LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND

LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND

🗓️ Mis à jour le 29 juin 2026

« HEUREUX QUI COMME ULYSSE » (1970)

Le bel adieu de Fernandel

Le dernier film de Fernandel est aussi l’un de ses plus beaux. Il est bien davantage que ce que l’on présente parfois comme “le film avec le cheval”, c’est une œuvre où l’acteur semble dire adieu au monde. À travers cette histoire profondément humaine et mélancolique, le film nous parle du temps qui passe, de la vieillesse, de l’amitié et de la fidélité entre un homme et un cheval… mais aussi de la disparition d’un certain monde à l’aube des années 1970. Ajoutez à cela la magnifique chanson interprétée par Georges Brassens qui illustre le film, la musique d’une infinie délicatesse de Georges Delerue parfaitement dans le ton du film, le Sud qui offre ses superbes paysages, les dialogues qui sont d’une grande justesse, et Fernandel, bien loin de ses rôles habituels, qui livre ici une interprétation grave, pudique et mélancolique. Face à lui, Ulysse n’est pas un simple cheval : il est un véritable personnage. Ce film a 56 ans et, croyez-moi, il est encore capable d’émouvoir les enfants d’aujourd’hui.

Bienvenue dans ma rubrique « Le cinéma de papa », où j’aime vous raconter un film comme on le raconterait à un ami et vous faire découvrir des pépites aujourd’hui rarement diffusées à la télévision, ou réservées aux chaînes spécialisées. C’est bien dommage, car ces films ne sont pas oubliés : ils sont simplement écartés.

  1. L’histoire

Antonin est un valet de ferme dans un village de Provence. Son patron lui demande de conduire Ulysse, un vieux cheval, désormais inutile et remplacé par un tracteur, en Arles afin de le vendre à un picador qui l’utilisera dans les corridas. Antonin aimerait racheter son vieux compagnon, dont il prend soin depuis plus de vingt-cinq ans, pour le sauver d’une mort terrible. N’ayant pas d’argent, il décide de désobéir et de conduire Ulysse en Camargue afin qu’il y finisse paisiblement ses vieux jours. Pendant le voyage, une rencontre imprévue l’en empêche et, une fois arrivé aux arènes, il est témoin de la cruauté des corridas voyant un cheval se faire encorner. Incapable d’abandonner Ulysse à son destin tragique, il le reprend et s’enfuit vers la Camargue, jusqu’au Vaccarès où Ulysse est né, pour rendre la liberté à son vieux compagnon.

(c) DR
  • La genèse

Henri Colpi (1921-2006) n’a réalisé que très peu de films, mais quel beau parcours ! Avant de passer derrière la caméra, il fut l’un des plus grands monteurs des années 1950 et 1960, collaborant avec des cinéastes aussi prestigieux qu’Alain Resnais, Henri-Georges Clouzot ou encore Charlie Chaplin. Dès son premier long métrage, « Une aussi longue absence » (1961), il décroche la Palme d’or au Festival de Cannes ainsi que le Prix Louis-Delluc. Henri Colpi est également musicien, il écrit les paroles de « Trois petites notes de musique » qui accompagne son premier film, puis celles de « Heureux qui comme Ulysse », composée par Georges Delerue et interprétée par son ami d’adolescence à Sète, Georges Brassens.

Plus étonnant, « Heureux qui comme Ulysse » est l’adaptation d’un roman anglais de Marlena Frick ! Une adaptation très fidèle, puisque le roman se déroule aussi en Provence. Comment cette romancière anglaise a-t-elle eu l’idée d’une histoire aussi provençale ? Nul ne le sait. Mais un autre mystère demeure, comment Henri Colpi a-t-il découvert ce roman publié en 1964 sous le titre « The Homecoming » (« Le retour à la maison »), alors qu’il n’a jamais été traduit en français et n’est paru qu’au Royaume-Uni et aux États-Unis ?

(c) DR
  • L’analyse

Cette odyssée d’Ulysse est un conte, une fable et aussi un plaidoyer en faveur du respect des animaux. Cette histoire est pourtant d’une grande simplicité, mais elle est magnifique et le plus troublant réside dans l’effet miroir entre le destin tragique de ce vieux cheval, devenu inutile aux yeux des hommes, et celui d’Antonin (Fernandel). Le sort du vieil homme et celui de son fidèle compagnon s’entrelacent pour évoquer la vieillesse, où les hommes et les animaux, que l’on croit devenus inutiles, sont souvent abandonnés sans ménagement.

« Heureux qui comme Ulysse » est un film sur la dignité des hommes et des animaux qui refusent de disparaître sans un dernier geste d’humanité. Antonin est face à un cas de conscience et il choisira la désobéissance, il va voler le cheval à son patron, mais un acte de désobéissance peut être moral comme ici.

Bien sûr, Fernandel porte le film sur ses épaules et il y est remarquable dans ce registre dramatique, il y a certes des moments drôles mais toujours teintés de mélancolie, comme chez Pagnol, ce mélange de légèreté et de drame … comme dans la vie. On pourrait croire que Fernandel avait pris l’habitude de partager l’affiche avec des animaux car, après Marguerite dans « La Vache et le Prisonnier », voilà Ulysse, ce cheval auquel il voue une tendresse bouleversante. La comparaison s’arrête pourtant là car si j’aime beaucoup « La Vache et le Prisonnier » du grand Henri Verneuil, qui mêle l’humour et l’émotion, « Heureux qui comme Ulysse » emprunte un autre chemin, plus contemplatif, plus mélancolique et surtout plus crépusculaire, il ressemble davantage à un adieu. Si « La Vache et le Prisonnier » est un film d’aventure sur fond de guerre qui demeure optimiste, « Heureux qui comme Ulysse » est beaucoup plus grave, Fernandel y incarne un homme presque résigné et le cheval n’est pas un ressort comique car il devient le symbole de la fidélité, de la liberté et d’un monde qui disparaît. La scène finale est tout un symbole, elle donne le sentiment que Fernandel peut, lui aussi, tirer sa révérence … Il disparaîtra un an plus tard, après une magnifique carrière de quarante ans. Heureux qui, comme Fernandel, a fait ce beau voyage.

On ne peut pas non plus ne pas évoquer la magnifique photographie. Tourné en décors naturels à l’automne 1969, dans des paysages authentiques du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône : Roussillon, Cavaillon, Saint-Rémy-de-Provence, Les Baux-de-Provence, Fontvieille ou encore Arles, le film adopte volontairement un rythme lent, à l’image de la marche d’Antonin, ce rythme nous permet d’admirer la Provence de la fin des années 1960 et du début des années 70 … celle que j’ai connue, avant le béton, les ronds points et le tourisme de masse. Vous m’excuserez donc cet élan nostalgique, mais ces paysages magnifiques ne sont pas sans me rappeler le Saint-Chamas de mon cœur et des personnages semblables à ceux du film que j’ai eu la chance de côtoyer, comme la famille Campiano et ses deux fils, Charles et Daniel. Ce dernier était à la fois prêtre… et pêcheur ! Cela ne s’invente pas ! Un personnage digne d’un film de Marcel Pagnol. Et, comme Antonin, il était prêt à se battre pour une cause qu’il estimait juste : la défense de l’étang de Berre, qui était son Ulysse à lui, face à la pollution de la centrale de Saint-Chamas, il fut, comme le personnage de Fernandel, le modeste provençal qui se dresse contre un système, contre une logique économique et je suis heureux de rendre hommage au père Daniel Campiano par cet article ainsi qu’à sa famille.

Heureux qui comme Ulysse

A fait un beau voyage

Heureux qui comme Ulysse

A vu cent paysages

Et puis a retrouvé

Après maintes traversées

Le pays des vertes années

Qu’elle est belle la liberté, la liberté

(c) DR Rellys et Fernandel
  • Les seconds rôles

Comme souvent dans les grands films, les seconds rôles apportent une précieuse richesse. Comment ne pas citer le talentueux Rellys, premier Ugolin du cinéma dans « Manon des sources » (1952) de Marcel Pagnol, bien avant Daniel Auteuil. On retrouve également Évelyn Séléna, qui s’illustrera quelques années plus tard avec un immense talent dans le doublage, devenant notamment la voix française de Glenn Close, Kim Basinger et de nombreux autres actrices, sans oublier celle de Sue Ellen Ewing dans la série « Dallas ». Enfin, Provence oblige, Henri Tisot prête son accent et sa bonhomie au rôle d’un gendarme.

Évelyn Séléna et Fernandel (c) DR
  • Anecdotes

Dans le roman anglais de Marlena Frick « The Homecoming » de 1964, le cheval s’appelle « Pompidou » (Georges Pompidou était alors Premier ministre français) … ça ne s’invente pas !!

Un journaliste un peu taquin interrogea le réalisateur sur le tournage sur la difficulté de diriger Fernandel et Henri Colpi répondit : « Ce qui est difficile, c’est qu’il a un immense talent et un immense métier. C’est extraordinaire. Il arrive, il se met en place et, dès la première prise, tout est déjà là. Alors, il faut simplement rester à parler avec lui, lui dire : Ce n’est peut-être pas tout à fait comme cela… Et il rectifie immédiatement. Depuis le début du film, de ce point de vue-là, je n’ai jamais eu le moindre problème avec lui. »

Fernandel avait aussi le sens de l’autodérision, il confia avec malice : « La presse a toujours dit que j’étais un comique au visage chevalin… je me devais donc de faire un film avec un cheval ! »

(c) DR Fernandel
  • Comment le voir

Bonne nouvelle ! Ce film existe en DVD, aux éditions Gaumont. Alors, si l’envie vous prend d’accompagner Antonin et Ulysse sur les routes de Provence pour faire, vous aussi, un beau voyage, je ne peux que vous le recommander.  

Et pour finir la très belle chanson de Georges Brassens sur des images du film :

  • LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
    🗓️ Mis à jour le 29 juin 2026Sommaire« HEUREUX QUI COMME ULYSSE » (1970)Le bel adieu de FernandelVotre diagnostic« HEUREUX QUI COMME ULYSSE » (1970) Le bel adieu de Fernandel Le dernier film de Fernandel est aussi l’un de ses plus beaux. Il est bien davantage que ce que l’on présente parfois comme “le film…
  • LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
    🗓️ Mis à jour le 26 mai 2026Sommaire« LES ARCANDIERS » (1991)La sainteté des traîne-savatesVotre diagnostic« LES ARCANDIERS » (1991) La sainteté des traîne-savates Avec quelques souvenirs et confidences de Manuel Sanchez Il existe des films qui semblent avoir disparu des écrans, mais qui laissent pourtant une trace profonde chez ceux qui les ont vus.…
  • LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
    🗓️ Mis à jour le 12 mai 2026Sommaire« DES GENS SANS IMPORTANCE» (1956)« DES GENS SANS IMPORTANCE» (1956)Votre diagnostic« DES GENS SANS IMPORTANCE» (1956) Le désespoir des humbles Sous la direction d’Henri Verneuil, Jean Gabin retrouve ici un genre qui n’est pas sans rappeler le réalisme poétique d’avant-guerre (Quai des brumes, Le Jour se lève…)…
  • LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
    🗓️ Mis à jour le 8 avril 2026Sommaire« LES PETITS RUISSEAUX » (2010)Vieillir … à contre-courantVotre diagnostic« LES PETITS RUISSEAUX » (2010) Vieillir … à contre-courant Il y a comme cela des films discrets mais qui nous marquent profondément, « Les petits ruisseaux » fait partie de cette catégorie. Un film d’auteur qui, sans grosse…
  • LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
    L’Air de rien » (2012) Michel Delpech acteur… L’élégance d’un Bill Murray à la française
  • LE CINEMA DE PAPA PAR JEAN-MARC WEYLAND
    Ce film de science-fiction de 1991 est un véritable OVNI … cinématographique bien sûr. Il faut bien avouer que c’est un genre où les français ne s’aventurent que rarement, mais ici, force est de constater que le réalisateur et scénariste, « Monsieur » Pierre Jolivet, a réalisé une prouesse

Quiz visibilité web

Évaluez en 3 minutes votre niveau de référencement (SEO, GEO, AEO) et recevez un diagnostic personnalisé pour développer la visibilité de votre entreprise.

Étape 1 sur 5

Vos coordonnées

Indispensables pour vous envoyer votre diagnostic personnalisé.

Vos connaissances en référencement

Aucune mauvaise réponse — soyez honnête, le diagnostic n'en sera que plus juste.

1. À quel niveau évaluez-vous votre connaissance du SEO (référencement Google) ?
2. Avez-vous déjà entendu parler du GEO ou AEO (référencement dans ChatGPT, Google AI Overviews, Perplexity) ?
3. Savez-vous ce qu'est un Schema JSON-LD (données structurées) ?
4. Avez-vous une fiche Google Business Profile (Google Maps) active ?

Votre visibilité actuelle

Comment vos prospects vous trouvent (ou non) aujourd'hui.

5. Quand on tape vos services + votre ville sur Google, votre site apparaît...
6. Combien d'articles ou de pages de contenu publiez-vous par mois ?
7. D'où viennent vos clients aujourd'hui ?
8. Avez-vous installé Google Search Console + Google Analytics ?
9. Combien d'avis Google avez-vous ?

Vos objectifs

Pour orienter au mieux nos recommandations.

10. Quel est votre objectif principal sur les 12 prochains mois ?
11. Quel budget annuel pouvez-vous allouer à votre référencement ?
12. Quand souhaitez-vous démarrer ?
0
/ 100

Votre diagnostic

Recevez votre diagnostic personnalisé

Vincent Gallez (fondateur Info-lux) vous recontacte sous 24 h ouvrées avec un audit gratuit de votre visibilité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les infos de votre Région Gratuite Souhaitez-vous recevoir des notifications sur les dernières mises à jour ? Non oui