser avec une radio portative dans la cour de l’école, il en demande une à ses parents. Son père lui explique alors que l’objet est un instrument du diable et qu’un jour, l’Antéchrist s’en servira pour parler au monde et organiser l’insurrection contre Dieu et ses Saints.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
D’une étrange manière, il semble éprouver une fascination morbide pour le sang, dont il apprécierait le goût. Cette passion lui serait venue à l’âge de six ans, après qu’il se fut blessé à la main et eut léché la plaie. Dans la Bible, ses histoires préférées parlent toutes de sacrifices. Il est fasciné par la crucifixion. La nuit, il fait des cauchemars dans lesquels des arbres se transforment en crucifix pleurant du sang.
UN ESCROC AVANT D’ÊTRE UN MEURTRIER
À 17 ans, il quitte l’école, sans diplôme, et son premier employeur se plaint de sa paresse et de ses retards.
John en grandissant, se persuade qu’il n’a plus rien à craindre, ni de Dieu, ni des hommes. Fort de cette impunité auto-proclamée, il bascule dans la malhonnêteté. Utilisant de faux noms, il monte une petite escroquerie, vendant des voitures qui ne lui appartiennent pas. En 1934, John cesse de fréquenter l’église de ses parents. Le 6 juillet, il épouse Béatrice Hammer, ancien mannequin, devenue serveuse dans un bar. Moins de quatre mois plus tard, Haigh est condamné à 15 mois de prison pour escroquerie. Il a alors 26 ans. Sa femme le quitte. À sa sortie, le 8 décembre 1935, il apprend qu’elle a donné naissance à une fille, Pauline Mary Haigh pendant qu’il était en détention et que l’enfant a été donnée à l’adoption.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Haigh s’installe à Londres en 1936 et devient chauffeur de William McSwan, un riche propriétaire de salles de jeux en février 1937. Il entretient également les machines de McSwan. Ensuite, il monte un faux cabinet d’avocats en utilisant le nom d’un cabinet réputé. Il plonge dans l’escroquerie à l’assurance et les séjours en prison se multiplient. Il se fait passer pour un ingénieur, jouant de ses charmes, mais sera tout de même incarcéré pas moins de trois fois pour pour vol et fraude. À nouveau libéré de prison en septembre 1943, il devient représentant commercial pour une entreprise de Crawley, un métier qu’il exercera jusqu’en 1944. Son employeur, M. Stephens a deux filles, et la plus âgée, Barbara, partage la même passion que lui pour la musique. Une grande complicité naît alors entre eux, et ils en viennent à parler mariage. John a vingt ans de plus qu’elle, il n’a jamais divorcé de sa première femme, mais elle y croit.
Quelques mois plus tard, lassé d’une vie trop paisible à son goût, il abandonne son travail et retourne à Londres pour se livrer à son activité favorite, l’escroquerie. Peu de temps après son arrivée, il loue un local en sous-sol au 79 Gloucester Road. Cette fois, la mort sera son moyen d’obtenir plus. Le crime parfait se trouve, selon lui, dans la dissolution des corps. Inspiré par des connaissances en chimie acquises durant ses études, il croit pouvoir échapper à la justice en dissolvant ses victimes dans l’acide sulfurique, éliminant ainsi toute preuve matérielle. Après son arrestation, la jeune Barbara Stephens, bouleversée, lui rend visite en prison, s’attendant à le trouver brisé par le poids de fausses accusations mais elle découvre un homme euphorique. Non seulement il admet tous les faits qui lui sont reprochés, mais il semble être flatté de toute l’attention qui lui est accordée. Elle comprend qu’il lui a offert une robe appartenant à Rose Henderson. Barbara ne sait rien de l’homme qu’elle rêvait d’épouser, mais elle continue de l’aimer. Elle lui écrira des lettres et lui rendra visite en prison jusqu’à la fin de sa vie.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
MÉMOIRES ET PSYCHOLOGIE
En raison de ses déclarations étranges sur une potentielle consommation de sang, la question de son état mental vient à se poser. Haigh prétend avoir bu le sang de ses victimes pour se régénérer, et comme aucun cas semblable n’a jamais été répertorié, les experts n’y croient pas. Ce qui est une certitude, c’est que Haigh n’éprouve aucun remords. De nombreux médecins et psychiatres l’examinent et arrivent à la même conclusion : John était parfaitement conscient de ses crimes, qu’il avait minutieusement planifiés. Ils pensent qu’il simule la folie, qu’il a inventé ses cauchemars et son obsession pour le sang. Seul le Dr Henry Yellowlees lui diagnostique une personnalité paranoïaque égocentrique, bien qu’il n’ait passé que deux heures d’entretien avec le prévenu. Haigh possède un sens aigu de toute-puissance. Bien que conscient que tuer est illégal, il pense néanmoins que cela fait partie de l’accomplissement de sa destinée. En cherchant à s’échapper de l’univers étouffant de ses parents, les lignes de démarcation entre la réalité et son imaginaire se seraient estompées. Il savait que ce qu’il faisait était condamnable, mais il s’estimait au-dessus des lois. Pour la majorité, l’auteur est arrogant et son véritable mobile est lucratif.

crédit : Domaine public
PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
En prison, John George Haigh écrit ses mémoires. Ces derniers ne seront jamais publiés et rendus accessibles au grand public. Les documents d’archives dont on dispose le présentent comme un homme froid, narcissique, et manipulateur. Par exemple, il dira au sujet d’Olive Durand-Deacon à la police en 1949 : « J’ai bu un verre de vin rouge. J’ai pris mon revolver. Je suis entré dans la pièce et je lui ai tiré une balle dans la tête. Elle s’est effondrée ». Il déclarera : « Je n’ai pas tué pour l’argent. J’ai tué pour l’expérience ».
Haigh subit plusieurs examens, dont un électroencéphalogramme. Les résultats se révèlent normaux. La plupart des médecins sont d’avis qu’il est sain d’esprit. Aucun n’a pu affirmer que Haigh n’était pas responsable de ses actes. Haigh se serait lié d’amitié avec un employé de l’hôpital psychiatrique du Sussex et aurait, par ce biais, accumulé, au fil des ans, de nombreuses informations et connaissances sur les maladies mentales. Cela aurait pu l’aider à simuler une irresponsabilité. D’autre part, il semble peu intéressé par le sexe et aurait commencé à nourrir une phobie pour les maladies, et plus particulièrement pour les infections sexuellement transmissibles. C’est pourquoi il se lave constamment les mains de façon compulsive et porte des gants en permanence, été comme hiver.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
JUGEMENT ET EXÉCUTION
Le 18 juillet 1949, quatre mille personnes se rassemblent dans la petite ville de Lewes dans l’espoir d’obtenir un siège à la Cour présidée par le juge Humphries. Quelques-uns tentent même de vendre leur place, mais les policiers qui gardent la salle d’audience mettent rapidement fin à cette pratique. Comme Haigh n’a pas les moyens de financer sa défense, le journaliste Stafford Somerfield conclut un accord avec lui : le News of the World paiera son avocat s’il lui livre en exclusivité le récit de sa vie. Ce récit ne sera rendu public qu’après le procès.
Haigh plaide non coupable. Son avocat tente d’invoquer la démence de l’accusé, la folie étant la stratégie de la défense. Elle souligne que les rêves, combinés à l’absorption de sang, sont un exemple frappant de la vie fantasmatique perturbée de Haigh. Tout le discours de la défense repose en réalité sur les déclarations de Haigh lui-même. L’accusation déclare, quant à elle, qu’il s’agit simplement d’un homme qui croit avoir découvert le crime parfait et a commis des meurtres pour gagner de l’argent avant de prétendre être fou. Trente-trois témoins sont appelés à la barre. Le juge demande à Haigh s’il a quelque chose à dire pour sa défense, il incline la tête en répondant : « Rien du tout ».
Le 19 juillet, il ne faut que dix-sept minutes au jury pour parvenir à un consensus : Haigh est coupable. Après le procès, le ministre de l’Intérieur, en vertu de la loi de 1884 sur les aliénés criminels, ordonne une enquête médicale spéciale, par simple précaution. Trois éminents psychiatres examinent alors minutieusement le cas de Haigh. Tous estiment qu’il simule. Selon eux, il n’est pas aliéné et ne souffre d’aucune maladie mentale ni d’aucun trouble qui le dégagerait de toute responsabilité morale pour ses actes.

PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
Le musée de Madame Tussaud demande à Haigh la permission de faire un masque de son visage, ce à quoi il consent avec joie. Il légue ses vêtements au musée, où une statue de cire le représentant est érigée. De son vivant, il s’est toujours montré d’une grande maniaquerie vestimentaire. Avant de mourir, il demande donc que son apparence soit toujours impeccable, ses pantalons plissés, ses cheveux bien coiffés, et le bout de ses manches de chemise apparent. Alors qu’il attend la mort dans sa cellule, il écrit à sa mère : « Mon esprit restera attaché à la terre pendant un certain temps. Ma mission n’est pas encore accomplie ». Ses parents âgés ne feront pas le voyage pour le voir avant sa mort, mais sa mère lui enverra ses salutations par l’intermédiaire d’un journaliste.
Il est pendu à la prison de Wandsworth par Albert Pierrepoint, assisté de Harry Kirk, le mercredi 10 août 1949. Une dragonne en cuir de veau lui immobilise les poignets pendant que son corps fait une chute de 2,33 mètres. Il en résultera une luxation des deuxième et troisième vertèbres cervicales et une lacération complète de la moelle épinière.
On se retrouve dans « Portraits Criminels par Swen » tous les premiers vendredis du mois, toute l’année, pour une nouvelle affaire.
Contact :
Instagram & Tiktok : swen.truecrime
Mail : swen.truecrime@gmail.com
Youtube : https://www.youtube.com/@Swentruecrime/videos
Tipeee : https://fr.tipeee.com/swen-true-crime
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > PETER SUTCLIFFEPETER SUTCLIFFE : MARTEAU ET TOURNEVIS, UNE SAUVAGERIE SANS LIMITE (YORKSHIRE RIPPER) « Mon désir de tuer des prostituées était plus fort que jamais et m’a complètement envahi. J’étais face à un dilemme : je voulais avouer mes actes à quelqu’un, mais je pensais aux conséquences pour ma femme et ma famille » – Sutcliffe, 1981 L’AUBE D’UNE ÈRE DE TERREUR 30 octobre 1975 tard dans la nuit. Une âme traverse Leeds à bord de sa Ford Capri vert citron quand elle aperçoit une femme faire du stop au croisement de Wetherby Road. Son pantalon patte d’eph blanc reluit sous la lumière aseptisée des… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > PETER SUTCLIFFE
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > RICHARD SPECKLE MASSACRE DES INFIRMIÈRES DE RICHARD SPECK LA NUIT DU DRAME : LES PRÉMICES 13 juillet 1966, début de soirée. L’homme, dont le regard se perd dans le camaïeu de bouteilles qui lui fait face, est accoudé au comptoir du bar tandis que son esprit divague. Grand blond d’un mètre quatre-vingt-trois, son visage est marqué par la boisson et les cicatrices d’acné. Richard Speck, seul avec lui-même, noie ses pensées dans l’éthanol. Le barman refuse de le resservir. Il fulmine avant de se diriger vers la porte, ébloui par les lumières. En cette soirée d’été, Ella Mae Cooper, 53 ans, a un… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > RICHARD SPECK
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > DOROTHEA PUENTEDOROTHEA PUENTE ET SES PENSIONNAIRES, ENTERRÉS DANS LE JARDIN (DEATH HOUSE LANDLADY) UNE ÉTRANGE DISPARITION : LES APPARENCES SONT TROMPEUSES 10h00. 11 novembre 1988. Le poste de police de Sacramento reçoit un appel. Au bout du fil Peggy Nickerson, bénévole au centre Saint-Paul. La femme est sans nouvelle d’un ancien pensionnaire depuis plusieurs semaines déjà. L’homme, diagnostiqué schizophrène, un certain Alvaro Montoya, avait depuis rejoint la pension de Dorothea Puente. Les enquêteurs de la brigade criminelle se rendent donc à la dernière adresse connue de celui qui semble être porté disparu. 1426 F Street. C’est là qu’il faut chercher. L’élégante bâtisse… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > DOROTHEA PUENTE
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGHJOHN GEORGE HAIGH : LE TUEUR AU BAIN D’ACIDE Entre appât du gain et fantasmes vampiriques, Haigh a marqué l’histoire criminelle britannique par son modus operandi unique et son sang-froid. LE MEURTRE DE TOUTE UNE FAMILLE Le visage arrondi, une fine bouche surmontée d’une légère moustache, les joues creusées par de profondes fossettes, le regard vif et les cheveux soigneuseument peignés. Haigh fait propre sur lui, arborant de surcroît cravate, gants et costume. John George Haigh rencontre William Donald McSwan un jour qu’il déambule dans les rues de la capitale. Les deux hommes deviennent rapidement amis : ils ont le même… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > JOHN GEORGE HAIGH
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > DOCTEUR PETIOTMARCEL PETIOT : LE DOCTEUR SATAN DE LA RUE LE SUEUR (BARBE BLEUE DES TEMPS MODERNES) Le 25 mai 1946 le docteur est extrait de sa geôle pour avoir transformé son hôtel particulier en lieu de massacre. La grande veuve et sa lame aiguisée l’attendent dans la cour de la prison. Petiot vit ses derniers instants avant sa mise à mort. UNE DÉCOUVERTE MACABRE Le 11 mars 1944 en milieu d’après-midi, une odeur pestilentielle et une épaisse fumée noire émanent des cheminées du 21 rue Le Sueur. Le voisinage, incommodé, contacte la police qui se rend sur place, tout comme les pompiers. Le propriétaire des… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > DOCTEUR PETIOT
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > HADDEN CLARKHADDEN CLARK : ENTRE CANNIBALISME ET TRAVESTISSEMENT (THE CROSS DRESSING CANNIBAL) Samedi 31 mai 1986, Bethesda, Maryland. Hadden Clark monte les escaliers, marche par marche, sur la pointe des pieds, tenant contre sa jambe un couteau de cuisine dont la lame affûtée atteint les trente centimètres. À l’étage, la petite Michele Dorr, six ans, ignore tout de ce qui l’attend. UN MEURTRE QUE PERSONNE N’AURAIT PU VOIR VENIR Penny Houghteling aime aider les plus démunis. Elle est donc persuadée de faire une bonne action en embauchant un sans domicile fixe qui fréquente la même communauté paroissiale qu’elle. Elle offre à l’homme,… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > HADDEN CLARK
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > DAVID PARKER RAYDAVID PARKER RAY ET SA CHAMBRE DE TORTURE : QUAND LE SADISME N’A PAS DE LIMITES (TOY-BOX KILLER) L’air du Nouveau-Mexique est étouffant en cet après-midi de mars 1999 quand une jeune femme nue, recouverte de sang, portant seulement un collier en acier cadenassé autour du cou avec une chaîne qui traîne jusqu’au sol sableux d’Elephant Butte, hurle à l’aide sur une route. Cette vision, tout droit issue du cinéma horrifique représente pourtant les prémices de la chute d’un tortionnaire hors normes. Elle sera la dernière des esclaves sexuelles de David Parker Ray, le tueur au coffre à jouets. ENLÈVEMENT MUSCLÉ ET… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > DAVID PARKER RAY
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > ROBERT BLACKQUAND L’ABUSÉ DEVIENT L’ABUSEUR : ROBERT BLACK, LE PRÉDATEUR 14 juillet 1990, Stow en Ecosse. Lorsque l’agent Wilson ouvre les portes arrière du van, une vague de chaleur étouffante déferle sur son visage, se heurtant à l’adrénaline qui l’anime alors. C’est avec stupeur qu’il découvre sa fille de 6 ans sur le sol, couchée et bâillonnée. La petite Mandy avait déjà été violée. Le conducteur est l’un des pires pédophiles que le Royaume-Uni ait porté. Son nom ? Robert Black. « J’AI CRU L’ENTENDRE APPUYER SON VÉLO CONTRE LE MUR » Le 12 août 1981, Black assure une livraison à Ballinderry, petit village du nord… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > ROBERT BLACK
- PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > GARY HEIDNIKGARY HEIDNIK : LE TORTIONNAIRE DE NORTH MARSHALL STREET ET SON SOUS-SOL DE L’HORREUR Les policiers de Philadelphie restent horrifiés quand, en ce début d’année 1987, ils trouvent des sacs de restes humains et plusieurs femmes séquestrées, au 3520 North Marshall Street. Il viennent d’arrêter celui qui inspirera le célèbre Silence des Agneaux. GENÈSE D’UN GOUROU Grand brun d’un mètre quatre-vingts, cheveux ondulés soigneusement peignés vers l’arrière, barbe fournie, nez droit, yeux légèrement tombants, le regard d’un bleu transperçant : Gary Heidnik présente bien quand il est embauché à l’hôpital des anciens vétérans de Coatesville. Pourtant l’infirmier est rapidement renvoyé pour ses comportements… Lire la suite : PORTRAITS CRIMINELS > SWEN > GARY HEIDNIK

Diplômée d’état en psychologie, à la tête de « Portraits Criminels par Swen », journaliste indépendante responsable de couvrir les faits divers du département du Tarn-et-Garonne du Lot et de l’Aveyron pour Le Petit Journal, responsable communication et rédactrice des avis de recherche pour les cas de disparition recensés par la délégation régionale Grand-Est de l’association Assistance et Recherche de Personnes Disparues, rédactrice pour la rubrique « Réseaux Pédocriminels » de l’association Wanted Pedo, chroniqueuse judiciaire pour W9, vidéaste, auteure et artiste visuelle






















































Travail toujours très documenté et individu complètement inconnu pour moi : merci de m’avoir fait découvrir ce nouveau portrait ! Un sacré cas encore…
Juste génial en fait !
Je connaissais l’histoire de loin et là c’est travaillé,renseigné, bien écrit !
Merci beaucoup pour ton gentil retour !