Remplir les blancs par besoin de sécurité
… ce n’est pas la réalité qui déçoit, c’est ce que l’on met dedans
Développement personnel > Comment remplir les blancs
La semaine dernière, je vous parlais de confiance.
Cette semaine, j’ai réalisé quelque chose d’encore plus dérangeant :
et si ce n’était pas ce que l’on vit qui nous met en difficulté… mais ce que l’on rajoute à ce que l’on vit ?
Sans en avoir conscience, notre besoin de sécurité nous a entraînés à devenir de super ‘architectes de l’imaginaire’. Et puis, on essuie les plâtres…
Flashback : je parcourais un article qui parle de la rencontre amoureuse dont le titre avait capté mon attention : ‘Les hommes n’envoient pas des signaux contradictoires.’
Tout un programme, et on ne va pas lancer un débat sur le sujet.
Le développement m’a vraiment interpelée, et je vous explique en quoi.
Je cite : ‘Les femmes ne sont pas confuses parce que les hommes envoient des signaux incohérents. Elles se sentent confuses parce que leur système nerveux a été entraîné pour décoder l’incohérence.’
Spoiler : dans bien des cas, la réalité est bien plus lisible qu’on ne le pense
Et dans notre vie, notre fonctionnement habituel, comment ça se passe du côté de notre système nerveux en quête de cohérence ?
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Câblés pour la recherche de cohérence
Pour celles et ceux qui ont grandi dans un milieu familial où l’amour était imprévisible, conditionnel ou difficile d’accès, notre corps a vite compris que la connexion n’était pas stable. Or, pour le tout-petit, la connexion est vitale. Dans sa recherche éperdue de connexion, il lui fallait lire entre les lignes. Anticiper les changements. Combler les lacunes. Remplir les blancs. Comme il pouvait.
Lorsque l’amour ou la relation semblent incohérents, le système nerveux de l’enfant s’adapte en devenant hypersensible aux signaux subtils. Il devient un expert en décryptage. Il apprend à chercher un sens à tout, même à ce qui n’en a pas, parce que le sens l’aide à se sentir en sécurité. En mode bambin. Et bien sûr, ce sens est biaisé, puisque orienté vers l’acquisition de ce sentiment ‘je me sens sécure’.
Quand l’insécurité enfantine nous a appris que ‘rien n’est clair’, on développe une hyper-créativité pour interpréter ce que l’on sent inconsistant, démarche parfois inconsciente pour sécuriser l’avenir.
Un exemple : devenu adulte, on ne voit pas un projet tel qu’il est, on voit son potentiel maximum pour se rassurer.
Cela a été mon cas. Je me qualifie de ‘personne la plus optimiste que je connais’. Mais sur quoi repose cet ‘optimisme’ ?
En matière de relations personnelles, il y a finalement peu de temps que je me méfie de ce côté positif, qui vise à trouver du potentiel là où il n’y a … rien.
Et là, j’en suis venue à me demander si cette propension à combler les lacunes, analyser pour trouver du sens, remplir les blancs pouvait s’appliquer à d’autres domaines de notre vie.
Et la réponse est ‘oui’.
Si l’on transpose cela dans la vie de tous les jours, combien de fois ne se raconte-t-on pas de belles histoires, au lieu de simplement considérer la réalité ? Aussi lacunaire soit-elle.
Certains de mes projets ont échoué, parce que, en absence de données fiables, j’ai extrapolé.
Certaines collaborations professionnelles ont mal tourné parce que j’ai voulu voir les choses comme j’avais envie de les voir. Au lieu de m’en tenir aux faits. Au lieu de considérer la ‘réalité’.
Je remplissais les blancs et finissais par édifier une construction de toutes pièces au départ de ce que j’avais envie de voir et de vivre, et non de façon strictement analytique.
Cela vous parle ?
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Quand notre cerveau invente pour ne pas rester dans le flou
Ce qu’il faut se dire : on est programmés pour chercher la sécurité dans l’interprétation.
En d’autres mots : on crée de la cohérence là où il n’y en a pas (encore), dans notre besoin inné de nous rassurer.
Julie fait une présentation du nouveau design à son patron. Elle planche sur ce projet depuis trois mois. Marco, son boss, est indéchiffrable, maaaaais… il se frotte la joue gauche. Julie se rassure, ce geste, ça veut dire qu’il a apprécié. Elle rentre chez elle, persuadée que c’est le signe que son boss approuve. Elle en parle à ses proches. Imagine changer de voiture avec son nouveau salaire. Fait des projets de rénovation de la cuisine. Deux jours plus tard, c’est le projet d’Antoine qui est retenu. Julie déchante et doit annoncer à son mari qu’elle n’a plus de job. Marco avait mal aux dents. Julie a rempli les blancs.
Fanny, maman solo, visite une maison dans son budget; c’est la maison idéale, elle a très envie d’y croire. L’agent immobilier répond laconiquement à ses questions, elle ne sait pas trop quoi en penser. Au moment de prendre congé, l’agent lui dit ‘Au revoir’ avec un grand sourire. Fanny s’empare de ce sourire, c’est sûr, elle a la maison, puisqu’ils vont se revoir. Elle rentre chez elle, montre les photos à ses enfants, tous imaginent le premier BBQ dans leur beau jardin. Le lendemain, la secrétaire de l’agence lui envoie un mail. Sa candidature n’est pas retenue. La déception est grande, pour elle et ses enfants.
Vinciane se présente à l’agence d’intérim du centre ville. Elle a repéré une annonce qui cadre avec ses qualifications. L’hôtesse est charmante, elle lui pose beaucoup de questions, lui fait passer un test d’anglais, commente élogieusement son c.v. En sortant, Vinciane est sûre, elle a le job. D’ailleurs, elle passe chez Zara pour s’acheter un tailleur, trois pantalons et quelques petits hauts pour faire bonne impression chez son nouvel employeur. Une semaine plus tard, pas de nouvelle. Elle apprend que le poste est pourvu. Elle a dépensé 500 € qu’elle n’avait pas, pour un job qu’elle n’a pas non plus. La réalité est amère.

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La bonne attitude intérieure : quand on ne sait pas, attendons de voir ce que ça donne
Mieux vaut une histoire inventée… que le vide
Quand l’amour a été instable ou imprévisible, le cerveau apprend à :
- analyser en permanence
- anticiper
- lire entre les lignes
- détecter les plus infimes changements d’énergie
- repérer les modifications de ton, de regard ou d’attitude les plus subtiles
Mais ! en projetant
- NOS attentes
- NOS espoirs
- NOTRE film intérieur
Car notre corps cherche la sécurité, et il préfère créer du sens, même faux, plutôt que rester dans l’incertitude.
Le besoin de cohérence, ou pourquoi le ‘faux sens’ est préférable au vide ?
Face à un parent incohérent (imprévisible), l’enfant vit dans un état de stress chronique.
Pour lui, déceler le pourquoi d’une attitude est souvent impossible, et une explication (même fausse) lui permet d’échapper au chaos total.
Devenus adultes, nous ne sommes pas si éloignés de ce fonctionnement. Nous avons un besoin de cohérence entre nos perceptions et ce qui est. Un signal mixte, parasité, crée une sensation d’inconfort. Pour y remédier, nous allons jusqu’à tordre la réalité, pour qu’elle nous convienne davantage.
L’être humain n’aime pas le chaos. Il a besoin de sentir qu’il contrôle, cela le rassure. Même au prix de la jolie histoire que l’on se raconte. Car justement, on n’a pas toujours l’impression qu’on se raconte des histoires. Sur le moment.
Le rapport au vide
Le besoin de compléter est universel.
Pourquoi cela nous tanne autant de ne pas savoir ? Car le vide peut cacher un danger. Vous vous rappelez ? Dans la savane, un bruit inexpliqué peut annoncer un lion. Réflexe archaïque.
Les neurosciences montrent que notre cerveau cherche en permanence à créer de la cohérence à partir d’informations incomplètes ou fragmentées… quitte à inventer une histoire plausible. Cela fait partie de notre équipement de survie de l’espèce.
Nous faisons tous cela. La seule différence, c’est la vitesse à laquelle nous remplissons les blancs… et à quel point nous y croyons.
Et aujourd’hui, cette fonction naturelle nous fait souvent prendre des vessies pour des lanternes !
Est-ce que cela vous dit quelque chose ? Être sûr.e d’avoir fait le bon choix, et le lendemain, se demander qu’est-ce qui nous a pris ?
Je me rappelle d’une proposition de business à domicile auquel j’avais adhéré. Sur le moment – et avec un bon marketing bien ficelé – j’avais des étoiles plein les yeux… et un compte en banque XXL… comme si j’y étais déjà. Le lendemain au réveil : ‘mais qu’est-ce qui m’a pris d’acheter ce kit de démarrage ?… et j’ai dépensé un demi-mois de salaire pour ça ?’
Des lendemains qui déchantent, on en a tous connus.

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L’espoir et nos envies de meilleurs jours ont rempli les vides, les questions qu’on n’a pas osé (se) poser, les flous qu’on a préféré gommer, parfois même notre petite voix qui nous disait ‘fais attention’, on l’a dégagée d’un grand geste, tellement assuré.es que ‘c’est la chance de ma vie’.
Mais le côté sombre de la Force existe aussi : le Remplissage comme recomposition du passé.
Quand notre système nerveux reconnaît un scénario (malheureux) déjà vécu et projette la fin, c’est aussi une construction mentale qui vise à remplir le vide. Au lieu d’attendre d’y voir plus clair.
Naviguer entre réalité – intuition – projections
Comment s’y retrouver ?

Mémoire versus Présence
Ce que je déduis, est-ce quelque chose qui est là ? Ou ça me dit vaguement quelque chose ?
Est-ce vraiment une intuition ?
L’intuition = le cerveau qui traite d’innombrables faits réels sans émotionnel
L’intuition est calme, paisible, neutre. Il n’y a pas d’extrapolation, pas de ‘et si’, pas d’excitation.
La question à se poser : Si j’enlève mon désir que ce soit vrai, qu’est-ce qui reste ?
→ S’il n’y a plus rien, c’était du remplissage.
→ Si c’est une réelle intuition, les faits réels restent, inchangés.
Quand on est aux prises avec des prometteurs de beaux jours
Je le reconnais : je suis parfois comme une enfant de 5 ans. Je n’ai pas appris à discerner les subtilités manipulatoires. Je sais maintenant que je dois être plus vigilante que d’autres.
Combien de ‘gueules de bois de l’imaginaire’ me suis-je payé durant ma vie ? Dans ma lecture du présent, j’y voyais du bleu, du rose, du chatoyant, du beau, des promesses d’avenir presque façon conte de fée… que ce soit dans mes rencontres amicales, amoureuses, ou professionnelles. Les lendemains font mal. Même à 40 ans. C’est à désespérer de soi. Ou cela nous encourage à apprendre, à comprendre nos fonctionnements.
Ce besoin de ‘remplir les vides’ associé à une hyper-créativité de l’imaginaire m’a joué bien des tours. Aujourd’hui j’ai appris à ne rien mettre dans le vide, pour voir ce qui apparaît vraiment.
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Et construire sur du solide.
Car le véritable courage créatif, ce n’est pas d’imaginer ce que cela pourrait être, c’est regarder ce qui est là. En ce compris : RIEN.
Et d’accepter de ne pas encore savoir.
Ne rien remplir.
Ne rien projeter.
Juste rester là. Parce que non, tu ne perds rien dans ce vide.
Tu ne rates rien. Tu ne laisses passer aucune opportunité. Tu n’es pas en danger.
Tu es simplement en train de laisser la réalité apparaître… sans la déformer.
Et ça, ça demande infiniment plus de force que de combler les blancs.
C’est dans ce ‘Je ne sais pas et je l’accepte’ que l’on cesse d’être manipulable, par autrui ou par soi-même.
Car on ne se fait pas avoir que par les autres, on se fait aussi avoir par notre propre besoin que ‘ça marche enfin’.
CaroLyne
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L’info en résumé
- Notre besoin de sécurité nous pousse souvent à remplir les blancs avec des interprétations, créant ainsi des narrations qui ne reflètent pas la réalité.
- Nous développons une hypersensibilité aux signes pour donner du sens à des situations parfois incohérentes, augmentant notre stress et notre anxiété.
- Les anecdotes illustrent comment notre cerveau projette des attentes, créant ainsi des déceptions lorsque la réalité ne correspond pas à nos attentes.
- Comprendre la différence entre intuition et projections est essentiel pour éviter de remplir les vides avec des espoirs infondés.
- Accepter l’incertitude et éviter de combler les blancs permettent de mieux appréhender la réalité sans déformation.
Table des matières
- Remplir les blancs par besoin de sécurité … ce n’est pas la réalité qui déçoit, c’est ce que l’on met dedans
- Câblés pour la recherche de cohérence
- Quand notre cerveau invente pour ne pas rester dans le flou
- Mieux vaut une histoire inventée… que le vide
- Le besoin de cohérence, ou pourquoi le ‘faux sens’ est préférable au vide ?
- Le rapport au vide
- Naviguer entre réalité – intuition – projections
- D’autres infos développement personnel




































































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