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VICKY KRIEPS - RENCONTRE

C’est en donnant la réplique à Daniel Day Lewis dans « Phantom Thread » que Vicky Krieps acquière une renommée internationale. Depuis, elle n’arrête pas de tourner et surtout à nous éblouir par son talent, quels que soient ses rôles. Prix de la meilleure performance à Cannes section « Un Certain Regard » pour « Corsage » de Marie Kreutzer, l’actrice luxembourgeoise est venue défendre le film qui aurait amplement mérité une place en sélection officielle à Cannes. Rencontre avec Vicky Krieps, une femme posée, intelligente, réfléchie ayant les pieds sur terre. Thibaut Demeyer.

Vicky Krieps alias Sissi, impératrice d’Autriche - Copyright Robert Brandstätter / Alamode Film

Quel souvenir gardez-vous du tournage de « Corsage » ?

Je me souviens d’avoir eu froid, d’être fatiguée, de devoir tenir le coup, d’être triste de me dire « qu’est-ce que l’on est en train de faire ? », « c’est du n’importe quoi ». Je ne suis pas la Reine, pire encore l’impératrice. C’était vraiment dur pour moi de trouver la force, d’accepter ce gage. De dire que je vais prétendre être cette femme alors que personne ne l’a vraiment connue. C’est très dur de savoir qui elle était et de sortir tous les jours, de dire « bon, là je vous joue l’impératrice ».

Pour « Corsage », j’ai dû apprendre la vraie nage glaciale. C’est-à-dire que j’avais rendez-vous à 8 heures du matin, une fois par semaine, près du Danube avec mon entraineur. C’était en janvier et les bords du Danube étaient presque gelés. Pour le corsage, je dois admettre que c’était une erreur. J’ai été trop naïve mais en même temps, c’est le comportement typique d’un acteur qui veut bien faire. Je me suis dit qu’elle avait bien souffert de cela et que donc moi, je pourrais bien le porter durant le tournage. Mais je n’avais pas calculé les heures ! En tant qu’actrice, je suis entre 10 et 12 heures debout alors que Sissi était plus souvent assise.

Quel regard portez-vous sur l’impératrice qui vous a fascinée très jeune ?

Je l’ai d’abord découverte dans les films avec Romy Schneider, au début avec plaisir. Mais comme Romy, l’impératrice Elisabeth a souffert de cette superficialité d’être belle. A 15 ans, j’ai lu sa biographie ; j’ai tout de suite ressenti quelque chose dans le livre. J’étais trop jeune pour comprendre ce que je ressentais, mais je crois que c’était de la tristesse derrière cette façade. Je crois que, déjà à 15 ans, je connaissais cette tristesse qui est en définitive une mélancolie d’être une fille, de devoir avoir peur, de devoir être belle mais pas trop, d’être gentille. Bref, tous ces trucs ridicules pour être choisie pour être mariée, pour avoir de l’argent pour survivre. On est d’ailleurs toujours conditionné par cette chose alors que ce n’est plus le cas maintenant. Après, cela a été mon idée de faire ce film parce que je trouvais cela trop bizarre et étrange que personne n’ait jamais fait de film sur Sissi.

C’est une sorte d’hommage que vous lui rendez en acceptant ce rôle.

Oui, c’est cela ! J’ai fait ce film pour toutes ces femmes qui avaient envie de sortir de leur moule, de leur corsage, de la place qui leur avait été donnée et qui se sont fait taper sur les doigts pour cela. Ces femmes qui se sont faites manipuler pour qu’elles deviennent une mère, une femme qui reste à la maison, qui ne pose pas trop de questions. Pour moi, Sissi est une femme qui risque sa santé ; elle a quand même réussi à garder un peu son indépendance avec son cheval mais aussi à travers son anorexie qui est également une façon de prendre en charge son propre corps.

Copyright Robert Brandstätter / Alamode Film

Vous avez une filmographie éclectique. Quels sont vos critères pour choisir un rôle plutôt qu’un autre ? 

Je ne peux pas vous l’expliquer. Cela part d’un sentiment. Parfois c’est le scénario ou un mystère dans le scénario. Cela ne vient jamais des réalisateurs même s’il y a des réalisateurs avec qui j’ai envie de travailler.

 Quel personnage souhaiteriez-vous incarner ?

Je ne sais pas… Ou si, un arbre, surtout s’il est silencieux ! (rire)

Lors du dernier Festival de Cannes, le Premier ministre Xavier Bettel m’a dit, je cite : « Vicky Krieps n’est pas une étoile montante, c’est une étoile ! ». Qu’en pensez-vous ?

Je trouve cela très beau et en même temps, je trouve difficile de prendre des compliments. Si je mets de côté les compliments et que je suis en train d’écouter ce que la personne est en train de me dire, cela signifie que je suis moi. On a tous notre chemin vers soi-même et là où il faut arriver, c’est chez soi. C’est cela qui est le plus difficile à faire. C’est juste en mettant un pied devant l’autre que l’on rentre chez soi malgré les choses difficiles, malgré les choses qui font mal, malgré les déceptions, les choses qui font peur. Juste continuer, pas en devenant aigre, sans rien dans la tête, comme un arbre.

Copyright Thibaut Demeyer

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Pour l’instant, je peux dire que je suis contente de mes films. Je n’ai pas fait un film que je n’aime pas, je n’ai pas joué un rôle que je n’aime pas. Je n’ai pas fait un truc que j’aurais fait pour de mauvaises raisons ou que je ne saurais pas défendre. Cela fait que tout cela ne me fait pas trop d’effets. Je fais les choses comme d’autres font les leurs. Je fais comme je veux faire et que je crois que c’est juste. Les gens le voient et j’arrive à faire passer des messages.

J’imagine que vous avez dû vous sentir sur un petit nuage lorsque le jury d’Un Certain Regard a cité votre nom pour « Corsage » ?

J’étais en train de tourner, comme toujours. J’ai reçu un message du producteur me demandant s’il était possible que je revienne à Cannes le jour même. J’ai répondu que non. Dix minutes plus tard, je reçois un message me demandant d’écrire un speech de remerciement car je vais recevoir un prix. Je ne comprenais rien, je savais que c’était pour le film mais c’est tout. J’ai écrit ce petit speech et je l’ai envoyé. Puis plus rien. Deux heures après, quelqu’un me félicite. J’ai alors compris que j’avais obtenu un prix, c’était très étrange. Puis à nouveau plus rien. J’ai alors espéré que cela était vrai. J’ai alors réalisé que c’était vrai lorsque j’ai lu les articles. Quelques mois plus tard, j’ai reçu par courrier un diplôme. Mais sur le coup, je n’avais pas réalisé.

Vous vous souvenez du jour où vous avez décidé de devenir actrice ?

Je ne l’ai pas décidé. Je me souviens que, très jeune, je voulais devenir quelque chose comme une Sainte. J’ai toujours eu l’impression de vouloir incarner des choses mais je ne savais pas comment ou pourquoi. Le théâtre, c’était trop loin de moi et puis un peu trop fou pour moi qui vient du Luxembourg. Être actrice, à mes yeux, c’était un peu comme aller sur la lune. J’avais du mal à y croire. Mais je me souviens du jour où, du moins, j’ai décidé de m’inscrire dans une école de théâtre, c’était en Afrique. J’ai regardé une montagne, qui était très, très belle, pas très haute, rien de spécial, juste une petite montagne. J’ai alors été très touchée par la nature. Je me suis alors demandé ce que je voulais faire. Je me suis dit « je veux être quelqu’un qui veut capturer ses sentiments et les ramener chez moi au Luxembourg et ouvrir la petite boite pour partager avec les gens ces sentiments qui soit, ne peuvent pas aller en Afrique, ou qui ne sont pas capables d’avoir ce lien avec le mental. » Le théâtre s’est alors logiquement imposé.

Qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter ?

Un arbre…

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