Je suis trop … Je ne suis pas assez …
Ces salades composées que l’on se raconte
Vous connaissez l’expression : c’est du bullshit, comme le disent les anglophones.
Littéralement : de la bouse de taureau. Le sens : dénonce une hypocrisie ou une tentative de manipulation, de façon un peu plus crue que son pendant francophone ‘raconter des salades’.
Donc, nous allons considérer que les :
Je suis trop
- grosse
- maigre
- bête
- timide
- jeune (ou vieille)
- moche
- … (à vous de rajouter ce qui vous parle le plus)
et les :
Je ne suis pas assez
- intelligente
- compétente
- cultivée
- mince
- productive
- organisée
- …
et pour les mamans d’entre nous
- pas assez patiente / trop nerveuse
- pas assez attentive / trop inquiète
- pas assez performante / trop épuisée
- …
sont autant de tentatives de manipulation, extérieures ou intérieures,
des salades quoi. Et pas spécialement goûteuses !
Pour nous, les femmes, nos injonctions intériorisées sont particulièrement paradoxales.
Le regard des autres ? Je m’en fous, je suis myope !
… me direz-vous. Car oui, en personnes averties, nous avons intégré que ‘on ne se laisse plus définir par ce que les autres pensent de nous’.
Déjà un bon point. Vraiment.

Et notre regard à nous ?
Celui influencé par les réseaux sociaux par exemple, qui livrent un véritable culte de la performance et de la perfection.
‘Sois sexy. Sois attirante. Ne sois pas si provocante…’ – cet extrait du texte de Camille Rainville, interprété par Cynthia Nixxon dans le clip ‘Be a lady, they said’ (Sois une femme, disent-ils’) que vous avez peut-être vu, regorge d’injonctions invisibles d’une violence feutrée. La parfaite illustration de ce piège mental où l’on est à la fois ‘trop’ et ‘pas assez’.

Ce piège ne s’arrête pas à la séduction, il se décline dans toutes les dimensions et à toutes les étapes de notre vie : maman, femme professionnellement active, femme au foyer, retraitée.
Et aux messieurs aussi, on n’allait pas les oublier ! (sourire)
- Sois viril… mais doux
- Sois solide… mais vulnérable
- Sois protecteur… mais surtout pas paternaliste
- Sois désirant… mais jamais trop
- Assume ton autorité… mais sans jamais dominer
Hommes comme femmes, on s’attend à ce que nous résolvions des équations en apparence impossibles, sans jamais savoir où se trouve la ligne d’arrivée.
Cela, ce sont les premiers degrés, et j’ai un peu de mal avec cela.
Je pense, fondamentalement, que l’on peut être tout à la fois. Mais peut-être pas au même moment.
Ce qui mène au burn out professionnel, ce n’est pas la charge de travail intense. Ce sont les exigences contradictoires, et donc impossibles à satisfaire.
Or dans notre vie personnelle et intérieure, combien sont les attentes et exigences contradictoires et incompatibles que nous tentons de satisfaire, simultanément ?
On peut être hot, sexy, mère de famille attentive et épouse aimante
Mais pas nécessairement au même moment. Pas ‘en même temps’.
Et surtout, soyons-le par CHOIX personnel. Par décision. Par et pour l’amour de nous.
Oui, j’ai pris une illustration coup de poing. Pour faire passer le message.
Le problème n’est pas forcément l’existence simultanée de qualités différentes.
Le problème apparaît quand
- elles deviennent des obligations permanentes,
- sans espace pour l’imperfection,
- sans hiérarchie,
- sans moment pour souffler
- et surtout : sans droit au déséquilibre temporaire.
Autrement dit, ce n’est pas le ‘ET’ qui épuise.
C’est le ‘Je dois réussir toutes les dimensions de moi-même, tout le temps’.

Le piège de la femme – et de l’homme – modernes, c’est qu’ils ne vivent plus dans un rôle principal, mais dans une accumulation de performances identitaires (auto)-imposées.
Exemple : une maman peut être
- une épouse aimante
- une maman aimante
- une super copine
- organisée
- féminine
- professionnelle
- sportive
- cultivée
- stable émotionnellement
… sans problème, et sans faire le grand écart en permanence.
Mais si elle sent qu’elle doit maintenir toutes ces dimensions sans faiblir, le système finit par saturer. Et même… dénaturer par faute de ‘trop’.
Oh le vilain mot, encore !
Déveoppement personnel > Trop ou pas assez
Composer notre vie
Nos grand-mères ne se posaient pas tant de questions. Et pourtant cette génération me semble avoir été plus épanouie et sereine en tant que femme que ma génération et celle de mes enfants.
Entre les deux, les notions de ‘mieux’, d’optimisation et de compétitivité sont arrivées dans le monde de l’entreprise, pour ensuite glisser vers le ‘capital humain’, et enfin au coeur de notre intériorité.
Nous avons maintenant plus de conscience, de liberté, plus de choix, plus de compréhension psychologique, plus de possibilités de transformation et plus de mobilité sociale et identitaire.
Mais aussi plus de bruit intérieur, plus de comparaison, plus de fragmentation, plus d’auto-évaluation permanente.
Ma grand-mère ne se demandait probablement pas :
- si elle était alignée
- si elle optimisait son potentiel
- si elle exploitait pleinement sa féminité
- si son couple nourrissait suffisamment ses besoins émotionnels
- si son sommeil était optimal
- si sa fille était stimulée correctement
- etc.
Elle vivait davantage ‘dans’ la vie, que ‘face’ à elle-même.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La compétitivité intérieure nous pousse à traiter notre vie comme une entreprise ou un produit marketing. On ne cherche plus simplement à être bien, à être heureux, mais à ‘optimiser’ sa vie, son bonheur, et même son sommeil ! On se compare sans cesse à une version idéale et optimisée de nous-même.
C’est là que naît le conflit ‘je suis trop’ ou ‘pas assez’. Qui épuise. Qui nous mène à oublier d’être qui nous sommes, pour tenter de coller à une image, un mirage. Sans fondement, car pensez-y : ceux qui vous aiment vous aiment tel.le que vous êtes. Ici et maintenant.
S’accepter tel.le que l’on est : un acte de résistance
Dire ‘je m’en fous d’être compétitive’, je choisis d’être entière et d’être moi.’
Beaucoup de gens ne savent même plus ce que cela ferait intérieurement de ne plus devoir
- compenser
- prouver
- optimiser
- mériter leur place
- ‘être mieux que ce qu’ils sont’
Vous vous rappelez du bullshit ? C’est du vent enrobé de certitudes pour nous manipuler.
De l’extérieur par la pression sociale. Une femme qui ne se trouve pas assez… mince, jeune, belle, organisée, etc. va au final consommer pour atteindre un idéal qu’on lui vend. Ou renoncer à briller de toute sa souveraineté.
Celle qui est ‘trop’ va tenter de rentrer dans le rang, devenir gérable, prévisible, docile. Vous aimez ça, vous ?
Pour la manipulation de l’intérieur, c’est notre critique intérieur qui s’en donne à coeur joie. Pour nous garder en ‘sécurité’, dans ce qui est familier, à l’abri du jugement des autres (si vous vous jugez, les autres n’auront pas à le faire.) Et puis, tant qu’on passe son temps à s’analyser, on ne risque pas de se poser des ‘bonnes’ questions, de celles qui vous mèneront à plus d’épanouissement personnel. En quittant votre zone de familiarité.
Passer à l’action, avec ces quelques idées
1. Refuser la perte de contact avec soi et cultiver notre quintessence
qui impliquent de s’interroger vraiment, de se choisir, et aussi le respect de ses saisons, le retour au goût personnel
2. Adopter un autre vocabulaire :
‘juste’ – très bien (ou satisfaisant) – assez – OK (ne comporte pas de notion de jugement)
La notion de justesse : ce qui est juste, correct, équlibré.
‘Très bien’, et même ‘satisfaisant’ suffit bien souvent, pourquoi s’épuiser à vouloir plus ? Le jeu – et les efforts – en valent-ils le coût ?
‘Je suis assez’ → notre réponse à nos ‘Je ne suis pas …’ et ‘Je suis trop’, voici qui nous parle d’acceptation.
‘C’est OK’ – nous sort de la dualité Bien / Mal. C’est OK veut dire que cela (me) convient. Il n’est pas nécessaire d’en rajouter.
3. Se poser la question :
pourquoi je pense que je ne suis pas assez bien ? Et écouter la réponse…
Certaines de celles que vous recevrez vont vous révolter. On y sentira l’emprise des parents, par exemple… à 50 ans !
4. Relativiser :
quand j’étais jeune maman, j’ai adopté cette maxime ‘Elle ne s’en souviendra pas le jour de son mariage’.
Le pyjama non repassé, le repas imparfait, le moment de découragement ne définissent pas une relation d’amour. Et ne nous définissent pas non plus.
5. Répéter, encore et encore.
Avec tout l’amour que l’on est capable de se porter à soi-même.

L’incontournable Souveraineté de l’Être
C’est un axiome : quoi que vous fassiez, quoi que vous entrepreniez, quoi que vous disiez, ressentiez, donniez, preniez, pensiez, ce sera toujours avec et depuis qui vous êtes à l’instant T.
On a beau déplorer les trop et les pas assez, le réel, c’est VOUS.
La conscience de soi est un cadeau à vivre, à consommer. Sans modération. Et sans altération.
CaroLyne
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L’info en résumé
- L’article aborde les injonctions contradictoires que les femmes et les hommes subissent dans la société moderne, notamment le sentiment d’être ‘trop’ ou ‘pas assez’.
- Il souligne que ces attentes proviennent à la fois de la pression sociale et de notre propre critique intérieure, entraînant une quête d’optimisation incessante.
- L’auteure appelle à s’accepter tel.le que l’on est et à résister aux normes imposées, en cultivant un langage d’acceptation plutôt que de jugement.
- Elle propose des stratégies pour réduire la pression sur soi, comme relativiser ses attentes et se poser des questions sur ses croyances.
- Finalement, l’article affirme que la conscience de soi est essentielle pour vivre pleinement et authentiquement.
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