Du vendredi 14 novembre 9h30 au
jeudi 18 décembre 16h00Au Centre culturel de Libramont
Émilie Magnan a grandi à Bertrix. Âgée de 25 ans, l’artiste a étudié le dessin à l’ENSAV La Cambre, à Bruxelles. Passionnée par la nature, le monde et les êtres qui l’habitent, elle observe et contemple, traduisant ses impressions en images où le corps humain occupe une place centrale.
Entre fragilité et dignité : un regard intime sur l’humain
Cette rétrospective invite à plonger dans son univers, où fragilité et dignité s’entremêlent. Ses dessins de grand format sont avant tout des rencontres, un face-à-face silencieux avec un modèle, un regard, une histoire.
Là où les corps racontent ce que les mots taisent
Le dessin, son médium de prédilection, se déploie souvent à l’échelle humaine. Les yeux, qu’elle aime mettre en valeur, fixent parfois directement le spectateur, parfois s’évadent ailleurs, laissant deviner des émotions feutrées : stupeur, fierté, langueur. Les corps qu’elle représente portent parfois des marques — ecchymoses, éraflures — témoins de vies traversées. Pourtant, malgré ces blessures, ils conservent leur sensualité et leur vitalité, comme un refus discret de se réduire à la douleur.
Visages et silences : une exploration de l’âme humaine
Ses figures évoluent entre deux univers : le silence d’un fond blanc, où tout semble suspendu, et la densité d’espaces saturés, presque en collage, dont elles émergent avec force. La figure de la poupée traverse son travail, inspirant des postures hiératiques et des atmosphères hors du temps. Les enfants y tiennent une place importante, porteurs à la fois d’innocence et de questionnements sur l’avenir.
Dessiner l’invisible : émotions, traces et murmures du monde
Sa palette de couleurs, douce et pâle, évoque les symbolistes du début du XXᵉ siècle. Dans cette délicatesse, elle fait dialoguer le vide et le plein, la tendresse et l’inquiétude.
Le corps comme territoire sensible
Cette exposition retrace un parcours intime, où maternité, enfance, solidarité et silence se répondent. Chaque œuvre est une invitation à regarder autrement, et à accepter, peut-être, d’être regardé à son tour.
Les visites de nos expos sont en accès libre
du lundi au jeudi de 13h à 16h et le vendredi de 9h30h à 12h.
Les visites des vendredis après-midi, de toute la journée du samedi
et du dimanche après-midi sont ouvertes uniquement sur réservation

le point de vue d’Emilie Magnan
Cette analyse explore en profondeur mon travail artistique, qui
se concentre principalement sur le dessin. Depuis mes débuts, je
suis attirée par le corps humain. Mon œuvre, souvent basée sur
le travail de modèle et le portrait, a évolué vers des formats
avoisinant la taille humaine. Chaque trait est pour moi une
contemplation, une manifestation de respect et d’admiration
envers mes modèles. La nudité, lorsqu’elle est représentée, est
empreinte de douceur et de dignité.
Le regard occupe une place centrale dans mes représentations du
corps humain. J’accentue souvent l’expression des yeux, les
faisant soit fixer directement le spectateur, soit l’ignorer. À
travers ces regards, transparaissent des émotions diverses, de la
stupeur à la fierté, évoquant une langueur profonde et intime.
Les figures humaines que je crée se suffisent parfois à elles-
mêmes, évoluant dans un lieu immatériel, un non-lieu, institué
par la présence d’un fond laissé vacant, livré à la seule action du
support, le papier vierge. Cette absence n’est pas seulement
visuelle, elle est également sonore. Dans ce silence, on peut se
demander : que n’entendons-nous pas ? Les pleurs ? Les plaintes ?
Les cris de colère ? Les reniflements ? Ce vide laisse place au
questionnement.
Certaines de mes créations, à contrario du vide, se distinguent
par un remplissage et une surcharge d’éléments, évoquant
presque des collages. Cependant, la figure principale demeure
toujours en relief, s’extirpant des ondulations de
l’amoncellement. La surface couverte de signes semble
équivalente au fond blanc uniforme.
Ma fascination pour la figure de la poupée transparaît également
dans mon travail. Je crée des figurines articulées. La sculpture
Poupée (2022, résine moulée, 65 cm) est un autoportrait
présenté soit assemblé, soit en pièces détachées, explorant ainsi
le corps fragmenté et ses implications. Cet attrait pour la poupée
se traduit dans mes dessins par les postures hiératiques de mes
modèles et des espaces hors de tout monde, tels ceux de
l’enfance.
Dans mes dessins, les modèles semblent vieillis, marqués par le
temps et l’expérience. Je représente divers âges de la vie, et les
enfants occupent une place importante dans mon travail.
La thématique de la blessure est récurrente dans mon œuvre, se
manifestant sous différentes formes subtiles telles que des
hématomes ou des éraflures. Ces marques, bien que présentes,
semblent souvent ignorées ou acceptées par mes modèles. Cela
ajoute une dimension de mystère et de questionnement aux
œuvres.
Les symboles sont nombreux dans mon travail, ajoutant des
couches de signification et de contexte aux compositions.
Ma palette de couleurs est généralement pâle. Les figures que je
dessine semblent prêtes à disparaître, un peu comme dans les
œuvres symbolistes du début du vingtième siècle (notamment
celles de Fernand Khnopff). Les tons des couleurs sont délicats et
doux.
Dans l’ensemble, mes œuvres évoquent une douceur retenue et
suggèrent des narrations intimes. À travers mes portraits,
j’explore des thèmes tels que la maternité, l’enfance et la
solidarité humaine, capturant des moments empreints de
réconfort et de calme, non sans que des éléments perturbateurs,
tels que l’indécision de localisation ou le jeu ambigu des regards,
n’épaississent la lecture potentielle de mes dessins. Mes portraits
collectifs mettent en lumière la solidarité et la tendresse entre
les personnages, tandis que la sensualité se manifeste à un
niveau individuel.
https://emiliemagnan.be/
Instagram: emilie_magnan_
Email: magnanemilie7@gmail.com
photos: Guy Maillard





























































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