GERALDINE NAKACHE : AUSSI BIEN QUE SON FRERE
Pour son quatrième long métrage en tant que réalisatrice, Géraldine Nakache nous touche avec son thème sur la perversion narcissique. La réalisatrice n’a pu cacher son émotion à l’issue d’une projection largement applaudie. A Cannes, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage
Présenté dans la section « Cannes Première », « Si tu penses bien » aborde le sujet de la perversion narcissique ce qui, il faut bien l’admettre, n’est pas nouveau. Il se devait dès lors à Géraldine Nakache de trouver un mode de narration différent par rapport au sujet déjà traité comme dans « L’amour et les forêts » de Valérie Donzelli, présenté à Cannes en 2023, voire « Mon Roi » de Maïwen, également présenté à Cannes, en 2015. Il fallait donc que Géraldine Nakache puisse raconter son histoire tout en gardant sa propre identité cinématographique. Un challenge pas gagné d’avance.
Géraldine Nakache a pensé à tout : la psychologie de ses personnages par le biais de prises de vue en gros plans pour montrer à quel point la protagoniste, en l’occurrence Monia Chokri (alias Gil), étouffe dans cette vie ; la tension qui monte de manière crescendo ; le harcèlement tout en finesse qui finit par être invivable ; les scènes où les reproches du mari, en l’occurrence Niels Schneider (alias Jacques), semblent anodines alors qu’il n’en est rien. Le scénario est dès lors construit un peu comme des poupées russes. De petit rien en petit rien, on arrive à une situation de non-retour. Et histoire d’appuyer ce côté désarçonnant du comportement du mari, Géraldine Nakache a choisi un montage qui nous fait voyager dans le temps entre les « 6 ans avant », « 5 ans avant », « maintenant » etc. Cela permet de garder une certaine tension et un certain rythme de la narration. C’est bien connu, l’amour rend aveugle et bien entendu, la victime adopte un comportement de déni, « ce n’est pas de sa faute, mais la mienne » confie Gil à son amie qui tente de lui faire comprendre que son mari a une influence néfaste sur elle. Mais c’est lorsque Gil décide de reprendre une activité professionnelle au lieu d’avoir un second enfant qu’elle comprend que Jacques a un véritable pouvoir sur elle. Celui-ci s’opposant à l’idée de la laisser reprendre une activité professionnelle.
La construction du scénario est finement pensé, où le comportement du pervers narcissique a été passé au peigne fin pour donner un impact encore plus fort que ce que nous avons vu au préalable. L’interprétation de Niels Schneider est absolument époustouflante tout comme Monia Chokri, sans oublier celle qui interprète la maman de Gil, en l’occurrence Clémentine Célarié, toute aussi émue à l’issue de la projection que son personnage consolant sa fille, une fois que cette dernière a fini par prendre le taureau par les cornes, consciente que celui qu’elle a aimé pendant six ans était tout simplement en train de détruire sa vie et celle de leur petite fille.
« Si tu penses bien », n’est pas seulement une œuvre supplémentaire dans la filmographie de Géraldine Nakache, c’est un film utile qui a des choses à dire et qu’il fallait faire.




(c) Galerie photos : Brigitte Lepage
(c) photo d’accroche Géraldine Nakache : Thibaut Demeyer
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