« ON VOUS CROIT » BAYARD D’OR DU MEILLEUR FILM
Alors que la 40è édition du Festival du Film Francophone de Namur était terne niveau invités, cela n’a pas empêché une programmation haute en couleurs pour un palmarès des plus juste. A Namur, Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage.
Treize films concouraient pour le Bayard d’or et vu la qualité des œuvres présentées, la tâche du jury compétition officielle n’a certainement pas été une sinécure. Néanmoins, « c’était un jury qui avait beaucoup d’écoute » comme nous l’a confié la réalisatrice Amélie Bonnin à l’issue du Palmarès, précisant « on a discuté de ce que peut le cinéma, de ce que doit le cinéma, de films qui peuvent avoir à nos yeux des maladresses mais qui apportent ou qui portent une problématique forte ou qui ont un geste de cinéma qu’on a trouvé fort et donc de fait, cela crée des débats ».

Pour rappel, le jury compétition officielle était composé du réalisateur Lotfi Achour, Président du jury, la réalisatrice Amélie Bonnin, le réalisateur Stéphane Lafleur, la comédienne et auteure Juliette Tresanini et la réalisatrice Eléonore Yaméogo. Cette fine équipe, avec un regard cinématographique des plus pointus, a vu juste en attribuant le Bayard d’or au film le plus poignant de compétition « On vous croit » de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys. Une œuvre forte racontant l’histoire d’Alice qui va se battre devant le juge pour défendre ses enfants dont la garde est remise en cause. Mais au-delà de la qualité du film, « On vous croit » a bénéficié d’un atout majeur à travers l’actrice principale Myriem Akheddiou dont la performance est à la fois époustouflante et hors-norme. Là aussi, le jury ne s’est pas trompé en lui attribuant le Bayard de la meilleure interprétation alors que le jeune Samuel Kircher pour « La danse des Renards » s’est vu récompenser par une mention spéciale, un prix d’encouragement pour ce jeune interprète à la carrière prometteuse.


Autre récompense majeure est le Bayard du meilleur scénario qui s’en est allé, sans conteste, à Pauline Loquès, scénariste et réalisatrice, pour « Nino » racontant l’histoire d’un jeune homme, de caractère taiseux, atteint d’un cancer du larynx. Ce film rempli de délicatesse et de finesse est aussi une ode à la vie, à l’espoir au dépassement de soi.
Le jury a par ailleurs été touché par « Aïsha, can’t fly away » de Morad Mostafa lui attribuant le Bayard Spécial du jury. Ce film est le reflet d’un combat entre le pot de terre et le pot de fer, un combat pour la survie de Aïsha, une migrante qui devra faire preuve d’une volonté extrême pour faire face à ses peurs et défaites du passé. Une fois encore, on nous raconte une histoire où la situation de la femme, quel que soit l’endroit dans le monde, est fragile. Où leur vie est un éternel combat face aux hommes qui, pour certains et dans certains pays, s’imaginent encore être supérieurs à la femme.
Alors que l’on aurait pu imaginer que le Bayard de la meilleure photographie serait attribué au film « Katanga, la danse des scorpions », le jury a préféré lui octroyer le Prix Agnès et de couronner le documentaire « Imago » de Déni Oumar à travers le Bayard de la meilleure photographie.
Si ce soir le grand gagnant des Bayard est le film de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys pour « On vous croit » avec le Bayard d’or et celui de la meilleure interprétation, soulignons quand même que « Nino » de Pauline Loquès a aussi fait une bonne opération avec le Bayard du meilleur scénario mais également le Bayard de la meilleure première œuvre et le prix BeTV.
Quant au jury junior, il a attribué son prix à « La danse des renards » de Valéry Carnoy ce qui n’est pas non plus démérité.
Souvent étant considéré, et à juste titre, comme étant le plus beau prix que l’on puisse recevoir, en l’occurrence le prix du public, il a été attribué sans grande surprise à « Muganga – celui qui soigne » de Marie-Hélène Roux avec Isaac de Bankolé et Vincent Mc Caigne. Il s’agit d’un biopic consacré au docteur Denis Mukwege, médecin congolais et futur Prix Nobel de la Paix. Ici, on ne rigole plus, on n’est plus dans la fiction narrative mais bien la réalité, celle de milliers de femmes congolaises qui se font violer de manière atroce par des hommes cruels et pervers.
Bien entendu, comme dans tous les festivals, il y a des films que l’on pensait retrouver au Palmarès et qui, malheureusement, ne s’y trouvent pas. Nous pensons notamment à « Animal Totem » de Benoît Delépine qui revenait souvent dans les discutions comme « Les enfants vont bien » du jeune prodige Nathan Ambrosioni avec l’excellente Camille Cottin. Mais c’est le jeu, il faut pouvoir en accepter les règles surtout lorsque le palmarès rendu est on ne peut plus juste !
(c) photo d’accroche : Brigitte Lepage – Légende : Myriem Akheddiou et Arnaud Dufeys
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