CARTON PLEIN POUR CRISTIAN MUNGIU
Après 11 jours de compétition et 22 longs métrages visionnés, le jury de la 79è édition du Festival de Cannes, présidé par le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook, a dévoilé le Palmarès de l’édition 2026. A Cannes, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
Plus tôt dans la journée, le jury œcuménique, celui de la Fipresci (presse internationale) et le jury de la citoyenneté, ont couronné le film du réalisateur roumain Cristian Mungiu intitulé « Fjord » présenté en ce début de semaine. Trois prix pour un film que le jury officiel a également plébiscité en lui octroyant la Palme d’or. Il s’agit de la deuxième Palme d’or pour le réalisateur roumain, après celle obtenue en 2007 avec « Quatre mois, trois semaines et deux jours ». Dès lors, Cristian Mungiu entre dans le cercle de moins en moins fermé des réalisateurs détenteurs de deux Palmes d’or.

Lors de la conférence de presse des lauréats, Cristian Mungiu a prôné la tolérance « nous n’avons pas le droit d’imposer nos propres valeurs. Les partager oui, mais pas imposer » a-t-il confié à la presse internationale. Il a également fait preuve d’une grande humilité en déclarant « j’accepte ce prix avec beaucoup d’humilité car de grands réalisateurs n’ont jamais eu de Palme d’or alors que moi, je trouve que deux, cela fait beaucoup ».
Voir le réalisateur de « Fjord » sur la plus haute marche du podium n’est pas une grande surprise car son film faisait partie des favoris.
LA BELGIQUE RECONNAISSANTE
Cette édition a rendu hommage à la Belgique. En effet, tous nos compatriotes se sont vus récompenser à commencer par le prix du scénario à travers Emmanuel Marre pour « Notre Salut ». Visiblement surpris de ce prix, celui-ci a déclaré« ce prix est une très belle surprise ! Depuis que je fais du cinéma, j’essaie de combattre le scénario qui est un canevas immuable. Aucune scène de « Notre salut » n’a été tournée en respectant le scénario » a souligné le réalisateur de « Rien à foutre » lors de la conférence de presse des lauréats.

Lorsque nous avons vu monter Virginie Efira, Tao Okamoto et le réalisateur Hamaguchi Ryusuke pour « Soudain », on a cru à la Palme d’or. Mais en réalité, notre compatriote, visiblement surprise, a été sacrée meilleure actrice ex-aequo avec sa partenaire Tao Okamoto. C’est la seconde fois dans l’histoire du Festival qu’une actrice belge décroche ce prix. La première étant feu Emilie Dequenne en 1999 avec « Rosetta ».

La consécration d’Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, tous deux prix d’interprétation masculine pour « Coward » de Lukas Dhont, est apparue comme une évidence.Ils succèdent à Olivier Gourmet, premier acteur belge a obtenir cette récompense en 2002 pour « Le fils » des frères Dardenne. Lors de la rencontre avec le jury, la question d’ex-aequo pour certains prix, dont celui de la meilleure interprétation masculine, était vu comme une forme d’indécision au sein du jury. Park Chan-Wook a répondu : « si vous avez vu le film, vous devriez savoir qu’il n’était pas possible de faire autrement. Il ne s’agit donc pas d’une indécision au sein du jury. » Une réflexion qui a du sens car effectivement, il n’était pas possible de couronner un comédien et pas l’autre. Même réflexion d’ailleurs pour le prix d’interprétation féminine.

LE JURY NE S’EST PAS TROMPE
« Fatherland » de Pawel Pawlikowski faisait aussi partie des candidats, si pas à la Palme d’or, au moins à se retrouver au Palmarès. Il repart donc en Pologne avec le prix de la mise en scène, ce qui lui a fait dire, non sans humour, « je suis définitivement le meilleur réalisateur. Avec ce prix, je viens d’en avoir la confirmation ». Bien évidemment, il fait référence à son prix de la mise en scène obtenu en 2018 pour son magnifique « Cold War ». Ce prix de la mise en scène, il a dû le partager avec Javier Calvo et Javier Ambrossi pour « La Bola Negra ».


Présenté à la toute fin du Festival, « Das geträumte Abenteuer » de Valeska Grisebach et ses 2h47, a eu raison de certains festivaliers épuisés. Ce film a dès lors quelque peu quitté nos radars et se faire discret dans nos pronostics. Visiblement, le jury, plus vigilant, a décidé de lui octroyer le Prix du jury, ce qui n’est pas rien dans la hiérarchie des récompenses cannoise.


Longtemps pressenti comme Palme d’or idéale car mêlant à la fois une histoire d’adultère et politique, « Minotaure » de Andreï Zviaguintsev retourne en Russie avec sous le bras le Grand Prix du jury. En quelque sorte, la médaille d’argent ô combien méritée. Il est bien évident que la plupart des discours prononcés durant cette quinzaine étaient bien souvent plus politique que cinématographique. Il n’y avait donc pas de raison qu’Andreï Zviaguintsev (Lauréat ici-même avec des œuvres aussi fortes que « Leviathan » et «Faute d’amour ») ne suive pas le mouvement. Mais qui aurait pu s’imaginer qu’il déclare « j’ai honte d’être devant vous avec ce que fait la Russie ». C’est ce que l’on appelle un acte de courage. Dommage qu’un ex-aequo pour une Palme d’or n’est plus autorisé.
Cette 79è édition du Festival de Cannes ne laissera pas de traces importantes au niveau de la qualité des œuvres présentées en compétition. Néanmoins, le jury a su mettre en évidence les œuvres qui méritaient de l’être.
(c) photo d’accroche : Jean-Christophe Genton
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