🗓️ Mis à jour le 26 juin 2026
LA CRITIQUE DU JEUDI PAR THIBAUT DEMEYER
L’ETRANGERE de GAYA JIJI
Drame
Durée : 1h40
Pitch : Selma fuit la Syrie en laissant derrière elle un fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime. Arrivée à Bordeaux après un périple dangereux, elle enchaîne les heures de travail au noir, alors qu’un nouveau combat commence pour obtenir le droit d’asile et faire venir son fils Rami. Selma fait bientôt la connaissance d’un avocat, Jérôme. Leur histoire d’amour va tout remettre en question…
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Après « Mon tissu préféré », son premier long métrage remarqué en son temps au Festival de Cannes, la réalisatrice franco-syrienne Gaya Jiji, nous propose, d’une certaine manière, de prolonger l’histoire avec « L’étrangère ». Si dans « Mon tissu préféré » elle traitait du désir de liberté et l’envie de quitter son pays en pleine révolution de 2011 par le biais d’un mariage arrangé, dans « l’Etrangère », l’héroïne a franchi le pas de manière clandestine, laissant en Syrie, malgré elle, son fils de 5 ans qu’elle tentera de faire venir en France par la voie légale. Quant à son mari, il est retenu dans les geôles du régime et l’espoir de le revoir est bien mince.
Afin d’assurer une structure scénaristique à l’intérêt crescendo, Gaya Jiji n’a pu éviter, dans la première partie de son œuvre, les clichés d’un film sur les migrants avec le travail au noir et la visite impromptue de l’inspection du travail, la perte de son travail, la descente aux enfers, les galères et la solitude de son héroïne. Tout est admirablement bien traité dans le choix de la mise en scène, jouant avec les couleurs et les flous. Ensuite, le film nous entraîne en plein cœur du sujet avec cette rencontre entre Selma et Jérôme, l’avocat prêt à l’aider dans ses démarches pour obtenir le droit d’asile. Leur collaboration devient tellement étroite qu’ils finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre. On pourrait alors qualifier le film de « gnan-gnan » avec une histoire d’amour improbable. Cela aurait pu être le cas si le mari de Selma et son fils ne seraient pas revenus en France. A partir de là, la donne a changé. Gaya Jiji arrive dès lors à ce qu’elle voulait exprimer, en l’occurrence « comment se reconstruire d’un point de vue affectif après avoir vécu un passé anxiogène », elle qui ne cache pas le côté autobiographique de cette histoire ? C’est peut-être pour cela que « L’étrangère » nous donne une approche si réelle, loin du récit social, tant dans le fond que dans la forme. Et puis, et ce n’est pas rien, il y a cette qualité d’interprétation avec ces regards appuyés entre Selma, alias Zar Amir, et Jérôme, alias Alexis Manenti, mettant en valeur et avec intelligence les messages que souhaitent faire passer Gaya Jiji qui ne tombe pas non plus dans le piège du mélodrame, ce qui aurait gâché tout le film. « L’étrangère » est une œuvre où chaque scène a été pensée, où chaque décor a son importance narrative, où les mots ont leur poids tout comme les silences. Gaya Jiji, après « Mon tissu préféré » était attendue au tournant. Un tournant qu’elle a négocié avec brio.
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