Ambre-Charlotte Grattepanche raconte Les Nuits Secrètes. Depuis 25 ans, le festival d’Aulnoye-Aymeries s’est imposé comme un rendez-vous à part dans le Nord. Un festival indépendant, chaleureux, rural, capable de mélanger têtes d’affiche, découvertes, parcours secrets, camping et esprit de famille.
Derrière cette identité, il y a une association, une équipe réduite, des centaines de bénévoles et un lien fort avec le territoire. À quelques semaines de l’événement, Ambre-Charlotte Grattepanche, directrice de la communication des Nuits Secrètes, revient sur l’ADN du festival, sa relation au public et cette manière singulière de transformer trois jours de musique en souvenir collectif.
Ambre-Charlotte Grattepanche raconte un festival profondément humain
Quand on lui demande de définir Les Nuits Secrètes, Ambre-Charlotte ne commence pas par les artistes ou les scènes. Elle parle d’abord du territoire, de l’association et de l’état d’esprit du projet. « C’est un chouette et bon festival indépendant dans une région qui est le parc naturel régional de l’Avesnois. Ce n’est pas un festival de centre-ville, c’est vraiment un festival de ruralité. »
Cette identité rurale n’est pas un détail. Elle façonne l’ambiance du festival. Les Nuits Secrètes sont portées par une association à but non lucratif, également à l’origine du festival La Bonne Aventure à Dunkerque et d’actions culturelles menées toute l’année sur le territoire.
« Ce qu’on souhaite faire, c’est fabriquer, partager, transmettre des émotions à tous et toutes. Favoriser la curiosité, la découverte, l’accessibilité et le bien vivre ensemble sur nos territoires. »
Ce rapport humain revient constamment dans la discussion. Pour Ambre-Charlotte, Les Nuits Secrètes ne sont pas un festival que l’on consomme, mais un festival que l’on vit. « Je pense qu’il y a une façon d’être ensemble aux Nuits Secrètes qu’on ne retrouve pas ailleurs. Il y a une ferveur, c’est chaleureux. »
Un public fidèle avant même la programmation
À l’heure où les festivals se battent souvent à coups d’annonces et de têtes d’affiche, Les Nuits Secrètes ont construit autre chose : une relation de confiance avec leur public. Chaque année, une partie importante des billets se vend avant même la révélation de la programmation.
« On vend énormément de tickets sans avoir annoncé la programmation. Ça veut dire que notre public veut revenir pour passer du temps avec nous. »
Cette fidélité raconte beaucoup du festival. Les spectateurs viennent évidemment pour les concerts, mais aussi pour retrouver une ambiance, des amis, une manière de faire la fête. « On est un peu une grande famille pendant trois jours, entre les artistes, l’équipe organisatrice, les bénévoles et les festivaliers. »
Le festival revendique cette proximité. Ici, pas de posture froide. Les équipes assument une forme de simplicité, d’autodérision et de générosité. « On ne le fait pas avec prétention. Ce qu’on fait, c’est généreux. »
Un modèle associatif loin des festivals impersonnels
Dans une époque où certains festivals deviennent de véritables machines, Les Nuits Secrètes défendent encore un modèle associatif indépendant. Ambre-Charlotte insiste sur ce point. « Nous, on n’est pas là pour faire du blé. Quand tu enlèves cette donnée capitalistique, tu rends ton projet plus sincère. »
Cette sincérité passe aussi par l’ancrage local. Une grande partie de l’équipe vient directement de l’Avesnois ou d’Aulnoye-Aymeries. Le festival n’est pas simplement posé sur une ville. Il fait partie du paysage.
« On sait où on organise notre festival. On sait à quel point l’association est essentielle sur le territoire. »
Autour de cette équipe gravitent aussi près de 800 bénévoles. Ils sont indispensables au fonctionnement du festival, mais aussi à son âme. « Les bénévoles, on les connaît, ils reviennent d’une année sur l’autre. C’est qu’ils se sentent bien chez nous. »
Aux Nuits Secrètes, le secret existe encore
Le nom du festival n’a jamais été choisi au hasard. Même à l’heure des réseaux sociaux, des vidéos instantanées et des annonces commentées en direct, Les Nuits Secrètes continuent à jouer avec le mystère.
Les fameux parcours secrets restent l’une des signatures du festival : le public achète une place sans connaître le lieu ni l’artiste qui s’y produira. « On propose au public d’aller voir un concert dont il ne connaît ni le nom ni le lieu. Comme quoi cette part de mystère est toujours recherchée. »
Même logique avec La Noce, une scène où les artistes ne sont pas annoncés à l’avance. Le public entre, accepte de ne pas savoir, puis découvre. « On continue à jouer sur les secrets, les cachettes, le noir, la découverte. »
Une fabrique à souvenirs
Au fil de l’entretien, une phrase résume parfaitement la philosophie des Nuits Secrètes. « On est une fabrique à souvenirs. »
Pour Ambre-Charlotte, un festival ne se limite pas à des concerts. Ce qui reste, ce sont les émotions vécues ensemble : une découverte inattendue, une nuit au camping, un show marquant, une galère drôle entre amis ou un moment suspendu face à une scène.
« Le concert n’existera que parce qu’il y a des gens autour de nous. Cette communion est hyper importante. »
Elle évoque notamment certains moments devenus marquants dans l’histoire récente du festival : Bruce Brubaker jouant Brian Eno au piano dans une église, des grands shows populaires comme celui de Mika, ou encore les souvenirs absurdes du camping. Aux Nuits Secrètes, les souvenirs ne sont pas toujours parfaits. Ils sont parfois faits de boue, de fatigue, de fous rires et de tentes montées un peu trop vite.
Le camping, cœur vivant du festival
Le camping fait partie de l’expérience. Il prolonge le festival au-delà des scènes. Il donne au public cette sensation de vivre dans une bulle pendant plusieurs jours.
Ambre-Charlotte raconte même l’un de ses petits plaisirs personnels pendant le festival : observer l’entrée du camping à deux ou trois heures du matin, lorsque les festivaliers rentrent encore portés par les concerts. « Ça, pour moi, c’est de l’or. Le public est trop marrant, ils sont heureux, ils sont fire. »
Le matin aussi, le camping devient un spectacle à lui seul. « Il y a des campements faits à l’arrache, tu te dis que ça va être compliqué pendant trois jours. Mais je les adore. »
La communication, ou l’art de rendre invisible un énorme travail
Directrice de la communication, Ambre-Charlotte voit aussi l’envers du décor. Derrière les posts Instagram, les affiches, les annonces d’artistes et les newsletters se cache un travail de précision permanent.
« Mon travail ne se résume que par le détail. »
Choisir les bonnes images, écrire les communiqués, relire, ajuster un visuel, raconter le festival sans trop en dire : tout cela construit l’expérience globale. « Si le public ne réfléchit pas, ça veut dire qu’il ne se rend pas compte du travail qui a été fait derrière. Et c’est très bien. »
Elle compare cette logique à celle d’un magicien. « Un magicien ne donne pas ses tours. Nous non plus, on n’a pas envie qu’on voie les ficelles. »
Faire venir 55 000 personnes, puis leur donner envie de revenir
Aujourd’hui, Les Nuits Secrètes accueillent plus de 55 000 festivaliers. Un défi important dans un paysage festivalier très dense.
« Faire venir 55 000 personnes, ce n’est pas évident. C’est un vrai travail d’orfèvre. »
Mais pour Ambre-Charlotte, la vraie force du festival réside dans son supplément d’âme. « Le public qui vient chez nous sait pourquoi il vient. Il sait pourquoi il choisit de ne pas aller ailleurs. »
Ce choix tient dans l’ambiance, la confiance, le secret, le camping, les bénévoles, la programmation et cette sensation d’appartenir à un moment commun.
Une dernière année, et un attachement intact
Cette édition aura une couleur particulière pour Ambre-Charlotte. Après six ans et demi au sein de l’association, elle vit sa dernière année aux Nuits Secrètes. Quand on lui demande ce qui lui fait encore aimer profondément cet univers, sa réponse est immédiate.
« Les humains avec lesquels je travaille, en numéro un. »
Puis elle revient au projet lui-même. « Je crois au projet dur comme fer. Il me paraît ultra important. »
Après 25 ans d’existence, Les Nuits Secrètes continuent donc de défendre une autre idée du festival : un rendez-vous indépendant, populaire, sincère, où l’on vient autant pour les concerts que pour ce que l’on ressent sur place.
Et c’est probablement pour cela que le public revient, année après année, à Aulnoye-Aymeries.
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