Habiter sa vie
… au lieu de s’acquitter des heures qui passent
‘Je regrette de n’avoir pas eu le courage de vivre une vie fidèle à moi-même, et non celle que les autres attendaient de moi’.
Voici le principal regret exprimé par les patients de cette infirmière australienne, auteure du livre ‘Les 5 regrets des personnes en fin de vie’.
La version anglaise parle même de ‘vivre une vie vraie pour moi’. (To live a life true to myself)
Être dans sa vérité.
Ouf ! C’est très fort comme regret, et tellement désolant.
Ce qui va suivre n’est pas un hymne à ‘vivre l’instant présent’, d’autres s’en sont déjà chargés.
Et il y a plus de profondeur à être réellement engagé dans sa propre existence que de laisser les choses se faire, même en les vivant intensément.
Habiter, mais encore ?
Parlons littéral.
Depuis le déménagement de ma coloc, diverses choses se passent en moi, maintenant que la maison est ‘chez moi’ et plus ‘chez nous’, et cela fait une grosse différence.
Je me surprends à me réapproprier l’espace, j’ai repeint une partie du séjour, changé les meubles de place, refait la déco. Je mets ma patte, ma griffe, un peu ou beaucoup de moi dans mes espaces de vie. Je le recompose cocon, nid douillet, et surtout à l’image de qui je suis. J’adore ! J’ai renoué avec ma passion de la déco, et l’appétit du bricolage.
Car habiter, c’est
• investir
• aménager
• prendre place
• laisser son empreinte
• être réellement là
• faire sien

Et puis cette autre dimension, qui m’a un peu désarçonnée au début : me voici seule occupante d’une vaste maison.
Cela m’a fait penser à un thème très parcouru dans le développement personnel : ‘si tu veux plus, deviens le contenant qui permet de contenir/recevoir plus’.
Je vous traduis, si cette notion ne vous est pas familière :
- si tu veux plus d’argent, deviens le contenant qui permet de gérer plus d’argent
- si tu veux plus d’amour, deviens le contenant qui permet de recevoir plus d’amour
- si tu veux plus de liberté, deviens le contenant qui permet d’assumer plus de liberté
J’ai désormais un très grand contenant ’Lieu de vie’ pour quelqu’un habitué à se rétrécir pour laisser la place à l’autre. La Vie m’offre un contenant bien plus grand, qui correspond à quelqu’un que je n’avais pas l’impression d’être. Et que pourtant je suis.
J’ai pensé à toutes ces femmes que j’ai connues, qui vivent seules dans des villas spacieuses. Elles n’ont pas eu besoin de s’expandre pour s’y sentir à l’aise.
Je n’ai pas l’habitude. Voilà la clé.
Le challenge pour moi : habiter cet espace, me le réapproprier, et surtout ÊTRE LA PERSONNE qui habite ce si grand et bel espace. Un challenge de révélation de moi. J’adore aussi !
Pinceau en main et la tête dans les nuages, j’ai fait un parallèle avec notre vie, ce qui m’amène à écrire cet article aujourd’hui.
Habiter notre vie
Habiter sa vie suppose de la vivre en conscience, bien sûr. Mais pas que.
Ajoutons-y ces dimensions :
- incarner qui je suis vraiment
- participer intérieurement à ce qui s’y passe
- réaménager les espaces
Bref, presque une manière de prendre possession du lieu… sauf qu’ici, le lieu, c’est notre propre existence.
Ce qui implique que l’on s’est posé pour s’interroger, choisir, décider ce que l’on veut.
Et mettre en place dans le concret.
Les contraires ?
- survivre à ses semaines au lieu d’être présent à ce que l’on vit
- attendre plus tard
- ‘faire le dos rond’ en attendant des jours meilleurs (qui ne viennent pas)
- collectionner les distractions, les échappatoires
- anesthésier les vides
- vivre uniquement dans l’anticipation ou la gestion
- transformer sa vie en salle d’attente

Honnêtement, est-ce que cela donne envie ? Pourtant nombre de nos contemporains – peut-être vous – vivent sur ce mode ‘d’échapper au quotidien’ que ce soit en remplissant leur agenda ou en vivant essentiellement dans leur tête… ou en subissant une vie que d’autres ont choisie pour eux.
Il y a pourtant une troisième voie.
Y insuffler son âme
S’accorder le droit d’être qui on est.
Mettre dans notre vie ce que l’on est profondément.
Nos valeurs. Notre sensibilité. Notre manière d’être au monde que l’on n’ose pas dévoiler.
Notre vérité.
Et changer la partition pour qu’elle nous ressemble.
On ‘met son âme’ dans
- une maison
- un projet
- une relation
- un métier
- une œuvre
Autrement dit, y mettre quelque chose de profondément soi.
Pourquoi ne pas le faire dans notre vie ?
La peur
Du regard de l’autre.
De ce que l’on va penser de nous.
De déranger.
D’être rejeté.
Et souvent : de se perdre en chemin.
Car le changement fait peur.
Et la lassitude quotidienne est déjà si lourde à porter, parfois.
C’est vrai.
Mais on peut alléger tout cela.
Par du concret.
Incarner qui je suis vraiment
Au départ de ce qui est. Au départ de qui je suis aujourd’hui. De comment je fonctionne. Comment j’ai accepté les rôles, les détournements d’usage de ma propre existence. Comment je me suis reniée.
C’est une chose très difficile pour beaucoup : savoir qui je suis vraiment.
Par contre, on sait fort bien quand on est ‘à côté’ de qui on est intimement, intrinsèquement.
Quand on n’est pas aligné à notre quintessence, l’essence de notre être.
A notre unicité.
A ce qui fait sens pour nous.
Les fausses notes de notre partition intérieure, on les connaît. Même si on a choisi de les ignorer.
Prendre le temps, se poser, se questionner, en acceptant aussi bien nos zones d’ombres que nos zones de lumière.
Noter ce que l’on aime, ce qui fait sens, ce qui est important pour nous.
Noter aussi ce que l’on ne veut pas, ce que l’on ne veut plus.
Regarder cette (parfois) toute petite lumière au fond de nous, et se demander comment ce serait, si on lui donnait plus de place, plus d’espace.

Et y aller. Sereinement. À notre propre rythme.
Se demander : qui ai-je envie d’être ? Et s’écouter vraiment, en dégageant les pressions extérieures.
Et puis : comment puis-je donner au monde cette lumière que je sais être en moi ?
En y allant par petites touches.
Croyez-moi, c’est profondément libérateur. Et vivant.
Participer intérieurement à ce qui se passe dans ma vie
Le regret majeur des personnes en fin de vie est d’avoir accepté de jouer un rôle écrit par d’autres, d’avoir manqué d’audace, de cette audace de refuser ce rôle, de cette audace qui nous permettrait pourtant d’être pleinement nous.
La seule manière de savoir si on est dans notre axe, c’est de s’en enquérir. Elémentaire, n’est-ce pas ? Oui, j’adore enfoncer les portes ouvertes. Car nombre de gens voient la porte ouverte, mais n’en franchissent pas le seuil.
Comment puis-je savoir si je vis la vie que mon âme aspire à vivre, si je m’évade intérieurement de celle-ci ?
Que l’on soit déjà aligné à qui l’on est vraiment ou pas, choisissons de vivre pleinement notre vie, d’être pleinement nous et pleinement présent : au travail, dans nos loisirs, avec nos amis ou à la maison. Quitte à devoir changer, trancher, si la situation ne nous permet pas d’être authentiquement nous.
Ressentir ce que notre quotidien provoque réellement en soi : les élans, les résistances, ce qui nous brusque, ce qui nous freine, ce qui nous touche, ce qui nous nourrit.
Être attentif à ce que notre vie produit en nous : est-ce une moisson luxuriante ? Ou quelque chose qui nous abîme ?
Bien sûr, certains moments de vie ne laissent pas beaucoup d’espace pour ce type de réflexion.
Parfois le combat, c’est juste tenir l’heure qui vient. Se respecter est alors essentiel.
Réaménager les espaces
Avant de visser sur notre tête la casquette d’architecte de notre intime, une pause s’impose.
(Re)trouver en soi la pulsion, la lumière du vivant peut demander un vrai travail d’introspection.
Et détecter les rôles peut faire émerger une réalité douloureuse… ou troublante, car déjà à fleur de conscience. Eh oui, certaines personnes ne vivent pas leur vie par fidélité invisible, culpabilité, loyauté, peur de blesser ou d’exister par elles-mêmes. Ce qui a un prix.
Et puis, se libérer d’un joug (intérieur ou extérieur) demande un positionnement interne, avant de passer à l’externe.
Poursuivons notre exemple de l’architecte d’intérieur, face au choix de coloris. Une palette chromatique permet d’identifier les couleurs complémentaires et les couleurs opposées.
C’est un outil facile d’utilisation quand on veut repeindre une pièce ou concevoir un camaïeux de couleurs harmonieux.

Quand on s’interroge sur les rôles que l’on joue, les autoroutes sur lesquelles on s’est lancé par soumission ou rébellion, par nécessité, par dépit ou sans en avoir conscience, les changements envisagés peuvent aller vers une couleur opposée ou vers un coloris complémentaire. Mais est-ce vraiment cette ‘couleur’ qui incarnera qui je suis, au plus profond de moi ?
Les pièges
- le piège de la réaction – métaphore : je ne veux plus du portrait de l’Oncle Sam au dessus de la cheminée, j’y accroche celui de Tante Josée… euh… tu ne préfères pas une aquarelle marine, par hasard ? (question à se poser)
- le trompe-l’oeil de l’opposition – croire qu’être le contraire de ce qu’on attend de nous, c’est être soi
- l’illusion de la complémentarité : s’emboîter dans le rôle qui manque, juste pour que le décor reste harmonieux
Habiter sa vie, c’est avant tout être à l’écoute de soi. On n’y est pas habitué. Notre éducation nous a inculqué que se mettre au premier plan est vaniteux, égoïste, ou égocentrique. Ou autre, selon les familles, mais vous voyez l’idée.
On ‘habite sa vie’ dans la conscience. On choisit d’habiter sa vie en acceptant et en osant être qui nous sommes, c’est le prérequis pour dessiner et puis façonner le ‘comment’ je vais habiter ma vie.
Et on le pousse au maximum. En respectant son rythme propre.

Le comment
Une fois les plans établis, on choisit le mode qui convient à notre personnalité : bâtir comme un architecte, peindre comme un artiste, composer comme un musicien, incorporer les ingrédients savamment choisis, au temps opportun, tel un maître-pâtissier…
Je vous invite à devenir l’un de ces artisans.
Créatif. Créateur.
Quelqu’un qui imagine, compose, structure, affine puis traduit dans la matière.
Pour vous redessiner une vie fidèle à vous-même
Au plus près de qui vous êtes vraiment.
Au plus juste de ce qui vous anime.
Au plus concret qu’il est possible de l’être.
CaroLyne
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L’info en résumé
- Habiter sa vie signifie vivre en pleine conscience, être authentique et s’approprier son existence.
- Le processus inclut la réaménagement de son espace personnel et la participation intérieure à sa vie.
- Les regrets des personnes en fin de vie révèlent l’importance d’être fidèle à soi-même et de vivre selon ses valeurs.
- Il est essentiel de s’interroger sur son alignement avec sa véritable essence et d’accepter son unicité.
- Habiter sa vie implique de laisser place à ses émotions et de choisir activement comment on veut vivre, en respectant son rythme.
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